… Nous sommes restés près du feu un bon moment avant de prendre le chemin de nos tentes. Malgré la fatigue ressentie, nous avons très mal dormi; Brandon ne trouvait pas le confort… J’ai mal partout…. le sommeil me fuit. Je m’occupe à faire chauffer le poêle, en attendant. Je finis par m’endormir vers 3 h 30.

… Et voilà le matin… Notre dernier matin… Tout à l’heure, l’expédition se termine. Nous déjeunons ensemble et nous préparons pour le dernier 19 kilomètres qui nous sépare de North Bay… Un dernier cercle de partage; on se souhaite bonne chance… on s’encourage. Nous marchons tous ensemble. Nous avançons plus lentement… comme pour profiter de nos présences une dernière fois. Les gens nous saluent au long de la route. Un homme vient nous voir; il est de la nation odjiboué de Tarry Sound. Il nous apporte de l’eau, des bleuets et des pommes. Il nous encourage à persévérer. Nous arrivons en haut d’une grande côte. Tout en bas, on aperçoit la ville de North Bay, le lac Nipissing. C’est un endroit extraordinaire et particulier; c’est un lieu où convergent les nations odjiboué, anishnabe et crie. C’est aussi un lieu de rencontre des Français et des Anglais… un point de rencontre pour les voyageurs, en lien avec l’objectif du projet Innu Meshkenu : briser les barrières, établir des ponts!…Sur un panneau : Sturgeon Falls… En regardant ce panneau, je me dis qu’Innu Meshkenu doit aller vers l’Ouest…vers Sudbury, Sault-St-Mary, Winnipeg, Edmonton! …. J’ai le sentiment que je dois me rendre plus loin! Nous faisons un arrêt tout près d’une chute pour un moment et reprenons la route.

Nous rejoignons Brandon et Marc-André au Centre d’amitié autochtone de North Bay où nous sommes attendus par une quinzaine de personnes. Nous sommes invités à nous reposer un moment dans un petit salon pendant que l’on prépare le repas. Nous relaxons un peu. Je donne ensuite une entrevue à Radio-Canada Sudbury… et nous sommes prêts à manger. James, un des responsables de l’endroit, agit en tant que maitre de cérémonie. Après le repas et la purification à la sauge (smudging), nous disposons les chaises en cercle. Je partage ensuite mon expérience et le pourquoi d’INNU MESHKENU, du symbole qu’est le bâton de marche, du chemin parcouru… de mes rêves et ceux des autres! « Je marche mon rêve pour faire rêver! » Tous sont attentifs à mes paroles. Et l’on me dit que lors de ma visite l’an prochain, que tout serait mis en œuvre pour qu’il y ait plusieurs marcheurs pour m’accompagner! On me promet un soutien de leur communauté et que le message serait passé aux autres communautés de l’Ontario! Une belle rencontre qui devient une ouverture sur d’autres nations. Ici, mon but n’était pas connu; on pensait que je marchais pour protester alors qu’en fait, je marche pour rassembler! Je marche pour que l’on se prenne en main, pour que l’on soit maitre de notre avenir, de notre destin.

Nous nous préparons à retourner chacun chez soi. Les adieux émotifs sont de mise après des semaines de vie commune et de moments aussi intenses. JE PENSE BEAUCOUP À VOUS TOUS MARCHEURS! JE M’ENNUIE DE VOUS! RESTONS UNE GRANDE FAMILLE ET PARTAGEZ VOTRE ENTHOUSIASME ET ALLUMEZ LE FEU QUI VOUS ANIME AVEC LES AUTRES!

P.-S. : Marcheurs, n’oubliez pas de continuer à être actifs; MARCHEZ, PROFITEZ DE LA NATURE, PARLEZ AVEC CEUX QUI VOUS ENTOURENT!