Jour 2 - Anishnabe mikina

Décidément, il semble bien que nous ayons parmi l’équipe un grand chef cuisinier en Maxime! Dès notre lever à 6h00, un somptueux déjeuner de gaufres aux bleuets (gracieuseté de Nathalie!) nous attendait! En ce matin de grand froid – il fait -31 ce matin – ce bon déjeuner jumelé à notre bonne nuit de sommeil saura nous donner l’énergie pour faire notre journée et rester au chaud!

Une fois préparés à partir, nous décidons de faire le cercle de partage dehors, car nous avons très chaud! Nous portons tous plusieurs couches de vêtements pour nous isoler contre ce froid polaire : deux ou trois vestes, autant de pantalons, un masque…tout ce qu’il faut pour garder notre chaleur. Une fois le cercle formé, une prière et une offrande de tabac pour la route afin s’assurer la protection de Kitce Manitou sur nous tous tout au long du trajet de 20,7 km qui nous attend.

Nous partons dans la grande froideur. Heureusement, il n’y a pas de vent; le ciel est bleu turquoise clair, un bleu nordique. De petits groupes se forment au fil du trajet. Je marche une très longue partie du parcours avec Nathalie. Nous avons inventé un jeu : elle dit un mot en Anishnabe et je lui donne l’équivalent en Innu. Nous nous apercevons rapidement que nos langues se ressemblent énormément. L’étymologie de chaque mot est étonnamment similaire :

Chemin – meshkenu (innu)

                mikina (anishnabe)

                     meskano (atikamekw)

Vous voyez? Nous sommes frappés par tant de similitudes. Nos territoires de chasse se chevauchaient, nous pouvions communiquer par nutshiu imun (la langue de la fôret). Nous avons de toute évidence conservé ces mots dans nos langues respectives qui se sont transformés au fil du temps. Notre rencontre est riche en apprentissage! J’acquiers de nouvelles connaissances sur ces langages ancestraux que l’on se doit de transmettre, ce que nous faisons avec Nick et Kimberly qui nous rejoignent.

La route est blanche de froid et de neige! Des traces d’orignal toutes fraîches la traversent! Il n’est pas très loin! Gaétane Petiquay a des problèmes de pieds; ses talons sont rougis par ses bottes, ce qui laisse présager des ampoules si l’on n’y voit pas immédiatement. Je suggère à Gaétane de chausser ses mocassins. Je me souviens qu’alors que je me préparais à débuter ce grand périple entre Blanc-Sablon et Natashquan, j’avais demandé à André-François Bourbeau, grand spécialiste d’expéditions en forêt, qu’elles étaient les meilleures options pour bien se chausser pour la raquette et la marche de fond. Il m’avait répondu de choisir la « technologie » de mes ancêtres et de chausser les mocassins qui épousent le pied à merveille et suivent son évolution au fil du trajet; le cuir étire et respire mieux que n’importe quel matériau.

Nous avançons pas à pas vers notre destination, Waswanipi qui est le village de M. Romeo Saganash, député fédéral d’Abitibi — Baie-James — Nunavik — Eeyou.

Nous couvrons nos 20,7 km en 4h30. Un bon potage nous attend à notre arrivée au centre communautaire où nous sommes installés, une soupe bonne pour l’estomac et bonne pour le cœur! Nous aurons un peu de temps pour nous reposer avant l’excellent souper qui nous attend « Chez Maxime » plus tard. Je dois mentionner que Diane et Maxime ont préparé le camp et les tentes dans lesquelles nous coucherons pour les trois prochains jours.

Je dédie notre journée à la communauté de Pikogan. Nous pensons à vous!