#13 - DE SCHEFFERVILLE À KUUJJUAQ

DATE DU DÉPART : 27 FEVRIER AU 29 MARS 2015

LIEU DE DÉPART : SCHEFFERVILLE

LIEU D'ARRIVÉ : KUUJJUAQ

DISTANCE: 470 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 5013 KM

RÉSUMÉ DE LA MARCHE

Hiver 2015 – L’aventure Schefferville-Kuujjuak! Le plus difficile de tous les périples! Grand froid dans le grand blanc! Un défi de chaque instant!

Lire le journal de cette étape

1 Mars 2015 – Jour 2 – Le grand départ

Jour 2 - Le grand départ

La prière du départ

On me rapporte qu’avant ce départ, tous ont été conviés à un grand déjeuner au Naskapi Community Center où les marcheurs ont eu droit à la table d’honneur et au cérémonial de circonstance! Après le déjeuner en communauté, tous se dirigent vers la ligne de départ.

Le temps était ensoleillé… -22 ce matin…. petit vent qui pince le visage! Une particularité intéressante : les marcheurs de chacun des groupes portent des parkas aux couleurs différentes, des parkas confectionnés par les ainés de Kawawachikamach et de Matimekush! Tout le monde est aussi très émotif, non seulement parce qu’on se quitte pour grand périple, mais aussi parce que ce chemin n’a pas été marché depuis 60 ans! Après les embrassades et des adieux émouvants, c’est le grand départ.

Les marcheurs prennent la route; une haie d’honneur de « pickups » klaxonnant à tue-tête les salue et leur souhaite bonne chance. Le parcours d’aujourd’hui en est un de 16 kilomètres.

Mike, un jeune Inuit, est le premier arrivé au camp du lac Deschabert; les derniers arrivent vers 17 h. Tout le monde est si fatigué que dès le souper fini, tous se dirigent vers les tentes pour un repos bien mérité.

Dormez bien, mes frères! …. J’ai tellement hâte d’être parmi vous!!!

10 Mars 2015 – Jour 11 – Les mauvaises connexions

(Mauvaise connexion satellite – appel reçu à 23 h 15)

Ce soir, j’ai eu toutes les misères du monde à rejoindre Ginette, la rédactrice du blogue. La connexion est mauvaise et défaillante; je perds la ligne aussitôt obtenue. En fait, l’appel téléphonique reflète un peu l’humeur de plusieurs. Les jours se suivent sans toutefois se ressembler, faut croire.

… L’humain étant une ‘machine’ que l’on ne contrôle pas, on doit toujours espérer sa pleine collaboration, selon son bon vouloir. Après une nuit excessivement froide, plusieurs marcheurs ont préféré demeurer dans la chaleur de leurs sacs de couchage plus longtemps. Ceci ne facilite pas l’expédition; nous nous devons de respecter l’horaire pour faire en sorte que le camp soit monté et que nous soyons fin prêts avant la tombée de la nuit. Nous devons idéalement prendre la route à 8 heures, au plus tard. Las d’attendre, j’ai finalement décidé de partir seul ; on se rejoindra au lac Romanet.

Il fait froid, mais beau, la marche pourrait être, à la limite, agréable si ce n’était pas des problèmes que j’éprouve avec mon traineau. Avant de partir en expédition, il aurait fallu que je le fasse amincir; il aurait fallu le préparer adéquatement en fonction de la route à couvrir, le cirer pour faciliter la glisse. Ce ne fut pas le cas… J’ai l’impression de racler mon chemin!! Pas évident!! Je continue néanmoins à avancer. Le vent tombe en début d’après-midi, ce qui réchauffe la température à environ -17. La marche est dès lors moins pénible.

Le paysage est d’une beauté absolument exceptionnelle; les chaines de montagnes blanches au loin font penser à une file de marcheurs, dos courbés… les uns derrière les autres dans la blancheur du Grand Nord! Je n’ai pas peine à souffrir pour admirer tant de beauté! Je marche… j’admire…. je fais le plein de la beauté blanche qui m’entoure… qui m’enveloppe… qui m’envahit!

Je réfléchis…. au moyen à prendre pour améliorer la réactivité de tout un chacun dans le groupe…. comment faire en sorte que les marcheurs soient plus disciplinés le matin…. Je pense à nos blessures, à mes pieds qui me font souffrir et ma grippe ne s’améliorent pas, à Richard et Bob et leurs blessures aux mains… Richard est un EXCELLENT logisticien et cette blessure complique son travail. Bob et Nancy lui donnent un coup de main qui est, ma foi, révélateur; ils sont tous les deux très efficaces et Nancy manie la motoneige comme le ferait un homme! Elle est très habile.

J’ai soudain un ‘blues’ de la chirurgie… j’adore mon métier, opérer, soigner les gens, les aider à prendre du mieux. C’est un grand privilège d’être chirurgien; ma profession me passionne! Penser aux blessés du camp m’amène à penser à mes patients dans les hôpitaux, au sud. Je dédie ma journée à mes patients, dont M. Bernard Plante à qui je souhaite que sa condition s’améliore rapidement; à Mme. Gosselin et Mme. Bonsaint, de belles ondes positives volent vers vous! Mes efforts et mes pas sont pour votre santé.

Je pense aussi à vous, amis Anishnabe!

J’ai réussi les 38 km à couvrir aujourd’hui. J’arrive au lac Romanet avec Brian, un jeune Inuit; un lac de 8 km. Nous sommes à mi-chemin; 218 kilomètres ont été couverts, il en reste 222 à marcher. Demain, nous faisons un arrêt… Repos et ajustement du groupe sont au programme… en espérant que ce soit bénéfique pour nous tous.

10 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 6

Après avoir soigné quelques ampoules en matinée, Monsieur Marjorique nous conduisit à Forestville avec Guy Bacon et Gaétan Picard. Le départ se fit à 11 h 30. Là, je rencontrai Jacques Tremblay, un ancien patient. Une fois arrivés à Sault-aux-Cochons, nous avons emprunté un sentier pédestre. En chemin, nous avons ramassé (et sûr mangé) plusieurs bleuets. D’ailleurs, M. Sirois, un homme que nous avons rencontré sur notre chemin m’a offert ses bleuets. Nous avons par la suite marché sur l’ancienne route 138 pour arriver à Ste-Anne-de-Portneuf où nous avons dîné à la cantine. J’ai tout englouti en un temps record. Serge et sa fille nous on rejoint à cet emplacement. Nous sommes par la suite allés nous recueillir sur la tombe de mon frère où nous avons pris des photos. Nous avons recommencé à marcher et nous avons fait la rencontre d’ornithologues. Arrivés à St-Paul du Nord, nous avons cherché Serge, qui nous attendait malheureusement au mauvais endroit. Finalement, c’est le policier Jérôme Bacon qui arriva avec le nouveau véhicule de police de Pessamit. Jérôme alla chercher Serge qui était quatre kilomètres plus loin et nous sommes repartis en voiture en direction des Escoumins. Nous sommes arrivés aux Escoumins à 19 h 30, plus précisément aux chalets Shipek, propriété de la communauté d’Essipit. Les frigos étaient pleins et nous avons été très bien reçus par la communauté. Nous nous sommes couchés, non sans avoir une fois de plus traité nos ampoules.

11 Mars 2015 – Jour 12 – Repos… qui n’en est pas un

Nous avons pris une journée de repos aujourd’hui… un repos de marche, en fait.

Hier soir, nous avons eu droit au plus beau des spectacles; les aurores boréales dansaient à plein ciel!! Fantastique! Nous avons pris le chemin de nos tentes, ravis du privilège venant du Ciel.

Marc-André et moi nous sommes relayés toute la nuit pour garder le feu en marche. La nuit fut relativement bonne. Je me suis réveillé gelé… le feu éteint. Il est quand même 7 heures; ça fait du bien dormir un peu. Et je sais pourquoi j’ai si froid; mon sac de couchage est un sac rectangulaire. Il est confortable, mais perd la chaleur. J’aurais dû apporter mon sac « momie », car il conserve la chaleur.

Marc-André, Willy, Job, Norman et Edgar déjeunent et partent faire du repérage. Ils doivent trouver les balises pour se rendre au camp Sagar demain. Pendant leur absence, l’avion de la compagnie Norpac vole au-dessus de nous et se pose avec facilité tout près du camp. On doit évacuer Richard; sa blessure à la main demande un traitement supplémentaire. Donc, tout son matériel est à bord… même sa motoneige! Et l’avion, conduit par l’habile Samuel Paquette, repart avec la même facilité!! C’est tellement impressionnant à voir! Prompt rétablissement, Richard!!! Dommage de te voir nous quitter.

Nous vaquons à nos occupations… Je bûche avec Daniel. Il y a très longtemps que je ne m’étais pas servie d’une scie…. Je réapprends aussi à conduire une motoneige. J’y prends plaisir; nous aurons tout le bois nécessaire pour ce soir et demain

Marc-André et les autres reviennent de leur périple; la route n’avait pas été balisée, ce qui a rendu l’excursion difficile. Edgar s’est blessé au visage; le branchage dense lui a fouetté le visage…. Rien de grave, heureusement. Nous nous préparons à souper, au menu ragout de bœuf et truite grise attrapée par Edgar.

Nous nous rendrons demain au camp Sagar, à 37 km d’ici. Le lever devra être tôt, car la route sera longue.

Mes pensées d’aujourd’hui vont vers mes frères micmacs.

P.-S. Déception… Nous devrons oublier l’arrêt souhaité à Fox Lake… Pour des raisons de capacité logistique, ils ne seront malheureusement pas en mesure de nous accueillir…

11 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 7

Guy Bacon s’est levé à 5 h 30 et nous a fait du très bon café. Nous nous sommes levés à 6 h et nous avons de nouveau soigné nos ampoules. Serge a réalisé qu’il avait laissé ses clés dans l’auto, porte barrée. Le CAA est arrivé miraculeusement à notre rescousse et nous avons pu partir à 7 h 55 de Longue-Rive. Guy, Gaétan, Jennika et moi-même avons franchi Longue-Rive et nous avons pris l’ancienne route 138. En route, nous avons vu un petit ourson sur le bord de la forêt, espérant ne pas voir sa mère… À 9 h 59, heure où la première tour du World Trade Center est tombée, nous avons fait une minute de silence. À 10 h 28, heure où la deuxième tour s’est effondrée, nous nous sommes recueillis à nouveau dans un moment de silence. Nous avons prié et remercié le Grand Esprit pour notre vie. Le temps était ensoleillé, mais un petit vent de face s’intensifiait avec le temps. À midi, je suis allé chercher des sandwichs avec Serge. Les autres marcheurs continuèrent. Nous sommes arrivées à 14 h 15 aux Escoumins. Là, nous avons été accueillis par Marie-Pierre Ross d’Essipit et son mari, Dave Launière. Marie-Pierre vient de terminer son baccalauréat en éducation physique et Dave est policier à Essipit, mais originaire de Mashteuiatsh. Nous avons marché jusqu’au dépanneur de la communauté où nous sommes arrêtés pour un café et un chocolat. Guidés par Marie-Pierre et Dave, nous avons emprunté des petits chemins qui nous ont menés à la 138 où nous avons rencontré Denis Ross, Grand Chef de la communauté, qui nous cherchait déjà depuis une heure. M. Ross a marché 10 km avec nous. Éric Hervieux est venu nous rejoindre après s’être octroyé une journée de repos pour soigner sa cheville. Nous avons marché jusqu’à Cap-Bon-Désir, soit près de 36 km de marche au total. Par la suite, l’agent Patrice Vachon est venu chercher tout le groupe et nous a ramenés à la salle communautaire où nous attendaient le chef et quelques membres de la communauté. Nous avons marché avec eux autour de la communauté, soit 2,5 km. Nous sommes revenus à la salle communautaire où j’ai discuté du projet et où j’en ai profité pour remercier les gens de la communauté pour leur accueil. Nous sommes par la suite revenus vers les chalets pour souper et pour nous préparer pour lundi où nous aurons l’occasion de nous rendre à l’école primaire et l’école secondaire pour une rencontre avec les élèves. Nous partirons vers 11 h 30 pour Tadoussac, soit 29 km.

12 Mars 2015 – Jour 13 – Le noir dans le Grand Blanc

Le froid….. Le froid polaire et glacial! À vrai dire, je ne trouve plus de qualificatifs assez puissants pour décrire ce que l’on vit. J’ai dû me lever sept fois cette nuit; je gèle de tout mon être! Pendant ce temps, Marc-André, lui, a trop chaud emballé dans son sac de couchage « momie »! Levés dès six heures, on se prépare pour le départ. Déjeuner et bagages, nous partons dès 8 h : 30. D’or et déjà, on peut dire que la journée sera exécrable… Nous marchons sur le lac où le vent souffle en maitre et roi! Les bourrasques sont si fortes qu’on est presque élevé dans les airs…. Poudrerie et glace rendent la marche excessivement difficile. Nous devons faire 7 à 8 kilomètres sur le lac avant d’entrer dans la forêt. Après seulement 40 minutes, mon masque est complètement couvert de glace. Pénible…..PÉNIBLE! Nous entrons dans la forêt; le vent est partiellement coupé par les arbres, mais les marcheurs éprouvent quand même de la difficulté à avancer. Elijah ne marche que 15 kilomètres tellement il est épuisé. Nous traversons le lac Chambon; je porte mon deuxième masque qui ressemble à présent à une coquille tellement il est glacé!! Les marcheurs souffrent tous… le froid, la fatigue et un vent à nous arracher la tête ont raison de nos efforts… et de notre moral. Les motoneiges font la navette et transportent les marcheurs frigorifiés vers le camp. Michael, un jeune Inuit qui m’accompagne, me demande s’il me reste de la nourriture. Je lui donne mon dernier sandwich… Et nous regardons les motoneiges qui passent… c’est décourageant… Tout le monde est à fleur de peau… La discorde est encore parmi nous.  Avec la sommation des problématiques qui nous tombe dessus (bris matériels, blessures, la grippe…), il me semble que le fil d’arrivée est de plus en plus loin… QUATRE COMMUNAUTÉS DIFFÉRENTES… QUATRE CULTURES DIFFÉRENTES… Comment faire comprendre que la cohésion, la synergie du groupe sont un élément-clé à la réussite de ce projet? Comment amener les quatre cultures distinctes du groupe vers l’interdépendance et un rapprochement temporaire nécessaire pour mener l’expédition à bien? Il FAUT que tous se parlent pour aplanir les différends… J’ai beau essayer, je n’arrive pas à passer mon message! Ce qui me désole et m’attriste terriblement! J’en suis maintenant à solliciter l’intervention des communautés qui, grâce et la grande sagesse de leurs membres et leur énergie, peuvent transmette leur pensées positives et des messagesde compromis et de paix entre les groupes. Cette aide extérieure permettra la réussite de ce projet périlleux, notre succès collectif en dépend! L’expédition étant déjà ardue et complexe, il n’y a pas de place pour les malentendus, les tensions et les désaccords… En ce moment, je vois Kuujjuaq de plus en plus loin! ALORS, ON SE DOIT DE MARCHER TOUS DANS LA MÊME DIRECTION! Je dois avouer qu’après avoir marché 4,900 kilomètres, cette expédition est sans aucun doute la plus complexe et difficile de toutes, sur tous les aspects… Parfois, j’aurais le goût de rentrer chez moi. C’est un cri du cœur!

12 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 8

Ce matin, nous nous sommes réveillés à 5 h 30. À 6 h, nous déjeunions tous ensemble au chalet. Par la suite, nous avons fait nos bagages puisque ce soir, nous ne dormirons pas ici. À 8 h, l’agent Patrice Vachon (Mushini) est venu me chercher pour m’amener à l’école primaire Marie-de-l’Incarnation pour une rencontre avec les élèves. Trois présentations furent faites (une pour chacun des cycles) à l’aide d’un montage visuel que j’avais concocté. Par la suite, nous avons marché avec tous les enfants dans la communauté. Puis, je me suis rendu à l’école secondaire de Bergeronnes avec l’agent Mushini pour me rendre compte que la présentation que je devais faire était à 14 h et non 10 h 30. J’ai donc décidé de marcher en direction des Escoumins, soit environ 2 km. Peu après, j’étais de retour au chalet pour ramasser tous les bagages. Puis, nous avons attendu Mikaël Kanape, notre escorte pour la semaine qui vient, avec un camion. Nous avons laissé Serge Mestokosho à l’arrêt puisqu’il devait retourner à Pakuashipi pour des raisons familiales. Nous avons acheté quelques sandwichs à l’épicerie et nous avons mangé sur le pouce devant la magnifique Baie-des-Escoumins. À 13 h, nous avons recommencé à marcher au Cap-bon-Désir en direction des Bergeronnes. À 13 h 45, Mikaël est venu me chercher pour m’amener à l’école secondaire (à la bonne heure cette fois…) où j’ai effectué deux présentations traitant de la prévention du suicide, de la toxicomanie et de l’alcoolisme, de la réussite scolaire et de l’importance de rêve et de tout faire pour réaliser ses rêves, et ce, pour le 1er et le 2e cycle. Dans les groupes, il y avait quelques étudiants d’Essipit, mais surtout des Allochtones. Les étudiants ont été très attentifs. J’aimerais d’ailleurs en profiter pour remercier la direction et les professeurs de l’école primaire d’Essipit de même que de l’école secondaire de Bergeronnes pour leur soutien et de leur collaboration exceptionnelle. À 15 h 30, j’ai rejoint, sept kilomètres plus loin, l’équipe de marcheurs d’aujourd’hui soit Brinannie Mestokosho, Éric Hervieux, Guy Bacon, Gaétan Picard et Jennika Fontaine. Nous avons traversé la partie montagneuse de Tadoussac. Le temps était magnifique. Il faisait beau et chaud et un petit vent venait nous rafraîchir. L’énergie était palpable dans l’air. Aujourd’hui, c’était la dernière journée de Gaétan qui avait comme objectif de se rendre à Tadoussac puisqu’il doit retourner travailler. Nous sommes arrivés à Tadoussac 18 h 30 après 30 km de marche au total. En arrivant, je me suis aspergé de l’eau de la baie de Tadoussac, là où mes ancêtres Vollant (métis wendat et belges) avaient débarqué au 18e siècle. Nous avons pris une photo de famille et nous avons dit au revoir à notre ami Gaétan en compagnie de sa femme et sa sœur Pauline. Nous nous sommes par la suite rendus à Sacré- Cœur, à la ferme Cinq Étoiles. Demain, c’est 40 km qui sont prévus. Mikaël viendra nous chercher à la ferme et nous nous rendrons marcher à la jonction de la route 172 et de la route 138. Merci à la ferme Cinq Étoiles pour leur commandite et leur support.

13 Mars 2015 – Jour 14 – Courage et résilience

Je n’ai pas bien dormi. Nos soucis de la veille ont, bien sûr, un impact sur mon sommeil, mais j’ai aussi une grosse grippe et une sinusite frontale gauche… Maux de tête, sinus enflés… En plus, des engelures au lobe d’oreille, au cou, au visage et ça brule… Décidément! Je commence l’antibiotique dès maintenant, question de maitriser l’infection le plus rapidement possible. Heureusement que nous prenons une journée de repos. J’ai beaucoup pensé à notre situation et au moyen à prendre pour réunifier le groupe. J’aimerais tant trouver une solution qui plaise à tous, qui consoliderait ce groupe jusqu’à la fin du périple!

