Après avoir dormi sur le territoire de Joseph Awashish au km 168, nous nous sommes levés à 6 h alors qu’un feu crépitait déjà. Jaquelin Awashish avait pris soin de mettre des pierres chaudes dans notre tente pendant toute la nuit et nous étions donc reposés. Nous avons partagé et échangé beaucoup avec les gens qui étaient là en cette belle matinée. Guy a même fait une fausse demande en mariage, genou au sol, à Ginette avec comme cadeau un gâteau Vachon. Inutile de rappeler que les Innus et les Attikameks adorent rire. Nous avons continué le déjeuner avec de la confiture de bleuets fraîchement faite. Nous sommes partis à 7 h 15 du km 68 pour nous rendre au km 62. Nous avons marché jusqu’à 8 h 20 et Jasmin Flamand ainsi que Chrystelle Wezineau sont venus nous chercher pour nous ramener au km 68 où nous avons fait une pause-café et nous avons à nouveau ri de la fausse demande en mariage de Guy. Nous sommes repartis vers 9 h alors que Jasmin a décidé de marcher avec nous. Chrystelle nous a suivis en voiture, transportant l’eau et les vivres et prenant quelques photos. Je tiens d’ailleurs à remercier les Attikameks pour leur appui extraordinaire. Ils ont bien pris soin de nous à tout moment sur la route et pour la nuit et nous n’avons aucune inquiétude à avoir. Au km 80, Yvette Chachaï et cinq autres marcheuses sont venues se joindre à nous et plus tard, trois autres marcheurs les ont imités. Nous avons tous marché jusqu’au kilomètre 105. Aussi, au kilomètre 90, Ken Awashish et Allen Cleary, deux jeunes que j’avais rencontrés au camp de carrière santé du centre Nikanite de l’UQAC, se sont joints à nous et ont offert de filmer la marche et de photographier puisqu’ils étaient déjà formés par le Wapikoni Mobile. À un moment, je marchais seul et plusieurs réflexions me sont passées par l’esprit dont une réflexion sur la mort. J’en ai plus tard discuté avec Guy et je lui disais que je n’avais pas peur de mourir et je sais que la mort est juste une autre étape de la vie, le début de quelque chose d’autre. Si mon destin est de mourir jeune et que c’est de la façon dont mon destin doit s’accomplir, je pourrais certainement être serein dans cette destinée même si je souhaite vivre en jusqu’à 99 ans. Mon seul regret serait de ne pas voir mes enfants grandir. La vie est un cadeau et qu’il faut célébrer et vivre pleinement. Il faut vivre chaque jour comme si c’était le dernier, ne pas avoir peur de dire aux gens qu’on les aime et être capable de se pardonner et de pardonner aux autres. Ça m’a rappelé une chanson de Nickelback qui partage la même vision que j’écoute parfois : If today was your last day. C’est un peu ainsi que je vois ma marche : chaque pas est important et chaque pas va nous amener vers notre objectif. C’était un moment émouvant de la journée que j’avais envie de partager à mes lecteurs. Arrivés au kilomètre 105, nous avons été accueillis par la famille d’Antoine Awashish (alias Pabu) dans son territoire. Toute sa famille, soit plus de quarante personnes y étaient. Il y avait sur place plusieurs chalets et tentes. La famille Awashish venait tout juste de tuer un orignal et ils le dépeçaient. Nous avons eu à nouveau un réel festin de caribou, d’outarde, de perdrix et de doré ainsi que de gâteaux attikameks. Nous avons par la suite fait une cérémonie de la pipe, car le fils d’Antoine, Stéphance, est porteur de pipe. Antoine nous a beaucoup parlé dans un dialecte ancien qu’on appelle le dialecte de la forêt. Ce dialecte est commun aux Attikameks et aux Innus qui vivaient en forêt et qui partageaient autrefois le territoire. M. Awashish disait qu’il était très content de voir des marcheurs arrivés sur ses terres et que ça lui rappelait son histoire et celle de ses ancêtres. Ce fut très émouvant. Aussi, sa fille Nathalie et son fils Stéphane m’ont mentionné qu’ils aimeraient beaucoup participer à la marche cet hiver. Nous sommes allés nous coucher dans une tente préparée pour nous avec un lit de sapinage. Ce fut une autre belle journée remplie de beaux dialogues, d’échanges et de partages.