Jour 8 - Retour à la marche... retour vers ma gang !

Mon retour parmi les marcheurs fut des plus ardus. La mauvaise température à Montréal complique le décollage des avions; une fois à bord, nous sommes retardés par l’absence d’équipage… et une fois l’équipage sur place, nous sommes encore une fois retardés dû au manque de personnel pour embarquer les bagages à bord! Décidément ! Il fait de plus en plus mauvais dehors. Tout ceci retarde également mon arrivée à Val d’Or où Mathieu m’attend. Nous décollons avec 2 heures de retard.

Sur la route de Val d’Or à Lebel-sur-Quévillon, Mathieu me raconte les évènements des derniers jours. Je suis fier de mes marcheurs. Quelle détermination ils ont! Et que dire de Nick? Je suis ravi de ce que j’entends à son sujet! Il a pris la responsabilité que je lui ai laissée avec tant de  sérieux! Il a informé, comme je le fais et il a même invité les gens à transmettre leurs rêves au bâton!! Il est réellement inspiré par la marche et le bâton. Il a démontré qu’il est un digne ambassadeur de l’Innu Meshkenu! Comme j’ai hâte de le voir tout à l’heure! En réfléchissant bien, je me rends soudainement compte que mon message porte même si je n’y suis pas… l’Innu Meshkenu aura des répercussions à long terme, ce qui me rend heureux.

Nous arrivons à Lebel-sur-Quévillon. Une petite neige tombe, il doit faire -6 ou -7. Maxime m’a préparé une collation : un sandwich-banik à l’orignal! Une spécialité digne des grands chefs. Je mange en me préparant à rejoindre les marcheurs. Et je pars à mon tour.

Tout un défi aujourd’hui a été relevé. Une erreur de calcul fait que les marcheurs ont marché un peu plus que prévu… 5 km de plus, en fait! Mais, tout le monde relève le défi avec brio. Nathalie et Kimberly sont ensemble sur la route; elles marchent d’un bon pas en jasant. Le café ramené de Val d’Or semble leur donner un bon coup de pouce!

Quelques kilomètres avant la fin du trajet, je vois Nic qui avance avec l’énergie d’un homme qui commence la marche. Comme j’ai commencé après tout le monde, je marche surtout seul le trajet. Je ne rencontre presque personne; quelques voitures s’arrêtent pour m’offrir un ‘lift’, même la police …. vous voyez?… un marcheur seul dans le milieu de nulle part!

J’arrive au terme de mon trajet quotidien. Gaétane et Diane m’accueillent et on se prépare à souper avec la communauté de Lebel-sur-Quévillon que nous remercions pour le bon repas! Ensuite, nous visionnons le film documentaire « De Kuujjuaq à Compostelle »; une quarantaine de personnes sont présentes.

Une discussion s’en suit. Je réponds à une multitude de questions sur l’importance d’avoir des modèles, la pertinence des réserves que plusieurs voudraient voir fermer. À ceci, je réponds que les réserves sont le berceau de notre culture et de nos traditions. Il est certain qu’il est important de développer le plein potentiel des jeunes et que, pour ce faire, ils doivent la plupart du temps quitter leur communautés pour leur offrir un avenir, mais que c’est là que tous les autochtones doit retourner pour se ressourcer, pour se reconnecter avec ses racines identitaires qui nous rendent fiers de qui l’on est. Ainsi, on peut être autochtone partout dans le monde. Pour moi, Pessamit est primordiale; c’est la terre de mes ancêtres, le terreau de mon identité. Il doit en être ainsi pour tous les membres des Premières Nations, peu importe la réserve d’où l’on vient.

Nous retournons nous préparer pour la nuit. Demain, 24 kilomètres sont à l’horaire. Je suis si fier de toute ma gang! Déjà plus de 160 kilomètres de couverts!

Je dédie ma journée à mon peuple, les Innus… Mes prières sont avec vous, frères et sœurs.