Jour 1 - Vers Cacouna

… 4 heures du matin… Encore un tout petit temps dans la chaleur du lit… Dans mon dos, la petite Béatrice me donne de petits coups de pieds, directement du ventre de sa maman. Je la sens… Bébé-fille ne dort pas et fait tout pour que je me lève enfin! On se lève donc, pour se voir un peu. Xavier se lève lui aussi; je lui fais savoir combien je suis fier de lui, que je crois en lui. Je ne me lasse pas de l’encourager à persévérer, à courir ses rêves… Tous les parents devraient le faire sans cesse, sans retenue. L’encouragement sans compter pour que nos enfants croient en eux-mêmes!

Nous entreprendrons la quatorzième étape, une étape qui s’avère spéciale; elle est entreprise à une époque très trouble pour nous, autochtones. Les vagues de suicide qui déferlent sur Attawapiskat, sur Kuujjuaq, à Sept-Îles… la violence du Lac-Simon, de Val-d’Or… des moments si difficiles, et c’est exactement pour cette raison que j’ai entrepris cette marche! En 2008-2009, la situation des jeunes m’interpellait; Natwashish, Davis Inlet… aspirer la colle… suicide… troubles psychosociaux… conditions de vie pas évidente… Tout ceci était les éléments déclencheurs pour l’instauration de cette marche… Et elle prend encore plus de sens aujourd’hui avec  tout ce qui se passe dans différentes communautés. Je pense à tout cela en me rendant au point de départ à Cacouna… Des pensées positives! Des pensées positives sont de mise… pour tous! Pour toutes ces communautés éprouvées, pour tous ceux qui ressentent les difficultés… Pour ma petite cousine de Pessamit, Thérèse Rosseleau, qui a perdu son fils, Sylvestre « Shilpess » Copeau, décédé hier.  J’envoie mes prières et mes condoléances à toute la famille. Beaucoup de monde à qui penser…

Je conduis vers le bas St-Laurent, un coin de pays que je connais pour y avoir travaillé. J’arrive à Cacouna, point de départ de cette marche. Ahhh! Je reconnais des visages : Gaétane Petiquay, Diane Moreau, Brigitte Fournier, Audrey Petiquay… des nouveaux visages… de nouveaux logisticiens… Le Dr Horacio Arruda, directeur de la santé publique, Mme Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie…. Anne Archambault, Grand Chef des Malécites qui m’accueille. Après les allocutions d’usage, un cercle de partage, interviews à la radio et la télévision, nous entreprenons la marche.

PHOTO: La ministre Lucie Charlebois et le Dr Horacio Arruda ainsi que le Dr Sylvain Leduc, directeur régional de la Santé publique du Bas-Saint-Laurent.

Mon bâton de marche des 10,000 rêves choisit de faire le chemin avec différents marcheurs… tantôt l’un, tantôt l’autre… Il fait beau… le soleil est de la partie! J’ai parlé à plusieurs personnes. Il y a une petite famille Micmac qui marche avec ses enfants. Je discute aussi avec Mme La ministre Charlebois ainsi que le Dr Arruda des conditions des Premières Nations, des déterminants de la santé, l’accès à l’eau de qualité, à l’éducation… mais par-dessus tout, de l’engagement de tous les gens de la communauté; sans cela, rien n’est possible. Les argents doivent être investis sur le capital humain et non le capital immobilier. Tout ceci pour favoriser les conditions qui permettront aux gens de développer leur plein potentiel.

 
Aujourd’hui, nous marchons 7.8 km. Nous sommes rejoints par le maire de Rivière-du-Loup qui vient marcher avec nous. Nous arrivons au Camping de la Pointe où nous ne pourrons pas camper. Trop de neige et de gadoue encore! Pour souper, poisson et riz… pour dessert, je partage le reste du chocolat Lulu de Chicoutimi, gracieuseté de Colin Tremblay! Et nous regardons le soleil se coucher sur le fleuve et sur le territoire innu de l’autre côté et de Charlevoix, chez moi, quoi!

J’ai reçu plusieurs cadeaux de la communauté Malécite et je vous remercie de tout cœur!

Je dédie ma journée aux Malécites, le peuple hôte, merci à vous! Aussi, je dédie mes pas à mon ami décédé récemment, Dr Réal Lacombe de l’Abitibi. Il était l’instigateur du projet « Villes et villages en santé », un concept inspirant à imiter puisqu’il incite au développement de conditions de mieux-vivre et de bien-être pour chacun en mettant tous les gens de la communauté à contribution et ainsi, permettre à tous de rêver et de réaliser ces rêves sans contrainte. Mes pensées vont vers le Dr Lacombe et sa famille.