Au déjeuner, je me promène, je parle à tout un chacun; je demande comment ils voient les choses, quelles sont leurs idées… Nous parlons de la marche et de leurs sentiments par rapport au succès de l’expédition… Nous attendons l’arrivée de deux nouveaux logisticiens naskapis de Kawawachikamach.

La motoneige est de Marc-André ne démarre pas… pour faire changement! Norman prend les choses en main… de la façon inuit! Ils savent faire démarrer les machines capricieuses là-haut! Le truc réussi… Elle s’arrête à nouveau, mais Norman ne se laisse pas décourager et la redémarre. Nous perdons beaucoup de temps précieux à travailler après cette machine sans fiabilité.

Vers 11 h, Norman et Willie décident de faire la route vers le prochain camp situé au lac Nachikapau, à une heure d’ici. La piste est plus facile, car elle a été balisée. Pour ma part, je me rends avec Jimmy au point où l’on est arrivé hier. Nous marchons le vent dans le dos et il souffle aussi fort qu’hier. En marchant, je pense à mes ancêtres, à mes grand-parents, aux chasseurs de Pessamit, à leurs histoires et de l’importance de travailler ensemble, mamuitun, et aussi s’entraider, uauitshitun….. Aussi, à ce que j’aurai à dire devant le groupe. Comment rétablir mon leadership? Les ancêtres se levaient dans la nuit pour partir au lever du jour. Nous devons respecter ce principe de nos ancêtres; leur résilience est en nous. La résilience fait oublier la douleur, la faim… elle est en nous, c’est à nous de l’apprivoiser… J’entends soudain les motoneiges qui passent et nous embarquons.

Une fois revenus, nous décidons de tous nous réunir pour souper ensemble de ragout, de riz et de banique inuits, innus et naskapis, et pour discuter du reste du chemin à parcourir. Nous analysons plusieurs options et en discutons en groupe… Je parle de mon bâton de marche, de son histoire, de sa provenance… des rêves qu’il détient. J’insiste sur l’importance des rêves, qu’il faut y croire et les poursuivre. J’explique qu’ils sont parfois difficiles à atteindre, mais lorsque l’on tombe, il faut se relever, car l’on mesure la grandeur d’un homme ou d’une femme à sa capacité de se relever! Je remarque un changement d’attitude… Tout le monde est d’accord pour dire que la discipline, se lever et prendre la route tôt sont les prémisses du succès.

Après avoir discuté des options, nous optons pour la discipline en laissant toutefois, les toutes les options ouvertes. À force de bonne volonté, nous pouvons mener ce projet à bien et ainsi honorer les ancêtres et les vivants! Et nous faisons la cérémonie du bâton… et transposons nos rêves….

Aaron et Sandy, deux gaillards solides, arrivent après 12 h de motoneige. Ce sont des logisticiens prêts à se mettre au travail, du sang neuf dans l’équipe. On nous confirme une visite surprise pour demain, ce qui stimule les troupes.

Je me couche, bourré d’antibiotiques….. Je dédie ma journée à mes beaux enfants… qui me manquent et que j’ai hâte de voir… et ma douce Geneviève qui me manque et à qui je pense beaucoup aussi… Ma récompense sera de serrer contre moi ceux que j’aime.

13 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 9

Aujourd’hui, nous nous sommes levés à 5 h 30 avec un bon café de Guy Bacon. Éric réalisa qu’il ne pouvait marcher puisqu’il avait la cheville enflée. Mikaël nous amena à la jonction des routes 172 et 138, au km 0 de la route 172. Nous avons débuté la marche à 8 h. Guy Bacon et moi marchons et discutons de différentes choses. J’ai le temps de penser à ma mère pendant une ou deux heures, de notre relation amour/haine, de sa mort alors que je l’ai moi-même débranchée. Au moins, j’avais eu le temps de faire mon deuil. J’en retiens que chacun d’entre nous devrait prendre le temps de pardonner aux gens aimés. Arrivé à Sacré-Cœur, je suis arrêté au CLSC pour chercher des pansements donnés gracieusement par le CLSC pour nous tous. J’ai rencontré quelques patients que je connais. Nous avons continué à marcher. Nous sommes arrivés à 11 h 30 à notre auberge à Sacré-Cœur, le temps d’un lunch rapide et je suis reparti avec Jennika et Britannie pour continuer la marche. Éric, qui embarque avec Mikaël, devient notre photographe et cameraman officiel. Nous marchons le long de la rivière Ste-Marguerite. Peu après le pont, je me suis fait attaquer par un gros chien méchant et enragé, crocs sortis. J’ai dû le frapper avec mes bâtons de marche pour le dégager, car il m’aurait vraiment blessé sérieusement et ça en aurait été fini de la marche. J’ai continué à marcher le long de la rivière. C’est un plaisir. Cette ancienne vallée glaciaire est tout simplement à couper le souffle. Près du quarantième kilomètre, il y a une petite rivière qui passe et c’est à cet endroit que j’arrêtais souvent avec mes filles. Je me suis souvenu, nostalgique, que Chloé voulait toujours qu’on s’y arrête. J’ai terminé la marche au kilomètre 40 avec Guy (photo à l’appui). Félicitations à Guy pour ses efforts et sa détermination, ainsi que sa force et son humilité. Britannie et Jennika avaient dû arrêter en chemin pour des problèmes aux jambes. Une chance, Mikaël est en tout temps avec nous pour nous escorter en voiture et nous apporter support, eau et vivres. Puis, nous sommes revenus au chalet pour nous soigner, nous laver, manger et surtout rire et rire encore, comme les Innus que nous sommes.

14 Mars 2015 – Jour 15 – Tshiuetin et les esprits protecteurs

5 h 30… Préparation… À 6 h, j’utilise un clairon de bateau pour réveiller tout le monde. Ohhh!! Et ma foi, c’est très efficace! Tous se lèvent et s’activent aux préparatifs habituels : déjeuner, plier bagage, démonter le camp.

Nous quittons le camp à 8 h : 40… Nous marchons une bonne distance sur un très grand lac. Encore aujourd’hui, le froid est intense et le vent toujours présent… et surtout, mordant! Nos masques sont si gelés que nous semblons avoir des bols de glace collés au visage. Après une bonne distance, les motoneiges nous ramènent dans leurs traineaux vers un arrêt où deux tentes ont été montées et chauffées pour nous. J’ai cédé ma place derrière Willie et pris place à l’arrière, dans le toboggan. Le paysage est aussi beau que la température est cruelle! Au bout d’une heure, je n’en peux tout simplement plus! Je suis transi de froid!! Je me suis encore gelé le visage; j’ai des traces d’engelure partout dans le visage et le nez qui pèle. J’aurai les traces de ces blessures longtemps après la marche étant donné que la peau doit se régénérer. J’espère que ma douce m’aimera quand même! À -25 degrés, le vent est une bête qui nous mord le visage!! Il est sans merci…

Nous sommes retournés au camp plus tôt parce que nous attendions une visite. Nous nous préparons donc à leur arrivée. Je suis fier de mon groupe aujourd’hui! Tous travaillent ensemble pour s’assurer que nous sommes prêts pour la visite! Nous montons les tentes, ramassons du branchage en équipe, comme une famille. Finalement, nos visiteurs ne viendront que demain et les marcheurs en profiteront pour relaxer un peu.

La venue de nos deux nouveaux logisticiens, Aaron et Andrew, est bénéfique. Ce sang neuf dans l’équipe vaut son pesant d’or! Leur expérience d’expédition est évidente; ils sont d’une efficacité remarquable! Leur attitude positive est un élément qui favorisera la concrétisation de ce projet.

La motoneige de Marc-André fait encore des siennes. Un problème de suspension affecte sa conduite et nous devons faire une réparation majeure. On a donc décidé de nous envoyer une nouvelle machine qui devrait arrivée lundi, ce qui ne sera pas un luxe dans notre condition.

Vers 15 h, je décide de retourner au point où l’on avait laissé et continuer un bout de chemin seul… La température change… moins mordante et plus douce. Le panorama est magnifique et grandiose malgré son hostilité. J’arrive au lac Nachikapau où il y a une ile. C’est un territoire traditionnel naskapi… un ancien cimetière naskapi s’y trouve. En aval de la rivière s’y trouvait Fort Mackenzie, un ancien poste de traite.

La nuit commence à tomber…. Le bleu glacial du ciel ensoleillé fait place à la voûte céleste inondée d’étoiles! Je prie les ancêtres… je pense à eux, à ce qu’ils ont pu endurer… J’entends le langage de la forêt, nutsheniu aimun… ce vieux dialecte montagnais… le langage des frères! Et je suis transcendé par leur présence! Un esprit protecteur m’envahit, m’habite soudain… Je suis surpris… je n’ai pas peur… Les étoiles et les constellations dansent au-dessus de moi! Une planète montre l’ouest… une autre le franc sud… Un vent du nord-ouest souffle… Tshiuetin… le vent du retour… Le vent qui poussait les chasseurs dans le dos pour montrer le chemin vers la maison. Je vis le Tshiuetin, le vent du retour chez soi. Je sens sa pleine signification… Et je suis tiré de ma transcendance spirituelle… de mon moment de grâce, par le bruit de motoneige… Elijah est venu me chercher… Les étoiles, la Grande Ourse dansent au-dessus de nous.

Nous arrivons au camp. Les tentes sont bien chaudes et nous mangeons un bon souper de pâtes au pesto préparées par Luku, Marjolaine et Marc-André… Nous prenons le chemin des tentes…. pour un repos mérité… et pour anticiper demain!

Je dédie ma journée au peuple malécite… Je pense à vous.

P.-S. : Il ne reste qu’un peu plus du tiers de la route à marcher, avant de vous rejoindre tous, population de Kuujjuaq!

14 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 10

Comme à l’habitude maintenant, nous nous sommes levés à 5 h 30 avec un café préparé par Guy. Nous nous sommes préparés et nous sommes partis à 6 h 45 de la ferme. Nous avons commencé à marcher à 7 h 10, au quarantième kilomètre, là où nous avions laissé hier. Après avoir marché deux kilomètres, soit vers 8 h, Mikaël est venu me chercher pour m’amener à Ste-Rose-du-Nord pour une entrevue radio et télé de Radio-Canada, mais aussi pour le journal Le Quotidien. L’entrevue a été de plus d’une heure. Je suis par la suite revenu rejoindre mes amis au kilomètre 50 en me disait que je reviendrai faire les huit kilomètres esquissés éventuellement. Puis, nous avons rencontré une équipe de tournage qui travaille pour le Centre Nikanite de l’UQAC. L’équipe nous a filmés et interviewés sur la marche, mais aussi en rapport avec le camp d’été d’initiation pour les carrières en santé pour les jeunes autochtones que j’ai initiés. Puis, nous avons continué la marche le long de la rivière Ste-Marguerite. Le paysage y est indescriptible. J’ai encore été très nostalgique. Je pense beaucoup à mes filles. Je me suis souvenu du trajet que j’empruntais pour aller les chercher, mais aussi et surtout des câlins, des baisers et des rires. J’entendais encore les rires de Chloé et de Louise-Sophie dans ma tête. Nous avons terminé notre journée au kilomètre soixante-dix-neuf et j’ai marché un autre trois kilomètres pour me rendre à Ste-Rose-du-Nord sur le bord de la rivière Saguenay. Cet endroit se veut le territoire que mes grands-parents ont déjà habité et il y a d’ailleurs des Innus enterrés dans la forêt attenante. Il était important pour moi de marcher sur les pas de mes ancêtres, sur leur territoire. Puis, je suis retourné à la ferme Cinq Étoiles pour souper, prendre un bain, me soigner, manger et faire mon compte-rendu téléphonique quotidien à Isabelle Picard.

15 Mars 2015 – Jour 16 – Ballet boréal

J’ai rêvé toute la nuit… entre deux bûches… Après avoir mis du bois dans le poêle, je retombais dans mes rêves… Encore deux bûches… Je sors pour «appel-nature»; Ce que je vois dehors est d’une beauté époustouflante!! Un ballet d’aurores boréales qui dansent et tourbillonnent à travers un océan d’étoiles!! Je reste là à admirer le ciel comme on admire un tableau d’artiste d’un talent incomparable! Un ciel pur, sans pollution lumineuse. Ce spectacle me réconcilie avec les misères vécues.

Cette nuit, la température a été douce… le jour s’annonce semblable. Après le déjeuner, je fais le tour des blessés, parce qu’il y a toujours des blessures dans de telles expéditions. Blessure aux pieds… ou à l’âme, je soigne tout! Pour ma part, l’antibiotique commence à faire son effet; je ne suis pas guéri de ma grippe… mais ma situation est sous contrôle.

L’avion Norpac se pointe autour de 10 h 30. Samuel, en pilote aguerri, fait son atterrissage sur le lac. À son bord, le Chef de Matimekush, Réal Mackenzie, les parents de certains de nos marcheurs, en tout neuf personnes qui arrivent avec de la pizza pour le diner, de la viande, des médicaments que j’avais demandés. Le Chef Mackenzie visite chacune des tentes et parle avec tous; il encourage et transmet le message d’encouragement de tous les chefs, que toutes les communautés innues envoyaient les félicitations et encouragements pour être unis et fiers de mener ce projet à bien. On parle de l’importance de la persévérance dans cette expédition, de son importance historique. Le Chef Mackenzie, Rodrigue et son fils, le jeune marcheur Kieston, Jordan et ses parents… Tous nous formons le cercle durant lequel on nous livre ces beaux messages d’encouragement.

Après le départ de notre visite, je décide de marcher quelques kilomètres. Michael et Donat m’accompagnent. À 15 h 30 donc, nous quittons. En route, nous rencontrons un renard qui examine les trous de pêche où Elijah et Brian ont attrapé deux truites grises pour le souper de ce soir. Il fait très doux… Si doux que nous devons enlever les doubles de vêtements. J’enlève un de mes trois pantalons; je l’accroche sur une branche d’arbre qui borde le trajet. Nous marchons en direction du lac LeMoyne… À 18 h 30, les motoneiges qui reviennent de ce lac nous prennent et nous retournons au camp… Sans oublier de ramasser les vêtements laissés sur le chemin. Donc demain, nous aurons ces 15 kilomètres de moins à faire.

Demain nous rejoindra mon grand ami Mathieu-Robert Sauvé, qui vient marcher avec nous. J’ai tellement hâte de le voir! Le meilleur reste à venir!

Ma journée est dédiée au peuple mohawk… Je vous verrai à l’automne pour la marche Akwasasne, Kanehsatake et Kahnawake vers le centre-ville de Montréal… Une expédition de marche et de rabaska. J’espère que vous vous joindrez à moi!

15 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 11

Ce matin, nous nous sommes levés à 4 heures. Nous sommes partis à 7 h 15 du chalet et nous avons commencé à marcher à 8 h de Ste-Rose-du-Nord. Le temps était pluvieux, sombre et froid. Après avoir marché 10 km, Mikaël vint me chercher dans la fourgonnette pour me ramener à ma voiture d’où je suis parti pour me rendre à Chicoutimi, laissant Guy, Éric, Jennika et Britannie marcher à ma place. À Chicoutimi, j’ai enfin pu rencontrer mon coordonnateur pour la marche, Jean-Charles Fortin. J’ai également donné une conférence sur la marche à L’UQAC et fait quelques entrevues radio et journaux. Je suis reparti à 14 h pour rejoindre Éric, à St-Fulgence, qui avait terminé de marcher les 30 kilomètres prévus aujourd’hui. J’ai marché le dernier kilomètre et demi avec Guy. Puis, nous nous sommes rendus à l’Auberge de jeunesse de Chicoutimi. Nous nous sommes douchés et nous sommes allés souper au restaurant avec Jean-Charles Fortin. Nous sommes par la suite revenus jaser à l’auberge et à 22 h, tout le monde était couché. Cette fois, nous avons séparé l’équipe de marche en deux pour le dodo : une partie de l’équipe qui se lève plus tard a dormi dans un dortoir et l’autre, dans une chambre. J’ai évidemment dormi dans le dortoir… Apparemment, la nuit a été très bruyante, mais je n’ai rien entendu. Je me suis endormi très vite en Éric et Guy qui avaient marché au km 100, sur la grande côte où l’on aperçoit Chicoutimi et le Saguenay, un endroit où j’avais toujours voulu marcher. Ce grand plaisir à pied sera pour une autre fois, un autre moment.

16 Mars 2015 – Jour 17 – Rêves et… anniversaire!

Encore une nuit de rêves entre les buches! Je me réveille pour alimenter le poêle à bois… et je retombe dans les rêves! Essaierait-on de me dire quelque chose? De me transmettre un message? Je regarde à l’extérieur; la valse boréale bat son plein encore ce soir!! Elles se pavanent en tournoyant, cédant leur place à la prochaine vague! Et je me rendors.

Je me lève à 5 h 30… J’ai bien dit que devions être prêt à partir à 8 h! Je m’étire… m’habille et je sors muni de mon klaxon…. BIIIIIIIIIP!! Je retourne préparer mes trucs… déjeuner… prépare mon traineau… Et je retourne réveiller tout le monde…. Je les pousse, je supplie. Ça use de devoir toujours avoir à pousser dans le dos. Je suis déçu de ma gang, ce matin. J’ai beau dire que les ancêtres se levaient avant le soleil. Cette marche est particulière par son cachet historique, nous devons honorer les ancêtres en imitant leurs horaires… Mon message ne passe tout simplement pas!! C’est frustrant à la fin.

Après le cercle de partage, nous finissons par partir autour de 9 heures!… Nous couvrons aujourd’hui 23 km; j’avais parcouru 15 km hier pour réduire la distance et facilité la vie des marcheurs. C’est une grosse journée; il fait beau et doux… un beau vent du sud nous pousse dans le dos, tant que j’ai parfois l’impression que mon traineau avance tout seul! La journée se déroule bien.

En avançant sur le chemin, nous apercevons au loin une silhouette… Je crois presque voir Guy Bacon… Mais non!!! Mathieu-Robert!!! Quelle rencontre! C’est bon de se revoir encore en expédition! Nous arrivons au lac Le Moyne… un lac de 52 km de long! Psychologiquement, il est devient très difficile d’avancer, car c’est le Grand Blanc à perte de vue! Impossible de garder le focus… l’horizon sans fin! Les derniers kilomètres sont ardus…… on pense toujours arriver, mais ce n’est jamais le cas!

Nous finissons par arriver. Presque tous ont terminé la marche. Job et Elijah finissent les premiers. Job veut faire 42 km demain! Il dit : « Je suis en forme et je ne dois pas trop me laisser aller! Je pourrais devenir paresseux!! » Le camp est fin prêt… il ne manque que le bois et l’eau à préparer. Mathieu-Robert nous a amené des gâteries, ce qui fait le plaisir des marcheurs! Je me suis promis de ne pas manger de chips avant d’arriver à Kuujjuaq; mon grand-père faisait de même. Quand il partait à la chasse, il gardait les chips pour son retour… Alors, je fais de même! Comme mon ancêtre!! J’ai aussi hâte de manger des fruits et des légumes!! Nous soupons de perdrix blanches et de hachis…..Pour le dessert, un gâteau de fête a été amené pour le dix-huitième anniversaire de Brian, un jeune marcheur inuit. Une belle surprise!

