Jour 3 - Passation du Bâton

Après le lever et la préparation des bagages, Maxime nous attend avec un déjeuner continental ; croissants, fromage, fruits variés… Le départ s’enclenche à 8 h 30. Il fait beau, mais très très froid ! Un -35 avec un facteur vent ! Une fois arrivés à l’endroit du départ d’aujourd’hui, nous faisons le cercle de partage ; Nathalie fait l’offrande de tabac et hop !! Elle est partie comme un roadrunner !! Pas moyen de la rattraper !

Je marche un peu avec tout un chacun : Gaétane, Nick… Kimberly. Toutefois à 80% du temps, je marche seul. Je réfléchis… je pense à mes parents, à Kokum et Nemushum qui m’ont élevé avec amour, ainsi qu’à toute ma parenté qui ont été là pour moi. Je leur demande de me fournir l’énergie en grande quantité pour moi et pour les autres, les marcheurs et plus particulièrement à Nick qui démontre une si belle attitude. Il a décidé d’abandonner ses « démons » à Pikogan et a embarqué dans l’aventure. Nous nous en occupons comme on s’occupe d’un petit frère. Nous l’encourageons à réaliser son propre chemin et à trouver ses priorités.

Je marche…. Le soleil brille et colore mon visage. Les gens de Pessamit diraient de moi ka nashepet napeu (que j’ai le teint du chasseur qui revient du territoire au printemps) ! Je rencontre une maman avec ses deux enfants, une Française de Marseille venue expérimenter l’hiver ici pour voir si elle s’habituerait au froid ! Elle me questionne ; je lui explique notre mission et mes motivations pour le projet qu’est Innu Meshkenu. Et je demande aux petits s’ils veulent transmettre leurs rêves dans le bâton, ce qu’ils font expressément les yeux fermés, avec grande sérénité ! Ils sont si beaux à voir ! Peu importe la race, la couleur ou la religion, le bâton est le symbole du rêve est universel.

Au fil du trajet, on peut apercevoir des mots, des petites pensées écrites sur la neige. C’est Nathalie et parfois Nick qui nous laisse des traces, ce qui encourage tout un chacun à avancer. Gaétane a encore des problèmes de pieds ; une grosse ampoule et elle perdra certainement deux ongles d’orteils. Nous terminons les 22,5 km en plus ou moins 5 heures. Nous arrivons au camp monté par Diane et Maxime ; les tentes sont chaudes et confortables. Tous en profitent pour enlever leurs vêtements humides et les faire sécher.

Aussi, nous avons vécu une cérémonie toute spéciale aujourd’hui. Pour des raisons familiales, je dois retourner à Montréal et je dois trouver un porteur pour le bâton de façon momentanée. C’est à Nick que revient cette responsabilité. Nous trouvons que sa décision de prendre une nouvelle direction, un meilleur chemin dans sa vie vaut ce privilège. Il en est touché. On doit penser qu’un jour des ambassadeurs porteront le bâton partout, dans chaque communauté. Des ambassadeurs comme Sabrina Godbout, Audrey Petiquay, Amélie Larouche, Guy Bacon et plusieurs autres, des porteurs de l’héritage d’Innu Meshkenu !

C’est une belle cérémonie, mais malgré le fait que je sais que le groupe est bien entouré, j’ai le cœur gros. Je reste en contact et j’implore Kitse Manitou de protéger tout ce beau monde. Je reviens mercredi prochain.

La journée est offerte au peuple eeyou de Waswanipi vers qui nous nous dirigeons et aussi aux gens de Mistissini où je serai la semaine prochaine et que j’ai très hâte de connaître.