Ce fut une bonne journée… J’ai dormi sous la tente avec Devon Pettiquay. Nous avions convenu qu’il devait chauffer le poêle toute la nuit…. Mais la fatigue aura eu raison de lui. Nous nous sommes réveillés ce matin dans une tente glaciale. La plupart ont dormi dans la salle communautaire de St-Paul, à la chaleur et au sec. Ça nous a permis de faire un brin de toilette. Déjeuner, bagages….. De 7 h : 20 à 8 h 30 : clinique de pieds. Donc 1 h 10 de clinique de pieds pour soigner ampoules, les infections en « ite », des hémorragies sous-onguales sont à soigner. À 9 h, c’est le cercle de partage. Nous demandons à Rob, l’unique Algonquin qui marche, de faire la prière. Il fermera la marche avec son chien Oreole.

Nous traversons le lac St-Paul. 7.5 km où l’on pouvait marcher sans raquettes. Vers la fin du lac, il y avait de la gadoue… Nous prenons la route dès la sortie du lac; nous enlevons tous nos raquettes empilées sur le bord du chemin, comme on fait lors d’un triathlon! Jean-Charles se chargera de les ramasser.

Je marche une bonne partie de la route avec Rose-Anna Niquay, nous parlons de toutes sortes de choses. Elle me parle de son fils disparu depuis 2 ans… une grande douleur s’il en est une. Carson, marcheur de Manawan, lui a dit qu’il avait vu son fils dans un rêve, qu’il souhaitait bonne route à sa mère. Des mots qui sont réconfortants pour Rose-Anna. On parle de la marche, de l’importance de croire, de l’aspect thérapeutique qu’elle peut nous apporter. Elle me parle de ses enfants, Saky et Sigoun Ottawa, qui m’avait offert une peinture (que j’ai encore accroché à mes murs) alors qu’il avait 13 ans. Rose-Anna me demande si, lorsque je marchais seul, si je voulais avoir des gens pour m’accompagner. Je lui réponds que c’est la route qui m’a fait savoir que je devais marcher avec d’autres. J’entendais une voix qui me disait : « ils viendront », un peu comme dans le film « Champ de rêves » de Kevin Costner.

J’aimerais saluer Georges Venne, qui a travaillé comme pilote de brousse auprès des cris et des Innus.

Les paysages sont magnifiques. Nous zigzaguons sur la route jusqu’à Ferme Neuve. Des chevaux, des bœufs et des lamas nous regardent passer d’un œil perplexe.

Je dédie ma journée aux gens disparus ou décédés de toutes les familles et des gens qui nous suivent en expédition…. et je pense à mes enfants, à mon fiston de 7 ans. À cet instant, je reçois un texto qui dit : « Bonjour Papa, je t’aime. Tu es mon ero! » Message qui me fait énormément plaisir. Je t’envoie plein de bizous d’amour!

Nous arrivons à Ferme Neuve. Nous sommes installés sur le bord de la rivière Lelièvre (Swapus), sur les terres de M. Marc-André Campeau, que nos remercions chaleureusement pour sa générosité. Nous recevons la visite du Grand Chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa qui vient nous encourager. Aussi, Thierry Flamand nous apporte beaucoup de café et de beigne pour les marcheurs.

Jean-Charles ramène Billy Mowatt, un Anishinabe de Kitcisakik qui marchera avec nous. Il prendra la relève de Mathieu Robert qui devra nous quitter à Kitigan Zibi. Billy s’occupera de l’aspect cinématographique.

Demain, la journée devrait être potentiellement enneigée. Nous traverserons Mont-Laurier où je visiterai l’école Jean XXIII et un centre jeunesse. La journée sera un jour semi-repos; pour se reposer un peu, car les marcheurs sont fatigués. Nous marcherons 6 km demain matin, et nous prendrons l’autobus pour traverser le trafic de la route 117; 17 km en bus pour une question de sécurité. Nous terminerons avec 6 km pour nous rendre à la pourvoirie du Castor blanc où nous passerons la nuit.

C’est formidable de voir ces gens autour de moi.