Je voudrais remercier ceux qui ont eu la gentillesse de m’envoyer des sacs de couchage. Sachez que je les utilise avec reconnaissance!

Je dédie ma journée au peuple inuit vers lequel nous nous dirigeons… Nous sentons le territoire inuit; on voit sur le lac des chalets ici et là.

Jusqu’à présent, nous avons marché 331 km, il nous reste environ 124 km à couvrir avant de vous rejoindre.

16 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 12

Ce matin, je me suis levé à 6 h 45. On a même dû réveiller les filles, les gars étant déjà réveillés depuis 5 h 30. Nous nous sommes par la suite préparés. Nous avons déjeuné et à 7 h 30, un groupe de quatre grandes marcheuses de Chicoutimi : Ruth, Louise, Monique et Ginette sont venues nous rejoindre. Nous sommes tous partis pour la rivière Valin, notre point de départ pour aujourd’hui, pour une marche prévue de 30 kilomètres. En passant, je me suis souvenu que le nom Valin se veut une déformation du nom Vollant. Nous avons commencé à marcher à 8 h 45, avec un vent de face assez prononcé. Nous avons marché à Chicoutimi-Nord et franchi le pont de la rivière Saguenay. Je me souviens d’avoir eu un moment nostalgique puisque j’ai été très heureux professionnellement et personnellement à Chicoutimi pour y avoir habité trois ans. Les vibrations y sont toujours bonnes. Nous avons par la suite marché au Vieux-Port et nous nous sommes dirigés vers l’hôpital. Nous sommes arrivés à 11 h. J’y étais attendu à 11 h 30 pour une conférence. J’ai rencontré le Directeur général, Dr. Lemieux ainsi que le Directeur des services professionnels, Dr. Bernard Parent qui sont venus me saluer et démontrer le support de la direction de l’hôpital pour mon projet personnel. J’ai aussi rencontré des étudiants de médecine, des médecins et du personnel infirmier qui sont tous venus assister à la conférence. J’ai été également honoré par la présence d’amis médecins et infirmiers que je connaissais depuis longtemps. Nous sommes repartis à 13 h et nous sommes retournés vers le Vieux-Port de Chicoutimi pour ensuite emprunter le sentier qui mène à la petite maison blanche du déluge. Nous avons ensuite marché dans le quartier panoramique de la Ville et devant Rio Tinto, Arvida et Kénogami. À 16 h, nous avons dit au revoir à Britannie qui nous a quittés pour retourner aux études à Québec. Elle veut devenir intervenante en diabète et voudrait bien faire une marche dans sa communauté, à Pakuashipi, pour faire changer les habitudes de vie dangereuses pour sa communauté. Britannie m’a même mentionné qu’elle serait intéressée à venir marcher avec moi au Labrador. Éric Hervieux nous a également quittés à 13 h, ses parents étant venus le chercher pour des raisons familiales. Nous avons terminé de marcher à 17 h 30 après avoir franchi le pont de la rivière aux Sables, aux limites de Jonquière, endroit où l’on commencera à marcher demain.

17 Mars 2015 – Jour 18 – Le marathon des neiges

Je rêve…. je rêve sans arrêt!!…. Encore cette nuit… le même modèle; je me réveille… je remplis le poêle… je retombe dans mes rêves!! Toutefois, le rêve de cette nuit me bouleverse; mon fils tombe dans un trou d’une vingtaine de mètres et en essayant d’aller le sauver, je me réveille tout le temps! Je voudrais me rendormir pour bien terminer ce maudit rêve…. mais, ça recommence!!! Le jour de la marmotte!!! Je passe une bonne partie de la journée perturbé… Je prie kitce Manitou : « Je t’en prie, protèges mes enfants; je suis prêt à tout sacrifier pour eux, subir toutes les maladies qui pourraient les guetter… de grâce!! Laisse-les grandir et s’épanouir. Si tu veux quelqu’un là-haut, viens me chercher MOI!! » J’ai très hâte de serrer mes deux filles et mon p’tit garçon dans mes bras !

À 5 h : 45, je « klaxonne » tout le monde! Pendant le déjeuner avec Mathieu-Robert et Marc-André, Willie et Norman nous informent que les conditions sont très mauvaises sur le lac. La poudrerie et le vent rendront le montage du camp de ce soir très complexe. Étant donné les conditions météorologiques défavorables, l’adaptation va de pair. Après réflexion, nous décidons de garder le même camp pour ce soir, mais de nous faire reconduire au bout du lac (notre destination de ce soir) et de revenir à notre camp! En fait, couvrir le trajet à l’envers!! Nous organisons donc trois groupes qui marcheront trois distances différentes : Mathieu-Robert, Job, Elijah et moi couvrirons 42.4 km…. un marathon fait 42.2…. NOUS MARCHERONS AUJOURD’HUI LE PREMIER MARATHON DU NUNAVIK… LE MARATHON DES NEIGES!! Un 25 km sera couvert par Donat, Loko et Jimmy… Les autres marcheurs entreprennent un 15 km.

Le lac s’étend à perte de vue! Nous avons une bonne cadence… Nous avançons à une vitesse de 5 ou 6 km à l’heure. Mon élan est freiné par un bris; une de mes raquettes perd un crampon. Ceci fait que mon pied gauche glisse, car ma raquette agrippe moins la neige; mon pas est donc instable, la traction n’étant que sur mon pied droit.  Malgré tout, nous réussissons le « marathon » en 8 heures, juste avant la tombée de la nuit.

Une heure après notre arrivée, Elijah et Job arrivent à leur tour… à la noirceur, couverts de glace!!! Je ne peux qu’admirer leur grande détermination, leur persévérance et leur implacable volonté de réussir!! Ce jeune Naskapi et ce jeune Inuit auraient très bien pu abandonner, mais ils ont réalisé leur objectif, et ce, même dans la douleur et la souffrance!!! Ils ont compris que pour s’élever à un niveau supérieur, il faut oublier la douleur de notre corps… il faut vivre avec! Ils sont des exemples magnifiques. Et ce marathon fut réussi par les jeunes de chaque nation. La journée a été bonne pour tous!! Nous soupons tous ensemble de caribou des Naskapis, de poissons des Innus et de pâtes au pesto… de Marc-André Galbrand… Une collaboration interculturelle!

Nous avons les trois quarts du chemin de fait; environ 373 km, environ 100 km de vous tous à Kuujjuaq!! Demain, journée de repos de marche; nous devons soigner nos pieds.

Je dédie notre journée au peuple cri à qui cette expédition me fait beaucoup penser. Les grands lacs enneigés sont semblables au grand lac Mistassini. Nous aurons l’occasion de vivre la belle aventure l’hiver prochain entre Waswanipi, Oujé-Bougoumou et Mistissini.

17 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 13

Aujourd’hui, je me suis levé à 6 h. Guy et Mikaël sont venus me rejoindre entre 7 h et 7 h 30 pour ramasser l’équipement et les bagages. Nous avons déjeuné à 7 h 30 et nous sommes partis à 7 h 50. Lors du déjeuner, nous avons été rejoints par Ruth, Ginette et Monique qui ont décidé de marcher les 31 km avec nous. Nous nous sommes rendus de l’autre côté de la Rivière aux Sables à Jonquière, sur la route 177. Nous avons marché en direction de St-Bruno. Jennika avait mal au ventre et elle était fiévreuse, elle n’a donc pas marché et est restée avec Mikaël dans la voiture. Il faisait beau, ensoleillé et nous avions un petit vent de face. Nous avons eu de beaux échanges et de beaux dialogues sur la vie, la philosophie, les chemins dans la vie, nos expériences personnelles, etc.  Par la suite, j’ai fait une entrevue à la radio de Radio-Canada pour inviter les gens à venir marcher avec nous dimanche ainsi qu’à nous encourager et à nous klaxonner. J’ai également fait une autre entrevue pour le Medical Post sur le projet global. Juste avant le dîner, nous avons rencontré un groupe d’Uashat avec un guide spirituel cri du nom de Bill Constant, un Cri du Nord de l’Ontario. Le groupe s’en allait dans la communauté de Bill au nord de Timmins pour une cérémonie de trois jours. Le groupe nous a félicités et encouragés et nous avons fait une cérémonie de la pipe sur le bord du chemin. C’était vraiment bien. J’ai fumé pour honorer les quatre directions, ce qui m’a donné le sourire et j’ai souhaité beaucoup de paix en partageant la pipe avec tout le monde. Dans le groupe, il y avait aussi un Algonquin de Pikogan qui m’a généreusement remis des sous pour que le groupe de marcheurs puisse manger. Cette rencontre impromptue, je m’en souviendrai longtemps. Je sais que le groupe priera, dansera et brûlera du tabac pour nous pendant leurs cérémonies. Cette rencontre nous a énergisés et nous étions heureux. Nous avons également fait quelques autres rencontres avec des cyclistes et des automobilistes qui nous félicitaient pour notre démarche. Nous avons dîné à 13 h à Larouche. Nous sommes repartis à 13 h 30. Durant la journée, j’ai eu l’appel des soeurs de Guy pour me dire qu’elles viendraient nous rejoindre. Je l’ai caché à Guy pour lui faire la surprise. C’est à St-Bruno que nous les avons rencontrées. Elles l’ont félicité et encouragé. Cela lui a donné la motivation nécessaire et Guy est maintenant persuadé qu’il peut se rendre jusqu’à la fin. Rappelez-vous qu’il ne voulait que faire 16 km au départ… Le groupe a été rejoint par Pierre Laberge et sa conjointe ainsi que Shal Bacon qui sont venus nous rejoindre à St-Bruno. Nous avons célébré ça par une crème glacée bien méritée et engloutie sans aucun remords. Le groupe de marcheurs est parti coucher chez M.Claude du Site Plume blanche. Il y a une cérémonie de sudation prévue à 8 h ce soir pour le groupe.  Demain, nous partirons à 9 h 30 de St-Bruno. Nous nous rendrons 34 km plus loin à Chambord. Lundi : arrivée à Mashteuiatsh.

18 Mars 2015 – Jour 19 – Le déménagement

Hier soir, avant de me coucher, j’ai dû téléphoner à la mère de mon fils et à mes filles pour m’assurer que tout allait bien; mes mauvais rêves me hantaient. Je pus ainsi essayer de dormir.

Vous allez sûrement dire que je me répète, mais…. et bien, j’ai encore mal dormi!! Pas à cause des rêves toutefois. Le site sur lequel est montée la tente est dénivelé… Résultat : lorsque je dors dans mon sac de couchage, je roule vers Marc-André! Pas évident de dormir sur une pente! Heureusement que la tente est réchauffée par le poêle qui est fourni régulièrement. Je finis par me rendormir.

Nous n’entamons pas de nouveaux kilométrages. Nous démontons le camp pour le déménager à l’autre extrémité du lac Le Moyne, à 42 km d’ici….Ramassez nos effets personnels, l’équipement du camp, les tentes; une seule tente reste debout pour garder ceux qui attendent la deuxième traversée… On embarque tout l’équipement et un groupe de marcheurs sur les traineaux et hop!!…. On est partis pour la première traversée! Ce n’est pas chaud, une traversée en motoneige de 42 km! J’ai tellement froid que je demande de m’arrêter sur le chemin, question que je marche un peu pour me réchauffer! On doit faire deux traversées pour que tout le monde et tout le matériel soient de l’autre côté.

Une fois là-bas, une seule tente sera nécessaire. Sur place, trois petites cabanes abriteront la majorité des marcheurs pour la nuit; seuls cinq ou six coucheront dans la tente. Dormir à l’intérieur… UN LUXE!!

DES VISITEURS SONT VENUS AUJOURD’HUI! En hélicoptère!! Les parents de Michael sont venus, sa mère, ses deux sœurs sont arrivées l’hélicoptère plein de gâteries pour tout le monde! Poutines, hamburgers, poulet rôti…. C’est tellement généreux de leur part! Merci de tous! C’est quand même impressionnant quand la visite arrive en hélicoptère!

Notre 42.4 km d’hier fait des jaloux! Deux de nos logisticiens, Marc-André et Beau ont relevé un défi et ont marché 30 km. Tout un défi!!

Le lit sera bon ce soir, car, finalement, la journée de repos fut tout aussi exigeante qu’une journée de marche.

18 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 14

Hier soir, je suis allé rejoindre Guy, Mikael, Claude et des jeunes qui sont en stage Katimavik à la tente de sudation. Je suis resté jaser avec eux et je me suis couché à minuit pour me lever à 6 h. J’ai pris une douche, j’ai préparé mes pieds pour la journée de marche avec des pansements et j’ai aussi pris soin de Guy. Nous sommes partis à 8 h 30. Mikael amena Guy, Jennika et moi à l’aréna de St-Bruno. Nous y avons rencontré M. Roger Tremblay, conjoint de Louise Gill. Nous avons pris des photos. Puis, nous avons dit au revoir à Mikael qui est reparti vers Pessamit. Ginette est également venue nous rejoindre. Nous sommes tous partis pour marcher. Le temps était beau. Nous avons rencontré Marco Bacon sur le chemin et il a fait quelques pas avec nous. Nous sommes arrivés à St-Gédéon et nous avons commencé à voir le Piekogami (lac St-Jean en langue innu). Nous avons marché le long de la piste cyclable. Nous y avons rencontré plein de gens qui savaient ce que nous faisions, dont un de mes anciens patients, M. Rénald Legeault ainsi que son fils et ses petits-enfants. Nous étions très contents de nous voir après toutes ces années. D’ailleurs, M. Legeault m’a mentionné que sa fille, qui étudie en 3e année de médecine, le fait un peu grâce à moi. Ça m’a fait chaud au cœur. Cela prouve que ce que l’on fait peut avoir de l’influence sur les autres. J’ai aussi rencontré le Dr. Paul Bégin et sa conjointe de même que Pierre Laberge et Charles Bacon qui filmaient, près de Métabetchouan. Nous avons aussi rencontré André-François Bourbeau, professeur retraité en tourisme d’aventure à l’UQAC. C’est d’ailleurs M. Bourbeau qui m’a donné des conseils pour ma marche d’hiver l’an dernier. Pierre Paré et une amie se sont également joints à nous et nous avons rencontré quatre dames de Mashteuiatsh qui ont aussi marché avec nous. Nous avons lunché à la Frite mexicaine. Nous y avons rencontré plein de gens qui nous ont félicités pour notre démarche. Veronica, la fille d’André-François s’est aussi jointe à nous ainsi que sa femme et sa belle-sœur. Tous nous ont accompagnés jusqu’à Desbiens et le long du chemin, j’ai eu droit à un cours de survie par M. Bourbeau. Il m’a entre autres fait goûter à des cerises sauvages et des fruits de rosiers sauvages comestibles. Il m’a informé des propriétés de la quenouille. Cet homme est hyper intéressant et très allumé. Je suis fier que quelqu’un d’aussi renommé que lui soit fier de moi et prenne le temps de marcher avec nous. M. Boubeau est vraiment un spécialiste, voire une sommité de la survie en forêt. Il vient d’ailleurs de terminer d’écrire un livre. M. Boubeau nous a quittés entre Desbiens et Chambord. Nous avons continué à marcher les huit derniers kilomètres, qui ont d’ailleurs été un vrai calvaire, chaque pas étant pénible à cause des ampoules et de la douleur. Nous avons terminé notre marche à Chambord. Demain, nous commencerons à marcher à 7 h à partir de Val-Jalbert en direction de Mashteuiatsh, soit 18 km environ. Nous aurons une rencontre à l’école, puis au centre de santé, à la maison des aînés puis un souper communautaire. Par la suite, Guy et moi retournerons à Chambord pour marcher les sept kilomètres restants.

19 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 15

Ce matin, je me suis levé à 6 h. La nuit dernière, j’avais dormi dans une tente de prospecteur où j’ai partagé la tente avec Jennika. J’avais un peu exagéré sur le nombre de bûches dans le poêle… J’ai rejoint Guy à 6 h 30 et nous sommes partis en voiture et direction de Val-Jalbert. Arrivés à 7h00, une douzaine de personnes nous attendaient, dont Ruth et Monique ainsi que Roger Tremblay et d’autres personnes de Mashteuiatsh ainsi que Pierre Paré et son amie. Nous sommes partis le long de la route 169 et nous avons emprunté la vélo-route. La journée était superbe, ensoleillée. Nous avons pris plusieurs photos, les couleurs étant magnifiques. Nous sommes arrêtés un peu avant Roberval où nous avons rencontré Rachel Bacon et Shenamen Dubé, deux kukum (grand-mères) qui ont marché avec nous. Nous avons fait un petit stop à la marina. Sur une muraille était écrite : À cœur vaillant, rien n’est impossible. Cette phrase m’a inspiré pour la journée. J’adhère tout à fait à l’adage. On met beaucoup d’effort et on souffre parfois, mais on réussit souvent à atteindre nos objectifs, avec détermination. Nous avons beaucoup discuté pendant la marche. Nous nous sommes dirigés vers Mashteuiatsh et d’autres marcheurs se sont joints à nous ainsi que des équipes de tournage du Wapikoni Mobile et de Radio-Canada. Nous y sommes arrivés à midi, accueillis par le Chef Cliff Moar et plusieurs enfants qui étaient déjà présents qui avaient hâte de me rencontrer et de marcher avec moi. À 12 h 40, j’ai rencontré la classe de préscolaire pour une quinzaine de minutes. Je leur ai parlé de l’importance de rêver. Puis, dans un grand gymnase, j’ai rencontré les élèves de la 1ere à la 5e année de l’école Anishk (castor) pendant trente minutes. Je leur ai parlé de mon cheminement, de l’importance de rêver et de travailler fort pour réaliser ses rêves. Tout le monde peut tomber, mais il faut se relever. Les élèves m’ont remis un cadeau : un bracelet pour mon bâton de marche avec une dent de castor pour me remercier et que je me souvienne d’eux. Nous avons aussi fait une farandole dans un cercle en criant et les enfants étaient très excités. Je leur ai promis de revenir l’an prochain avec des livres à colorier Innu Meshkenu. J’ai vu beaucoup de flammes dans les yeux des enfants. Qui sait? Peut-être que des rêves sont nés aujourd’hui. Par la suite, je me suis rendu à l’école secondaire et 6e année Kasinu Mamu (tous ensemble). J’y ai parlé de mon métier, de la peur du sang et des morts que j’ai surmontée et qui m’a fait grandir. J’ai discuté de l’importance de croire en quelque chose et de travailler pour que ça se réalise. J’ai aussi parlé de nutrition, de prévention santé et santé mentale, des abus de drogues et d’alcool. À 14 h 30, nous avons fait une marche derrière l’école avec tous les élèves des deux écoles et j’ai senti que j’ai réussi à toucher des jeunes et des enseignants. J’ai aussi rencontré des membres de la famille Valin et nous avons parlé de l’origine européenne de notre famille. Ça m’a beaucoup touché de voir les liens qu’on a tous. D’ailleurs, certains aînés allaient chasser sur un territoire commun de la rivière Péribonka, en plein milieu du Nitassinan. À15h30, j’ai visité le Centre de santé. J’y ai rencontré la directrice générale Jowan Philippe et le Dr. Johanne Philippe, amie de longue date. J’y ai aussi rencontré le personnel infirmier et autre personnel de la santé et j’ai discuté avec eux. À 16 h, nous nous sommes rendus à la salle des aînés et nous avons eu une discussion avec les aînés, suivis d’un souper. J’ai soif d’apprendre les connaissances traditionnelles telle la médecine traditionnelle. Nous avons discuté du besoin d’établir un groupe de recherche. Nous avons eu de très beaux échanges très émouvants qui m’ont convaincu de la proximité que j’ai avec ces gens-là. Je me sentais comme chez moi. J’ai reçu quelques cadeaux et je suis parti chez Claude Boivin pour la routine habituelle du soir. Demain, nous commençons un séjour intense de 257 km en six jours. Nous quitterons vers 7 h 30 pour nous rendre à La Doré où nous allons coucher dans un camp, chalet principal d’accueil de la réserve Ashuap Mushuam.

