#15 - DE PIKOGAN À WASWANIPI

DATES : DU 8 AU 19 FÉVRIER 2017

LIEU DE DÉPART : PIKOGAN

LIEU D'ARRIVÉ : WASWANIPI

DISTANCE: 252 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 5500 KM

LES MARCHEURS

  • Nathalie Mowatt – Anishnabe
  • Kimberly Roy – Anishnabe
  • Nick Mowatt – Anishnabe
  • Gaétanne Petiquay – Atikamekw
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7 Février 2017 – Jour 0 – La veille…

Jour 0 - La veille...

J’ai quitté Montréal ce matin; je me rends à Val-d’Or pour rejoindre l’équipe de marcheurs du prochain périple Innu Meshkenu. Il fait beau…Le ciel est  clair et bleu. Tout en bas, un territoire que je reconnais, le parc de LaVérendrye. J’aperçois la route 117, cette même route que nous avons suivie lors de la marche d’hiver de 2013 vers Rapid Lake… Les souvenirs surgissent, les lacs sur lesquels on a marché… Je me souviens aussi de ceux qui y étaient : le maire Corbeil que je salue; Janet Mark, Peggy Jerome, Gaétane Petiquay, Édith Cloutier, Frédérique Gardien. Je pense aussi aux marcheurs de Pikogan : Bruno Kistabish, Shamo, Chantale et Édouard Kistabish, les femmes de Lac-Simon Tout ce beau monde se bouscule dans mes souvenirs.

Val d’Or… Comment y venir sans avoir une pensée pour toutes ces femmes autochtones qui y ont vécu tant de violence qui marque à vie et qui se transmet trop souvent aussi d’une génération à l’autre. Je souhaite de tout cœur que la commission mise en place par le gouvernement arrive à des recommandations qui aboutiront à des changements et à des améliorations du sort des femmes, et par le fait même, des enfants qui sont souvent les victimes collatérales de cette violence. Ils doivent grandir dans un environnement favorable au développement sur tous les aspects et à l’épanouissement des jeunes. Ils sont nos leaders de demain.

Maxime est là, il vient me chercher pour m’amener à St-Maurice, tout près d’Amos où Mathieu Gravel, le coordonnateur du projet et Diane Moreau, qui agit cette fois en tant que logisticienne pour cette marche, m’accueillent.  Nous parlons ensuite de logistique, du tracé du chemin à couvrir, de l’organisation en général. Nous suivrons les routes secondaires, moins dangereuses et moins achalandées. Diane sera notre ange gardien; elle assurera la sécurité et le confort des marcheurs.

Je me rends ensuite au Centre de la santé de Pikogan. Là, je suis accueilli par les deux infirmières, Jessica Petiquay de Wemotaci et Sandy Robertson Duchesne originaire de Mashteuiatsh. Ensemble, nous discutons nutrition, de saines habitudes de vie et de croire à ses rêves, des enjeux qui sont en fait la mission d’Innu Meshkenu. Je les informe aussi que le projet tire à sa fin et qu’une toute nouvelle organisation, un OBNL appelé « Puamun Meshkenu » ou le Chemin des mille rêves qui a pour but de poursuivre la mission d’Innu Meshkenu, a pris son envol l’automne dernier. Le premier conseil d’administration a d’ailleurs eu lieu à Montréal. Ce conseil est formé de 5 autochtones et 4 non autochtones. Une des places du conseil est réservée pour un jeune autochtone. Cette année, Sabrina Godbout dite «La Wendat» fera donc partie du conseil. Un des projets est de développer le « Challenge Dr.Vollant » en tant que marche annuelle, qui serait tenue dans les communautés et organisée par les communautés. Pour réaliser ce rêve, chaque communauté aura besoin de champions, des personnes qui seront les porteurs de ce projet.

On se rend ensuite au centre communautaire où nous sommes reçus par le Chef David Kistabish ainsi qu’une trentaine de personnes,  dont plusieurs que j’ai déjà rencontrées par le passé et des marcheurs de cette étape. Nous avons présenté le film « De Kuujjuaq à Compostelle », produit par Nova Films. C’était mon deuxième visionnement, mais tout aussi émouvant pour moi que la première fois! Que de souvenirs! Entendre les commentaires Guy Bacon, Gaétane Petiquay, Lalik Fontaine, Sonny Moar et les autres me touche profondément. J’ai hâte que ce film soit partagé au printemps prochain avec toute la population du Québec afin de promouvoir une meilleure compréhension interculturelle.

Le trajet pour  demain est de 16 km. Les marcheurs seront à la ligne de départ tôt demain; Gaétane Petiquay, qui a plus de mille kilomètres de marchés, Nick Mowatt (le fils de Shamo), Nathalie Mowatt et Kiberly, sa fille, seront de la partie. Comme nous marcherons en territoires Anishnabe et Cri, nous espérons avoir des nouvelles de la communauté Crie. Nous aimerions beaucoup que des membres de cette communauté se joignent à nous pour la route.

8 Février 2017 – Jour 1 – Un autre départ

Jour 1 - Un autre départ

Levés à 6h ce matin, nous nous préparons au départ. Après un bon déjeuner d’omelette ‘à la Maxime’ et de pain premier moisson, tout le monde est affairé à la préparation des bagages, du matériel dont nous aurons besoin. J’ai quelques rendez-vous avant pouvoir  prendre le départ. Je dois d’abord rencontrer RNC Télévision pour une entrevue qui sera télévisée.

Aussi, c’est avec un grand plaisir que je retrouve Suzie Basil qui est professeure à l’UQAT et une bonne amie à moi. Suzie est la première Atikamekw à obtenir un doctorat. Elle se spécialise entre autres en anthropologie culturelle, Peuples autochtones, femmes autochtones, enjeux environnementaux et autochtones. Elle fait partie du conseil d’administration de Puamun Meshkenu – Chemin des mille rêves – et fait partie de l’équipe responsable du volet éducatif, des demandes d’interventions éducatives.

Je me rends ensuite à l’école de Pikogan où je rencontre les élèves en deux groupes. Les « petits » ne me connaissent pas ou se souviennent très peu de mon dernier passage. Je leur parle d’avoir des rêves, d’être persévérant et courageux et je leur fais confier leurs rêves dans le bâton des mille rêves. Le deuxième groupe est des élèves qui, étant en quatrième, cinquième et sixième année, se souviennent de mon dernier passage en 2013. Ils se souviennent d’avoir confié leurs rêves au bâton. Isaac, que j’avais vu en première année et qui est en cinquième année maintenant, garde toujours en tête mon discours sur la persévérance, croire en nos rêves et ne jamais laisser tomber, ce qui me touche énormément. Avec eux, je renforcis donc le message afin qu’il reste présent et vivant dans leurs mémoires. Et nous nous préparons tous pour aller marcher tous ensemble. Le Chef Kistabish nous accompagne comme le font plusieurs qui se joindront à nous pour partir tout à l’heure.

À 10h30, nous prenons donc le départ pour 16 km de la journée. Avec moi, Chantale, Nick Mowatt, Édouard Kistabish, Nathalie Mowatt et sa fille Kimberly et quelques autres m’accompagnent vers Saint-Maurice. Je fais un bout de chemin avec chacun d’eux, question de jaser et de se connaître un peu. Il fait très froid, -20 avec un vent de l’Ouest qui rafale; heureusement, nous l’avons dans le dos. Nous arrivons à destination à 14h. Nous mangeons en discutant entre nous. Je parle avec Nathalie et on retrouve des similitudes dans nos vies; elle aussi a été élevée par sa grand-mère.

