Jour 8 - ... En passant par Waswanipi!

Nous sommes arrivés ce mardi soir à 22 h 30 à Waswanipi; le président du Conseil des jeunes, Ryan Trapper, nous attendait pour nous amener au site du campement des Cris. Là, j’avais cru comprendre que l’on passait la nuit dans un chalet; et bien….. c’était une TENTE! J’ai l’habitude de coucher dans des campements des plus rudimentaires, mais cette fois-ci, je n’avais pas l’équipement adéquat pour le faire… j’avais avec moi mon sac de couchage d’automne! Nous y avons été reçus par Alan Cooper, le responsable des expéditions cris et organisations de plusieurs marches, qui lui ne craint aucunement ce -35 que nous devions affronter ce soir avec son équipement hivernal. Pour vous dire, Jean-Charles, qui n’a jamais froid, s’est levé 5 FOIS pour chauffer le poêle, car lui aussi n’avait que son sac de couchage d’été! Nous étions complètement gelés… Je ne suis pas arrivé à me réchauffer de toute la journée! Quelle expérience!

Après un déjeuner plus que copieux, où tout est bon, nous avons rejoint un groupe de jeunes et leur leader, John Dixon, qui nous attendaient. Je leur dis que je suis honoré de venir marcher ce 16 kilomètres avec eux sur l’Eeyou Istchee, le territoire cri….

eeyou = humain…..

innu = humain……..

irinew = humain…….

Les trois mots cri, innu et attikamek, mots cousins issus d’une même souche veulent tous les trois veulent dire humain!

Après une prière à Kitche Manitou, nous entreprenons notre marche. Il fait froid; — 30 degrés! Je marche avec mes lunettes de skis au visage; j’ai les yeux qui gèlent! Après un quelque temps, nous marchons sur le lac Renaud. Alan, qui marche près de moi, me dit : « Vas-y… Prends la tête de file… Va devant! » J’ai marché durant 3 kilomètres accompagné de Phili, la chienne husky d’Alan, et d’un autre chien. Quel honneur il m’a fait!!

Vers midi, nous arrivons à un campement où nous attendent des ainés, la présidente du Conseil culturel cri, Diana Read, et où nous pouvons nous restaurer. Un bon feu, un bon goûter de soupe au poulet et nouilles, des sandwichs, et….. de la pizza à l’orignal nous sont offerts! Un vrai délice! Et nous continuons notre marche….. rassasiés.

Nous continuons pour encore un bon 6 kilomètres…. Et nous sommes accueillis au chalet communautaire par un bon groupe de personnes, dont le chef Paul Gull de Waswanipi. J’y fais une présentation devant de jeunes adultes et des ainés; je remercie grandement la communauté de Waswanipi dont les marcheurs, Alan et John, pour m’avoir accepté comme un des leurs, pour m’avoir laissé la tête de file, qui pour moi, est un gage de confiance! Je suis honoré! Et je reçois de John un cadeau… Une pelle d’hiver crie sculptée à la main…. un héritage reçu d’un défunt, signé par tous les marcheurs… Je suis touché, car c’est un cadeau  porteur de sens! MEEGWETCH!! MEEGWETCH!!

Et nous avons droit à un festin traditionnel ou la viande de bois est à l’honneur! Je mange du castor et de la queue de castor… un met par excellence pour les Autochtones! Le castor, pour nous, c’est l’équivalent du veau ou de l’agneau pour la population générale. Une viande riche, raffinée, hypercalorique… et médicamentée. Je dois expliquer que les animaux sauvages se nourrissent de ce qui nous sert de médicaments à nous, les Autochtones! Ces animaux sélectionnent leurs aliments, se nourrissent de plantes, d’écorce d’arbres, ce qui leur confère des vertues médécinales. Les rognons de castor ont une grande valeur en ce sens. On y a reconnu pas moins de 40 produits reconnus et retrouvés en pharmacie moderne. Et que dire du dessert et de nipishapu….UN FESTIN DE ROI!!! On nous offre encore des cadeaux : une tuque, une montre et un couteau croche, outil traditionnel excellence, de survie. On peut tout faire avec un couteau croche!! Nous sommes reçus comme des rois! Vous êtes si généreux!! … L’ainé fait la prière, remercie kitci Manitou pour tout…

Je me souviens que mes grands-parents appelaient le peuple cri « les Innus de la Baie-James »; ils se rencontraient sur les territoires de chasse qui se chevauchaient. On y parlait une langue commune, « nutsheniu aimu », la langue de la forêt. Je crois que cette langue est en fait l’ancêtre, la langue source de nos langues autochtones respectives, car on trouve beaucoup de similitudes entre elles. Une langue qui a évolué selon la sédentarisation des communautés.

….MEEGWETCH PEUPLE CRI…..Je reviendrai dans deux ans pour marcher l’Eeyou Istshe, de Pikogan à Waswanipi, Oujé-Bougoumou à Mistissini.