2 Mars 2015 – Jour 3 – Le blizzard

Je sais où vous êtes ce soir, marcheurs! Vous êtes au lac Tait; c’était la destination d’aujourd’hui et vous avez atteint votre but du jour!

Vous avez passé une bonne journée, à ce qu’il parait. Belle température et du vent… Vous n’avez pas encore acquis la cadence du périple. Le matin, la préparation au départ est longue… mais je ne suis pas inquiet; tout rentrera dans l’ordre sous peu.

Brian est arrivé le premier au camp du lac Tait autour de 15 h. Vers 16 h 30, alors que plusieurs marcheurs étaient encore à la marche, le vent s’est installé plus fort encore que durant la journée… pour se transformer en blizzard! Il ventait tant et si fort que la visibilité a été dangereusement réduite tant la neige virevoltait partout! Les logisticiens ont dû partir en motoneiges récupérer ceux qui restaient encore sur le chemin! Finalement, tous étaient de retour au camp pour le souper! Tous, sains et saufs… mais épuisés. La nuit tombera très tôt sur le camp.

Demain…. demain après-midi plus précisément, je vous rejoins sur L’INNU MESHKENU!

20 Mars 2015 – Jour 21 – Printemps sur le Grand Blanc

Le cercle de partage nous a fait du bien. Nous avons parlé et partager ce que nous pensions, nos points de vue sur la marche et où nous en sommes. Kieston nous raconte que dès qu’il m’a rencontré à son école, il a tout de suite su qu’il marcherait cette marche. On parle des multiples motivations qui ont poussé chacun à entreprendre cette expédition qui leur permet de reprendre espoir et contrôle sur leur vie. Nous discutons ainsi jusqu’à minuit avant d’aller nous coucher.

Décidément, les nuits sont courtes au Grand Blanc! J’ai dû me lever au moins cinq fois pour chauffer le poêle. Mes compères, eux, dorment comme des bûches!! Rien… mais RIEN ne les réveille! Même pas une tente pleine de boucane! À 5 heures ce matin, le tuyau du poêle s’est décollé et la fumée a envahie la tente! Nous avons reconnecté le tuyau de la cheminée au poêle in extremis!! Et bien, croyez-le ou non, Mathieu-Robert ne s’est pas réveillé!! Je me demande s’il se réveillerait advenant un vrai problème de fumée!!

Au matin, peu importe la nuit, je pars tôt. Non seulement je suis un lève-tôt, je suis un marche-tôt! C’est le meilleur moment pour marcher; la piste est durcie par le froid. On croirait marcher sur du béton, et donc, mes pas ne s’enfoncent pas dans la neige. Il me faut une bonne heure pour trouver ma vitesse de croisière… On approche… On approche! Chaque pas, chaque effort me rapprochent de Kuujjuaq! Je dois faire part de cette réflexion aux autres! Je dois m’assurer qu’ils réalisent qu’on y est presque! Il fait si beau! Une belle journée de printemps.

J’arrive à l’endroit choisi pour le campement de ce soir. Les logisticiens sont déjà à la besogne et je me hâte de déposer mes affaires et d’aider au montage des différents camps. Nous avons un bel emplacement au bout du lac. Nous avons marché 18 km aujourd’hui… et ç’a bien été. Michael a encore une fois de la belle visite! Son grand-père et son oncle! Son grand-père a un chalet dans le coin; aussi, ce sont eux qui nivellent la piste sur laquelle on marche. Ils nous disent qu’il nous reste 64 km à couvrir jusqu’à Kuujjuaq. On nous informe que le reste du chemin est beau.

Je suis content de nos jeunes! Ils démontrent une grande ténacité et beaucoup d’endurance! Ils sont un bel exemple pour les autres jeunes de leurs communautés respectives. Les familles et amis devraient être fiers d’eux! Ils réalisent tous leurs rêves!

Le Resto Galbrant nous a concocté un spaghetti italien pour souper et tous en sont fort aises! Un souper rassembleur… Le spaghetti… un repas de marathonien!

Demain… un répit. Nous avons discuté des options qui se présentaient à nous pour terminer la marche; nous pouvons marcher 18 km chaque jour ou 25 km — un répit d’un jour — 25 km — un répit d’un jour. Tous étaient en accord pour marcher un peu chaque jour; ça donne l’impression d’avancer vers le but avec plus de constance. C’est donc ainsi que l’on fera les choses.

Ohhh!! la fin qui approche! On doit de tous rester concentrer sur le fil d’arrivée, tous ensemble comme une grande famille! Je demande à toutes les familles des marcheurs de nous envoyer des ondes positives afin de pouvoir terminer en harmonie et en beauté! Faisons en sorte que toutes les communautés autochtones ainsi que tous les Québécois et Canadiens soient fiers de notre accomplissement sur cette piste historique.

Je dédie ma journée aux 55 Premières Nations du Canada, aux Inuits et aux Métis.

Aussi, J’envoie de mon énergie et ma motivation à ma Douce, Geneviève, qui finit de rédiger sa thèse doctorale! Je serai tellement fier de toi lorsque tu l’auras complété!!

20 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 16

La nuit dernière, j’ai dormi huit heures. À mon réveil, il pleuvait beaucoup. Nous avons déjeuné avec Claude et nous nous sommes préparés. Guy avait une douleur au talon qui se voulait en fait un abcès. J’ai donc pris une aiguille stérile et j’ai agrandi la plaie, ce qui a soulagé grandement le mal. J’ai ensuite appliqué une crème antibiotique. Nous avons fait nos bagages et tout ramassé et Claude est tout allé porter à Dave Casavant. Nous avons commencé la marche au Centre de santé et nous avons fait le plein de matériel médical pour le reste du voyage. Nous nous sommes aussi équipés de masques contre la poussière. Nous avons commencé la marche à 9 h. La pluie arrêta dès que nous avons commencé à marcher. Nous avons été salués par plusieurs personnes. J’ai également acheté du tabac pour offrir le long de la route. De plus, Sonia Robertson et Janine Boivin ainsi que son mari nous ont donné des sachets de cèdre pour nous aider à guérir et clarifier nos esprits. Nous avons aussi reçu un rosaire qui appartenait à un aîné. Puis, j’ai reçu un anneau d’os de caribou qui appartenait à un aîné, symbolisant le caribou qui marche à travers tout le territoire. Nous avons marché sur la vélo-route et deux kilomètres plus loin, Sonia et Janine nous disaient au revoir. Guy, Jennika et moi avons continué à marcher. Nous avons franchi St-Prime, mais nous avons manqué la fameuse fromagerie Perron. Nous sommes arrivés à St-Félicien où Roger Dominique de la radio communautaire, accompagné de Jeannette Siméon, nous ont fait une grande surprise, celle de nous offrir un lunch : pabo (potage de lièvre), innu pueshekan (banique), galettes aux raisins et le fameux fromage Perron. Tout était excellent et le soleil est apparu au même moment. Un gros merci pour tout du plus profond de notre cœur, le lièvre nous donnant l’élastique dans nos jambes pour marcher davantage. Puis, Mme Colette Robertson, directrice de la réserve faunique où nous allons dormir, est venue nous rejoindre. Elle a marché avec nous pendant trois heures. Nous avons beaucoup parlé et ce fut de très beaux échanges. Guy avait un peu mal au talon, mais nous nous sommes rendus jusqu’à La Doré après avoir complété 43 kilomètres.  Nous sommes par la suite allés au chalet de l’accueil de la réserve faunique. Nos nous sommes reposés et à notre arrivée, il y avait déjà un plat qui mijotait : du lièvre et des légumes. Tout était excellent il n’en est pas resté un morceau. Un gros merci aux gens de Mashteuiatsh pour leur grande générosité.

21 Mars 2015 – Jour 22 – Repos, camaraderie et bonne cuisine!

Comme vous le savez sans doute maintenant, je n’ai pas beaucoup dormi depuis mon départ. Donc, étant donné la journée de répit prévue, nous nous sommes couchés tôt hier soir… sans cadran! Nous avions la ferme intention d’écouter l’appel de nos corps… On se lèvera quand le corps le voudra! Avant de dormir, j’ai fait un chauffé le poêle… J’ai décidé que, cette nuit, je ne me lèverais pas pour chauffer; il fait plutôt doux ce soir (-15 degrés), je vais laisser faire mes deux « marmottes » de compères! Ils sont bien bons pour remplir la tente de bois de chauffage. Donc, s’ils ont assez froid, ils se lèveront chauffer le poêle eux-mêmes! J’ai dormi comme une bûche!!! Ahhh!! QUE ÇA FAIT DU BIEN!!! La première nuit complète de sommeil profond, réparateur! … Finalement, Mathieu-Robert, en bon citadin congelé, s’est levé à 5 h pour chauffer!!!

Nous nous levons à 7 h…. grasse matinée définissant le rythme de la journée. On déjeune bien tranquillement. Les gens se lèvent les uns après les autres. La lenteur du jour semble plaire à tous. On vaque aux occupations de base : fendre le bois et préparer les poêles pour la nuit prochaine, aller chercher de l’eau… Le tout dans une camaraderie qui me rend si heureux! On parle on se visite d’une tente à l’autre. C’est génial! J’adore cette paix!

Plus tôt, Aaron et Sandy sont partis chercher de l’équipement qui resté au camp d’hier; la motoneige d’Aaron a buté sur un cahot. Aaron s’est frappé la bouche, s’est fendu la lèvre et s’est ébréché une dent. J’examine la blessure et je constate ce n’est pas grave, mais qu’il faudrait un ou deux points de suture pour permettre une belle guérison. Je communique avec l’hôpital de Kuujjuaq; Aaron s’y rendra pour se faire soigner et reviendra nous rejoindre.

Les Naskapis préparent le souper de ce soir : cheeseburgers, de la perdrix et du shipaï, de la banique cuite à la vapeur juste au dessus du met qui cuit en dessous (la perdrix). C’est un met très populaire chez les Premières Nations.

Les Inuits ont eux aussi un régime et des recettes particulières. On me fait goûter à l’omble chevalier arctique, un poisson de la famille du saumon; on me le sert congelé! On en coupe un petit morceau à l’aide de l’ulu, un couteau traditionnel inuit. Hummm….. poisson cru et congelé, par-dessus le marché!! Pas le choix, je dois goûter! Et c’est une révélation!! À bien y penser, c’est comme un sushi inuit!! Un message à mon beau-frère Johnny Angatakalook, originaire de Kuujjuarapik et conjoint de ma sœur Nadia : je t’annonce qu’à partir de maintenant, tu sortiras ton ulu pour deux!! Surveille bien tes réserves de poissons congelés! Demain, on me fera goûter au Maktuk (béluga). Ces poissons de mer contiennent beaucoup d’oméga 3 et d’oméga 6. Ceci expliquerait en partie la bonne santé cardiaque des Inuits. Une diète riche en poissons aide beaucoup pour maintenir la bonne santé du cœur. Des études ont démontré que les Inuits ont le sang plus clair dû à ces omégas 3 et 6, ce qui garderait les artères plus saines. Toutefois, les Inuits qui migrent vers la ville et changent leur diète sont plus à risque de maladies cardiaques. Le facteur de protection n’est pas héréditaire, mais bien, alimentaire. Donc, mangez plus de poisson au bénéfice de votre santé!

Norman et Willie sont revenus avec les pièces de motoneiges; Edgar et Aaron vont faire les réparations. Un de nos toboggans est aussi brisé… pas très commode.

Nous finissons dans quatre jours… Le moral des troupes est bon, et j’en suis très fier!!

Je dédie notre journée à tous les Québécois et à tous mes amis :

De mon enfance : les Guillaume, Herman, Hubert et Jérémi…

De mon adolescence à Québec : les Dave, Bruno, Pascal, Michel, Jocelyn et Yves…

Du secondaire : les Joel et Michel

De médecine : les André, Denis, Ginette et compagnie….

De Baie-Comeau : les Luc, Robert, Stéphane, Claude, Louis, François…

… Entre autres, bien certainement!

21 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 17

Aujourd’hui, nous nous sommes levés à 6 h 20. Le café était déjà prêt et bien fort. L’ampoule de Guy était encore très douloureuse et infectée. Nous avons soigné la plaie et nous sommes partis vers 7 h 30 du kilomètre 20. La température d’automne était très belle. Il faisait beau, le ciel était bleu et les couleurs, sublimes. Nous sommes arrivés à Ladoré à 10 h et Mme Jocelyne Gauthier est venue nous ramener au camp principal pour que nous puissions ramasser des trucs pour dîner. Nous sommes repartis en voiture et elle nous a laissés au km 66 de la route 167. Nous avons marché dans le sens contraire d’ pour revenir vers le camp. Nous avons marché 6 km à l’heure. J’avais l’esprit du lièvre que j’avais mangé hier dans les pattes ainsi que du caribou. Nous avons marché d’un pas décidé. Arrivés au km 50, il y avait de la construction, Rénald Gauthier et Yvon Perron nous ont offert des breuvages et des collations. Ça tombait à point parce que nous étions à court d’eau. Il y avait beaucoup de moustiques et j’ai demandé au Créateur qu’il m’envoie une brise pour chasser les mouches. Vingt minutes plus tard, les moustiques ont disparu puisqu’une brise s’est levée. Nous avons fait quelques offrandes de tabac en chemin. Nous avons rencontré Marjolaine Étienne de Mashteuiatsh et nous avons pris des photos. Nous avons fait une pause à tous les 10 km. Un peu avant la fin de la marche, nous avons rencontré une voiture de police avec à bord Jean-Baptiste Awashish et Normand Cleary qui nous ont salués, encouragés et nous ont dit que la population d’ nous attendait impatiemment. Mes jambes avaient aussi bien hâte d’arriver dans la communauté… Nous avons descendu une côte et nous avons pris une belle photo que j’ai intitulée : nous étions des géants. Arrivé au chalet, Jennika nous attendait avec deux belles baniques qu’elle avait faites elle-même. Et nous avions un plat cuisiné de perdrix et d’outarde fait par Shenamen Dubé qui nous attendait. C’était extraordinaire. Le repas était digne d’un grand restaurant. Mille mercis à Mme Dubé et à la communauté de Mashteuiatsh. Demain au menu : tourtière. Qui sait? Peut-être que demain on courra comme des lièvres et qu’on volera comme des outardes. Nous allons arriver sur le chemin qui amène vers midi. En fin de journée, nous devrions être entre les kilomètres 20 et 25.

22 Mars 2015 – Jour 23 – Soubresauts de froidure

Une nuit comme les autres, ponctuée de levés pour chauffer la tente. Toutefois, une particularité : le bruit des motoneiges dans la nuit. Aaron est revenu de son arrêt à l’hôpital de Kuujjuaq… avec une autre malchance! En revenant, il a frappé une lame de glace sur la rivière Kuujjuaq. Résultat : sa motoneige est pas mal amochée! … Décidément, une succession de malchances plane sur cette expédition!

Lever à 5 h : 45; je sors klaxon en main pour réveiller le groupe. Nous déjeunons de toasts, de gruau. Le travail de démontage s’amorce tout de suite après. Je suis prêt à partir à 7 h : 45, accompagné de Michael et Elijah. Nous retardons le départ, car Elijah a des problèmes avec son traineau. Une des courroies s’est cassée; il faudra la remplacer par une corde.

En peu de temps, Elijah prend une bonne avance sur moi. Pourtant, je l’avais devancé de 200 mètres; il ne lui a pas fallu longtemps pour prendre une avance de 700 mètres qu’il gardera tout au long du parcours! Quand Elijah décolle, RIEN ne peut l’arrêter! Ses jeunes jambes ont eu raison de mes vieilles jambes!!! Il part comme un lièvre arctique!!

La marche est très difficile aujourd’hui. Un vent du nord souffle de toutes ses forces!! Ça y est, une autre engelure!! Sur le bout du nez, cette fois! Malgré les difficultés, Mathieu-Robert… Donat… Lina… Loko…. Marjo… Nancy et Bob arrivent… suivis de tous les autres. Dès mon arrivée, j’aide Marc-André à monter notre tente. Vous savez, il y a plusieurs raisons qui m’incitent à partir tôt :

Les conditions de marches sont meilleures le matin, avant que le vent ne se lève;

Les pistes sont plus dures. Il est donc plus facile de marcher;

On est plus en forme le matin. De façon physiologique, vers 4 ou 5 heures du matin, le corps sécrète du cortisol, l’hormone du stress, qui est à son maximum le matin et redescend en après-midi, ce qui fait qu’on peut sentir une fatigue alors. Donc, on est plus efficace le matin;

Partir tôt permet d’arriver tôt, ce qui donne le temps de bien préparer le camp pour la nuit; ramasser le branchage, préparer le bois et l’eau, chauffer les tentes et aider les autres, et diminuer le stress chez les logisticiens;

Aussi, partir tôt permet aux logisticiens de démonter le camp et de charger le matériel sur les traineaux. Ils peuvent ensuite partir et arriver plus tôt au prochain emplacement et ainsi préparer le prochain camp à la lumière du jour.

Donc, notre camp monté, le branchage et le bois préparé, nous sommes prêts à préparer le souper pour tous qui consiste de pâtes accompagnées de porc, de légumes et d’une sauce béchamel. Tous se régalent.

Plus tôt en journée, Beau m’a remis un ensemble prêté par le Centre hospitalier de Kuujjuaq; il contient tout ce qu’il faut pour la suture. GRAND MERCI À VOUS!! Avec toutes les malchances de cette expédition, j’ai cru bon de m’en munir AU CAS OÙ! C’est à croire que de mauvais esprits ne veulent pas nous voir passer le fil d’arrivée!!! Mais, nous avons une volonté à toute épreuve, et peu importe, NOUS SERONS À KUUJJUAQ MERCREDI et ainsi, démontrer à ces esprits que nous finirons et honorerons nos ancêtres!!

Je dédie la journée aux Abénakis.

Je dédie aussi ma journée à mes proches collaborateurs :

À Jean-Charles Fortin, qui a quitté ses fonctions récemment. Il était coordonnateur du projet depuis septembre 2011. Il a amené le projet très loin et a permis de couvrir des milliers de kilomètres. Je le remercie de sa grande collaboration et lui souhaite le meilleur des succès dans ses nouvelles fonctions;

À Marco Bacon et le Centre des Premières Nations Nikanite;

À Ginette Tremblay, la rédactrice du blogue, qui écrit, sans cesse et sans relâche jour et nuit, et vous partage nos péripéties;

À Marc-André Galbrand, notre logisticien en chef;

Et tous les gens qui ont permis à Innu Meshkenu de devenir le succès qu’il est; vous êtes trop nombreux, je sais que vous vous reconnaissez.