Nous partageons ensemble un bon souper cuisiné par Maxime. Au menu : soupe, saumon riz et légumes et chausson aux pommes. Le repas se déroule dans la bonne humeur et le rire! Nos Anishnabe ishkwe (femmes anishnabe) ont la fibre comédienne! Elles sont très drôles et nous font bien rire! Leurs rires sont contagieux!

Nous partageons sur nos points communs; la langue est un aspect dans lequel on retrouve des similitudes de par nos partages de territoires qui se chevauchaient dans le passé. Nos peuples ont chassé ensemble, combattu ensemble des ennemis communs. Anishnabes et Innus sommes frères; le langage de la forêt en est la preuve par similarités, nos cultures sont similaires. Tout ceci me rend fier de mes origines.

Nous terminons la journée par un cercle de partage. Le bâton des mille rêves sert de bâton de parole. Nous échangeons sur nos motivations, ce que nous avons vécu durant la journée. Nous sommes tous une même famille. Gaétane Petiquay précise que nous sommes tous nesshin (petit frère, petite sœur) que certains peuvent être neshtesh (grand frère) ou ninish (grande sœur) qui doit protéger mutuellement en situation de besoin. On s’entraidera comme on le fait en famille. Ainsi s’établissent les règles de vie de périple vers Waswanipi.

Je dédie tous nos pas et toute notre énergie au peuple anishnabe et en particulier à la communauté de Lac-Simon, nos frères et sœurs qui sont éprouvés et dont la vie est pleine de défis. Je vous souhaite la paix et la sérénité.

9 Février 2017 – Jour 2 – Anishnabe mikina

Jour 2 - Anishnabe mikina

Décidément, il semble bien que nous ayons parmi l’équipe un grand chef cuisinier en Maxime! Dès notre lever à 6h00, un somptueux déjeuner de gaufres aux bleuets (gracieuseté de Nathalie!) nous attendait! En ce matin de grand froid – il fait -31 ce matin – ce bon déjeuner jumelé à notre bonne nuit de sommeil saura nous donner l’énergie pour faire notre journée et rester au chaud!

Une fois préparés à partir, nous décidons de faire le cercle de partage dehors, car nous avons très chaud! Nous portons tous plusieurs couches de vêtements pour nous isoler contre ce froid polaire : deux ou trois vestes, autant de pantalons, un masque…tout ce qu’il faut pour garder notre chaleur. Une fois le cercle formé, une prière et une offrande de tabac pour la route afin s’assurer la protection de Kitce Manitou sur nous tous tout au long du trajet de 20,7 km qui nous attend.

Nous partons dans la grande froideur. Heureusement, il n’y a pas de vent; le ciel est bleu turquoise clair, un bleu nordique. De petits groupes se forment au fil du trajet. Je marche une très longue partie du parcours avec Nathalie. Nous avons inventé un jeu : elle dit un mot en Anishnabe et je lui donne l’équivalent en Innu. Nous nous apercevons rapidement que nos langues se ressemblent énormément. L’étymologie de chaque mot est étonnamment similaire :

Chemin – meshkenu (innu)

                mikina (anishnabe)

                     meskano (atikamekw)

Vous voyez? Nous sommes frappés par tant de similitudes. Nos territoires de chasse se chevauchaient, nous pouvions communiquer par nutshiu imun (la langue de la fôret). Nous avons de toute évidence conservé ces mots dans nos langues respectives qui se sont transformés au fil du temps. Notre rencontre est riche en apprentissage! J’acquiers de nouvelles connaissances sur ces langages ancestraux que l’on se doit de transmettre, ce que nous faisons avec Nick et Kimberly qui nous rejoignent.

La route est blanche de froid et de neige! Des traces d’orignal toutes fraîches la traversent! Il n’est pas très loin! Gaétane Petiquay a des problèmes de pieds; ses talons sont rougis par ses bottes, ce qui laisse présager des ampoules si l’on n’y voit pas immédiatement. Je suggère à Gaétane de chausser ses mocassins. Je me souviens qu’alors que je me préparais à débuter ce grand périple entre Blanc-Sablon et Natashquan, j’avais demandé à André-François Bourbeau, grand spécialiste d’expéditions en forêt, qu’elles étaient les meilleures options pour bien se chausser pour la raquette et la marche de fond. Il m’avait répondu de choisir la « technologie » de mes ancêtres et de chausser les mocassins qui épousent le pied à merveille et suivent son évolution au fil du trajet; le cuir étire et respire mieux que n’importe quel matériau.

Nous avançons pas à pas vers notre destination, Waswanipi qui est le village de M. Romeo Saganash, député fédéral d’Abitibi — Baie-James — Nunavik — Eeyou.

Nous couvrons nos 20,7 km en 4h30. Un bon potage nous attend à notre arrivée au centre communautaire où nous sommes installés, une soupe bonne pour l’estomac et bonne pour le cœur! Nous aurons un peu de temps pour nous reposer avant l’excellent souper qui nous attend « Chez Maxime » plus tard. Je dois mentionner que Diane et Maxime ont préparé le camp et les tentes dans lesquelles nous coucherons pour les trois prochains jours.

Je dédie notre journée à la communauté de Pikogan. Nous pensons à vous!

10 Février 2017 – Jour 3 – Passation du Bâton

Jour 3 - Passation du Bâton

Après le lever et la préparation des bagages, Maxime nous attend avec un déjeuner continental ; croissants, fromage, fruits variés… Le départ s’enclenche à 8 h 30. Il fait beau, mais très très froid ! Un -35 avec un facteur vent ! Une fois arrivés à l’endroit du départ d’aujourd’hui, nous faisons le cercle de partage ; Nathalie fait l’offrande de tabac et hop !! Elle est partie comme un roadrunner !! Pas moyen de la rattraper !

Je marche un peu avec tout un chacun : Gaétane, Nick… Kimberly. Toutefois à 80% du temps, je marche seul. Je réfléchis… je pense à mes parents, à Kokum et Nemushum qui m’ont élevé avec amour, ainsi qu’à toute ma parenté qui ont été là pour moi. Je leur demande de me fournir l’énergie en grande quantité pour moi et pour les autres, les marcheurs et plus particulièrement à Nick qui démontre une si belle attitude. Il a décidé d’abandonner ses « démons » à Pikogan et a embarqué dans l’aventure. Nous nous en occupons comme on s’occupe d’un petit frère. Nous l’encourageons à réaliser son propre chemin et à trouver ses priorités.

Je marche…. Le soleil brille et colore mon visage. Les gens de Pessamit diraient de moi ka nashepet napeu (que j’ai le teint du chasseur qui revient du territoire au printemps) ! Je rencontre une maman avec ses deux enfants, une Française de Marseille venue expérimenter l’hiver ici pour voir si elle s’habituerait au froid ! Elle me questionne ; je lui explique notre mission et mes motivations pour le projet qu’est Innu Meshkenu. Et je demande aux petits s’ils veulent transmettre leurs rêves dans le bâton, ce qu’ils font expressément les yeux fermés, avec grande sérénité ! Ils sont si beaux à voir ! Peu importe la race, la couleur ou la religion, le bâton est le symbole du rêve est universel.

