Jour 21 - Le « Giant » et le docteur

Malgré le confort de l’hôtel, j’ai plus ou moins bien dormi. Le café pris en soirée chez Tim Horton de Goose Bay y était pour quelque chose bien sûr, mais la fébrilité de la fin y contribuait également. C’est donc à 4 h 30 qu’Éric et moi nous sommes levés. Un autre café chez Tim Horton et déjeuner et nous voilà prêt pour les dernier 32 km jusqu’à Sheshatshiu. C’est la nuit… seule la lune éclaire nos pas. Nous sommes témoins du lever du jour. Nous rencontrons plein de monde qui nous salue, dont Helena qui part pour Halifax aujourd’hui. Elle nous remercie de l’avoir accueilli parmi nous. Ce fut un plaisir, Helena. Hank et Virginia sont là avec du thé et des muffins; ils arrivent de reconduire leurs 10 enfants (dont 7 sont les leurs) à l’école. Ce sont des gens au cœur d’or dont je suis fier de faire la connaissance.

Tout en haut d’un cap à 16 km du village, j’aperçois Giant nous attendait à côté d’une statue de la Vierge Marie. Il vient finir la marche avec nous. Nastash et Line sont aussi là.

Je marche avec difficulté; je compense d’un côté pour épargner mon pied… ce qui n’est pas l’idéal pour ma hanche. Je souffrirai durant tout le reste de la marche. J’ai l’air d’un ptit vieux avec ma cane. Elizabeth Penashue de Sheshatshiu, personnalité engagée et très près des traditions innues, me dit que ma barbe me vieillit beaucoup, et qu’une fois de retour chez moi, je devrai la couper. Je lui explique que j’ai une barbe des « séries »… mais aussi la barbe de mon aïeul, de mon grand-père quand il revenait de la chasse… ’Kanashepet innuts »… L’autochtone qui revient des territoires de chasse.

Le soleil est de la partie. Nous sommes accompagnés d’une bonne vingtaine de personnes et, tout au long de la route, les gens viennent et nous arrêtent pour jaser et nous encourager. Nous prenons du retard et devons faire un 2 kilomètres en camion, question d’arriver à l’heure. Une tente est montée en notre honneur; on y sert du thé et des beignes maison. Une trentaine de personnes sont là et nous fraternisons. Nous venons de finir un périple 730 kilomètres en 21 jours! INCROYABLE! Un périple où la persévérance est l’élément clé!

Nous nous rendons ensuite à l’école de Sheshatshiu que côtoient 600 à 700 jeunes!…Une des plus belles écoles que j’ai vue! Architecture époustouflante remplie d’artisanat et de culture autochtone, des murs jusqu’au mobilier! Un modèle! Nous nous installons dans la cafétéria pour recevoir les jeunes. Nous voyons trois groupes. J’avais peine à croire l’attention que l’on m’accordait, des tout-petits aux grands… « Croyez en vous-même, n’abandonnez pas, et poursuivez vos rêves!! Un pas à la fois, mais faites-le! » En anglais, en innu… Mon bâton attire la curiosité des jeunes, et je leur dis : « Mon bâton est magique, il a beaucoup de pouvoirs. Beaucoup de personnes l’ont touché et lui ont laissé leur énergie; il a touché la terre mère et s’est imprégné de sa vitalité et de sa vigueur. Quand vous avez des difficultés, pensez au bâton et il vous amènera plus près de vos rêves! » Ces enfants, tout allumés et intéressés, ont une tonne de questions. On veut savoir, ce que j’ai mangé, ce que j’ai bu… Je leur parle alors de saines habitudes de vie. Nous sortons marcher les deux kilomètres autour du village. La vue sur le lac Melville est magnifique. Et je promets de revenir au printemps. Je reçois en cadeau un livre sur Sheshatshiu et une poupée, un marcheur. Deux jeunes viennent me voir pour me dire qu’ils veulent devenir médecins. J’ai planté la graine du rêve… J’en suis responsable… Je dois m’en occuper. Je reviendrai!

Nous soupons chez Alex Andrew où nous attendent une cinquantaine de personnes à l’intérieur et autant d’enfants à l’extérieur! Au menu : Saumon, Caribou, perdrix, banique, chicoutés, des desserts…! Je reçois de magnifiques gants faits à la main et une scène miniature d’une aînée innue. Je suis touché de tant d’attention. Je dis à Giant que nous devons marcher ensemble de Nain à Sheshatshiu en 2014! Après des aurevoirs sans fin, nous retournons nous reposer pour notre route de 16 heures demain, en route vers ma réalité… vers ma famille et notre épreuve.

Je dédie mes 21 jours, mes 730 kilomètres d’efforts, de souffrances, mon énergie déployée à ma marraine Madeleine Picard. Grâce à sa voix qui me transcendait, j’ai reçu persévérance et la vigueur pour venir à bout de mon périple.