À Mathieu-Robert Sauvé, pour sa patience, son dévouement et son éternelle joie de vivre;

Je veux aussi saluer Mathieu Gravel, notre nouveau coordonnateur, qui devrait amener Innu Meshkenu encore plus loin!

On s’en vient, Kuujjuaq, on s’en vient!

22 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 18

Ce matin, nous nous sommes levés à 6 h avec un bon café. Rocky Buckell, de Mashteuiatsh, est venu nous chercher à 7 h et nous sommes partis à 7 h 30 du kilomètre 66 de la route 167. À environ midi, nous sommes arrivés à l’intersection de la route 167 et de la route menant à. Le temps était beau malgré quelques mouches, mais comme à l’habitude, le vent s’est levé pour chasser les moustiques. De plus, une pluie nocturne faisait en sorte que la route, non asphaltée, était moins poussiéreuse. Au cinquième kilomètre, nous avons mangé dans le camion de Rocky. Nous repartis peu après et avons mis nos masques de chirurgiens contre les nuées de poussière ainsi que nos lunettes de protection. Nous avons marché jusqu’au kilomètre 20 et j’ai même couru les trois derniers kilomètres en treize minutes. Par la suite, j’ai su que les camionneurs pensaient que je courais après les caribous… Au 23e kilomètre, Rocky, Guy et Jennika sont venus me chercher et m’ont ramené au camp. Au menu ce soir : tourtière et banique fraîchement faites ainsi que de nombreux desserts. Nous nous sommes soignés les pieds et malheureusement, l’état du talon de Guy avait empiré; son ampoule avait grossi. Nous nous sommes couchés tôt, ce qui nous a fait le plus grand bien.

23 Mars 2015 – Jour 24 – La folie d’Éole

Le vent… Une espèce de grand vent fou et glacial

Éole, dieu grec, maître et régisseur du vent, a fait trembler la tente toute la nuit.

Juste avant de séparer pour la nuit, les Innus du groupe nous avaient raconté des histoires d’expériences avec les esprits, le sentiment de présences inexpliquées rôdant dans les alentours. Des suppositions d’ancêtres perdus en forêt et sans visiteurs durant 60 ans se manifestaient comme si on dérangeait leur quiétude. Hummm!!! Dans mon sac de couchage, j’écoute les toiles de la tente claquer dans le vent, faisant bouger les objets et les vêtements suspendus à sécher au plafond. Le vent et la lumière rouge du poêle les font danser au dessus de nos têtes et sur les parois de la tente!!! IMPRESSIONNANT….. et pas du tout rassurant!! Et soudain, je me ressaisis…..COME ON STANLEY!!! T’ES QUAND MÊME PAS UN ENFANT!! Je me retourne et m’endors pour me réveiller gelé…. J’ai froid, le poêle est presque éteint! Mathieu-Robert me passe une bouillotte que j’introduis dans mon sac de couchage. Une fichue de bonne idée! Ah!! Ce Mathieu-Robert!

Nous nous levons autour de 6 h. Je prends la peine de faire le tour des tentes pour réveiller tout le monde… et m’assurer qu’on se lève. Pour déjeuner, je mange du pain pita, du fromage, du gruau et un lait au chocolat; je laisse les œufs aux autres. On charge nos traineaux. Michael et Elijah me disent qu’ils veulent m’accompagner, ce qui fait bien mon affaire.

La marche ne sera pas facile. Un vent du nord-ouest nous gifle et nous fouette le visage! Il souffle la neige tant et autant que la vision est limitée et qu’on voit à peine la piste. Les repères sont à peine perceptibles… plusieurs s’éloignent du sentier, mais y reviennent après avoir marché à contre-sens. Les motoneiges font la navette pour s’assurer que tout le monde suit le bon chemin. Nous croisons Marc-André qui revient de Kuujjuaq avec Simon Vaillancourt, le producteur du documentaire en court de filmage. Il nous suivra pour le reste du chemin. Michael et Elijah me dépassent… les jeunes jambes auront encore eu raison de moi!

Nous arrivons au camp; notre tente est montée et prête à nous recevoir tous pour un bon thé chaud. C’est la tente-refuge, celle où tous s’arrêtent en arrivant. Luku, Louise et Mathieu-Robert sont les premiers arrivés…. les autres suivent les uns après les autres. Quelques-uns ont fait le retour en motoneige; le froid a eu raison d’eux. Bob et Nancy arrivent; Nancy se maintient strictement au Gatorade. Elle fait un jeûne, question d’assainir le corps et l’esprit. Kieston a fini lui aussi! Il a marché en entier le trajet d’aujourd’hui et je suis très fier de lui!

Nous mangeons pour souper un bon ragout bien nourrissant, plein de légumes et de viande. Certains d’entre nous sont las des repas du périple; ils se sont fait ramener des côtelettes de porc de Kuujjuaq. Simon nous a apporté des pommes! De belles pommes bien sucrées! Tellement bonnes que je mange le cœur presque! J’en aurais mangé une dizaine!

Aujourd’hui, Les Inuits m’ont fait goûter au mattaq (béluga)… congelé… un morceau d’aileron coupé à l’ulu! J’ai adoré!! JOHNNY! ASSURE-TOI DE BIEN CACHER TES RÉSERVES DE POISSONS DANS TON CONGÉLATEUR!! MAINTENANT, JE SUIS PRENEUR!

En marchant aujourd’hui, je pensais à la devise d’Innu Meshkenu, « à cœur vaillant, rien n’est impossible », et je ne peux m’empêcher de penser à mon ami, Guy Bacon! Nous marchions ensemble dans le coin de Mashteuiatsh, quand nous avons vu sur le mur d’un vieux hangar ce proverbe. Guy a marché 620 km alors que ne le croyais pas capable d’en faire plus de seize! Il a fait la randonnée d’hiver 2012 de presque 400 km. Il est vraiment un bel exemple de ce proverbe! Rien n’est impossible lorsque l’on a quelque chose à cœur, nous sommes prêt à souffrir et ne rien ménager quand on est prêt à tomber et à se relever pour y arriver! Les rêves ne sont pas le fruit de la loterie; ils sont les résultats de sacrifices, de courage et d’abnégation!

GUY, SALUTATIONS!!

23 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 19

Ce matin, Mme Robertson nous a amenés au kilomètre vingt-trois à 8 h 30. Jasmin Flamand est par la suite venu cherche nos effets personnels puisque ce sont les Attikameks qui nous ont pris en charge à partir de ce moment-là. En route, nous avons rencontré plusieurs dizaines de personnes de tout horizon qui nous ont offert gâteaux, beignes, eau et jus. Nous avons entre autres rencontré le Chef Christian Awashish et son épouse, Doreen Picard. Nous avons dîné à 12 h 30, ayant pris un peu de retard dû aux activités sociales nombreuses… La journée était superbe et une petite brise venait chasser les moustiques. Les camionneurs étaient compatissants et ralentissaient à leur passage. Un peu plus tard sur la route, nous avons rencontré Yvette Chaichaï, directrice du Centre de santé d’Opitciwan. Cette dernière nous a fait savoir que les gens de la communauté d’Opitciwan nous attendaient avec impatience lundi, ce qui nous a donné beaucoup de motivation. Nous avons eu de très belles discussions tout au long de la journée. Guy nous a rappelé l’importance de prendre la longue route qui mène vers la vraie vie au lieu des petits raccourcis. C’était très émouvant. Jennika a fini en premier au kilomètre 62 et plusieurs personnes nous attendaient au kilomètre 68. On nous a amenés au campement de M. Joseph Awashish et de sa famille, sur son territoire de chasse. En tout, une vingtaine de personnes s’y trouvaient. On nous a donné un bain de pieds avec des herbes médicinales et nous avons mangé de la perdrix, du doré, de l’orignal, de la banique, du pain vapeur, des gâteaux et de la pâte de bleuets. Tout était délicieux et nous avons été reçus comme des rois. Nous avons fait les lits et nos hôtes ont placé des pierres chaudes dans notre campement. Ils nous ont assuré qu’ils remplaceraient les pierres chaudes pendant toute la nuit pour que nous puissions garder une certaine chaleur. Quelle délicate attention! Demain, nous déjeunerons vers 6 h 30 et nous devrions partir à 7 h du kilomètre 68 pour nous rendre au kilomètre 62. Puis, Jasmin Flamand devrait nous ramener au kilomètre 68 et de là, nous repartirons dans la bonne direction vers Opitciwan. Nous devrions coucher au kilomètre 104.

24 Mars 2015 – Jour 25 – L’exaltante apparition

Jour 25 - L’exaltante apparition

Le groupe et Kuujjuaq, en haut à droite

Hier en fin de journée, le producteur Simon Vaillancourt a interviewé Caroline (Lalik) dans le cadre du documentaire en cours de production. Caroline lui a parlé de ses motivations et ce qui l’a amené à marcher l’Innu Meshkenu. Elle a été formidable!

Après avoir soupé, parlé un peu et admiré les aurores boréales, nous nous sommes tous dirigés vers nos tentes. Nous avons une bonne quinzaine de kilomètres à marcher demain et devrons être reposés. Durant la nuit, Marc-André et Mathieu-Robert sont fidèles à eux-mêmes et dorment comme des ours en hibernation!!! Sauf que ce soir, j’ai un nouvel ami qui se soucie de la froideur de la tente! SIMON AUSSI VEUT QUE CE SOIT CHAUD!!! Il s’est levé quatre fois pour chauffer le poêle!

Debout à 5 h 20, nous commençons tout de suite à ramasser nos choses. J’essaie de réveiller les autres avec mon klaxon, mais il ne fonctionne plus!! Donc, je les réveille à la manière de Robin William dans « Good Morning, Vietnam! » en lançant : « Bon matin, Kuujjuaq!! » et « ULLAAKKUT KUUJJUAQ!!! ». Tout le monde la trouve bien bonne!! Ils rient tous!

À 9 h, nous nous réunissons pour le cercle de partage… Il y a plusieurs jours que nous ne l’avons pas fait! D’ailleurs, c’est peut-être à cause de cela que nous n’étions pas en totale entraide et ceci nous rendait vulnérables… Vulnérables!! Les mauvais esprits l’ont surement senti et en ont profité pour nous affubler de malchances tout au long de la route, allez donc savoir!! L’important toutefois, c’est que demain nous arrivons à Kuujjuaq et que nous vaincrons l’adversité!!

Nous sommes tous partis pour une quinzaine de kilomètres. Le vent se lève à notre départ; de l’ouest, par le côté. Ce ne sera pas facile, mais ce sera mieux qu’hier. Je suis Jimmy et Elijah qui sont avant de moi. Le soleil brille dans la blancheur… Les sept premiers kilomètres sont relativement faciles, alors que les sept derniers sont un calvaire!! Il est grand temps que j’arrive, je manque d’énergie! Mes jambes ne me supportent plus! … Mais, je marche! Je rencontre Sandy Gordon, le grand-père de Michael, qui m’encourage et me dit de ne pas lâcher.

Plus tôt en marchant avec Sandy, Elijah, Brian, Jimmy, Michael, Job et moi sommes tombés sur un piège à marte (wapistan); la bête est agonisante. Elijah me dit qu’on lui a toujours dit de ne jamais laisser souffrir un animal en détresse. Mon grand-père m’a enseigné ce même précepte. Nous l’achevons donc et mettons un terme à ses souffrances.

Après trois heures de marche, on commence à descendre… j’aperçois des montagnes… et la rivière tout en bas!!! J’entends des cris…. ?? Je continue sur le sentier enneigé… prends le détour…… ET….. APPARITION EXALTANTE…. KUUJJUAQ au loin… à sept kilomètres de moi!! Un immense bonheur m’envahit!!! Je tombe sur les genoux…..J’arrive à peine à y croire! Mon énergie refait soudain surface! Tout en bas de la côte, j’aperçois Jimmy et Elijah qui sautent et crient de joie!! J’embarque sur mon traineau et me laisse glisser jusqu’en bas en passant tout près de frapper Jimmy, qui se pousse juste à temps….. Et j’évite un arbre! Je glisse ainsi presque jusqu’au campement. Je vais me reposer… mais Kuujjuaq nous donne des ailes!!

Tous les autres marcheurs sont arrivés; seulement Mélanie est revenue en motoneige. Elle a eu un malaise, une faiblesse; l’épuisement fait son œuvre. Tous arrivent contents de la vue qui s’offre à nous. Nous sommes fatigués; une toute dernière nuit en forêt et demain…… c’est la fin.

Simon, le producteur, me demande de refaire la glissade en haut de la cote. Le Chef Swappie de Kawawachikamach et sa conjointe sont présents pour faire les derniers kilomètres de marche avec nous. Aussi, Louisa et Véronique, nos personnes-ressources à Kuujjuaq, sont présentes avec notre coordonnateur, Mathieu Gravel, qui nous accueille avec de la pizza et des liqueurs. J’AI BIEN DIT PAS DE CHIPS NI DE LIQUEURS avant d’arriver à Kuujjuaq!!! Malgré les nombreuses tentations, de canettes qui se promènent sous mes yeux, je résiste!!! Je suis un homme d’honneur!! Quand je dis quelque chose, je le fais!! Je remercie ces deux jeunes femmes, Louisa et Véronique, qui se consacrent avec tant d’ardeur à notre cause! Merci les filles!!

Ce soir, les jeunes du groupe préparent des feux d’artifice qui seront visibles jusqu’à Kuujjuaq. Demain… départ à 8 h pour nous pour la grande rentrée à Kuujjuaq… Une belle journée sans incident… jusqu’à maintenant!!

24 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 20

Après avoir dormi sur le territoire de Joseph Awashish au km 168, nous nous sommes levés à 6 h alors qu’un feu crépitait déjà. Jaquelin Awashish avait pris soin de mettre des pierres chaudes dans notre tente pendant toute la nuit et nous étions donc reposés. Nous avons partagé et échangé beaucoup avec les gens qui étaient là en cette belle matinée. Guy a même fait une fausse demande en mariage, genou au sol, à Ginette avec comme cadeau un gâteau Vachon. Inutile de rappeler que les Innus et les Attikameks adorent rire. Nous avons continué le déjeuner avec de la confiture de bleuets fraîchement faite. Nous sommes partis à 7 h 15 du km 68 pour nous rendre au km 62. Nous avons marché jusqu’à 8 h 20 et Jasmin Flamand ainsi que Chrystelle Wezineau sont venus nous chercher pour nous ramener au km 68 où nous avons fait une pause-café et nous avons à nouveau ri de la fausse demande en mariage de Guy. Nous sommes repartis vers 9 h alors que Jasmin a décidé de marcher avec nous. Chrystelle nous a suivis en voiture, transportant l’eau et les vivres et prenant quelques photos. Je tiens d’ailleurs à remercier les Attikameks pour leur appui extraordinaire. Ils ont bien pris soin de nous à tout moment sur la route et pour la nuit et nous n’avons aucune inquiétude à avoir. Au km 80, Yvette Chachaï et cinq autres marcheuses sont venues se joindre à nous et plus tard, trois autres marcheurs les ont imités. Nous avons tous marché jusqu’au kilomètre 105. Aussi, au kilomètre 90, Ken Awashish et Allen Cleary, deux jeunes que j’avais rencontrés au camp de carrière santé du centre Nikanite de l’UQAC, se sont joints à nous et ont offert de filmer la marche et de photographier puisqu’ils étaient déjà formés par le Wapikoni Mobile. À un moment, je marchais seul et plusieurs réflexions me sont passées par l’esprit dont une réflexion sur la mort. J’en ai plus tard discuté avec Guy et je lui disais que je n’avais pas peur de mourir et je sais que la mort est juste une autre étape de la vie, le début de quelque chose d’autre. Si mon destin est de mourir jeune et que c’est de la façon dont mon destin doit s’accomplir, je pourrais certainement être serein dans cette destinée même si je souhaite vivre en jusqu’à 99 ans. Mon seul regret serait de ne pas voir mes enfants grandir. La vie est un cadeau et qu’il faut célébrer et vivre pleinement. Il faut vivre chaque jour comme si c’était le dernier, ne pas avoir peur de dire aux gens qu’on les aime et être capable de se pardonner et de pardonner aux autres. Ça m’a rappelé une chanson de Nickelback qui partage la même vision que j’écoute parfois : If today was your last day. C’est un peu ainsi que je vois ma marche : chaque pas est important et chaque pas va nous amener vers notre objectif. C’était un moment émouvant de la journée que j’avais envie de partager à mes lecteurs. Arrivés au kilomètre 105, nous avons été accueillis par la famille d’Antoine Awashish (alias Pabu) dans son territoire. Toute sa famille, soit plus de quarante personnes y étaient. Il y avait sur place plusieurs chalets et tentes. La famille Awashish venait tout juste de tuer un orignal et ils le dépeçaient. Nous avons eu à nouveau un réel festin de caribou, d’outarde, de perdrix et de doré ainsi que de gâteaux attikameks. Nous avons par la suite fait une cérémonie de la pipe, car le fils d’Antoine, Stéphance, est porteur de pipe. Antoine nous a beaucoup parlé dans un dialecte ancien qu’on appelle le dialecte de la forêt. Ce dialecte est commun aux Attikameks et aux Innus qui vivaient en forêt et qui partageaient autrefois le territoire. M. Awashish disait qu’il était très content de voir des marcheurs arrivés sur ses terres et que ça lui rappelait son histoire et celle de ses ancêtres. Ce fut très émouvant. Aussi, sa fille Nathalie et son fils Stéphane m’ont mentionné qu’ils aimeraient beaucoup participer à la marche cet hiver. Nous sommes allés nous coucher dans une tente préparée pour nous avec un lit de sapinage. Ce fut une autre belle journée remplie de beaux dialogues, d’échanges et de partages.

25 Mars 2015 – Jour 26 – La victorieuse arrivée!!

Jour 26 - La victorieuse arrivée!!

À coeurs vaillants, rien n’est impossible!

L’arrivée

Ont passé le fil d’arrivée à Kuujjuaq ce midi, les valeureuses personnes suivantes : Kuujjuaq : Elijah Eetook, Brian Kauki, Michael Petagumskum

Matimeksuh : Marjolaine McKenzie, Nancy Mckenzie, Bob Brown, Donat Jean-Pierre, Lina Mckenzie, Jordan Dominique, Kieston Mckenzie, Katshinak

Ashini   Kawawachikamach : Job Guanish, Jimmy Shecanapish, Melanie Chemaganish, Lalik Fontaine, Louise Shecanapish, Louise Mamianscum, Caroline

ET bien sûr, pour

INNU MESHKENU : Stanley Vollant

LOGISITICIENS :

INNU MESHKENU : Marc-André Galbrant  Kuujjuaq : Willie Kulula Jr, Norman Cooper

Matimekush : Daniel André, Marc-André Mckenzie, Edgard Gabriel

Kawawachikamak: Richard Sandy,  Beau André, Sandy Shecanapish, Aaron Inish

Plus de détails demain.