Au fil du trajet, on peut apercevoir des mots, des petites pensées écrites sur la neige. C’est Nathalie et parfois Nick qui nous laisse des traces, ce qui encourage tout un chacun à avancer. Gaétane a encore des problèmes de pieds ; une grosse ampoule et elle perdra certainement deux ongles d’orteils. Nous terminons les 22,5 km en plus ou moins 5 heures. Nous arrivons au camp monté par Diane et Maxime ; les tentes sont chaudes et confortables. Tous en profitent pour enlever leurs vêtements humides et les faire sécher.

Aussi, nous avons vécu une cérémonie toute spéciale aujourd’hui. Pour des raisons familiales, je dois retourner à Montréal et je dois trouver un porteur pour le bâton de façon momentanée. C’est à Nick que revient cette responsabilité. Nous trouvons que sa décision de prendre une nouvelle direction, un meilleur chemin dans sa vie vaut ce privilège. Il en est touché. On doit penser qu’un jour des ambassadeurs porteront le bâton partout, dans chaque communauté. Des ambassadeurs comme Sabrina Godbout, Audrey Petiquay, Amélie Larouche, Guy Bacon et plusieurs autres, des porteurs de l’héritage d’Innu Meshkenu !

C’est une belle cérémonie, mais malgré le fait que je sais que le groupe est bien entouré, j’ai le cœur gros. Je reste en contact et j’implore Kitse Manitou de protéger tout ce beau monde. Je reviens mercredi prochain.

La journée est offerte au peuple eeyou de Waswanipi vers qui nous nous dirigeons et aussi aux gens de Mistissini où je serai la semaine prochaine et que j’ai très hâte de connaître.

12 Février 2017 – Jour 4 et 5 – Un week-end de 50 km

Jour 4 et 5 - Un week-end de 50 km

Kuei Stanley,

C’est Mathieu ton coordonnateur! Voici un aperçu de notre fin de semaine, question que tu ne perdes pas le fil de notre périple.

La première nuit sous la tente en était une froide ! Un gros -26 degrés! Toutefois, Nick s’est assuré de chauffer le poêle et, comme ils étaient tous bien emmitouflés, les marcheurs ont relativement bien dormi.

De la belle visite est arrivée en ce samedi ; Sophie Kistabish, enseignante à Pikogan et ancienne marcheuse d’Innu Meshkenu est venue nous rejoindre et a même passée la nuit avec nous. Il y a aussi Jimmy Papatie de Kitcisakik et Martine Awashish d’Obedjiwan qui sont venus nous encourager et passer du temps au campement! Ils nous ont suivis sur le blogue et ont eu envie de venir faire un tour.

Nick porte le Bâton des mille rêves avec fierté. Il prend le départ avec un aplomb certain, la tête haute ; Nathalie le devance avec son énergie et la vitesse qu’on lui connaît ! Gaétane, moins chanceuse, semble avoir une blessure à l’aine ; elle aurait glissé ou fait un faux pas. Elle a dû cesser sa journée de marche pour éviter de se blesser davantage. On verra demain si elle peut reprendre la marche.

Après un arrêt au campement au km 20, les marcheurs ont poursuivi sur un autre 4,5km pour s’avancer un peu plus et avoir une moins grosse journée lundi. Diane n’a pu empêcher la marcheuse en elle et d’accompagner nos marcheurs le long de ces KM supplémentaires avec eux! Il nous a fallu 5 heures pour couvrir les 24 km de la journée. Les marcheurs ont passé une bonne journée. Tous dégustent le bon bouillon préparé par Maxime et on se fait un feu à l’extérieur pour y relaxer. Ils se préparent ensuite pour une autre nuit froide sous la tente.

En ce dimanche matin, on prend ça plus relaxe un peu… On dort un petit peu plus longtemps, on prend le traintrain quotidien au ralenti, car on sait qu’on peut partir un peu plus tard pour couvrir un autre 24 km. Les marcheurs ont moins bien dormi la nuit dernière. La fatigue commence à faire son œuvre et le sommeil est entrecoupé de période d’éveil. Le froid n’est pas trop mordant, mais l’humidité ne laisse pas sa place! Après le déjeuner, on part et Nathalie fait honneur à sa réputation avec un départ canon!

Je reste au campement avec Maxime et Diane et après le dîner et nous faisons des provisions de bois de chauffage qui devraient être suffisantes pour durer jusqu’à la fin de l’expédition. Gaétane est restée elle aussi pour se ménager ; elle s’affaire à de petites tâches pour nous aider au campement. Elle remet du sapinage et fait un peu de couture, car Nick avait besoin d’une réparation à son manteau.

Nick prend son rôle de porte Bâton très au sérieux ! Pendant son parcours, des gens l’ont arrêté pour s’informer sur le projet. Nick leur a expliqué en quoi consistait la marche tant et si bien que les personnes ont voulu transmettre leurs rêves au bâton ! Tu vois, Stanley, Nick est un excellent ambassadeur-champion ! Aussi, pour encourager Nathalie qui est un peu fatiguée, il a fait preuve de générosité en lui passant le bâton et en lui laissant prendre la tête du groupe ! Il est étonnant! Avec son sens de l’humour hors du commun, il nous fait rire et sème la bonne humeur. Tu serais fier de le voir aller!

Nous avons couvert les 24 km quotidiens un peu plus rapidement que la veille. Il commence à neiger en milieu d’après-midi, mais les marcheurs sont de retour peu avant que les centimètres s’accumulent. Cette journée est plus difficile pour les marcheurs et les petits bobos et la fatigue commence à sortir. Malgré le fait que les marcheurs dorment confortablement sous la tente, il n’en reste pas moins qu’on repose moins bien que si l’on est à l’intérieur.

Pour le souper de ce soir, Maxime nous a concocté un mets, un pain de viande selon les recettes provenant de sa tante. Tout à fait délectable ! Après un cercle de partage bien senti, tout le monde se retire pour la nuit.

Stan, tout le monde va bien et on continue l’aventure avec enthousiasme. L’ambiance est bonne et nous prenons soin les uns des autres telle une famille, comme tu nous l’as rappelé avant ton départ vendredi. Nous tous avons hâte à ton retour parmi nous dans quelques jours!

Niaut !

Mathieu

13 Février 2017 – Jour 6 – Lebel-sur-Quévillon

Jour 6 - Lebel-sur-Quévillon

Après notre lever et nos tâches habituelles que sont le déjeuner et le bagage à faire, tous les marcheurs nous aident à démanteler le camp. Ce soir, nous coucherons à l’intérieur, c’est-à-dire, dans le chalet du Club de ski de fond de Lebel-sur-Quévillon. En démontant la tente prospecteur, l’un des poteaux s’accroche accidentellement dans la toile et la déchire. On devra trouver un moyen de la réparer, car nous camperons encore à l’extérieur durant la fin de semaine.

Une fois le matériel rangé, les marcheurs prennent la route 113. Il fait très beau! -8. Une fine neige tombe en poussière à travers les rayons du soleil au long du chemin. C’est féérique! Tous avancent d’un bon pas malgré le fait que la fatigue commence à se faire sentir.

Nous arrivons à Lebel-sur-Quévillon après avoir marché 22 km en environ 5 heures. Là, le maire Alain Poirier nous accueille avec des membres de son équipe. Aussi, des étudiants du secondaire sont là pour une journée d’activités d’hiver. Maxime, notre chef cuisinier, leur offre du chocolat chaud. Nick les rejoint pour leur parler du projet et, bien entendu, leur explique la tradition du transfert des rêves au bâton de marche; ce que les étudiants s’empressent de faire.

