Jour 9 - Retrait en bulle

La nuit fut bonne, mais trop chaude à mon goût ! Il faisait très chaud dans le chalet, j’ai dû en enlever une ou deux couches ; on dort si mal dans de telles conditions ! Je me rendors jusqu’à 6 h. Là, tout le monde se lève, car une bonne journée nous attend. Pour déjeuner, un Max muffin et une Max patate ! Quelle chance nous avons d’avoir un cuisinier comme Maxime !

Après un bon déjeuner copieux, nous sommes prêts pour notre journée. Le cercle de partage fait, nous prenons la route. Les marcheurs partiront du kilomètre 156 pour se rendre jusqu’au kilomètre 180 ! Je pars du kilomètre 144, seul… vent de face du nord-est, les jambes lourdes comme de la roche ! J’ai marché rapidement hier pour rattraper les autres, et comme j’ai dû arrêter durant le week-end, le retour à la marche de fond est plus difficile.

Comme je suis seul, je rentre rapidement dans ma bulle. Ceci me permet d’oublier la douleur et de perdre la notion du temps et du coup, le faire paraître moins long. Je prie… pour mes enfants : Xavier, Chloé qui prépare son expo-science, Sophie marraine et bébé Béatrice-Kamelesskuss — Beatniss en innu ! — mes beaux enfants qui j’aime tant ! Je prie aussi pour mes sœurs, Myriam et Nadia, et leurs familles. Je prie aussi pour ma compagne de vie et maman de Béatrice, ma Geneviève, qui vivra un grand moment demain : sa soutenance de thèse ! Le couronnement d’une dizaine d’années d’efforts et de travail titanesques ! Je suis si fier de toi ! Je pense à toi très fort, demain également !

Je pense aussi à tous ceux qui sont disparus ; j’espère qu’ils sont bien où ils sont. Je leur demande de m’envoyer protection et énergie, car je trouve le périple difficile aujourd’hui. Je leur demande aussi la force d’aller jusqu’au bout malgré la douleur… Oui ! Ma bulle de réflexion me permet de vivre le moment présent sans trop penser aux kilométrages à couvrir.

Et j’ai marché 33 km aujourd’hui, malgré la douleur ! Mes marcheurs, eux, ont couvert 24 km et Nathalie en a marché deux de plus !! Ils sont formidables quand on les voit affectés par les blessures habituelles pour les grands marcheurs ; Nick fait une périostite tibiale — une inflammation au-dessus du genou — une tendinite à la cheville pour Kim, Gaétane a encore ses blessures à l’aine et aux pieds ! Des blessures de fins de parcours. Le moral, lui, est tout à fait intact et fort !

Une fois arrivés à notre emplacement du soir, nous mangeons tous ensemble une bonne soupe qui nous réchauffe le corps et le cœur ! La soupe, c’est un classique de l’arrivée après une journée de marche. Nous nous amusons et rions ensemble durant le souper, avant de nous laver et d’aller dormir. Une bonne journée nous attend demain. Nous couchons dans la tente demain ; le camp reste à monter.

Je dédie la journée aux peuples Naskapis et Inuits, plus particulièrement aux deux marcheurs du trajet Schefferville/Kuujjuaq, Job Nelson Guanish et Jimmy Shecanapish, décédés accidentellement à Montréal l’an dernier. Je pense à vous tous et vos familles et je vous assure qu’ils ne seront pas oubliés ! … Un salut particulier à Lalik !