25 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 21

Ce matin, nous nous sommes levés à 6h20. Nous avons déjeuné au chalet d’Antoine Awashish avec son fils et sa fille. Nous avons commencé à marcher à 7 h 30 du kilomètre 105. Guy, Ken Awashish et Allen Cleary étaient du groupe ainsi que deux autres personnes. Au kilomètre 120, huit autres personnes nous ont rejoints dont Jasmin Flamand et Yvette Chachaï. Le temps était couvert, mais le soleil a percé les nuages et soudainement, il a fait très chaud. Il faisait si chaud que je me suis dit qu’il y aurait peut-être des palmiers et des bananiers une fois à . J’ai donc demandé au créateur de nous donner un peu de vent et il s’est exécuté en moins de deux. Une fois rendus au kilomètre 132, la famille de M. Awashish nous attendait avec un festin : orignal, banique, doré et outarde étaient au menu. Nous avons également fait une cérémonie de la pipe avec Roselin Awashish qui m’a d’ailleurs mentionné qu’il aimerait bien marcher avec nous cet hiver lorsque nous reviendrons en territoire attikamekw. Il a aussi mentionné que c’était pour lui un honneur de nous recevoir puisque nous sommes arrivés à pied dans le territoire, comme ses ancêtres le faisaient. Nous avons prié puis mangé et nous sommes repartis à la marche. Au kilomètre 140, la famille de M. William Awashish nous attendait pour souper et pour nous accueillir pour la nuit. Nous avons continué jusqu’au kilomètre 147,2 pour un total de 42,2 kilomètres, un nombre choisi pour faire un clin d’œil à mes amis marathoniens (en particulier à Isabelle Lépine la marraine de mon fils) qui couraient le marathon de Montréal. Yvette Chachai, Jasmin Flamand, Guy, Jennika et plusieurs autres personnes terminent la marche avec moi. Par la suite, nous nous sommes dirigés vers le campement de M. Awashish où plus de trente personnes s’étaient rassemblées. Nous avons tous mangé du doré, de l’orignal et de la banique. Puis, on nous a amené à notre tente située sur le bord du réservoir Gouin. Nous sommes par la suite allés près du feu où William nous a raconté plein d’histoires sur sa vie et sa communauté et ses petits-fils ont fait des chants au tambour.  Nous nous sommes couchés à 11 h. Il ne reste que dix-huit kilomètres pour lundi…

26 Mars 2015 – Jour 27 – ULLAAKKUT KUUJJUAQ!!

Jour 27 - ULLAAKKUT KUUJJUAQ!!

Le soir avant l’arrivée à Kuujjuaq, nous avions l’esprit à la fête. Un groupe de Kuujjuaq, Mathieu (notre nouveau coordonnateur), Louisa, Emma, Véronique Gilbert et les autres organisateurs des festivités de Kuujjuaq sont venus à notre rencontre; ils avaient de la pizza pour tous! Les jeunes ont fait un gros feu de joie, ont lancé des feux d’artifice en s’assurant bien que tout Kuujjuaq les verrait. Toute cette excitation rendra certainement le sommeil difficile.

Au matin, le réveil se fait comme la veille, « ULLAAKKUT KUUJJUAQ!! » Je m’attendais bien à une attente similaire tous les autres jours de marche, mais étonnamment, tout le monde était prêt dans un temps record! … Normand, notre logisticien inuit, demande à marcher avec nous jusqu’à l’arrivée; il reviendra chercher sa motoneige plus tard. Nous prenons place dans la file de marche selon le protocole : Les Inuits arriveront en tête de file, les autres suivent derrière.

Nous croisons sur le chemin plusieurs personnes venues nous encourager. Sarah May Tagoona est elle aussi présente et m’offre un cadeau. Nous marchons sur la rivière avec un vent de face… Mère Nature ne manque pas une occasion de nous montrer qu’elle est reine ici! Et peu importe! Les gens sont excités et marchent allègrement d’un bon pas; ce qui a un impact certain sur le temps de marche! Nous arrivons 45 minutes en avance!! On nous arrête un kilomètre de Kuujjuaq; question d’avertir tout le village que nous arrivons!!

Il est très difficile de retenir tout ce monde; ils ont si hâte d’arriver!! L’excitation est à son comble!! Habituellement, nous arrivons toujours avec un peu de retard, mais cette fois-ci, les difficultés vécues tout au long du trajet nous ont rendus impatients d’arriver. En bonnes organisatrices, Véronique Gilbert et Louisa Yeates réussissent quand même à mener l’accueil à bien. On nous rejoint sur la rivière…. Un jeune d’environ 7 ans insiste pour tirer mon traîneau et je le laisse faire… Plus tôt en journée, Simon Vaillancourt est venu me voir et en filmant m’a demandé : « Pourquoi utilises-tu un traîneau aussi difficile à tirer? Il est lourd, difficile à tirer et accroche pour rien? » Je réponds que c’est pour faire honneur à mon grand-père, ma grand-mère et mes ancêtres……Je charge mon traîneau en pensant à ma réponse….. Et je me mets à sangloter sans réserve, comme un enfant! Toute la misère qu’ils ont dû subir pour survivre!! J’honore ainsi leur mémoire!

Donc, nous arrivons au fil d’arrivée face à l’Hôtel de Ville où se trouve la banderole que l’on franchit à la file, les Inuits les premiers et les autres ensuite… ET ON ME SOULÈVE DANS LES AIRS… EN VAINQUEUR, LE DRAPEAU HAUT DANS LES AIRS!! QUELLE FIERTÉ!! QUEL BONHEUR POUR TOUS!!! Le maire, M. Tunu Natartuk, nous accueille comme le font une trentaine de membres des familles des marcheurs venus nous rejoindre. On nous invite à l’intérieur pour un bon dîner; du chowder, des hot dogs, lait au chocolat… On mange à L’INTÉRIEUR! On parle et on partage… nous sommes environ 300!

Je donne des entrevues : pour CBC North, pour le journal régional Nunatsiaq Online

(http://www.nunatsiaqonline.ca/stories/article/65674innu_meshkenu_walkers_arrive_in_kuujjuaq/). Plus tard, nous allons nous reposer. Je suis accueilli chez Véronique Gilbert et Yoan Girard, un gars du Saguenay plus précisément de Valin! Nul ne doute!!! Le drapeau du Saguenay-Lac-Saint-Jean est fièrement exposé dans l’appartement! J’ai donc l’occasion de faire ma toilette et de me reposer un peu.

Mathieu Gravel, coordonnateur et Marc-André Galbrand, chef logisticien.

Vers 14 heures, une surprise m’attend… On m’amène à l’aéroport. À ma grande surprise, ma sœur Nadia arrive par First Air!! Nous nous embrassons très fort! Elle est venue spécialement pour me dire qu’elle est fière de moi, que nos parents et ancêtres seraient certainement honorés par notre exploit! Quel bonheur et quelle surprise qui touche au cœur! Tellement d’émotions!

… Une autre belle surprise… Je ne sais par quel moyen, mais on me donne mon sac Speedo… Mais qu’est-ce que ce sac fait ici?? C’est Geneviève, ma douce, qui m’envoie tout ce qu’il faut pour me changer et faire une toilette : des vêtements propres, une trousse avec parfum et tout… et une magnifique lettre contenant deux billets pour voir U2 cet été! Encore une intention d’une délicatesse inouïe! J’ai une blonde en or!!

Il y a tellement d’activités!! Tout se déroule à la vitesse de l’éclair. On me met au courant du programme du lendemain et nous nous rendons à la salle communautaire pour un grand souper d’honneur durant lequel nous remettons un certificat à tous les marcheurs. Le maire, les chefs des différentes communautés présents font desallocutions. Une allocution remarquée : Elijah s’est exprimé devant tous, à la grande surprise de tous! On remarque un changement certain chez le jeune homme…. Il a une assurance qu’il n’avait pas avant le départ, au grand bonheur de tous!

Je reçois tellement de cadeaux!!! J’ai été si gâté!! Edgar m’offre des bas de laine, tricotés par sa grand-mère, sur lesquels on peut lire « Innu Meshkenu, Stanley ». J’ai aussi reçu un livre avec de superbes photos de Kuujjuaq, un magnifique parka, de beaux mocassins naskapis….. Je donne à mon tour un discours; je remercie tout pour leur grande générosité. Je mentionne l’importance d’avoir fini ensemble malgré les grandes difficultés vécues. Je suis fier de tout un chacun! Le périple fut difficile; on ne s’en souviendra que plus longtemps.

Autour de 22 heures, je retourne à l’appartement avec Véronique et Yoan. Je m’installe pour la nuit, épuisé mais satisfait et content de notre grande réussite.

26 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 22

Ce matin, nous nous sommes gentiment fait réveiller par Guy à 6 h qui venait vérifier si nous dormions. Nous avons fait nos sacs et nous avons préparé nos pieds. À 6 h 30, William Awashish est venu nous offrir du café. J’en ai profité pour prendre des photos du magnifique paysage. Nous avons déjeuné et à 7 h 10, nous partions du kilomètre 147,2. Avec nous : William et Claudia Awashish, Yvette Chachai, Jasmin Flamand, Nathalie Awashish, Marcel Saganash, Guerthé Chachai et sa fille, Sabrina et Kellya. Il y avait beaucoup de moustiques, mais les paysages étaient magnifiques. Nous avons entre autres discuté avec William Awashish des pensionnats et de l’enlèvement des enfants attikameks par des missionnaires et les agents des Affaires indiennes. Les enfants partaient pour dix mois chaque année et cela a laissé des blessures profondes dans les familles et la communauté. Cette conversation m’a beaucoup touché. Au kilomètre 158, plus de deux cents jeunes du secondaire nous attendaient, dont Ken Awashish et Allen Cleary, Andrew et Marty. On pouvait sentir l’effervescence et les jeunes semblaient excités. Cinq kilomètres plus loin, une centaine d’élèves du primaire et soixante jeunes enfants du CPE nous attendaient avec des banderoles ainsi que plusieurs membres de la communauté. Nous sommes entrés dans la communauté d’ tels des héros. J’étais content pour Guy et Jennika ainsi que pour les Attikameks. Le chef Christian Awashish, nouvellement assermenté, nous a rejoints. Au même moment, quatre aigles nous survolaient. En arrivant à , on peut découvrir le paysage du réservoir Gouin. Ces paysages ne peuvent que rappeler l’histoire de la communauté qui a dû déménager à plusieurs reprises à cause des inondations, comme en 1920. Saviez-vous que le nom  veut dire « l’eau qui monte »? Voir tous ces enfants et ces adultes qui marchent vers nous et avec nous dans un contexte difficile où il y a eu trois suicides récents dans la communauté envoie un message d’espoir. À l’école secondaire, nous avons d’ailleurs lancé des ballons dans le ciel en signe d’espoir. Puis, nous nous sommes dirigés vers le gymnase où j’ai fait une allocution sur le projet, mais aussi sur l’importance de rêver et de tout faire pour réaliser ses rêves. Il faut avance un pas à la fois, comme je l’ai fait lors de cette marche. La vie est un cadeau et il faut la célébrer et il y a toujours des jours meilleurs qui suivent les moins bons. Je crois que l’audience était émue. Par la suite, nous avons reçu des cadeaux, dont des plumes d’aigle. Pour Guy et Jennika, ces cadeaux symbolisaient la persévérance. Nous avons pris une douche bien méritée au Centre de santé pour enlever quatre jours de poussière. Je ne vous raconte pas l’état de mes cheveux qui se comparaient à de la laine d’acier. J’ai aussi pu me raser. Enfin! Puis, Syriac Awashish nous a amenés jusqu’à Roberval. En chemin, nous avons réalisé toute la route que nous avions parcourue. Chaque kilomètre avait une histoire et nous avons tous conclu que rien n’est impossible à celui qui le veut vraiment. J’ai déposé Guy et Jennika à Chicoutimi et plusieurs membres de la communauté de Pessamit nous attendaient, dont quelques membres de nos familles. Ce fut une belle surprise.  Je suis parti à 19 h 30 vers Québec pour passer la nuit chez des amis. Je partirai mardi matin pour Montréal. C’est ce qui termine une longue marche de 680 kilomètres. À la prochaine!

27 Février 2015 – L’appel

L'appel

Ça approche….. Je suis de garde dans un hôpital du haut du Lac, mais je le sens… Je l’entends tout au fond de moi… L’INNU MESHKENU m’appelle! C’est plus fort que moi… Je le sens et je l’entends.

Je dois régler quelques affaires avant de les rejoindre, ces marcheurs qui se préparentà fouler les premiers pas de cette longue marche vers le nord, vers nos frères Inuits de Kuujjuaq. La fébrilité me gagne… C’est toujours comme ça avant le départ; toujours l’aventure, toujours l’inconnu. Je l’entends… il m’appelle, l’INNU MESHKENU. Je le rejoindrai… bientôt.

27 Mars 2015 – Jour 28 – NAKURMIK KUUJJUAQ

Jour 28 - NAKURMIK KUUJJUAQ

J’ai oublié de mentionné qu’hier, nous avons eu droit à un « candy drop », un avion qui passe en rase-motte en laissant tomber des bonbons sur le sol. Kuujjuaq est le seul endroit au Canada où l’on peut encore faire ceci et le seul pilote qui a le droit de le faire, Johnny May, prend sa retraite cette année. La fin d’une tradition, malheureusement.

J’aurais cru que le confort que Véronique et Yoan m’offraient hier soir me ferait tomber dans un profond sommeil. Et bien, voulez-vous savoir quelque chose? J’ai très mal dormi!! Non… le confort était infaillible….C’est que, j’étais sans cesse réveillé pour allumer le feu du poêle de ma tente!!! Je cherchais le bois!!! Un geste qui s’est incrusté et enraciné dans mon inconscient, un geste devenu répétitif et automatique. Il va surement me falloir plusieurs jours pour m’en débarrasser.

Au matin, le déjeuner est formidable; je déjeune de fruits : pommes, oranges que la privation de 25 jours a rendus mille fois plus savoureux!! Oh!! Je dois vous dire qu’aussi, hier, j’ai mangé mon sac de chips!!! Une autre belle récompense!! J’avais tellement hâte!

Autour de 8 h 30, je rencontre Simon Vaillancourt; j’avais déjà mentionné que, lors de mon voyage à Compostelle, des personnes allaient déposer des cailloux de leurs pays à Compostelle. Je vais donc expliquer ce concept à Simon qui met le tout sur pellicule et qui sera dans le documentaire. Je ramasse donc des cailloux de Kuujjuaq pour cette cause.

Je me rends ensuite à l’école; Michael m’accompagne. Je donnequatre conférences dans la bibliothèque aux différents groupes de l’école. Je parle de mon projet et des éléments qui les concernent tous : la persévérance, la réussite, le but des rêves et de les poursuivre sans relâche pour arriver fiers à nos fins!! Et, comme je l’avais fait pour les marcheurs durant un cercle de partage, je leur parle de mon bâton aux mille rêves. Je leur raconte son histoire, qui me l’a offert et comment ce bâton devient le gardien des rêves de tous ceux qui les lui confient. Les jeunes n’hésitent pas à confier leurs rêves au bâton, avec toute la cérémonie, le respect et le sérieux que le geste exige. Chaque groupe fait de même. À la toute fin, Daniella vient me voir et me dit qu’elle veut elle aussi devenir médecin; elle veut des conseils… Un grand bonheur pour moi! Et je leur dis de m’envoyer une lettre et de me faire savoir lorsqu’ils auront atteint leurs rêves.

Nous allons dîner au Kuujjuaq où un groupe nous attend. Nous discutons du programme de l’après-midi. Mathieu Gravel, Mathieu-Robert Sauvé et Simon Vaillancourt nous quittent par le vol de cet après-midi.

Pour ma part, je vais assister à l’assemblée annuelle de Makivik, une société qui a pour mandat le développement politique, culturel et économique dans la région du Nunavik. M. Roméo Saganash était présent pour une allocution; juste après, je suis invité à m’adresser à l’assemblée en disant : « Dis-nous qui tu es, d’où tu viens et pourquoi tu fais la marche. » Et je m’exécute… Je réponds à cette question et je partage l’expérience Innu Meshkenu et ses objectifs, l’importance d’avoir des rêves, mon discours avec les jeunes. Je présente Michael qui a la chance de dire quelques mots sur ce qu’il a vécu. La réunion est radiodiffusée dans tous les villages du Nunavik. Je suis content de l’occasion que j’ai de montrer ma fierté pour ce jeune ainsi que tous les autres participants. Je reçois en cadeau des gants en peau de phoque! En témoignage de leur contribution, j’offre le drapeau Innu Meshkenu à la Société Makivik, un partenaire majeur de la marche, pour nous avoir encouragés durant cette expédition périlleuse.

Je retourne ensuite à Kuujjuaq; je dois faire une entrevue avec Johanne Despins pour Radio-Canada. Elle sera diffusée dimanche matin à 7 h 30. Nous nous rendons souper au Kuujjuaq Inn avec les marcheurs naskapis et innus et je leur dis qu’il est important d’observer les conseils suivants :

Conseils médicaux pour les marcheurs :

Il est possible que vous éprouviez des problèmes à retourner au quotidien. Un sentiment de léthargie et de déprime est commun après un effort et un grand projet comme celui vécu est normal. Je vous conseille donc de continuer à aller marcher et de prendre l’air une heure par jour, question de vous réapproprier le quotidien. Aller vous imbiber du grand air et de la nature durant le weekend. Les services de santé mentale de vos régions sont aptes à faire un suivi des marcheurs pour s’assurer que tout va bien.

Après une marche telle que nous avons fait, votre appétit sera grand, voir énorme. Il est conseillé de manger de petites quantités et de ne pas écouter votre faim. Il faut vous réhabituer à manger les quantités mangées avant le début de la marche, soit entre 1,500 et 2000 calories.

Ceux qui vous entourent se doivent d’être aux aguets et vous avertir s’ils se rendent compte que vos humeurs sont anormales.

Je prends l’avion demain à midi… J’ai hâte d’avoir les câlins et bizous d’un petit garçon de 9 ans ainsi que ceux de la belle Geneviève.

Nakurmik Kuujjuaq!!

28 Février 2015 – Jour 1 – Bonjour de Matimekush

Jour 1 - Bonjour de Matimekush

Je suis peut-être loin de vous, Marcheurs, mais j’ai de vos nouvelles! Je vous suis de près, en pensée, avant de vous rejoindre.  Je sais qu’hier Jean-Charles, Marc-André et les logisticiens vous ont informé sur la marche, en quoi elle consiste et à quoi vous attendre.

On m’a aussi dit que nous serions une trentaine de marcheurs à traverser la taïga vers Kuujjuaq. J’ai aussi su qu’en ce matin frileux de -31 degrés (facteur vent : -48!!), une centaine de personnes étaient présentes à l’école Kanatamat pour assister à votre départ de Matimekush vers Kawawachikamach et que plusieurs se sont joints à vous pour marcher ce bout de chemin et que certains d’entre vous ont fait la route en deux heures! Vous dormirez cette nuit dans vos maisons; savourez le confort de vos chaumières, mes amis! Demain, la vie de camp commence, et ce, pour les trois prochaines semaines! Ahhh… Il m’appelle, l’Innu Meshkenu… Je l’entends de plus en plus fort!!!

28 Mars 2015 – Jour 29 – STANLEY… ET STANLEY!

Jour 29 - STANLEY... ET STANLEY!

…On dirait bien que mon corps s’était habitué à l’inconfort et à la misère! En ce moment, je dors très mal dans le confort… je suis constamment réveillé pour allumer le poêle à bois… et il me faut quelques minutes avant de réaliser que, peu importe mes efforts, je ne trouverai pas de bois d’allumage dans ma belle chambre, chez Véronique et Yannick!!!