Pendant que tous les marcheurs s’installent, prennent leur douche et se reposent, Maxime et moi étendons la toile de la tente à l’intérieur pour la faire sécher. Nous avons trouvé une couturière pour la réparer. Une fois la toile montée, nous nous préparons pour la nuit.

14 Février 2017 – Jour 7 – Les valentines de la forêt

Jour 7 - Les valentines de la forêt

Aujourd’hui, c’est congé pour les marcheurs. Ils ont passé une bonne nuit; il est certain qu’il est plus reposant de coucher à l’intérieur au chaud et au sec que sous la tente. Ils en profiteront aussi pour dormir un peu plus longtemps et pour faire de la lessive, des courses et surtout, se reposer afin de pouvoir bien terminer l’aventure.

Diane et moi allons à Waswanipi pour rencontrer le comité d’accueil pour parler de l’arrivée de l’Innu Meshkenu. Nous avons le plaisir d’être invités par Irene Otter à un dîner communautaire avec les aînés de l’endroit. Au menu : outardes et accompagnements, délicieux beignets-banik et gâteau de St-Valentin! Nous ne manquons pas l’occasion d’en ramener aux marcheurs! Suite à cette belle rencontre, Diane et moi reprenons le chemin du retour et en profitons pour faire du repérage pour trouver l’endroit idéal pour monter le campement de la fin de la semaine. Nous nous installerons à Desmaraisville, un hameau situé à 25 km de Waswanipi.

À notre arrivée, les marcheurs sont très relax au chalet; on joue aux cartes, on jase…  Diane, Nick et Kimberly en profitent même pour faire un 5  km de ski de fond! Pendant ce temps, les cuisiniers sont à l’œuvre dans la préparation du souper. Maxime a de l’aide aujourd’hui; Gaétane prépare de la banik et Nathalie s’occupe de la cuisson de l’orignal selon sa recette à elle! Une amie de Nick, Chloé qui habite Lebel-sur-Quévillon, est parmi nous pour le repas.

Cette après-midi, nous sommes allés porter la toile à réparer chez la couturière, qui s’avère être aussi la fleuriste de l’endroit. Nous en profitons pour acheter des roses de St-Valentin et donc, nos quatre marcheuses ont reçu chacune une belle rose de la part des trois hommes du groupe! Elles sont très contentes!

Demain, nous reprenons la route. Nous sommes heureux, Stanley, car tu seras de retour parmi nous.

15 Février 2017 – Jour 8 – Retour à la marche… retour vers ma gang !

Jour 8 - Retour à la marche... retour vers ma gang !

Mon retour parmi les marcheurs fut des plus ardus. La mauvaise température à Montréal complique le décollage des avions; une fois à bord, nous sommes retardés par l’absence d’équipage… et une fois l’équipage sur place, nous sommes encore une fois retardés dû au manque de personnel pour embarquer les bagages à bord! Décidément ! Il fait de plus en plus mauvais dehors. Tout ceci retarde également mon arrivée à Val d’Or où Mathieu m’attend. Nous décollons avec 2 heures de retard.

Sur la route de Val d’Or à Lebel-sur-Quévillon, Mathieu me raconte les évènements des derniers jours. Je suis fier de mes marcheurs. Quelle détermination ils ont! Et que dire de Nick? Je suis ravi de ce que j’entends à son sujet! Il a pris la responsabilité que je lui ai laissée avec tant de  sérieux! Il a informé, comme je le fais et il a même invité les gens à transmettre leurs rêves au bâton!! Il est réellement inspiré par la marche et le bâton. Il a démontré qu’il est un digne ambassadeur de l’Innu Meshkenu! Comme j’ai hâte de le voir tout à l’heure! En réfléchissant bien, je me rends soudainement compte que mon message porte même si je n’y suis pas… l’Innu Meshkenu aura des répercussions à long terme, ce qui me rend heureux.

Nous arrivons à Lebel-sur-Quévillon. Une petite neige tombe, il doit faire -6 ou -7. Maxime m’a préparé une collation : un sandwich-banik à l’orignal! Une spécialité digne des grands chefs. Je mange en me préparant à rejoindre les marcheurs. Et je pars à mon tour.

Tout un défi aujourd’hui a été relevé. Une erreur de calcul fait que les marcheurs ont marché un peu plus que prévu… 5 km de plus, en fait! Mais, tout le monde relève le défi avec brio. Nathalie et Kimberly sont ensemble sur la route; elles marchent d’un bon pas en jasant. Le café ramené de Val d’Or semble leur donner un bon coup de pouce!

Quelques kilomètres avant la fin du trajet, je vois Nic qui avance avec l’énergie d’un homme qui commence la marche. Comme j’ai commencé après tout le monde, je marche surtout seul le trajet. Je ne rencontre presque personne; quelques voitures s’arrêtent pour m’offrir un ‘lift’, même la police …. vous voyez?… un marcheur seul dans le milieu de nulle part!

J’arrive au terme de mon trajet quotidien. Gaétane et Diane m’accueillent et on se prépare à souper avec la communauté de Lebel-sur-Quévillon que nous remercions pour le bon repas! Ensuite, nous visionnons le film documentaire « De Kuujjuaq à Compostelle »; une quarantaine de personnes sont présentes.

Une discussion s’en suit. Je réponds à une multitude de questions sur l’importance d’avoir des modèles, la pertinence des réserves que plusieurs voudraient voir fermer. À ceci, je réponds que les réserves sont le berceau de notre culture et de nos traditions. Il est certain qu’il est important de développer le plein potentiel des jeunes et que, pour ce faire, ils doivent la plupart du temps quitter leur communautés pour leur offrir un avenir, mais que c’est là que tous les autochtones doit retourner pour se ressourcer, pour se reconnecter avec ses racines identitaires qui nous rendent fiers de qui l’on est. Ainsi, on peut être autochtone partout dans le monde. Pour moi, Pessamit est primordiale; c’est la terre de mes ancêtres, le terreau de mon identité. Il doit en être ainsi pour tous les membres des Premières Nations, peu importe la réserve d’où l’on vient.

Nous retournons nous préparer pour la nuit. Demain, 24 kilomètres sont à l’horaire. Je suis si fier de toute ma gang! Déjà plus de 160 kilomètres de couverts!

Je dédie ma journée à mon peuple, les Innus… Mes prières sont avec vous, frères et sœurs.

16 Février 2017 – Jour 9 – Retrait en bulle

Jour 9 - Retrait en bulle

La nuit fut bonne, mais trop chaude à mon goût ! Il faisait très chaud dans le chalet, j’ai dû en enlever une ou deux couches ; on dort si mal dans de telles conditions ! Je me rendors jusqu’à 6 h. Là, tout le monde se lève, car une bonne journée nous attend. Pour déjeuner, un Max muffin et une Max patate ! Quelle chance nous avons d’avoir un cuisinier comme Maxime !

Après un bon déjeuner copieux, nous sommes prêts pour notre journée. Le cercle de partage fait, nous prenons la route. Les marcheurs partiront du kilomètre 156 pour se rendre jusqu’au kilomètre 180 ! Je pars du kilomètre 144, seul… vent de face du nord-est, les jambes lourdes comme de la roche ! J’ai marché rapidement hier pour rattraper les autres, et comme j’ai dû arrêter durant le week-end, le retour à la marche de fond est plus difficile.

