(Mauvaise connexion satellite – appel reçu à 23 h 15)

Ce soir, j’ai eu toutes les misères du monde à rejoindre Ginette, la rédactrice du blogue. La connexion est mauvaise et défaillante; je perds la ligne aussitôt obtenue. En fait, l’appel téléphonique reflète un peu l’humeur de plusieurs. Les jours se suivent sans toutefois se ressembler, faut croire.

… L’humain étant une ‘machine’ que l’on ne contrôle pas, on doit toujours espérer sa pleine collaboration, selon son bon vouloir. Après une nuit excessivement froide, plusieurs marcheurs ont préféré demeurer dans la chaleur de leurs sacs de couchage plus longtemps. Ceci ne facilite pas l’expédition; nous nous devons de respecter l’horaire pour faire en sorte que le camp soit monté et que nous soyons fin prêts avant la tombée de la nuit. Nous devons idéalement prendre la route à 8 heures, au plus tard. Las d’attendre, j’ai finalement décidé de partir seul ; on se rejoindra au lac Romanet.

Il fait froid, mais beau, la marche pourrait être, à la limite, agréable si ce n’était pas des problèmes que j’éprouve avec mon traineau. Avant de partir en expédition, il aurait fallu que je le fasse amincir; il aurait fallu le préparer adéquatement en fonction de la route à couvrir, le cirer pour faciliter la glisse. Ce ne fut pas le cas… J’ai l’impression de racler mon chemin!! Pas évident!! Je continue néanmoins à avancer. Le vent tombe en début d’après-midi, ce qui réchauffe la température à environ -17. La marche est dès lors moins pénible.

Le paysage est d’une beauté absolument exceptionnelle; les chaines de montagnes blanches au loin font penser à une file de marcheurs, dos courbés… les uns derrière les autres dans la blancheur du Grand Nord! Je n’ai pas peine à souffrir pour admirer tant de beauté! Je marche… j’admire…. je fais le plein de la beauté blanche qui m’entoure… qui m’enveloppe… qui m’envahit!

Je réfléchis…. au moyen à prendre pour améliorer la réactivité de tout un chacun dans le groupe…. comment faire en sorte que les marcheurs soient plus disciplinés le matin…. Je pense à nos blessures, à mes pieds qui me font souffrir et ma grippe ne s’améliorent pas, à Richard et Bob et leurs blessures aux mains… Richard est un EXCELLENT logisticien et cette blessure complique son travail. Bob et Nancy lui donnent un coup de main qui est, ma foi, révélateur; ils sont tous les deux très efficaces et Nancy manie la motoneige comme le ferait un homme! Elle est très habile.

J’ai soudain un ‘blues’ de la chirurgie… j’adore mon métier, opérer, soigner les gens, les aider à prendre du mieux. C’est un grand privilège d’être chirurgien; ma profession me passionne! Penser aux blessés du camp m’amène à penser à mes patients dans les hôpitaux, au sud. Je dédie ma journée à mes patients, dont M. Bernard Plante à qui je souhaite que sa condition s’améliore rapidement; à Mme. Gosselin et Mme. Bonsaint, de belles ondes positives volent vers vous! Mes efforts et mes pas sont pour votre santé.

Je pense aussi à vous, amis Anishnabe!

J’ai réussi les 38 km à couvrir aujourd’hui. J’arrive au lac Romanet avec Brian, un jeune Inuit; un lac de 8 km. Nous sommes à mi-chemin; 218 kilomètres ont été couverts, il en reste 222 à marcher. Demain, nous faisons un arrêt… Repos et ajustement du groupe sont au programme… en espérant que ce soit bénéfique pour nous tous.