Aussi une fois réveillé, je pense à notre périple… Je ressasse les paroles que je disais aux marcheurs pour obtenir la cohésion de groupe si nécessaire au succès du projet : « … C’est comme dans la Ligue nationale; pensez-vous que, sans persévérance, sans détermination ou esprit d’équipe, les Canadiens de Montréal ou toute autre équipe sont capables de remporter la coupe Stanley? BEN NON!! Si un joueur ne se présente pas, ne passe pas la rondelle…. OUBLIEZ ÇA!! C’est en ÉQUIPE que ça se passe!! EN FAMILLE!! La victoire d’une coupe Stanley, c’est un partage de succès en équipe! Tout comme l’est la victoire d’une marche de 460 kilomètres!! Lorsque l’on passera le fil d’arrivée, C’EST ENSEMBLE que l’on va savourer la victoire!! Comme la coupe Stanley!!…DONC, SOULEVEZ-MOI COMME LA COUPE STANLEY!! » Enfin! Ce parallèle a très certainement eu l’effet escompté!

En déjeunant le matin, je discute avec Véronique et Yoan des possibilités quant au vol que je devrais prendre. Air Inuit me ferait partir à 14 h et je devrais arrêter dans tous les villages du Nord québécois avant d’atterrir à Montréal à 20 h. L’autre option serait First Air; un départ à 17 h pour arriver à 19 h à Montréal. Il me resterait encore du temps pour les visites, pour mieux organiser mon bagage aussi. Avec tous les cadeaux que j’ai reçus, mon bagage exige de moi beaucoup de planification! Yoan essaie de voir les possibilités d’un vol sur First Air, car il y a quelque chose à Kuujjuaq cet après-midi et l’on aimerait bien que j’y prenne part.

Véronique me dit de me préparer, car à 10 h on part pour l’aréna. Tout le monde y sera pour la présentation de la COUPE STANLEY (oui OUI!! La coupe Stanley!!!) et la rencontre des joueurs John LeClair et Marty McSorley qui sont présents pour l’occasion! La population entière est dans l’aréna… Louisa Yeates m’avait dit que c’était une semaine Stanley : Stanley Mercredi, coupe Stanley vendredi!! NON, MAIS QUELLE COÏNCIDENCE!!! Je n’en reviens tout simplement pas!!! Je vois toute l’ampleur de l’intérêt dans le Grand Nord pour notre sport national!! Et j’ai une pensée pour Joey Juneau, qui a mis un programme sur pied pour promouvoir le sport et les études chez les jeunes des Premières Nations. L’aréna est rempli de monde! On distribue des poches de hockey aux jeunes Inuits par le projet de Joey Juneau… On m’annonce que j’ai finalement une place sur First Air à 17 h; je dois retourner faire mes bagages… car j’en ai BEAUCOUP!! Je quitte l’aréna, déçu de ne pas avoir embrassé la coupe… ou la voir de près, tout au moins!

Une fois les bagages prêts, nous allons pour l’aéroport. J’enregistre mes bagages et me dirige vers la boutique;  je dois aussi aller acheter des cadeaux du nord pour Xavier, mes filles et ma douce, Geneviève. Nous retournons chez Véronique pour le reste de l’après-midi. Nous prenons des arrangements pour le retour de mon traîneau et mon équipement de marche.

Nous nous arrêtons à l’aréna et là, je peux enfin me faire photographier avec la coupe et les joueurs. Marty McSorley me dit : « Félicitations, Dr. Vollant! J’admire votre courage et votre détermination!! » Il me serre la main! Je suis IMPRESSIONNÉ, FLATTÉ DE CETTE RECONNAISSANCE!

L’heure du départ arrive; on se rend à l’aéroport. Louisa Yeates est venue accompagnée de Lalik, Job et Beau. On me fait des signes d’au revoir derrière le mur vitré…. Que de beaux moments intensément vécus avec ces gens-là! Que de beaux souvenirs j’en conserverai!

En cours de vol, je regarde en bas…… et je vois la route parcourue…. ce Grand Blanc parsemé de lacs et de rivières de glace!…. Le lac Le Moyne…. le Nachikapau……le réservoir Caniapiscau… le réservoir Manouane…. Nous survolons le territoire entre les Cris et les Innus… celui de mes ancêtres…. INCROYABLE!!! Je vois le lac St-Jean où je travaille souvent… Opitciwan… Un survol des anciens trajets franchis… à vol d’avion!

J’arrive à 19 h 30 à Montréal… Et je suis attendu!! Un petit garçon… Il court vers moi… me couvre de bisous et de câlins!! Ma blonde aussi…. toutefois, un peu plus timide… Simon Vaillancourt est présent, caméra et microphone en main, pour filmer l’arrivée… documentaire oblige!! Un GRAND BONHEUR!! …. Je suis content d’être à la maison, parmi les miens…. une pancarte de bienvenue de mon fils confirme que quelqu’un s’est ennuyé en mon absence.

CHERS MARCHEURS… Prenez bien soin de vous!! Ne vous isolez pas… Prenez l’air… allez marcher… Allez vers ceux qui vous sont chers… vos parents et amis!! Allez parler avec eux, partagez votre expérience en personne… et non sur internet! Et soyez aux aguets; la léthargie guette souvent les gens qui vivent des expériences intenses, de grands projets! Ce genre d’expédition change la vie! Avec la persévérance et la détermination, on peut venir à bout de toutes contraintes, de tous obstacles!

NAKURMIK KUUJJUAQ

P.-S. Sincères remerciements à Véronique Gilbert et Yoan Girard pour le chaleureux accueil qu’ils m’ont réservé chez eux!!

3 Mars 2015 – Jour 4 – Me voilà parmi vous, enfin!

Je suis parti de chez moi très tôt ce matin. Enfin, je suis en route pour vous rejoindre! J’ai un horaire chargé; je dois donner une entrevue pour Radio-Canada avant de prendre mon vol vers Schefferville.

En route vers le nord…. À l’arrivée, je croise Jean-Charles, notre coordinateur, qui lui reprend le même avion vers le sud. Je suis attendu car je dois me préparer pour une belle virée en motoneige d’une durée de 2 heures! C’est le temps que ça prendra pour rejoindre les troupes déjà en route vers la destination de ce soir, le lac Maujean. Il faudra être bien habillé, tout en chaleur, car ici, le froid est mordant en ce début de mars.

En principe, j’arrivais en début d’après-midi et je marchais le reste du chemin prévu avec les marcheurs. Ce ne fut pas le cas! Des problèmes de motoneige ont fait que la « belle virée “s’est transformée en beau cauchemar! Il nous aura fallu pas moins de 4 heures pour rejoindre le groupe qui, bien évidemment, était déjà arrivé au camp du lac Maujean!

Je crois que vous comprendrez si je vous dis qu’après une telle journée, je suis ÉPUISÉ!!! Je salue tout un chacun… je ne pense qu’à dormir. Je suis tout de même fier de voir ce groupe qui me le rend bien.

Je dois refaire le plein d’énergie. Je prends donc le chemin de ma tente… Dormir… peut-être rêver…

5 Mars 2015 – Jour 6 – Le vent du changement

Une nuit polaire… un vent qui souffle et qui nous traverse! C’est à croire que mère nature interprète la synergie glaciale du groupe!

Je suis gelé, j’ai des ampoules aux pieds (OUI!! Déjà!!) et mon moral est au plus bas. Mon épuisement dû au travail, ma forme physique défaillante, le choc climatique et l’absence d’esprit d’équipe ont raison de moi.

Comme mentionnés hier, aujourd’hui nous faisons un arrêt, un arrêt énergique et stratégique! Les bris mécaniques de motoneiges, un logisticien manquant, le manque d’organisation s’ajoutent à la complexité de la situation. Un autre point important réside dans le fait que le groupe est composé de non-autochtones, de Naskapis, d’Inuits et d’Innus… QUATRE CULTURES DIFFÉRENTES… QUATRE FAÇONS DE FONCTIONNER! Le problème justement est que pour ce genre d’excursion, une synergie infaillible doit être instaurée dès le départ; l’entraide, la collaboration et le soutien les uns envers les autres sont le moteur du succès d’une telle aventure. Nous nous devons de rectifier cette épineuse problématique! Je discute avec Marc-André, notre logisticien en chef. L’une des options sur la table : TOUT ARRÊTER! Les circonstances chaotiques ont presque raison de nous…. mais pas tout à fait! L’autre option… ralentir la cadence; diminuer le kilométrage quotidien pour donner aux marcheurs la chance d’apprivoiser ce périple, ils doivent s’adapter. Ceci donnerait l’occasion de finir plus tôt et d’organiser le camp plus rapidement. Jean-Charles et Mathieu (nos coordinateurs) sont bien d’accord; mettons de côté la performance au profit du respect de l’humain.

Après la réunion de 11 h à midi 30, les marcheurs se rallient à l’idée qu’en joignant les forces et en formant une famille, nos chances de succès sont assurément consolidées. Tous comprennent l’importance d’être unis et solidaires. Les marcheurs insistent sur l’importance culturelle. Rodrigue mentionne la fierté que tous doivent contempler par l’effort déjà fourni; nous marchons le chemin des anciens et, comme eux, nous devons être interdépendant pour pouvoir réussir à la fois un si grand et périlleux trajet, un trajet historique unissant les cultures innue, naskapi et inuit. Nous décidons tous ensemble joindre notre désir de réussite. Les différences sont mises de côté pour un seul et unique but commun.

Je sens le retour de ma vitalité, car je sens l’énergie positive du groupe! Avec le retour de Richard et de nouvelles motoneiges, je suis certain de voir une grande différence. Nous devons entretenir cette chimie pour assurer la réussite de ce périple.

Je dédie cette journée aux gens de Schefferville, Matimekush et Kawawachikamach pour qui nous marchons.

Je pense aussi à mes grandes filles qui sont présentement au Pérou (envoyez-moi de la chaleur, mes chéries) et à mon fils à Montréal…

Le froid peut bien être notre pire ennemi; à partir de maintenant, une énergie positive nous habite et nous réchauffe tous… La résilience des anciens peut maintenant s’installer en nous.

P. s : Geneviève, je lis.

5 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 1

Aujourd’hui, c’était le sixième anniversaire de mon fils Xavier. Je me suis aussi préparé pour le grand départ d’une autre étape de la marche Innu Meshkenu : 680 kilomètres en trois semaines. J’ai roulé entre Montréal et Pessamit pour me rendre au point de départ. Je vis beaucoup d’anxiété et de nervosité, mais j’ai aussi beaucoup de joie et de hâte. Demain, le levé est prévu à 6 h et une entrevue avec la radio CBC de Québec est planifiée pour 6 h 15. Après le déjeuner, je partirai en compagnie de Britannie et Serge Mestekosho, ainsi que Jenniik Fontaine, pour me rendre sur l’axe officiel de départ, situé à la jonction de la route 138 et du chemin de la Toulnustouc. Le grand départ aura lieu à 9 h 30. Nous traverserons Baie-Comeau pour aller rencontrer le maire et d’autres dignitaires à 11 h 30, à Place La Salle. Nous visiterons aussi l’hôpital à 14 h et la marche se terminera vers 16 h.

6 Mars 2015 – Jour 7 – Calme plat, calme blanc!

Aujourd’hui, nouveau jour… nouveau attitude! Malgré un froid intense et blanc à perte de vue, le lever est cordial et sympathique. On se prépare pour un 15 kilomètres, ça peut paraitre court, mais dans ce froid polaire, c’est une distance des plus ardues à couvrir.

Nous ramassons nos bagages et, après un bon déjeuner, un cercle d’amitié s’impose. Nous canalisons donc tous ensemble nos énergies vers la réussite de notre journée. Aujourd’hui, ce sera un 15 kilomètres en frères.

Ça va bien. Malgré la température glaciale, les marcheurs gardent la cadence… pas à pas… un kilomètre après l’autre, à la file indienne! Et comme cela, nous terminons la marche d’aujourd’hui, plus tôt c’est certain, car en principe, on devait initialement couvrir environ 25 kilomètres.

Toutefois, je suis satisfait de notre décision d’hier. Moins marcher… Oublier la performance au profit de l’humain s’est révélé une sage décision. Les marcheurs sont moins fatigués et plus enclins à la coopération; on ramasse du bois pour le chauffage, on donne un coup de main au montage de camp.

J’éprouve une grande joie quand je regarde tout un chacun participer de bon cœur aux tâches. Un groupe en symbiose est primordial pour vaincre l’adversité du Grand Blanc. Durant le souper, nous partageons les uns après les autres nos sentiments par rapport à cette belle journée.

Demain, un 35 kilomètres est à couvrir. Nous devons coucher au lac Low. Ceci se fera en deux groupes : un départ à 7 h 30 couvrira 20 kilomètres et un deuxième partira à 8 h 30 et couvrira 15 kilomètres pour un total de 35 kilomètres.

Familles, amis et fidèles partisans d’INNU MESHKENU, nous allons bien et pensons très fort à vous!

6 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 2

Hier soir, j’arrivai à Tadoussac vers 21 h 30 le réservoir à essence pratiquement vide. Vite, le plein d’essence. À mon grand malheur, toutes les stations d’essence étaient fermées. Même en dormant à Tadoussac et en faisant le plein le lendemain, je manquerais mon propre départ pour la marche. Finalement, grâce à la gentille dame de l’épicerie, je réussis à retracer M. Lamarche (quelle coïncidence!), propriétaire de la station d’essence Gérard Lamarche, qui accepta de me fournir l’essence nécessaire à mon périple. Grâce à vous M. Lamarche, la marche Innu Meshkenu a pu débuter comme prévu. Merci! J’arrivai à Pessamit à 23 h lundi soir. Le départ de Pessamit vers Baie-Comeau se fit aujourd’hui à 8 h alors que mon ami Luc Arseneault m’amena au point du grand départ. Là-bas, Louis Picard nous attend ainsi que Éric Hervieux, Serge et Britannie Mestekosho, Jenniik Fontaine, Gérard Boucher et Pierre Pagé qui travaille en centre jeunesse à Montréal et qui nous accompagnera pour le temps qu’il pourra. Le grand départ se fit à 9 h 45 par une journée pluvieuse. À 11 h 30 nous avons rencontré la mairesse de Baie-Comeau, Madame Brisson ainsi que M. Comeau, directeur des communications de la ville, le docteur Cloutier, directeur de la santé publique de la Côte-Nord ainsi que le PDG de la santé publique, Gaétan Garon. Par la suite, nous avons rencontré les médias à la Place de la biosphère de Baie-Comeau. Nous avons ensuite marché à travers Baie-Comeau et nous sommes arrêtés au CLSC pour rencontrer Dr. Marcheterre, médecin en chef ainsi que le docteur David Mercier. Nous avons ensuite repris notre marche et madame Georgianne se joignit à nous à l’entrée du secteur Mingan. Autre arrêt : l’hôpital de Baie-Comeau où nous avons été accueillis par madame Marcelle Vachon, interprète pour l’hôpital. Là-bas, j’ai rencontré Jean-Pierre Fontaine et Robert Nanipou, patients de l’hôpital. Je voudrais en profiter pour leur souhaiter une guérison rapide. J’ai aussi rencontré d’anciens collègues de travail et une grande amie de Chicoutimi, Valérie Harvey, radieuse et pleine de lumière, enceinte de son deuxième enfant. Nous avons poursuivi notre route et nous sommes arrivés à 16 h à la Maison de la Faune de Baie-Comeau avec une idée conjointe de la mairesse Brisson et moi, celle de revenir à Baie-Comeau pour une série de conférences sur l’expérience de la marche. Par la suite, j’ai donné une entrevue inspirée par toute la force que cette journée de marche a pu m’apporter à Cogeco Câble, nourri par l’énergie des personnes rencontrées. J’ai parcouru les derniers 2,5 km à la course puisque cette portion de la route était trop dangereuse pour que tous s’y aventurent dû à des constructions. Je suis finalement arrivé à la station Pétro-Pass du Carrefour giratoire où m’attendait Luc Arseneault qui nous avait fournis en nourriture et en eau toute la journée. Ce soir, le marcheur reprend ses habits de chirurgien pour soigner les ampoules de Serge, Britannie et Jenniik. Les prochains jours s’annoncent occupés, mais beaux. La grande aventure est commencée. Il ne reste plus de 650 km… Demain, mercredi 7 septembre, départ à 6 h 30 du Pétro-Pass et arrivée prévue à Papinachois à 14 h.

7 Mars 2015 – Jour 8 – Le chalet du Lac Low

Nous avions, en ce samedi, une distance de 35 kilomètres à faire pour nous rendre au lac Low. Comme la route est longue et difficile, nous optons pour la formule ‘relais’, question de ménager l’énergie des marcheurs. Deux groupes sont donc créés : l’un couvrira 20 km et l’autre, marchera 15 km. Je marcherai donc la plus grande distance accompagné de Job, Elija, Jimmy et Sandy. C’est donc à partir de la distance couverte hier que nous entreprenons le trajet du jour vers le chalet des rangers du lac Low.

Nous avons le tiers du parcours de couvert. À ma grande satisfaction, les marcheurs vont bien, physiquement et moralement… Pas encore de blessures aux pieds! Ce n’est malheureusement pas mon cas. L’ampoule de ma première journée n’est pas guérie et j’ai aussi des engelures à trois orteils; j’ai un ongle qui va décoller. Je dois désinfecter le tout minutieusement pour éviter l’infection.

Au vingtième kilomètre, Elija doit s’arrêter; une de ses fixations de raquettes s’est brisée. Job me dit qu’il voudrait faire encore 15 kilomètres. Je l’accompagne.

Malgré le grand froid et le vent qui sont décidément une constance, je dois avouer que le paysage est magnifique! Un paysage qui me ramène quatre ans en arrière, durant la marche de 2011, Old Fort, Blanc-Sablon, Natashquan…. montagnes chauves, sans arbres… de grandes vallées glacières ponctuées de lacs. J’étais alors en compagnie de mon cousin, Éric Hervieux…. Et je me dis : ‘Maudit, qu’il triperait ici!!’  Il devait marcher avec nous, mais les contraintes professionnelles ont eu raison de son désir de se joindre à nous. Je pense tellement à lui et je m’ennuie!! Nous avons vécu ensemble de fabuleuses expériences; c’est un compagnon de route incomparable! … Rapide et serviable!!! Il arrivait presque toujours avant moi et faisait en sorte que le camp soit confortable et chaud! Je pense à ce qu’aurait été la route avec toi, Éric! Je m’ennuie de nos repas de steak haché et de nos tentes surchauffées!

La forêt est clairsemée et dispersée… des ilots d’arbres apparaissent ici et là…. de grandes distances en sont parfois privées… parfois une forêt fait son apparition. L’emplacement du lac Low en est un bel exemple; un Grand Blanc sans arbre fait soudain place à une forêt garnie où l’on a monté trois tentes tout près du chalet des rangers sur place. Des marcheurs naskapis et innus coucheront dans le chalet; je coucherai avec les gens de Schefferville, dans les tentes.

Le moral est bon et j’en suis fort aise. Il y a bien sûr des accrocs passagers, mais tout se règle en un rien de temps. On peut donc penser le trajet à plus long terme sans inquiétude. En fait, nous voudrions être au lac Romanet dans deux jours. Cet endroit est stratégique; les ravitaillements en essence, en propane et en nourriture nous y attendent. Nous décidons donc que le trajet sera couvert en relais, comme aujourd’hui. Toutefois, Job voudrait couvrir la totalité des 40 kilomètres. Donc, quelques-uns l’accompagneront.