Comme je suis seul, je rentre rapidement dans ma bulle. Ceci me permet d’oublier la douleur et de perdre la notion du temps et du coup, le faire paraître moins long. Je prie… pour mes enfants : Xavier, Chloé qui prépare son expo-science, Sophie marraine et bébé Béatrice-Kamelesskuss — Beatniss en innu ! — mes beaux enfants qui j’aime tant ! Je prie aussi pour mes sœurs, Myriam et Nadia, et leurs familles. Je prie aussi pour ma compagne de vie et maman de Béatrice, ma Geneviève, qui vivra un grand moment demain : sa soutenance de thèse ! Le couronnement d’une dizaine d’années d’efforts et de travail titanesques ! Je suis si fier de toi ! Je pense à toi très fort, demain également !

Je pense aussi à tous ceux qui sont disparus ; j’espère qu’ils sont bien où ils sont. Je leur demande de m’envoyer protection et énergie, car je trouve le périple difficile aujourd’hui. Je leur demande aussi la force d’aller jusqu’au bout malgré la douleur… Oui ! Ma bulle de réflexion me permet de vivre le moment présent sans trop penser aux kilométrages à couvrir.

Et j’ai marché 33 km aujourd’hui, malgré la douleur ! Mes marcheurs, eux, ont couvert 24 km et Nathalie en a marché deux de plus !! Ils sont formidables quand on les voit affectés par les blessures habituelles pour les grands marcheurs ; Nick fait une périostite tibiale — une inflammation au-dessus du genou — une tendinite à la cheville pour Kim, Gaétane a encore ses blessures à l’aine et aux pieds ! Des blessures de fins de parcours. Le moral, lui, est tout à fait intact et fort !

Une fois arrivés à notre emplacement du soir, nous mangeons tous ensemble une bonne soupe qui nous réchauffe le corps et le cœur ! La soupe, c’est un classique de l’arrivée après une journée de marche. Nous nous amusons et rions ensemble durant le souper, avant de nous laver et d’aller dormir. Une bonne journée nous attend demain. Nous couchons dans la tente demain ; le camp reste à monter.

Je dédie la journée aux peuples Naskapis et Inuits, plus particulièrement aux deux marcheurs du trajet Schefferville/Kuujjuaq, Job Nelson Guanish et Jimmy Shecanapish, décédés accidentellement à Montréal l’an dernier. Je pense à vous tous et vos familles et je vous assure qu’ils ne seront pas oubliés ! … Un salut particulier à Lalik !

17 Février 2017 – Jour 10 – Waswanipi, on s’en vient !

Jour 10 - Waswanipi, on s’en vient !

Hier soir avant de nous retirer pour la nuit, nous avons fait un cercle de partage. J’en profite pour mettre en garde les marcheurs ; je leur explique que la marche d’intensité que nous faisons est très exigeante pour le corps et pour l’esprit, car elle procure une montée d’adrénaline à laquelle le cerveau s’habitue. Lorsque l’on termine un périple semblable à celui-ci, certains marcheurs risquent de vivre un épisode de dépression post-évènement. Il est alors très important de rester en contact avec notre entourage, de dialoguer, de rester actif et de continuer à faire de l’exercice ou à marcher un peu chaque jour. Après avoir discuté des conséquences, nous allons tous nous reposer.

Au matin, Maxime s’est encore surpassé pour le déjeuner. Il a comme principe que nous devons prendre un déjeuner copieux qui nous fournira toute l’énergie pour notre journée. Une fois que tout est ramassé, nous amorçons pour notre trajet quotidien. Nous commençons au kilomètre où Nathalie s’est arrêtée hier. Le temps est clément… Les gens s’arrêtent sur la route pour nous questionner sur le but de la marche. Je prends plaisir à les informer. Il y a même un homme qui a eu la bonté de s’arrêter à la pharmacie pour nous apporter une crème pour les pieds endoloris ! J’ai trouvé que c’était une gentille attention ! Je l’ai remercié chaleureusement !

Je marche seul une partie de la journée. Je savoure les belles nouvelles que j’ai reçues un peu plus tôt : ma fille Chloé est choisie pour l’Expo-Science! Je suis si content pour elle. Elle y tenait tant! La deuxième nouvelle concerne ma douce conjointe, Geneviève. C’était sa soutenance de thèse à 13 h 30 cet après-midi et ce fut une réussite!! Tant de travail, tant d’efforts acharnés récompensés enfin!! Je suis très, très fier d’elle, j’aurais tant aimé y être ! J’ai tant d’admiration pour son énergie, sa persévérance et son courage ! Tant de bonnes nouvelles de mes amours !

Je pense aussi aux marcheurs. J’aime voir le changement qui s’opère chez Nick ; même son amie Chloé l’a remarqué ! Elle est contente de voir Nick aussi bien. C’est un jeune talentueux et plein de potentiel qu’il faut bien canaliser. Il est allumé… j’espère qu’il gardera le bon chemin, car il est capable de grande chose.

Je fais un bout avec Kim qui marche plus lentement, car elle a mal aux pieds. Nous pouvons voir Gaétane juste devant nous. Nous terminons tous notre trajet à Desmaraisville… Maxime nous attend là avec un potage de courge et gingembre réconfortant qui rééquilibre les électrolytes. Nous sommes très contents de notre journée, encore une fois.

Aujourd’hui, plusieurs voitures, des gens de Waswanipi, nous ont croisés et plusieurs se sont même arrêtées pour s’informer de notre périple, de notre mission. Pour la plupart, ils n’étaient pas au courant que nous nous dirigeons vers eux. Je lance donc une invitation à la population de Waswanipi et des environs : venez marcher avec nous dimanche! Rendez-vous au site traditionnel de Waswanipi dès 13h pour nous accueillir et pour ensuite marcher 2 km dans la communauté!!!!

Cette belle journée est dédiée la journée au peuple atikamekw qui est très actif et organise des activités de marche dans leurs communautés. Je vous félicite de prendre si grand soin de votre santé !

18 Février 2017 – Jour 11 – Waswanipi tout près!

Jour 11 - Waswanipi tout près!

Hier soir, Nathalie et Kimberly nous ont tellement fait rire que nous étions complètement épuisés lorsque nous nous sommes couchés. Elles sont si drôles ! Elles adorent rire et surtout, faire rire les autres ! Donc, il n’est pas surprenant que nous tombions tous dans un profond sommeil en intégrant nos sacs de couchage ! Je serai le responsable du poêle, et donc, de m’assurer qu’il reste allumer et que notre tente est chauffée. Je me réveille au moins 3 ou 4 fois pour entretenir la flamme.

Au petit matin, petit déjeuner continental… autochtone ! Le pain a été remplacé par la banik au raisin préparé par Freddy Kistabish, que l’on remercie chaleureusement. Nous nous préparons ensuite à partir pour un 24 km, l’avant-dernier trajet avant notre arrivée à Waswanipi. Le cercle de partage nous prépare intérieurement à notre journée.

En marchant, nous avons presque été témoins d’un face à face. J’étais avec Gaétane quand, tout à coup, un camion et une voiture ont bien failli entrer en collision. Avec les marcheurs le long de la route, le trafic routier devient un danger certain. Cet événement vient nous faire prendre conscience qu’il y a toujours un élément de danger qui nous guette et que nous devons TOUJOURS être aux aguets autant sur la route qu’au volant d’un véhicule. Cet épisode me laisse très craintif.

