Ce matin… 6 h 30 debout! Un petit déjeuner avec fiston et entrevue radiophonique avec CBC avant de rejoindre les autres marcheurs qui arrivent par bus en provenance de Listiguj et Gesgapegiag…. et finalement être une quarantaine de marcheurs à prendre le départ. Le député de la région, Philip Toone, le maire adjoint de Carleton, Raymond Deslauriers, Amir Khadir et sa famille sont des nôtres, sous le beau soleil et une température clémente, pour écouter les allocutions des notables.

La marche d’aujourd’hui est tout particulièrement dédiée aux gens de Lac Mégantic. J’y étais dernièrement, en tant que chirurgien-remplaçant. La blessure béante est inimaginable. Un collègue médecin ne peut réintégrer sa maison, un autre a perdu son gendre… La peine de ces gens est indescriptible! Une cicatrice profonde… physique et émotionnelle! Ce qui me touche particulièrement est l’extraordinaire résilience des gens de Lac Mégantic! La vie continue malgré la douleur extrême qui les afflige. À tous ces gens, à mes collègues blessés… je suis avec vous.

Aussi, je pense aux gens de Campbellton, aux parents et amis des deux petits qui sont maintenant petits anges du Ciel. Mes prières vont vers vous.

Je fais des entrevues pour les radios locales en marchant. Les journalistes de TVA, du Soleil et des journaux locaux sont parmi nous. Je fais un bout de route avec Amir Kadir et sa famille, ce qui me donne le temps pour converser avec eux.

J’ai aussi la grande fierté de marcher avec mon fils Xavier; il me suit, tout près derrière… à la file indienne. Je prends soudain conscience de quelque chose de fantastique; petit Xavier suit grand Stanley, alors qu’il y a une quarantaine d’années, petit Stanley suivait grand Xavier (mon grand-père)! Un heureux hasard transgénérationnel!! Je fais part de ma réflexion à fiston qui me dit que, peut-être un jour, un autre petit Stanley suivra un autre grand Xavier! … J’ose espérer qu’il se souviendra qu’un jour, il a marché dans mes pas comme je l’ai fait avec mon grand-père! Il réussit, malgré son jeune âge à marcher 10 km après quoi, Jean-Charles, le coordinateur d’Innu Meshkenu, le ramène à sa gardienne Marianne.

… Je marche seule pour un moment; je fais le point… et j’augmente la cadence pour rejoindre les autres; une dame de Eel River Bar, notre courageuse ainée Catherine, Greg qui habite à Carleton, Alyssa et son amie avec qui j’ai parlé de spiritualité autochtone. Je fais un bout de chemin avec Darcy Grey… et aussi Guy Tremblay, un Saguenéen de cœur qui habite maintenant la Gaspésie. Il connait certaines personnes de ma famille. Les chemins se croisent parfois! On discute ensemble de l’effet thérapeutique, physique, mental de la marche. La marche permet de vivre le moment présent, de ne pas trop s’en faire avec le futur, qui guérit le physique, le mental, le spirituel.

Nous sommes accueillis par un groupe de Listiguj, membres du conseil de bande, à la Savonnerie du village d’Escuminac. Des boissons et sandwiches nous sont offerts. Je fais le plein de produits pour le bain. C’est un endroit magnifique; on peut voir Dalhousie au loin, de l’autre coté du d’eau. Ces paysages sont gravés dans ma mémoire. Les gens arrivent peu à peu…. et, à ma grande surprise, Amir Khadir finit la marche avec ses filles! Ils m’ont vraiment impressionné et je taquine Amir en lui disant que maintenant, je sais qu’il n’est pas qu’un parleur, c’est aussi un FAISEUR! Je connais Amir depuis plusieurs années; nous nous sommes connus chez son ancien patron, le Dr. Richard Morrisset, pour qui j’ai beaucoup d’estime et d’admiration. Amir me fait part de la maladie de celui-ci, ce qui me bouleverse. Je lui envoie tout mon énergie et courage en vue d’une prompte guérison.

Nous prenons tous l’autobus de retour. J’amène mon fils au sommet du mont St-Joseph. La vue y est à couper le souffle!

Après souper, j’ai la peine de me rendre compte que j’ai perdu mon bâton de marche, celui que l’on m’a offert en 2011 à Pessamit. Je l’ai oublié à l’endroit où j’ai donné ma conférence à Carleton. Ce bâton, que j’avais vu en songe, transporte les énergies d’une foule de personnes. Peut-être qu’il était destiné à quelqu’un d’autre, l’inspirer positivement.

J’ai lâché prise sur ce bâton de marche et de parole, d’une grande signification pour moi… mais si quelqu’un le retrouve et décide de me le ramener, je serai fort heureux de le reprendre.

… Et je rejoins mon fils pour la nuit.