Jour 13 - Colloque régional sur la prévention du suicide

Malgré le fait que nous dormions dans une maison mobile des plus confortables, j’ai passé une nuit plutôt fatigante. J’ai dû me réveiller 7 ou 8 fois pour mettre des bûches dans le poêle, comme j’avais fait les 3 dernières nuits sous la tente ! Décidément, les habitudes s’installent vite lorsqu’il est question de survie ! Au matin, Maxime a concocté son dernier déjeuner. Il reprend le chemin vers Chicoutimi ce matin ; Diane et Gaétane en feront autant vers Amos. On mange ensemble… on se prépare… Et, c’est le départ. On se quitte dans un amas de bécots entremêlé de colleux. C’est difficile de se quitter après avoir été ensemble si intensément dans l’effort et les difficultés, mais il faut lâcher prise.

Vers les 9 h, nous nous rendons au premier colloque régional cri sur la prévention du suicide qui se tient ici pour les trois prochains jours. J’ai été invité en tant que conférencier. Plusieurs conférenciers et présentateurs sont là, entre autres : le Chef Marcel Happyjack, Mme Bella Petewabano (présidente du Conseil d’administration, CBHSSJB), M. Jack Otter (coordonnateur, Prévention suicide Waswanipi), Mme Pauline Bobbish (PPRO Mental Health, CBHSSJB), Mme Mélanie Neeposh (Chef des jeunes de Waswanipi) et M. Jacob Ottereyes (président, Waswanipi Myupimaatisun Committee). J’assiste à leurs conférences en compagnie de Mathieu, notre coordonnateur, et de Nick qui est encore avec nous. Plusieurs points sont amenés ; on parle de sécurité et de sûreté pour les personnes de nos communautés, car l’insécurité rend plus vulnérables. Nous parlons aussi d’interventions, de méthodes pour contrer ce fléau qui affecte nos communautés et nos peuples. Tous les acteurs, toutes les sphères de la société sont appelées à agir de façon coordonnée sur ce sujet. Ne plus tolérer la violence, l’intimidation, les liens avec l’alcool et la drogue dans nos communautés. L’apport de chacun des conférenciers est des plus intéressant et pertinent.

 

C’est à mon tour maintenant, mon temps de parole. Je parle de ma vie, de l’importance de mes grands-parents, de la culture dans ma vie, de la mort de mon grand-père qui a été happé par un homme en état d’ébriété et qui n’a pas été accusé —  à 16 ans, cette étape m’a particulièrement affecté — à tous ceux que j’aime, qui ont eu une influence sur ce que je suis devenu en tant qu’individu. Je partage les étapes de ma vie, les bonnes et les moins bonnes ; je relate les chemins pris pour m’en sortir. Choose life ! Choisissez de vivre ! Je suis à fleur de peau ; mon péripledes derniers jours m’a rendu très sensible. Je sens bien que tous ceux qui sont ici me comprennent et sympathisent.

Je demande à Nick de partager les motivations qui l’ont amené à nous accompagner. Il prend la parole et, avec une sérénité désarmante, il livre un éloquent message. L’auditoire est conquis ; tous se lèvent pour applaudir Nick, tous viennent le voir pour le féliciter et le serrer dans leurs bras. J’espère que Nick ressentira cette abondance d’amour et de reconnaissance longtemps ; j’espère qu’elle saura lui fournir la force de rester sur le droit chemin. Je suis si fier de lui, de ce qu’il a accompli pour LUI !

Nous avons aussi montré le film « De Compostelle à Kuujjuuaq ». Le film est très bien reçu malgré la barrière de la langue ; Waswanipi est majoritairement anglophone. J’aimerais tant qu’il soit possible de traduire le film et mon livre ; l’anglais est la langue seconde de plusieurs communautés des Premières Nations. Ceci implique un financement d’une importance certaine.

S’en suit une séance d’autographes et de partage avec les gens de l’auditoire et les intervenants au colloque. Le message est très bien reçu et j’en suis ravi. Nous aurions très bien pu prendre part au souper organisé pour l’occasion, mais ma conférence était d’une telle intensité qu’elle m’a complètement vidé physiquement et surtout émotionnellement ! J’ai grand besoin de me ressourcer, je préfère me retirer… retrouver ma bulle. Je visite les écoles demain et mercredi ; je dois préserver mon moi émotif pour pouvoir donner à nouveau.

Nous soupons donc en mémoire de Maxime ; il reste du chili con carne ! Un souper tranquille en compagnie de Mathieu et de Nick qui doit se reposer, sa blessure au muscle du genou oblige. Il faut du temps. Il doit moins marcher pour un certain temps. Il nous accompagnera toutefois dans les écoles. Il est un si bel exemple à montrer et à citer ! Je suis fier qu’il soit avec nous ; il donne un sens certain à ce périple. Il personnifie l’objectif que je me suis fixé quant à l’Innu Meshkenu. Nick en est l’exemple par excellence ! Il sera, j’espère, l’un des ambassadeurs de ce message.

Je dédie cette journée intensément remplie d’émotions à tous mes frères et sœurs qui passent par des temps difficiles. Sachez qu’après la nuit noire, le soleil revient… et qu’il y a des gens qui peuvent être la lumière pour nous éclairer dans cette noirceur… Allez vers eux !!

Je dédie aussi cette journée fructueuse à quelqu’un de bien spécial. Kevin Brosseau, que j’avais rencontré à Oujé-Bougoumou ; il était linguiste au musée de l’endroit. Il fait maintenant sa formation en médecine. Il est présentement en convalescence. Je souhaite un prompt rétablissement à ce jeune homme qui est une fierté pour son village d’origine, Waswanipi. Kevin, tu es un modèle pour toutes les nations autochtones. Prends soin de toi… Je pense à toi !