Nous dormons comme des loirs! Bien évidemment, nous sommes fourbus en fin de journées, mais les nuits ici sont réconfortantes et réparatrices! Après un bon 8 heures de sommeil, nous nous levons, frais et dispos. Pour ma part, cela fait tellement longtemps que je n’ai pas dormi de la sorte! Je suis accueilli à table par Sophie et Simon qui me tendent un café.

La température est sublime; beau soleil, petite brise… Parfait pour une bonne marche! Nous sommes tous attablés pour déguster un déjeuner de costauds, de bûcherons! LA TOTALE!! Œufs, patates rôties, saucisses, cretons… Et, en grande finale, une platée de chicoutés! Je développe une réelle dépendance à ce petit fruit! Ensuite, le temps de la clinique de pieds s’installe; quelques-uns commencent à avoir des infections d’orteils, ce qui implique la prise d’antibiotiques.

Mes routards prennent la route. Je reste derrière, j’ai des trucs à planifier, à organiser pour la suite des évènements. J’en profite pour prendre quelques photos du quai de West St-Modest. Magnifique endroit! Le soleil brille… Tout à fait magnifique! Je pars en direction de Redbay, seul… avec moi-même. La route longe la rivière Pinware. Il fait de plus en plus chaud. Le soleil de septembre prend de la vigueur au cours de l’avant-midi… les derniers soubresauts d’été avant la rigueur de l’automne.

Le flot de la rivière berce mes pensées et je précipite dans une phase méditative; je pense à mes enfants, à mon fils… ils me manquent. Je remercie la Providence pour la beauté, le bon, les gens qui font parties de ma vie. Aujourd’hui, je dédierai mes efforts et mes souffrances aux gens de Sheshatshiut, à ceux que l’on verra bientôt, à ceux qui luttent contre la vie difficile. Aussi, je la dédie aux 2 marcheuses, Anastasia Qupée et Helena Andrew, qui nous rejoindront sous peu. Pour elles, du COURAGE, SANTÉ, ON A HÂTE DE FAIRE VOTRE CONNAISSANCE. Je dédie ma journée au développement d’une belle communauté en santé.

UNE DEMANDE SPÉCIALE À LA COMMUNAUTÉ DE SHESHATSHIUT ET LA CORPORATION INNU NATIONS :

Bientôt, nous entreprendrons un tronçon de 400 km entre Mary’s Harbor et Goose Bay, au cours duquel il n’y a aucun poste de ravitaillement. Nous éprouverons sans doute des problèmes logistiques de ravitaillements durant ce trajet. Nous aurons à fait plusieurs allers-retours à faire durant ce trajet. J’aimerais savoir s’il y a possibilité pour vous d’organiser un ravitaillement à mi-chemin entre les 2 villages. Nous aurons besoin de quelques bidons d’essence et de vivres, tels : viande de bois, patates, boissons, légumes et fruits, banique… Et sacs de chips!! Nous appelons à votre générosité Sheshatshiut, en support aux 2 marcheuses qui vous représentent!

Je traverse la rivière Pinware, qui m’offre une vision extraordinaire! Le son de la rivière, sa beauté me transcende. Il y a une nouvelle route, défendue aux véhicules et aux gens. Je choisis donc la vieille route, qui a 4 km de plus… mais 4 km de beauté sur lequel je vois une montagne… qui me ramène en Espagne, à Compostelle où ce rêve a commencé… il me manquait 200 km pour terminer cette route, car la maladie m’en a empêché. Et je décide alors qu’en 2015, à la fin de ce projet de 5000 km dans mon pays, je retournerai finir le tronçon de 200 km manquants à la finalité du trajet de Compostelle et ainsi, « boucler le rêve »! J’aurai été à Compostelle, mais mon chemin est chez moi! Comme ceci, le tout prendra tout son sens! Où mon rêve est né, je retournerai le terminer!

À 25 km plus loin, je vois que je suis attendu par 3 personnes; Alice, Liz et Phil, qui sont employés à Parc-Canada, tout 3 de Redbay. Ils sont venus m’accompagner dans mon dernier bout de chemin avant l’arrivée à destination. On me fait savoir que mes compères de marche sont maintenant accompagnés de Lorenda Brown, Tammy Bridle et Clarus Bridle de Redbay. Et nous parlons du Centre d’interprétation où ils œuvrent. On y expose des artefacts du passage des Basques, pêcheurs de baleines, dans la région. Je leur dis que les Innus avaient de bons rapports avec les Basques. Les « kakeshess », les pêcheurs, la première appellation que les Innus ont eue pour les allophones… Une discussion des plus intéressantes dans un paysage fantastique.

Lorsque nous arrivons à Redbay, j’ai tellement mal aux pieds que Liz, Phil et Alice doivent m’aider à terminer la marche. Nous nous rendons à notre loft, une sorte de dortoir qui nous donne une vue absolument grandiose sur le paysage, tellement magnifique tel qu’on le voit dans les livres. Nous participons à un Pot-luck offert par les gens de Redbay. Nous rencontrons aussi les 15 à 20 élèves et je leur dis que l’on se verra le lendemain. Leur professeur et son fils adoptif, un Inuit nommé Mathew sont présents; il me dit que son rêve est de devenir un agent de la RCMP… et je vois dans ses yeux la flamme qui ne ment pas… Mathew, un jour tu seras agent de la RCMP… ne laisse pas tomber, crois en tes rêves, poursuis tes rêves!