Après 10 kilomètres de marche, nous arrivons à Desmaraisville où nous faisons un court arrêt au dépanneur. Là nous nous attendent John Kitchen, ancien Chef de Waswanipi, sa conjointe Erica et leur fille India, que j’ai rencontrés il y a une dizaine d’années à Chicoutimi. Erica, qui est employée à Air Creebec, nous remet en cadeau des tuques et des gants à l’effigie de la compagnie. Merci pour cette pensée, Erica ! Nous les portons fièrement aujourd’hui. Ils nous accompagnent sur une distance de 14 kilomètres.

Il va de soi que nous discutons des défis de nos communautés, de nos peuples en général. Il va sans dire que le sujet de la violence qui affecte nos communautés est vite amené sur la table. Les révélations d’abus sexuels chez nos jeunes sont déconcertantes. Nous en convenons que la meilleure chose serait qu’aucune violence quelle qu’elle soit ne soit tolérée par nos leaders… Il ne faut plus fermer les yeux sur cette violence, même si elle provient de nos proches ; nous devons mettre fin à ce cercle vicieux qui nous mine la vie. Nous devons dire NON de façon collective et ainsi, amorcer la guérison et l’amélioration des conditions et des environnements dans lesquels nos enfants sont élevés. Nous nous devons de leur procurer l’idéal des conditions sécuritaires pour qu’ils puissent grandir physiquement, émotivement, spirituellement et mentalement.

En marchant, Nathalie me confie qu’elle est si fière d’avoir pu contribuer à l’Innu Meshkenu. Elle aura partagé avec nous quelque 240 km sur un trajet de plus de 6000 km. Elle aura fait sa marque.

Nous nous rejoignons tous au fil d’arrivée du jour ; les uns après les autres, Nick, John et sa famille, Gaétane et Kimberly arrivent. Nous faisons un feu pour nous réchauffer en partageant le potage préparé par Maxime en parlant ensemble. John me dit qu’il veut revenir demain et qu’il invitera d’autres personnes de Waswanipi à se joindre à nous. Ce serait en effet formidable d’être plusieurs marcheurs, car demain est le grand jour de l’arrivée à Waswanipi ! J’espère pouvoir rencontrer ses habitants et pouvoir saluer tout le monde ! VENEZ NOUS VOIR, gens de Waswanipi ! VENEZ MARCHER AVEC NOUS !

Nous nous préparons ensuite à partager notre dernier souper concocté par Maxime. Demain, 17 km sont prévus… Je dédie notre journée aux peuples malécite et micmac que je salue du fond du cœur.

19 Février 2017 – Jour 12 – Waswanipi, nous voici !

Jour 12 - Waswanipi, nous voici !

Et voilà… dernier jour ! Mais d’abord, je dois vous dire que nous avons dégusté tout ensemble le dernier souper « de camp » du maintenant réputé Chef Maxime. Je dois vous dire que nous avons la chance d’avoir un jeune chef futé ; Maxime a cuisiné tous nos repas à l’avance, avant l’expédition. Tous les mets ont été cuisinés, scellés sous vide et congelés. Il ne restait ensuite qu’à choisir le repas selon la planification de l’horaire et le réchauffé dans un contenant d’eau bouillante ! Pas de chaudron à récurer ! TRÈS INGÉNIEUX, notre jeune chef !!

Après avoir mangé et bien ri avec Nathalie et Kimberly, nous nous préparons pour la nuit. Ce soir toutefois, comme j’ai fait de terribles cauchemars la nuit précédente, nous avons fait une fumigation à la sauge pour tranquilliser les esprits perturbants. Mis à part le fait que j’étais de garde pour nourrir le feu du poêle, nous avons bien dormi.

Au matin, Diane — qui a dormi dehors — vient nous tirer de notre torpeur. On doit tout, tout, tout ramasser ce matin ; on doit s’assurer que tout est bien rangé, car cet équipement sera rangé pour de bon cette fois. On déjeune au couscous au coulis de petits fruits ! Et oui, le « Chef Maxime » cuisine à l’international ! Bourratif et plein d’énergie ! Avec le café « force 10’ de Diane, nous sommes si rapides et alertes que nous avons terminé le démontage du camp à 9 h 30 !

Nous attendons les gens de Waswanipi pour faire le cercle de partage. À 9 h 40, nous accueillons Irene, Shirley et Emily. Irene marche avec un magnifique bâton de marche cheyenne qui lui a été offert lors d’un sundance dans le Dakota du Sud. Irene en est fière… comme je suis fier du mien, à première vue moins impressionnant, mais rempli de 11 000 rêves ! … Cercle de partage et offrande de tabac, Irene fait une prière en cri, Gaétane en atikamekw… Je fais la remarque que quatre nations sont présentes en ce moment : cri, atikamekw, anishnabe et innu qui marcheront ensemble, quatre nations traditionnellement alliées de tous les temps… à la chasse ou à la guerre.

Et nous sommes en marche pour 15 km. J’ai sorti mon traîneau Innu Meshkenu, symbole de la marche d’hiver ; mon sac à dos et mon sac de jour sont chargés dessus. John Kitchen et sa famille sont présents et font la route avec nous. Nous avançons tous ensemble en parlant d’une multitude de sujets. Nous arrivons à un endroit où sont rassemblées plusieurs personnes, des gens de Waswanipi. Un camion de pompier précède les marcheurs.

Nous sommes à deux kilomètres du village et le Chef Marcel Happy Jack, des aînés et des gens de la communauté sont ici pour se joindre à nous et terminer ensemble ce périple de 250 km. En plus d’avoir plusieurs relations communes, encore une fois, les similitudes linguistiques entre nos nations sont au cœur de la conversation. Il m’explique que les Cris de Waswanipi, d’Oujé-Bougoumou et de Mistissini — les Cris de l’intérieur — ne se disent pas eeyous, qu’il existe une différence avec les Cris qui longent la frontière Québec-Ontario. Les “in-land Crees” se définissent en tant qu’Innus de Waswanipi en fait. Nos langues se ressemblent énormément ; nous utilisons pratiquement les mêmes mots ! Je remarque aussi que les aînés ne remercient pas Kitce Manitou par “meegwetch”, mais bien par le “tshinashkumitin” innu, tout comme les Cris du nord de la Saskatchewan ! Les liens de notre langage nous ressemblent et nous rassemblent ! Tout ceci me rapproche de mes ancêtres, de mes grands-parents, du langage de la forêt, de la proximité des chasseurs et de l’importance de l’entraide entre eux… de la force et de la sécurité que l’on a lorsque l’on est en groupe. Finalement de l’importance de marcher d’un seul pas, de parler d’une seule voix pour se faire entendre haut et fort à différents niveaux. Mamu est plus fort !

Nous arrivons à Waswanipi et nous rendons au centre communautaire au bord de la rivière ; là il y a un shaputuan dans lequel nous nous rassemblons tous : marcheurs, habitants de Waswanipi, les aînés, les enfants. Le Chef nous parle ; son allocution est suivie de celle d’un aîné, M. Awashish, nom très courant chez autochtones et qui est originaire de mon village natal, Pessamit. Nous partageons un fabuleux festin ensemble et nous avons beaucoup de plaisir !

Et c’est la fin ! Nous devons maintenant nous séparer… Nous avons tissé des liens si serrés entre nous durant ces 12 jours ! Nous scellons nos liens par un cercle de partage et Nathalie et Kimberly retournent chez elles à Pikogan. Nous avons tous le cœur gros. Un départ émouvant ; nous avons toutefois que nous resterons liés par le cœur et par les émotions.

En tirant mon traîneau aujourd’hui, j’ai sué toutes les gouttes de mon corps… Je dédie notre journée et nos efforts aux peuples abénaquis, wendat et mohawk. Sachez, frères et sœurs, que je pense à vous tous.

