Jour 18 - Marcher l’intériorité

Le sommeil est long à venir; mes pensées sont pour ma marraine Madeleine, des pensées qui me replongent dans mes souvenirs d’enfance….. E Uassuian… Tante Madeleine… la grande complice de ma mère! J’ai les idées confuses…. ma famille a besoin de moi tout comme tous ces gens qui comptent sur moi! Mais Madeleine est là… Je la sens, je l’entends! Je l’entends me dire ce qu’elle me disait toujours lorsque j’étais à la clinique de Pessamit, et que j’avais le sentiment de la délaisser : « Finis ta job! Dérange-toi pas pour moi! Tu viendras quand t’auras le temps. C’est pas grave. » me dit-elle « Occupe-toi des vivants, moi je suis bien aux cieux! ». Finis ta marche, Stanley… Oh oui!! Elle me dit cela! Je la reconnais bien dans ces mots-là! Ce sont les siens, IL N’Y A PAS DE DOUTE POSSIBLE!! Et elle me rassure… (Je perds le contact).

Je me suis couché là-dessus… Et le bruit de la rivière Kénamu, tout près, me relaxe, me réconforte et me berce… et je dors.

Nous nous levons à 6 h sous la pluie. Je me rends déjeuner avec les autres et là, on m’offre condoléances et sympathies. Je demande à Simon et Sophie de communiquer avec Jean-Charles pour voir les options possibles quant à mon rapatriement. Il pleut… il fait froid… tout comme je me sens dans mon intérieur. Je dédie ma journée à toi, ma marraine Madeleine, je te dédie tout ce parcours du Labrador. Je prie… et je réfléchis à quoi dire pour réconforter ma sœur qui se sent coupable de ne pas avoir été là.

À toi, Nadia (et à tous ceux qui se sentent coupables de ne pas avoir été près de Madeleine)

C’était inévitable, ça n’aurait rien changé. Elle n’était pas seule… Quand on est croyant, on n’est jamais seul. « Thishe Manitu »est toujours là; il veille sur nous, ses enfants, il veille sur nous dans les bons comme dans les mauvais moments de la vie. Le privilège du croyant! Aussi, il y avait des gens pour l’entourer et l’accueillir, des anges : Oncle Henri, Tante Catherine, Léonie, Médérile, et Oncle Jules. Et il ne faut surtout pas oublier son amie et grande complice, ma mère Claire, et nos grands-parents. Tous ceux que l’on aime, qui ont pris un autre chemin, qui l’attendait et l’on accueillit.

D’ailleurs, c’est ce que j’ai compris à travers ma marche; ON N’EST JAMAIS SEUL! Je songe aux différents chemins que l’on doit prendre dans la vie. On finit par prendre le chemin lumineux… Un jour, nos chemins se croiseront de nouveau. Je me sens plus orphelin que jamais… Madeleine détenait une foule de renseignements sur moi et ma mère… Des renseignements maintenant partis à jamais. Alors, il faut vivre chaque jour comme s’il était le dernier, n’avoir aucun regret et réparer tout de suite s’il y en a. La vie est un cadeau pas un droit, et l’on doit l’honorer chaque jour.

Que vais-je faire? Je dois visiter les enfants… et être avec ma famille samedi. On trouvera bien. Je devrai sacrifier vendredi.

Nous avons marché 22 km ce matin. En arrivant au camp, on a mangé et j’ai réglé des détails avec Jean-Charles. (Et pour la 17efois, le contact est coupé à nouveau).