Jour 9 : Le Pont de Québec

Hier soir, suite au grand vent et au froid de la veille, nous avons décidé de monter les deux  tentes prospecteurs, d’installer les chaufferettes et de s’installer tous ensemble pour dormir… Deux dortoirs, quoi! Encore ce soir, il fait très froid. Je partage ma tente entre autres avec la famille de Riel et de Sophie. Leur plus jeune, une poulette d’un an à peine, s’est réveillée trois fois durant la nuit… Changements de couche, consolé… C’est bien ça les bébés et je dois me préparer à cette réalité, car la petite Béatrice sera là bientôt. Ces réveils nocturnes feront à nouveau partie de ma vie. Après un bout, je me rendors.

Je me lève à 6h et je me prépare. Les logisticiens me font à déjeuner. J’ai décidé de marcher tout seul aujourd’hui. Les marcheurs sont fatigués; les blessures aux pieds sont multiples. Il fut donc décidé qu’une partie des marcheurs marcherait 20 km, alors que l’autre partie marcherait 15 km. Moi, je marcherai la totalité du trajet soit quelque 34.5 km. Je dois donc partir plus tôt, ce que je fais tout de suite après le cercle de partage. Il fait beau… Un peu frisquet, mais beau! Je marche dans la ville où mon frère a vécu. Mon frère Éric qui venait après moi. Ma mère a eu quatre enfants : moi, Éric, Myriam et Nadia. Confié à l’adoption dès sa naissance, Éric fut élevé à Lévis. À la fin de sa jeunesse, il a tenté de retrouver ses racines. Il n’a pas eu la chance que j’ai eue et n’a pas eu le temps de conclure sa recherche existentielle de ses origines. Il est décédé à 22 ans dans un accident de moto. Je ne savais pas que j’avais un frère. Je ne l’ai su qu’un an et demi après son  décès, à ma très grande déception. Ce genre d’histoire arrive souvent dans nos communautés; 20% des jeunes autochtones sont placés en familles d’accueil. La mort de mon frère me rappelle que le combat des jeunes autochtones est loin d’être fini. L’Innu Meshkenu existe pour améliorer les conditions de vie et aider à l’atteinte du plein potentiel de chacun.

Tout au long de la piste cyclable, je pense à l’espoir et aux efforts de la marche qui s’apparentent à ceux des marathons que j’ai faits dans les années passées. Je rencontre plusieurs personnes qui s’informent, d’autres qui savent grâce aux différents médias. Je rejoins les marcheurs du 20 km et nous nous dirigeons vers le pont de Québec… pont bâtît par des ouvriers qui comptaient parmi eux des Mohawks, renommés pour leur facilité à travailler dans les hauteurs. Toutefois, en 1908-13, une dizaine de Mohawks sont décédés en tombant. Nous avons une pensée pour eux en traversant le pont.

Une fois le pont traversé, nous nous retournons et constatons qu’il a bien besoin de peinture. Nous continuons sur le bord du fleuve; persévérance, détermination et courage sont de mise pour terminer ce périple. C’est un des enseignements de mes grands-parents, finir ce que j’entreprends… Faire comme eux faisait et bien finir ce qui a mérité d’être commencé.

Nous arrivons au Cap Blanc et escaladons les 396 marches qu’il faut monter pour accéder à la haute ville. Je rejoins l’animateur de radio Gilles Parent pour une entrevue au 93,3. Les marcheurs ont été formidables; une belle synergie les anime. Ils sont tous des exemples de courage, de persévérance et deviennent plus confiants de jour en jour et aptes à agir.

Je dédie cette journée à deux communautés que l’Innu Meshkenu a relié l’an passé : La communauté Naskapi et la Communauté Inuit. Il nous manquait une journée au périple pour faire en sorte que chacune des communautés soit représentée… mais, vous avez été reliés par notre périple hiver 2015.