Départ des chutes Montmorency à 7 h 30. Je marche avec Gisèle, qui est de Wendake, et la conjointe de monsieur Roger Sioui, qui est la conductrice du minibus qui nous suit depuis hier pour appuyer les marcheurs. Garry Pennington nous suit avec une autre automobile pour assurer le soutien et la logistique. Il fait encore très chaud et ensoleillé. Marcel Lalo vient me rejoindre, mais il a des ampoules géantes au talon et pas de pansement. Je lui suggère de venir me rejoindre à midi et d’aller acheter des pansements à la pharmacie quand elle sera ouverte. L’équipe de tournage Prinome nous suivra aussi toute la journée avec Kim O’Bomsawin, ainsi que Myriam Dufour et ses amis, pour prendre des photos et des vidéos. Nous marchons sur le sentier pédestre qui longe les battures de Beauport avant d’emprunter le boulevard Sainte-Anne, puis le chemin de la Canardière jusqu’à Limoilou. Nous marchons à un bon rythme de 5 km à l’heure. Nous arrivons à la 3e Avenue, franchissons le pont et empruntons ensuite la rue de la Reine dans le quartier Saint-Roch. Nous arrivons au boulevard Langelier et marchons sur la rue Franklin, rue où habitait mon grand ami du secondaire, Joël Savard. Nous commençons notre ascension le long de la côte de la Pente-Douce. Nous avons un peu d’avance sur notre horaire lorsque nous arrivons en face de l’Hôpital du Saint-Sacrement. Il est 11 h 30. Je passe devant le site de la crèche Saint-Vincent-de-Paul. C’est l’endroit où je suis né, en 1965, car ma mère, n’étant pas mariée, et sauvagesse de surcroît, ne pouvait pas accoucher à l’hôpital à proximité de mères dûment mariées. On devait me donner en adoption à une famille catholique canadienne-française afin de sauver mon âme et me donner une bonne éducation. Mon grand-père, Xavier, en avait décidé autrement et avait demandé une avance sur sa saison de chasse à la Compagnie de la Baie d’Hudson pour aller me chercher et m’adopter. Mon défunt frère, Éric, qui est né au même endroit un an après moi, n’a pas eu cette chance. Le site de la crèche existe toujours, mais les bâtiments ont été détruits pour être transformés en belle résidence pour personnes âgées avec une réplique moderne de la chapelle. Il y a de vieux chênes centenaires encore debout, à qui j’ai parlé, car ils ont vu et senti bien des choses. Ils étaient là à ma naissance et à celle de bien des enfants qui sont nés à cet endroit. Je sens beaucoup d’émotions et je pense et prie pour ma défunte mère, Clarisse, Kameleushkuss (en français, la belle). Nous arrivons au parc devant l’hôpital Jeffery Hale, qui est aussi fermé. Ma filleule Thanissa y est née… Nous mangeons dans le parc et d’autres marcheurs de Wendake nous y rejoignent : Ève Bastien, sa fille Cheyenne, Nicolas Ottawa, Louis-Karl Picard-Sioui, son fils Haronhyatekha et le chien d’Ève, Charlot. Nous partons vers 12 h 30 et descendons la côte Saint-Sacrement. À la croisée du boulevard Charest et de l’avenue Saint-Sacrement, belle surprise : Marcel Lalo est là pour marcher avec nous. Gisèle décide à ce moment-là de se reposer dans le minibus, car elle a beaucoup de douleur après avoir parcouru près de 20 à 22 km à un rythme rapide. Nous marchons par la suite le long du parc linéaire de la rivière Saint-Charles, ou la rivière Kabir Kouba, qui signifie « la rivière du serpent ». Je comprends tout son sens. Elle serpente vraiment dans la vallée. Je ne peux m’empêcher de penser que mes ancêtres innus et wendat ont sûrement emprunté cette voie en canot et à pied. Je sens l’énergie des anciens. Par un pur hasard, je fais la rencontre du père Gérard Boudreault, qui est à la retraite près de là. Quel hasard! Il m’a écrit cette semaine sur Facebook pour me dire qu’il m’encourageait et qu’il priait pour moi. Nous discutons un peu et continuons de marcher sur ces sentiers. Arrivés au niveau du boulevard Père-Lelièvre, nous empruntons le boulevard Saint-Jacques, qui longe la rivière Saint-Charles. Nous arrivons au parc Chauveau, où nous rencontrons d’autres marcheurs wendat, dont Marjolaine Sioui et le fils de Richard, le conjoint de Marjolaine. Nous poursuivons notre chemin et arrêtons à l’intersection… du boulevard Saint-Jacques et de la rue de Compostelle. Saint-Jacques-de-Compostelle… un signe ou le fruit du hasard? Pour moi, un signe que je suis sur la bonne voie. Nous arrivons à Wendake, et mon fils Xavier, âgé de 5 ans, m’y rejoint. Quel beau moment! Nous marchons vers la salle Kondiaronk, où le Grand Chef de la nation wendat et quelques Innus nous attendent avec d’autres membres de la nation. Nous continuons tous ensemble notre marche jusqu’à l’église multicentenaire de Wendake pour symboliser le pèlerinage que les Wendat faisaient de cette église jusqu’à Sainte-Anne-de-Beaupré. Par la suite, nous retournons à la salle ou le Grand Chef nous rend un beau témoignage de soutien et de remerciement, suivi d’un goûter. Des journalistes et photographes sont présents. Je donne une entrevue au journal Le Devoir. Voilà 68 autres kilomètres derrière nous. De retour le 6 septembre.