20 Février 2017 – Jour 13 – Colloque régional sur la prévention du suicide

Jour 13 - Colloque régional sur la prévention du suicide

Malgré le fait que nous dormions dans une maison mobile des plus confortables, j’ai passé une nuit plutôt fatigante. J’ai dû me réveiller 7 ou 8 fois pour mettre des bûches dans le poêle, comme j’avais fait les 3 dernières nuits sous la tente ! Décidément, les habitudes s’installent vite lorsqu’il est question de survie ! Au matin, Maxime a concocté son dernier déjeuner. Il reprend le chemin vers Chicoutimi ce matin ; Diane et Gaétane en feront autant vers Amos. On mange ensemble… on se prépare… Et, c’est le départ. On se quitte dans un amas de bécots entremêlé de colleux. C’est difficile de se quitter après avoir été ensemble si intensément dans l’effort et les difficultés, mais il faut lâcher prise.

Vers les 9 h, nous nous rendons au premier colloque régional cri sur la prévention du suicide qui se tient ici pour les trois prochains jours. J’ai été invité en tant que conférencier. Plusieurs conférenciers et présentateurs sont là, entre autres : le Chef Marcel Happyjack, Mme Bella Petewabano (présidente du Conseil d’administration, CBHSSJB), M. Jack Otter (coordonnateur, Prévention suicide Waswanipi), Mme Pauline Bobbish (PPRO Mental Health, CBHSSJB), Mme Mélanie Neeposh (Chef des jeunes de Waswanipi) et M. Jacob Ottereyes (président, Waswanipi Myupimaatisun Committee). J’assiste à leurs conférences en compagnie de Mathieu, notre coordonnateur, et de Nick qui est encore avec nous. Plusieurs points sont amenés ; on parle de sécurité et de sûreté pour les personnes de nos communautés, car l’insécurité rend plus vulnérables. Nous parlons aussi d’interventions, de méthodes pour contrer ce fléau qui affecte nos communautés et nos peuples. Tous les acteurs, toutes les sphères de la société sont appelées à agir de façon coordonnée sur ce sujet. Ne plus tolérer la violence, l’intimidation, les liens avec l’alcool et la drogue dans nos communautés. L’apport de chacun des conférenciers est des plus intéressant et pertinent.

 

C’est à mon tour maintenant, mon temps de parole. Je parle de ma vie, de l’importance de mes grands-parents, de la culture dans ma vie, de la mort de mon grand-père qui a été happé par un homme en état d’ébriété et qui n’a pas été accusé —  à 16 ans, cette étape m’a particulièrement affecté — à tous ceux que j’aime, qui ont eu une influence sur ce que je suis devenu en tant qu’individu. Je partage les étapes de ma vie, les bonnes et les moins bonnes ; je relate les chemins pris pour m’en sortir. Choose life ! Choisissez de vivre ! Je suis à fleur de peau ; mon péripledes derniers jours m’a rendu très sensible. Je sens bien que tous ceux qui sont ici me comprennent et sympathisent.

Je demande à Nick de partager les motivations qui l’ont amené à nous accompagner. Il prend la parole et, avec une sérénité désarmante, il livre un éloquent message. L’auditoire est conquis ; tous se lèvent pour applaudir Nick, tous viennent le voir pour le féliciter et le serrer dans leurs bras. J’espère que Nick ressentira cette abondance d’amour et de reconnaissance longtemps ; j’espère qu’elle saura lui fournir la force de rester sur le droit chemin. Je suis si fier de lui, de ce qu’il a accompli pour LUI !

Nous avons aussi montré le film « De Compostelle à Kuujjuuaq ». Le film est très bien reçu malgré la barrière de la langue ; Waswanipi est majoritairement anglophone. J’aimerais tant qu’il soit possible de traduire le film et mon livre ; l’anglais est la langue seconde de plusieurs communautés des Premières Nations. Ceci implique un financement d’une importance certaine.

S’en suit une séance d’autographes et de partage avec les gens de l’auditoire et les intervenants au colloque. Le message est très bien reçu et j’en suis ravi. Nous aurions très bien pu prendre part au souper organisé pour l’occasion, mais ma conférence était d’une telle intensité qu’elle m’a complètement vidé physiquement et surtout émotionnellement ! J’ai grand besoin de me ressourcer, je préfère me retirer… retrouver ma bulle. Je visite les écoles demain et mercredi ; je dois préserver mon moi émotif pour pouvoir donner à nouveau.

Nous soupons donc en mémoire de Maxime ; il reste du chili con carne ! Un souper tranquille en compagnie de Mathieu et de Nick qui doit se reposer, sa blessure au muscle du genou oblige. Il faut du temps. Il doit moins marcher pour un certain temps. Il nous accompagnera toutefois dans les écoles. Il est un si bel exemple à montrer et à citer ! Je suis fier qu’il soit avec nous ; il donne un sens certain à ce périple. Il personnifie l’objectif que je me suis fixé quant à l’Innu Meshkenu. Nick en est l’exemple par excellence ! Il sera, j’espère, l’un des ambassadeurs de ce message.

Je dédie cette journée intensément remplie d’émotions à tous mes frères et sœurs qui passent par des temps difficiles. Sachez qu’après la nuit noire, le soleil revient… et qu’il y a des gens qui peuvent être la lumière pour nous éclairer dans cette noirceur… Allez vers eux !!

Je dédie aussi cette journée fructueuse à quelqu’un de bien spécial. Kevin Brosseau, que j’avais rencontré à Oujé-Bougoumou ; il était linguiste au musée de l’endroit. Il fait maintenant sa formation en médecine. Il est présentement en convalescence. Je souhaite un prompt rétablissement à ce jeune homme qui est une fierté pour son village d’origine, Waswanipi. Kevin, tu es un modèle pour toutes les nations autochtones. Prends soin de toi… Je pense à toi !

22 Février 2017 – Jour 14 – Pow-wow

Jour 14 - Pow-wow

Nick se lève le premier; Mathieu et moi en faisons autant. Ce matin, nous déjeunons de pain doré du chef Maxime, qui est maintenant à Chicoutimi. D’ailleurs, c’est aujourd’hui son anniversaire et nous la lui souhaitons pleine de joie et de plaisir.

Nous nous dirigeons ensuite l’école Rainbow, l’école primaire de Waswanipi. Nous y rencontrons plusieurs groupes d’élèves de première à sixième année. C’est toujours un grand plaisir de rencontrer les petits; ils sont très à l’écoute et excessivement réceptifs aux histoires. Je leur raconte donc la mienne, ma vie …mon enfance. Je leur explique l’Innu Meshkenu aussi. Et j’invite Nick à dire quelques mots aux petits, à raconter son histoire. Alors, il s’exécute… et je suis ravi! Il prend le défi au sérieux et, grande première, c’est lui qui fait la cérémonie du bâton avec les petits! Je peux, pour la première fois en 7 ans, admirer la scène de l’extérieur! Nick tenant le bâton des milles rêves et les petits qui se rassemblent autour de lui pour apposer leurs mains sur le bâton, fermer les yeux solennellement et y déposer leurs rêves d’avenir! Un sentiment de grande fierté m’envahit; je réalise soudain la continuité possible pour l’Innu Meshkenu! Nick en est la preuve. Il est venu faire le périple avec nous pour lui en premier lieu… Et bien, le périple s’est transformé en « cours intensif » d’ambassadeur-champion de l’Innu Meshkenu.

