Jour 12 - Waswanipi, nous voici !

Et voilà… dernier jour ! Mais d’abord, je dois vous dire que nous avons dégusté tout ensemble le dernier souper « de camp » du maintenant réputé Chef Maxime. Je dois vous dire que nous avons la chance d’avoir un jeune chef futé ; Maxime a cuisiné tous nos repas à l’avance, avant l’expédition. Tous les mets ont été cuisinés, scellés sous vide et congelés. Il ne restait ensuite qu’à choisir le repas selon la planification de l’horaire et le réchauffé dans un contenant d’eau bouillante ! Pas de chaudron à récurer ! TRÈS INGÉNIEUX, notre jeune chef !!

Après avoir mangé et bien ri avec Nathalie et Kimberly, nous nous préparons pour la nuit. Ce soir toutefois, comme j’ai fait de terribles cauchemars la nuit précédente, nous avons fait une fumigation à la sauge pour tranquilliser les esprits perturbants. Mis à part le fait que j’étais de garde pour nourrir le feu du poêle, nous avons bien dormi.

Au matin, Diane — qui a dormi dehors — vient nous tirer de notre torpeur. On doit tout, tout, tout ramasser ce matin ; on doit s’assurer que tout est bien rangé, car cet équipement sera rangé pour de bon cette fois. On déjeune au couscous au coulis de petits fruits ! Et oui, le « Chef Maxime » cuisine à l’international ! Bourratif et plein d’énergie ! Avec le café « force 10’ de Diane, nous sommes si rapides et alertes que nous avons terminé le démontage du camp à 9 h 30 !

Nous attendons les gens de Waswanipi pour faire le cercle de partage. À 9 h 40, nous accueillons Irene, Shirley et Emily. Irene marche avec un magnifique bâton de marche cheyenne qui lui a été offert lors d’un sundance dans le Dakota du Sud. Irene en est fière… comme je suis fier du mien, à première vue moins impressionnant, mais rempli de 11 000 rêves ! … Cercle de partage et offrande de tabac, Irene fait une prière en cri, Gaétane en atikamekw… Je fais la remarque que quatre nations sont présentes en ce moment : cri, atikamekw, anishnabe et innu qui marcheront ensemble, quatre nations traditionnellement alliées de tous les temps… à la chasse ou à la guerre.

Et nous sommes en marche pour 15 km. J’ai sorti mon traîneau Innu Meshkenu, symbole de la marche d’hiver ; mon sac à dos et mon sac de jour sont chargés dessus. John Kitchen et sa famille sont présents et font la route avec nous. Nous avançons tous ensemble en parlant d’une multitude de sujets. Nous arrivons à un endroit où sont rassemblées plusieurs personnes, des gens de Waswanipi. Un camion de pompier précède les marcheurs.

Nous sommes à deux kilomètres du village et le Chef Marcel Happy Jack, des aînés et des gens de la communauté sont ici pour se joindre à nous et terminer ensemble ce périple de 250 km. En plus d’avoir plusieurs relations communes, encore une fois, les similitudes linguistiques entre nos nations sont au cœur de la conversation. Il m’explique que les Cris de Waswanipi, d’Oujé-Bougoumou et de Mistissini — les Cris de l’intérieur — ne se disent pas eeyous, qu’il existe une différence avec les Cris qui longent la frontière Québec-Ontario. Les “in-land Crees” se définissent en tant qu’Innus de Waswanipi en fait. Nos langues se ressemblent énormément ; nous utilisons pratiquement les mêmes mots ! Je remarque aussi que les aînés ne remercient pas Kitce Manitou par “meegwetch”, mais bien par le “tshinashkumitin” innu, tout comme les Cris du nord de la Saskatchewan ! Les liens de notre langage nous ressemblent et nous rassemblent ! Tout ceci me rapproche de mes ancêtres, de mes grands-parents, du langage de la forêt, de la proximité des chasseurs et de l’importance de l’entraide entre eux… de la force et de la sécurité que l’on a lorsque l’on est en groupe. Finalement de l’importance de marcher d’un seul pas, de parler d’une seule voix pour se faire entendre haut et fort à différents niveaux. Mamu est plus fort !

Nous arrivons à Waswanipi et nous rendons au centre communautaire au bord de la rivière ; là il y a un shaputuan dans lequel nous nous rassemblons tous : marcheurs, habitants de Waswanipi, les aînés, les enfants. Le Chef nous parle ; son allocution est suivie de celle d’un aîné, M. Awashish, nom très courant chez autochtones et qui est originaire de mon village natal, Pessamit. Nous partageons un fabuleux festin ensemble et nous avons beaucoup de plaisir !

Et c’est la fin ! Nous devons maintenant nous séparer… Nous avons tissé des liens si serrés entre nous durant ces 12 jours ! Nous scellons nos liens par un cercle de partage et Nathalie et Kimberly retournent chez elles à Pikogan. Nous avons tous le cœur gros. Un départ émouvant ; nous avons toutefois que nous resterons liés par le cœur et par les émotions.

En tirant mon traîneau aujourd’hui, j’ai sué toutes les gouttes de mon corps… Je dédie notre journée et nos efforts aux peuples abénaquis, wendat et mohawk. Sachez, frères et sœurs, que je pense à vous tous.