Une aventure, qui aurait pu avoir des conséquences désastreuses, a eu lieu durant la nuit.

Je partageais la tente avec Éric Hervieux, Mathieu Robert et Marc-André. Tout le monde dormait sauf moi. Soudain, je me suis aperçu qu’une des pattes de notre poêle surchauffait et une fumée dense envahissait la tente! À toute vitesse, nous avons ouvert la tente et avons dû faire sortir la fumée qui nous aurait, autrement et à coup sûr, asphyxiés au monoxyde de carbone. Après un tel branle-bas, nous avons de peine et de misère, réussi à nous rendormir.

Debout malgré tout à 6 h, nous déjeunons ensemble de gruau et de pain. Suite à hier, ensemble nous formons le « cercle de partage » pour nous remémorer par des prières nos conclusions de la veille. Les guides « road-runners » Jean-Charles, Marc-André et leurs accompagnateurs, de planter, à cinq et à trois kilomètres de la fin du parcours, des pancartes ayant pour but de nous donner l’espoir et nous encourager à persévérer à voir la fin du périple quotidien. Les marcheurs quittent dans un bon esprit de groupe.

Je reste derrière, question de faire quelques appels au dispensaire pour des médicaments. J’avoue que mes responsabilités médicales, morales et spirituelles comme l’épisode de frustration et d’insatisfaction de la veille ont bien failli mettre en péril cette expédition me pèse lourd. Ce fardeau, en plus du mien, rend ma propre journée éprouvante. Je prie; je marche en pensant à mon grand-père et ma grand-mère… Je regarde le chemin devant moi, si long et si beau, et je revois mon enfance avec mes chers grands-parents… je suis alors en état méditatif… et je ne suis plus seul! Je sens que l’on marche avec moi, ce qui m’apporte une dose incroyable de courage pour affronter les côtes. Oui, les esprits m’accompagnent… et aujourd’hui, plusieurs ont ressenti la même chose. Les derniers cinq kilomètres sont sur une route déneigée et peuvent donc se faire sans raquettes.

Les premiers marcheurs, Éric et Mathieu Robert, arrivent au but quotidien, à la jonction du Réservoir Gouin et Haltaparche, en territoire Wemotaci. Là-bas, quatre marcheurs ont sacrifié la marche pour assurer le montage du camp et, ainsi, s’assurer que le camp soit prêt à accueillir les marcheurs qui arrivent les uns après les autres. Une bonne soupe au doré bien chaude et réconfortante accompagnée de banique attendait les arrivants. Ceci a pour effet de mettre un baume sur les cœurs et les jambes meurtries. Nous avons fait le « cercle de partage » pour nous féliciter de notre exploit quotidien. Tout le monde est content.

Pour ma part, je souffre d’hypothermie et je grelotte; mes bottes et mes bas sont détrempés. Mes acolytes, Mathieu Robert et Éric Hervieux m’ont été d’un grand secours. Marc-André a l’idée de faire chauffer de l’eau, d’en remplir les gourdes et de mettre celles-ci, avec nos vêtements et nos bas, dans les sacs de couchage et ainsi faire sécher et réchauffer le tout durant la nuit et notre sommeil. J’ai attrapé un rhume.

Nous dormirons dans une tente non chauffée à une température extérieure de -25!