À 8 h hier soir, je dormais! Toutefois, ce fut une nuit saccadée; réveillé à la demi-heure, tantôt par Jean-Charles, Simon et Marc-André qui viennent se coucher, tantôt le feu qui a bien failli prendre sur une bûche appuyée sur le poêle amenant la fumée qui a envahi la tente, tantôt par notre chien vagabond qui est venu se coucher sur moi! Il y a aussi le poêle qu’il ne fallait pas laisser mourir… enfin! Toute la nuit, il y a eu quelque chose pour nous empêcher de dormir! Finalement à 5 h 15, nous étions levés pour nous préparer et pouvoir être prêts à partir à 7 h 45.

Nous nous sommes réunis pour le cercle du partage pré-marche; Kokom Cécile, Napess et Rob ont parlé et Léo nous chante un chant, sur le son tambour, accompagné de Devon de Manawan… Ce qui a inspiré et encouragé les marcheurs toute la journée si intensément que Léo a failli s’évanouir,  comme si les marcheurs lui prenaient son énergie!

« Cercle de partage » – Gracieuseté d’Éric Petiquay

Il nous raconte qu’il a rêvé aux esprits des gens décédés associés aux marcheurs et qui lui disaient qu’ils étaient être heureux que Léo soit avec nous tous!

Nous commençons à marcher… Dès le départ, une suite de petites côtes nous donne un avant-goût du parcours… Nous tirons nos traîneaux sur ce parcours sur une distance de 5 kilomètres. Là, notre camion attend pour prendre les traîneaux pour faciliter la montée de certains marcheurs. Nous reprenons la route… pour arriver face à notre premier défi majeur… UNE MÉGA-MONTAGNE! Nous montons sur une distance de 200 à 300 mètres! Nous arrivons en haut au bout d’une heure! Comme tout ce qui monte doit redescendre, nous amorçons un bout de marche en descendant… ce qui n’est pas sans faire notre affaire!

Au 12e kilomètre, le soleil fait son apparition. Un beau soleil chaud qui a un effet néfaste sur la glisse de mon traîneau. Il s’arrête d’un coup sec, collé à la neige qui réchauffe, et se met à prendre l’eau!   J’avance avec peine… je dois m’arrêter pour manger, car je manque d’énergie… Je continue avec misère… Entre 15 et 19 kilomètres, c’est mon calvaire! Même en descendant, je dois tirer mon traîneau. En montant les collines, je compte en français, en anglais… en Innu… j’espère qu’une motoneige passe pour m’en débarrasser et ne porter que mon sac à dos! Et voilà Régis qui apparaît pour régler mon problème. Ces quelques kilomètres à tirer un traîneau à la glisse mal préparée et imbibée d’eau sont parmi les moments les plus difficiles de cette marche pour moi. J’ai les cuisses en feu, dures comme de la roche! Il y a Daren Petiquay qui m’accompagne et LUI, son traîneau glisse comme s’il flottait sur la neige! C’EST TELLEMENT FRUSTRANT! Il descend les côtes comme s’il les descendait en canot!

Il y a Devon et Sonny, nos deux jeunes de Manawan, démontrent beaucoup de courage, de ténacité et de persévérance! Ils sont en bonne voie de terminer avec nous la randonnée! Ces jeunes sont un modèle pour leurs amis et confrères! Un bel exemple d’endurance et de détermination; l’incarnation de la mission de la marche Innu Meshkenu! La preuve que l’on peut arriver réaliser nos rêves! Sonny me dit qu’il s’ennuyait de Guy Bacon! Il dit que ce serait agréable de l’avoir avec nous. Pour ceci, Guy, je t’envoie nos prières pour un prompt rétablissement! On marche pour toi! Puisses-tu être guéri pour pouvoir marcher avec nous la prochaine fois.

Mes marcheurs se donnent à 300 % dans la marche; ils passent du passif à l’actif, courageux et déterminés! … Je réfléchis au terme « empowerment » (autonomisation); Innu Meshkenu démontre bien la définition du mot; la marche vient mettre en action ce pouvoir d’agir là! Il faudrait cet empowerment dans toutes les sphères de la vie, soit : les sphères sociales, de la santé, de la politique, de la gouvernance, de l’économie!

Nous arrivons à la cabane de Loyd Whiteduck… Au moins une quinzaine de personnes n’ont pas fini la marche… Pour sa part, Kokom Cécile nous a fait de la banique toute la journée! Nous sommes absolument VIDÉS DE TOUTE ÉNERGIE!

Malgré notre fatigue, je dois me rendre à Rapid Lake. Une de nos marcheuses doit se faire enlever un ongle d’orteil qui ne guérit pas malgré l’antibiotique! Merci d’ailleurs à Elizabeth, l’infirmière qui m’a assisté de façon excellente. L’intervention était nécessaire; il était grand temps d’y voir! Et nous revenons au camp ou les autres ont déjà soupé. On nous sert ce soir un genre de risotto d’orignal et de bœuf qui contient une livre de beurre et 40 œufs!! Notre potage au brocoli et à l’orge contient une livre de saindoux! Une diète hyper – calorique; nous brûlons la totalité sinon plus de ces calories excédantes! Un plat consistant sur lequel on peut marcher 80 kilomètres!… Notre chien vagabond a volé et étripé les poubelles de notre cuisine… Il toutefois prit la peine de les sortir de la tente… chien poli!

Le paysage est aussi beau que la route est difficile! À la communauté de Rapid Lake; nous arrivons bientôt! Nous vous envoyons toutes nos énergies que nous rencontrerons vendredi matin! Nous avons hâte de vous rencontrer, de partager avec vous et de vous inspirer à améliorer le mieux-être des gens de Rapid Lake!… Et je vais me coucher… me ressourcer…!