Après le diner, nous nous rendons à l’école secondaire Willy J. Happyjack Memorial. La rencontre se tient dans la bibliothèque en collaboration avec la police des forces de la régionale crie, M. William Saganash. Il vient de Chisasibi  pour donner un atelier sur la prévention de l’intimidation, mais aussi de criminalité, de drogues. L’essentiel du discours est de dénoncer l’intimidation, la violence et la cyberintimidation qui est un cancer dans nos communautés. Nous alternons nos messages et je partage aussi mon expérience face au suicide et la maladie mentale… Je les incite à toujours choisir la vie, Choose life, la mort n’est pas une option! Que dans de telles situations, c’est souvent plus difficile de faire ce choix, mais que c’est le meilleur que l’on puisse faire. Je demande à Nick de partager avec les étudiants son expérience de vie, ce qu’il fait expressément. La dynamique est particulière; Nick a pratiquement le même âge que les étudiants présents, ce qui donne une tout autre portée au message autant pour Nick que pour les étudiants. Les étudiants se reconnaissent en Nick qui en retire une grande motivation. Nick est un beau modèle, un beau jeune homme qui a décidé de prendre sa vie en main pour le meilleur.

Une jeune fille vient à la fin de la présentation pour me faire part de son désir d’aller faire sa médecine. Elle me demande comment s’y prendre. Je lui dis qu’il est important de bien équilibrer sa vie, de faire du sport, de nourrir son esprit non seulement de ses études, mais aussi de culture dans le but d’avoir un corps sain et un esprit sain. Je lui dis aussi qu’il y a des programmes particuliers au Québec pour les autochtones désireux d’aller en médecine… Une belle jeunesse sérieuse qui réussira à être admise, ce qui me ferait très plaisir!

Par la suite, je donne quelques entrevues radiophoniques pour la radio locale, de la grande nation crie, ainsi qu’un message pour les gens du colloque.

Nous sommes appelés; on nous demande de nous rendre au plus vite au nouveau centre sportif pour prendre part au pow-wow; nous y sommes les invités d’honneur! On m’offre en cadeau une magnifique chemise de pow-wow et une plume d’aigle; Mathieu et Nick reçoivent aussi des présents. Nick a reçu une superbe poche à tabac cérémonial en cuir avec dessus une broderie en forme de loup. Et nous nous joignons au groupe pour la danse traditionnelle.

Je voudrais tous les gens de Waswanipi pour l’accueil grandiose; Irene Otter et Caroline Happyjack, Erika Eagle et tous autant que vous êtes qui ont de près ou de loin participé à la réussite de cet accueil. À tous…MEEGWETCH TSHINASHKUMITIN!! On apprécie beaucoup!

Mistissini, on s’en vient! Nous nous rencontrerons demain!!

22 Février 2017 – Jour 15 – La fin du périple

Jour 15 - La fin du périple

Ce matin, nous nous préparons à quitter Waswanipi ; en route pour vers Mistissini ! La route est belle et parsemée de perdrix ! Il y a longtemps que j’en avais vu autant ; on aurait pu les attraper à mains nues. Quel bon repas on aurait pu en faire, avoir eu le temps ! Un petit arrêt à Chibougamau et nous reprenons la route vers notre destination que nous atteignons une heure et demie plus tard.

Nous nous rendons à l’école primaire Voyageur. Cette école est nommée en honneur d’une famille décédée dans un accident de canot. À noter que c’est une école qui accueille plus de 500 élèves ; un grand nombre d’enfants habitent le village. Nous rencontrons un des membres de la direction, M. Richard. Quatre rencontres sont prévues, dans les deux langues. On nous amène au gymnase où se tiendront les présentations. L’endroit est en tous points identiques à plusieurs autres gymnases dans les communautés, dont celle où j’ai grandi, Pessamit. Un plan d’architecte avait sûrement été commandé pour toutes les communautés.

On sent une grande énergie, une effervescence bouillonnante, remplit le gymnase à l’arrivée de chaque groupe. Les présentations en grand groupe exigent énormément de contrôle de ma part — main de fer dans un gant de velours, car autrement, on s’y perd rapidement ! Une fois que j’ai réussi à capter l’attention des petits, tout se déroule comme prévu. Les enfants aiment les histoires ; je leur raconte la mienne, je leur montre mon traîneau, je relate l’histoire du bâton des mille rêves. D’ailleurs, en raison du grand nombre d’élèves par groupe, la cérémonie du partage de rêves doit être revue. Trop de petites mains pour le bâton ! Mathieu a toutefois une idée aussi soudaine qu’ingénieuse ; chacun des enfants va tenir la main de son voisin et créer ainsi quelques chaînes d’élèves. Les enfants au bout de chaque chaîne vont apposer une main sur le bâton. On crée ainsi la « chaîne des rêves » ! Quelle idée !!

Nick participe activement aux présentations. C’est lui qui présente le bâton des mille rêves aux trois groupes. Il affiche une assurance certaine ; il croit sincèrement à son discours. Quelle assurance il a développée durant son périple ! J’espère qu’il conservera cette expérience dans son cœur et son âme et qu’il saura y puiser l’énergie nécessaire en cas de besoin.

Le groupe de 4e, 5e et 6e années m’offrent un goûter : un sandwich à la dinde garni de laitue et de luzerne qu’ils font pousser eux-mêmes ici dans les mini-serres de l’école ! Les mini-serres font partie d’un projet de micro-entrepreneuriat pour vendre des lunchs aux gens sur l’heure du midi. MEEGWETCH ! TSHINASHKUMITIN à tous ! J’apprécie cette pensée à mon égard.

Malgré le fait qu’il est difficile de présenter devant de grands groupes, je constate que mon message a fait son chemin et a été bien reçu. Plusieurs élèves ont des questions et restent un peu à la fin pour nous rencontrer et parler un peu plus.

Après une pause-santé avec mes compères, Mathieu et Nick, nous faisons un arrêt à l’école secondaire où nous laissons au directeur de l’endroit des bandes dessinées pour la bibliothèque. Je croise plusieurs personnes pendant mon passage là ; Georges Miamscum, un ami de ma sœur, est l’un de ceux-là.

Nous faisons aussi un arrêt au centre de santé du village. J’y rencontre deux infirmières : Mylène et aussi Caroline Fillion, l’infirmière en chef. Elles me font visiter les installations. Je suis surpris par l’endroit ; c’est en fait un mini-hôpital avec tous les services de la modernité… radiologie, branchement sur le système permettant d’envoyer des images à Amos aux fins d’examen et diagnostics, une salle d’urgence, un centre d’hémodialyse pour les diabétiques, des salles de traumas… Une très belle clinique moderne où travaille une équipe dévouée aux multiples aspects du bien-être de cette communauté dans laquelle j’ai hâte de revenir.

Nous reprenons la route vers Chibougamau. Une fois arrivés, il est maintenant temps de nous séparer. Nick prend l’autobus demain matin pour retourner chez lui. Il dormira donc ici ce soir. Après les accolades qui n’en finissent plus de finir, je m’assure encore une fois que Nick sait qu’il peut compter sur nous, que nous serons toujours là pour lui. Je lui dis aussi de se souvenir qu’il a maintenant la force de puiser dans ce beau souvenir lorsque le besoin se fait sentir… que les beaux moments et les beaux messages qu’il a reçus sont en fait de l’énergie en réserve pour longtemps à venir. Nick, mon petit frère, tu restes dans mon cœur.