Je dédie ma journée au peuple innu, au peuple de chez nous! Je pense à vous.

7 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 3

Départ de chez moi à Pessamit à 5 h 45 avec Christian Rock et on se rend au Petro-Pass. Nous rejoignons un groupe composé de Gaétan Picard, Marie-Claude (Cle), Yan Riverin, Jenniika Fontaine, Serge Mestekosho, Britannie Mestakosho, Pierre Paré, Éric Hervieux, Marie-Élaine Anctil et Line. Nous quittons à 6 h 45 pour un 43 km de marche. Nous arrivons à Chute-aux-Outardes vers 8 h 30 et nous arrêtons au dépanneur pour faire une pause santé… Nous reprenons la marche et arrêtons à la garderie de Raguenau où Cle a des amis. Nous arrêtons de nouveau vers 10 h 30 au dépanneur de Raguenau puis reprenons la marche et nous arrivons à la rivière aux rosiers vers 12 h 20 où une délégation de Pessamit nous attend avec un lunch et des breuvages. Je me sens super content d’arriver sur ma terre natale, je rêvais de ce moment depuis l’an dernier… Enfin, j’y suis rendu!

Nous reprenons la marche avec Guy Bacon et Pulis Pinette de Pessamit. Guy est un ami de longue date… Il y a beaucoup d’électricité dans l’air! Nous arrivons à Papinachois après avoir franchi une section en construction. Il est 14 h 15… Une cinquantaine de personnes nous attendant. Wow! Quelle belle surprise, beaucoup d’étudiants du secondaire avec des pancartes et des drapeaux! Il y a mon ami Alain Rock, mon oncle et ma tante, Jean Marie et Pless.  Nous quittons vers Pessamit avec des policiers et des pompiers en escortes. Nous échangeons et dialoguons. En entrant à Pessamit, on aperçoit un nuage en forme de Coeur… Un bon présage. Une autre centaine de personnes nous attendent à l’entrée du village. Quel bel accueil, je suis très ému! Nous traversons le village et nous rendons à la salle communautaire. Je suis reçu comme un héros par les gens de ma communauté. Il y a une présentation d’un montage vidéo/photos de mon aventure puis le discours du Chef et l’on me présente une veste traditionnelle comme cadeau… c’est drôle j’en avais rêvé cet après-midi… Philibert Rousselot me donne un bâton de Pellerin en bois de cèdre… ça aussi j’en avais rêvé hier matin… Je dis aux jeunes de rêver comme moi et de croire en leurs rêves et de ne jamais se décourager. Nous soupons avec la communauté et puis je quitte pour la maison où je soigne les ampoules. Les pieds de Serge ont 6-7 ampoules et ceux de Britannie 3 ampoules… Je ne pense pas que Serge marchera beaucoup demain… Demain, départ à 8h :00 pour aller voir les aînés et puis visite a l’école Nussim pour aller voir les enfants du primaire et puis nous marcherons avec eux et reprendrons ensuite la route qui nous mènera aux Islets Jérémie.

8 Mars 2015 – Jour 9 – Une frousse polaire

La nuit au camp du lac Low a pour moi été pénible. Je me suis réveillé durant la nuit; j’étais frigorifié, tant que j’ai dû me lever pour allumer le feu! Au comble de ma misère, pas d’allumettes! J’ai dû réveiller Marc-André, le logisticien en chef, pour en avoir. Après avoir allumé le feu et changé mon barda de place, j’ai pu me rendormir.

Je crois bien que l’expédition nous fait perdre la notion du temps. Le changement à l’heure avancée s’est avéré une tâche complexe à effectuer pendant une expédition! Certains avancent et d’autres reculent l’heure. Donc, nous nous sommes levés en retard… et avant que les discussions sur l’heure à reculer ou à avancer soient réglées et que tout le matériel soit prêt pour partir, il était 10 h 30! Nous avons pris le temps de faire un cercle sur le lac. Les ainés des trois communautés présentes, Daniel, Normand et Loco, disent les prières dans les quatre langues différentes… Et c’est le départ! Nous souhaitons aussi un bon anniversaire à Jordan qui a 15 ans!

Un vent en rafales de 35-40 km nous fouette en plein visage!! Un facteur éolien de -42 rend le périple extrêmement pénible! Nous sommes face au vent presque tout au long de la marche. Je suis transi de froid! Je prie… Je prie tous ceux qui nous ont quittés : Tante Anne-Marie, Michel Martin mon ami chirurgien… Tante Suzanne décédée en mai… je pense à son conjoint, Patrice-Paul et aux cousins que je n’ai pas eu le temps de revoir depuis. Le tourbillon de la vie est si cruel parfois! Il nous entraine dans sa spirale sans fin à une vitesse vertigineuse! Je pense à vous, je prie pour vous!… La prière a pour effet de m’aider à me concentrer sur autre chose que ce froid qui me traverse littéralement!

… Toutefois, l’appel de la nature me sort de mes pensées… Les tâches naturelles, ces tâches quotidiennes qui ne prennent que quelques minutes à effectuer, à moins d’avoir de la lecture, prennent 30 à 40 minutes en pleine forêt à -40! Se faire à l’idée de baisser ses culottes dans ce froid polaire repousse le tout à sa toute dernière limite! Mais, à un moment donné, il faut ce qu’il faut!!

Je reprends la route… Job doit arrêter; une de ses raquettes s’est cassée. Bob me rejoint. Il remarque que j’ai des engelures au visage. Avec ce vent mordant, c’est bien évident! Je dois mettre mes lunettes de ski pour me protéger les yeux; elles sont embuées! Je ne vois la piste des motoneiges que par la vision périphérique… Je commence à ne pas ça drôle…. Quelle heure peut-il être?? Je trouve que les motoneiges ne passent pas souvent… Je suis en baisse d’énergie… JE DOIS CONTINUER À MARCHER SINON JE VAIS GELER ICI!! Je marche péniblement d’un pas agonisant poussé par l’énergie du désespoir!! Si j’arrête, je gèle et je ne marche pas suffisamment vite pour me réchauffer! J’ai une couche de glace à l’intérieur de mon parka; c’est ma chaleur qui gèle à mesure que j’avance!! Même ma nourriture, que je garde sous mon parka, est gelée!! Je commence à avoir peur… Je prie les Anciens de me venir en aide, de me fournir l’énergie nécessaire pour m’en sortir. Et je pense à un épisode similaire vécu avec mon cousin Éric entre St-Augustin et Tabatière… Je suis à l’écoute… un son de motoneige, s.v.p., un son de motoneige!!…. Quelque temps passe avant d’entendre la motoneige de Willie qui s’approche! Un mirage? Non, c’est bien lui!! OH!! Que je suis content de le voir!!

Notre groupe de marcheurs inuits va très bien! J’apprends qu’Elijah, à qui j’ai prêté mon GPS avance d’un pas alerte… C’est un jeune homme dynamique de Kangiqsualujjuaq (Georges River) … de 30 ans mon cadet! L’énergie de la jeunesse! Ces marcheurs vont bien mériter un accueil chaleureux lors du retour chez eux!!

Willie me ramène au camp. Il me dit que j’étais presque arrivé; j’étais à quatre kilomètres de là, en fait.

La journée est dédiée premièrement à mes amis attikameks; cette expédition me ramène des souvenirs de vous tous. Aussi, je dédie cette journée à l’oncle de Richard qui a été enterré aujourd’hui. Nos pensées vont vers tout un chacun touché par ce décès.

8 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 4

Aujourd’hui, je me suis levé à 7 h. Après un déjeuner avec les marcheurs, nous avons rencontré onze autres marcheurs au poste de police de Pessamit à 8 h. Nous avons marché en direction du Camp de rassemblement des aînés situé à la jonction de la route 138 et du Chemin du Nouvel Aqueduc. Nous sommes arrivés à 9 h 30 au camp des aînés où nous attendaient 300 personnes et où 60 tentes étaient plantées, regroupées par communauté innue. Toutes les communautés innues du Québec et du Labrador étaient représentées. Nous avons pris le thé et entamé le dialogue. À 10 h, je me suis adressé aux aînés en leur parlant de la marche Innu Meshkenu qui prend ses racines dans l’apprentissage de leur science, de leurs connaissances. Nous avons par la suite échangé pendant deux heures sur la médecine traditionnelle. Je leur ai également présenté un projet de collaboration possible entre les universités et les communautés. Nous avons eu de très beaux témoignages et dialogues. À 13 h, il ne me reste plus que quinze minutes pour boire une gorgée d’eau et prendre une bouchée de pain. Rapidement, je dois me rendre à l’école Nushim où je rencontre 400 élèves divisés en cinq groupes différents au gymnase. Je vois l’intérêt et les flammes s’allumer dans leurs yeux. Plus de 120 futurs médecins lèvent la main quand je demande qui voudrait être médecin. À 15 h, nous marchons pendant 30 minutes dans les rues de Pessamit avec tous les jeunes. À 15 h 30, on me conduit sur le bord de la route 138 où j’ai marché seul en traversant le pont de la rivière Pessamit, berceau de mon enfance. C’est un moment important puisque cette rivière représente ma jeunesse. Je sens l’énergie et la force de la rivière qui me permettent de me ressourcer pour le restant de l’aventure. L’eau de la rivière coule dans mes veines et je serai toujours sienne. C’est toute la mémoire de ma jeunesse qui se retrouve dans cette rivière. Par la suite, je repars 3 kilomètres plus loin dans la courbe où aboutit l’entrée de la route de la Pointe-À-Michel. Là, je m’arrête et je me recueille. C’est l’endroit exact où mon grand frère (mon cousin) Robin Bacon est décédé lors d’un accident de voiture en 1984. Je prie pour qu’il m’accompagne et qu’il me donne sa force pour le restant du chemin. Je reprends par la suite la route et je marche 6 kilomètres de plus. Je m’arrête aux Islets Jérémie, site de la première mission des Innus en 1642. Là se trouve un vieux cimetière innu où sont enterrés mes ancêtres. Il est déjà 19 h. Je reviens à Pessamit pour passer la nuit. Demain, le départ se fera à 8 h 15 pour l’école secondaire Uaushkaikan où je ferai une grande marche avec tous les élèves de 10 h 45 à 11 h 15. Par la suite, à 11 h 45, je reviendrai sur la route aux Islets Jérémie pour marcher trente kilomètres jusqu’à Forestville.

9 Mars 2015 – Jour 10 – Les aurores boréales

Hier soir, suite à l’appel téléphonique à Ginette pour le rapport quotidien, nous avons discuté de notre situation. Les logisticiens sont exténués; les préparatifs qu’ils doivent faire avant nos départs matinaux sont exigeants. Ils doivent s’occuper du matériel, du bon fonctionnement des motoneiges, du montage et démontage du camp et de préparer la route à l’aide des motoneiges. Nous avons décidé d’un plan B; nous resterons donc sur place à 38 km à l’est du lac Romanet, pour laisser le temps aux logisticiens de retomber sur leurs pattes! Ceci leur permettra aussi d’ouvrir la piste vers ce lac pour demain, de faire du bois, car il fait EXTRÊMEMENT FROID ici… un froid décapant qui met tout, tout, tout à l’épreuve… le matériel… NOUS! Encore une fois, la motoneige de Marc-André n’a pas décollé ce matin.

Hier soir, nous avons mangé du lagopède communément appelé ‘perdrix blanche’. Les logisticiens les chassent; Edgar en a ramené 13 hier. Nous les avons mangés avec des patates et du riz. Après souper, étant donné nos réserves de bois presque à néant, il a fallu ramasser du bois; tous sont à la tâche. Il y a quelque chose de merveilleux! LA CUEILLETTE DE BOIS SOUS LES AURORES BORÉALES! Époustouflant!! Je crois que les esprits du parcours nous envoient leurs lumières! Les Naskapis, Richard et Beau reviennent vers minuit avec suffisamment de bois pour passer la nuit… il reste à le fendre, ce que nous faisons jusqu’à 1 h : 30 am. Nous nous couchons tous; la nuit est glaciale et il sera nécessaire de faire la garde près du poêle pour alimenter le feu et nous garder au chaud. Marc-André, Marjolaine Mackenzie et moi monterons la garde à tour de rôle. La nuit se passe bien malgré le grand froid, et tout le monde réussit à bien dormir.

Ce matin après déjeuner, les logisticiens se préparent à faire la piste jusqu’au lac Romanet. Trois marcheurs décident de marcher : Donna, son épouse Nancy et Lena couvriront une distance de 12 km. Pour ma part, je retourne à l’endroit où Willie m’a cueilli hier; je marcherai mes 4 km d’hier. La piste est dure comme du béton et le vent n’en finit pas de mordre le visage! Il vente sans arrêt ici!!!

À mon retour, je rencontre Daniel et Bob qui ont la corvée du bois et de l’eau. Je les aide à fendre du bois. Nos logisticiens reviennent; ils ont réussi à préparer la route pour demain. Tous sont à la tâche, tous participent. Les jeunes Inuits sont à ramasser du bois pour faire un gros feu de joie plus tard… les Naskapis sont en train de faire des beignes à la manière naskapie! Un Tim Horton naskapi en pleine taiga!

La marche commence à nous affecter physiquement, ce qui est normal durant des excursions de cette ampleur. Les blessures aux pieds et aux mains font tour à tour leurs apparitions. Bob et Richard ont des inflammations des tendons de la main et du doigt… J’ai des engelures et des ampoules à deux orteils… Je confirme la perte de deux ongles d’orteils… Chose courante durant ce genre d’expéditions. J’ai aussi attrapé le virus de tout le monde… la grippe se fait sentir; je devrai commencer les Advils. Mis à part les petits bobos, le moral de tous est en excellent état! On espère qu’il n’y ait pas trop de blessures.

Demain, nous devrons couvrir 38 km; mais, en enlevant les 12 km faits par Donna, Nancy et Léna, nous marcherions 26 km, en principe. Elijah lui, veut absolument marcher 38 km… Je pense l’accompagner.

Mes pensées d’aujourd’hui vont vers le peuple huron-wendat et à son école TS8TAÏE que j’ai visité il y a deux mois. SALUTATION À TOUS LES ENFANTS ET LES ENSEIGNANTS AINSI QU’À TOUS MES FRÈRES ET SOEURS WENDATS!

Aussi, un clin d’oeil aux jeunes de l’école juive JPPS-Bialik, des jeunes motivés, travaillants et pleins de rêves. J’ai vraiment apprécié cette visite!

9 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 5

Aujourd’hui, je me suis réveillé à 6 h 30. À 8 h, je me rendais soigner mon petit cousin Arthur Picard. Ensuite je me suis rendu à l’École Uaushkaikan et j’ai rencontré le directeur Jean Vollant et les élèves, divisés en deux groupes : secondaire 1 à 3 et secondaire et 4 et 5. Les conférences ont été intenses, allumées. C’est mon cœur qui a parlé. Mon message s’est voulu essentiellement un message d’espoir. Il est important de rêver et de marcher vers nos rêves en y apportant tout l’effort nécessaire. Le soleil se lèvera toujours et il faut garder espoir même dans les moments difficiles. Il est importance de se réaliser et de jamais ne se décourager. J’ai aussi glissé un mot sur la prévention de la toxicomanie. En effet, l’alcool et la drogue sont souvent juste une façon d’engourdir ses problèmes et ses difficultés. Pourtant, après, les problèmes sont toujours là et peut-être encore plus importants. J’ai aussi abordé les thèmes de la prévention du diabète, de l’importance de bouger, de faire du sport. À 10 h 45, nous avons effectué une marche de trente minutes de 2,5 km avec les élèves. Ce fut un moment de dialogue et d’échange très inspirant. À 11 h 30, je suis parti en direction des Islets Jérémie avec Christian Rock qui m’a reconduit en voiture. Un gros merci Christian! Là-bas, Guy Bacon, Éric Hervieux, Serge et Britannie Mistokosho ainsi que Jennika Fontaine nous attendaient. Juste le temps de ramasser un sandwich et le départ se fit à 11 h 50. Cinq minutes après le début de la marche, Gaétan Picard est venu se joindre au groupe. Les conditions de marche étaient idéales puisqu’il faisait chaud et beau et qu’une petite brise venait nous rafraîchir. Nous sommes arrêtés quelque cinq minutes à l’entrée du village de Colombie pour prier à l’endroit où mon grand-papa est décédé en 1982. Je me suis rappelé que c’est Gaétan Picard, mon colocataire de l’époque, qui me l’avait annoncé. Je me suis souvenu de tout le support qu’il m’avait apporté en encore aujourd’hui, il était à mes côtés. Ce fut un moment touchant et émouvant. Puis, les ampoules nous ont fait perdre quelques joueurs : de valeureux guerriers qui sont tombés au combat. M. Jean-Louis Bellefleur, de Natashquan, a ramené nos guerriers à Pessamit après nous avoir donné à boire et surtout, nous avoir beaucoup fait rire. Guy Bacon et moi sommes arrivés à Forestville à 18 h 15 après une marche totalisant 30 km. Bravo Guy, je n’aurais jamais pensé que tu aurais réussi. Gaétan Picard et Éric Hervieux ont aussi franchi le fil d’arrivée. Guy et Gaétan continueront avec nous pendant quelques jours. M. Marjorique Pinet nous a ramenés de Forestville à Pessamit. Un gros merci à Marjorique. Ce fut une superbe journée! Demain, le départ se fera de Forestville à 9 h et l’arrivée est prévue à la Baie-des- Bacons à 17 h. Au total, 35 km de marche sont prévus. Nous arrêterons au cimetière de St-Anne de Portneuf pour nous recueillir devant la tombe de mon frère, celui que je n’ai jamais connu de son vivant puisqu’il a été adopté.

Jour 5 – LE GRAND 4 Mars 2015 – DÉFI INNU MESHKENU! – Quelle éprouvante journée!!!

Mère Nature ne coopère pas! Il fait si froid… le vent souffle sans cesse! La température rend notre périple des plus ardus.

Encore aujourd’hui, une de nos motoneiges nous fait des misères… pas évident de réparer une motoneige en pleine forêt! Tout ceci a pour effet de déstabiliser le groupe de marcheurs.

Pour le moment, la motivation et l’excitation qui nous envahissaient tous il y a seulement quelques jours ont fait place à la morosité. Le groupe éprouve des lacunes évidentes; je me demande si certains avaient imaginé la complexité d’une telle excursion. Que ce soit à cause d’un manque probable d’entrainement et de préparation ou d’une incapacité momentanée à se concentrer sur le but pour la journée, la synergie de groupe en prend un coup. L’esprit d’équipe, la camaraderie, éléments cruciaux pour un tel défi, ne sont pas au rendez-vous… Et je dois dire que tout ceci m’attriste.

Et donc, pour moi aussi c’est difficile. La complicité, la coopération de tous, tout ce qui nourrit la synergie n’y sont pas et j’ai besoin de sentir ceci pour porter le groupe… J’ai froid… Je suis épuisé… Nous le sommes tous!

Qu’à cela ne tienne!! Demain, nous resterons ici… Une journée, pour vivre ensemble… pour se parler… pour s’ajuster… Nous en avons tous grand besoin… Une mise au point s’avère nécessaire.