Hier soir, au bord du feu, j’ai donné une entrevue à l’équipe de Radio-Canada et nous sommes tous partis dormir. Je me suis réveillé à 3 h… pour me rendormir à 5 h. Jean-Charles nous a tous réveillés en criant dans un micro : « Gooooooood morning, Quyon! » Ce matin, le déjeuner était offert gracieusement par le Club des petits déjeuners : crêpes, salade de fruits maison, du bon café Tim Horton et du jus d’orange! Nous nous sommes tous régalés! Les enfants du camp sont venus nous dire au revoir et nous accompagnent jusqu’au bord de la rivière où nous chargeons nos canots. Avant de les quitter, je leur fais une dernière recommandation : GARDEZ PRÉCIEUSEMENT VOS RÊVES! N’ABANDONNEZ JAMAIS!… Et nous quittons l’endroit à bord de nos canots.

Il vente terriblement fort, ce qui complique notre périple quotidien. La rivière est très agitée; les vagues sont de plus en plus fortes et roulent comme des moutons blancs. Je pagaie en avant et je les reçois en plein visage! Un temps de planche à voile… Le vent empire et je dois dire que nous sommes décontenancés par la situation qui devient quasi-dangereuse. Le plan B était de débarquer de l’autre côté de la baie, où se trouve une marina, si Mère Nature s’entêtait à ne pas coopérer. Mais, il vente si fort et la vague est si insistante que nous nous résignons à trouver un endroit le plus vite possible et éviter les risques inutiles. Ce serait imprudent d’insister; il ne faut pas se battre contre Mère Nature, il faut faire avec! Nous débarquons donc sur une plage quelques kilomètres en amont de la marina où Jean-Charles et l’équipe de tournage nous attendent. Ils nous rejoignent quelque 40 minutes après. L’équipe de tournage nous demande de refaire le débarquement encore une fois pour des prises de vues. Tout le monde accepte et nous revoilà dans les canots pour la mise en scène! Vous pourrez voir ces images dans le reportage l’automne prochain!

Nous avons pagayé 20 km… Il reste donc 35 km à faire à pied. Nous convenons d’une heure pour la fin de la marche; à 18 h 30 le camion ramènera tous ceux qui ne sont pas encore arrivés. Nous nous mettons immédiatement en route. Le vent est toujours de la partie; de petites tornades de poussière apparaissent çà et là sur la route… Un vent de front qui nous pince et nous fait manger de la poussière! Cody me dépasse à la course.

En marchant, je repense à la rivière tourmentée… je pense aussi à un collègue à moi, John Big Canoe, un autochtone qui a fait ses études de médecine avec moi à l’Université de Montréal. On nous avait jumelés pour les travaux d’université et pour s’entraider. Nous étions les deux seuls autochtones du programme. Nous avons tous deux terminé notre formation et sommes partis chacun de nos côtés pour faire notre résidence… il était à Toronto. Il avait finalement trouvé du travail dans une petite communauté aux abords des Grands Lacs. Il devait faire quelques visites médicales dans de petites iles, et les faisait en canot. Toujours est-il qu’un jour que le vent soufflait fort comme aujourd’hui, John Big Canoe partit quand même faire ses tournées en canot…. et ne revint jamais. Il est mort noyé… Cette journée d’efforts extrêmes t’est dédiée, John!

Nous passons la nuit à Britannia Beach… Demain sera une grosse journée.