Nous avions, en ce samedi, une distance de 35 kilomètres à faire pour nous rendre au lac Low. Comme la route est longue et difficile, nous optons pour la formule ‘relais’, question de ménager l’énergie des marcheurs. Deux groupes sont donc créés : l’un couvrira 20 km et l’autre, marchera 15 km. Je marcherai donc la plus grande distance accompagné de Job, Elija, Jimmy et Sandy. C’est donc à partir de la distance couverte hier que nous entreprenons le trajet du jour vers le chalet des rangers du lac Low.

Nous avons le tiers du parcours de couvert. À ma grande satisfaction, les marcheurs vont bien, physiquement et moralement… Pas encore de blessures aux pieds! Ce n’est malheureusement pas mon cas. L’ampoule de ma première journée n’est pas guérie et j’ai aussi des engelures à trois orteils; j’ai un ongle qui va décoller. Je dois désinfecter le tout minutieusement pour éviter l’infection.

Au vingtième kilomètre, Elija doit s’arrêter; une de ses fixations de raquettes s’est brisée. Job me dit qu’il voudrait faire encore 15 kilomètres. Je l’accompagne.

Malgré le grand froid et le vent qui sont décidément une constance, je dois avouer que le paysage est magnifique! Un paysage qui me ramène quatre ans en arrière, durant la marche de 2011, Old Fort, Blanc-Sablon, Natashquan…. montagnes chauves, sans arbres… de grandes vallées glacières ponctuées de lacs. J’étais alors en compagnie de mon cousin, Éric Hervieux…. Et je me dis : ‘Maudit, qu’il triperait ici!!’  Il devait marcher avec nous, mais les contraintes professionnelles ont eu raison de son désir de se joindre à nous. Je pense tellement à lui et je m’ennuie!! Nous avons vécu ensemble de fabuleuses expériences; c’est un compagnon de route incomparable! … Rapide et serviable!!! Il arrivait presque toujours avant moi et faisait en sorte que le camp soit confortable et chaud! Je pense à ce qu’aurait été la route avec toi, Éric! Je m’ennuie de nos repas de steak haché et de nos tentes surchauffées!

La forêt est clairsemée et dispersée… des ilots d’arbres apparaissent ici et là…. de grandes distances en sont parfois privées… parfois une forêt fait son apparition. L’emplacement du lac Low en est un bel exemple; un Grand Blanc sans arbre fait soudain place à une forêt garnie où l’on a monté trois tentes tout près du chalet des rangers sur place. Des marcheurs naskapis et innus coucheront dans le chalet; je coucherai avec les gens de Schefferville, dans les tentes.

Le moral est bon et j’en suis fort aise. Il y a bien sûr des accrocs passagers, mais tout se règle en un rien de temps. On peut donc penser le trajet à plus long terme sans inquiétude. En fait, nous voudrions être au lac Romanet dans deux jours. Cet endroit est stratégique; les ravitaillements en essence, en propane et en nourriture nous y attendent. Nous décidons donc que le trajet sera couvert en relais, comme aujourd’hui. Toutefois, Job voudrait couvrir la totalité des 40 kilomètres. Donc, quelques-uns l’accompagneront.

Je dédie ma journée au peuple innu, au peuple de chez nous! Je pense à vous.