#12 - DE EAGLE VILLAGE À AKWESASNE

DATE DU DÉPART : 19 SEPTEMBRE AU 9 OCTOBRE 2014

LIEU DE DÉPART : EAGLE VILLAGE

LIEU D'ARRIVÉ : AKWESASNE

DISTANCE: 490 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 4543 KM

RÉSUMÉ DE LA MARCHE

Automne 2014 – De Eagle Village à Akwesasne en rabaskas sur la rivière des Outaouais. Un périple exclusif et une magnifique expérience! De belles rencontres en territoires anishnabe et mohawk en passant par Ottawa.

Lire le journal de cette étape

19 Septembre 2014 – Jour 1 – Nouveau départ!

Voilà… Un nouveau départ! De Montréal… escale à Toronto; j’arrive à North Bay à minuit….. et il me manque mon bagage principal et mon bâton de marche! La ronde des documents à remplir pour récupérer mes trucs, la difficulté à trouver un taxi font que j’arrive à l’hôtel à 1 h du matin. La nuit sera donc courte, car je dois me lever à 6 h!

Au petit matin, Jonathan Bond de Wolf Lake vient me chercher avec une voiture comme je n’en avais pas vu depuis des années! Elle date de 1987! Nous arrivons à Témiscaming; la brume qui plane sur la rivière des Outaouais avec en arrière-plan l’usine de papier, donne au paysage une allure irréelle quasi fantomatique!

Au bureau de Wolf Lake, je rencontre le Chef St-Denis de la bande de Wolf Lake avec qui j’ai une conversation intéressante sur l’histoire et les revendications territoriales en cours. Wolf Lake est une communauté sans réserve, avec un statut sans terre. Le Chef St-Denis parle comme un sage. Nous rejoignons ensuite les canoteurs à Eagle Village. Là, c’est avec plaisir que je retrouve Gaétane Petiquay, Diane Moreau, Rachelle Langevin et Antony Bras-Coupé qui m’ont accompagné l’an passé. Je rencontre aussi les nouveaux : Maureen, Chantale, Roger qui se joignent à nous.

Nous amorçons la marche d’aujourd’hui… en tout, une vingtaine de marcheurs. Je suis accompagné de Mitchel, coordinateur de santé physique à Eagle Village. Nous accompagne aussi une équipe de tournage de Radio-Canada qui est à filmer un reportage sur moi qui s’intitulera « De Compostelle à Kuujjuaq : sur le chemin de mes rêves » et est réalisé par Simon C. Vaillancourt; sera diffusé en 2 parties à l’automne prochain.

Nous marchons les 15 km qui nous séparent de Eagle Village à Témiscaming; là, je rencontre les jeunes des écoles primaires (5 et 6e année) et les jeunes du secondaire. Ils sont réceptifs et fort agréables. J’aime beaucoup ces rencontres. Une seule chose : j’ai dû faire cette rencontre sans mon bâton qui se trouve à l’aéroport.

Nous allons ensuite sur le bord de la rivière où les rabaskas seront mis à l’eau demain. Nous avons 4 grands rabaskas et il nous reste 3 places à bord :

AVIS AUX INTÉRESSÉS : 3 PLACES POUR 3 JEUNES AUTOCHTONES AYANT LE GOÛT DE L’AVENTURE! JOIGNEZ-VOUS À NOUS!

Je donne une entrevue pour TVA, une autre à Radio-Canada Abitibi-Témiscamingue et une dernière par téléphone à Radio-Canada de Toronto.

Nous sommes ensuite invités pour souper par les gens d’Eagle Village où l’un des conseillers nous souhaite la bienvenue. On m’invite aussi à parler de mon projet.

Nous passerons tous la nuit à la pourvoirie La Lucarne, une pourvoirie appartenant à la communauté de Wolf Lake. Nous en profiterons pour faire plus ample connaissance avec les nouveaux marcheurs. L’importance de tisser des liens est primordiale pour la descente de la rivière des Outaouais en rabaska. Nous devons former des équipes serrées car nous ramons tous les uns pour les autres. En tout, 4 rabaskas et 2 chaloupes, l’une pour l’équipe de tournage de Radio-Canada et l’autre pour Jean-Charles et l’équipement, descendront la rivière demain. Une manière fabuleuse de voir le paysage d’une autre façon. Nous descendrons la rivière ponctuée d’une grande histoire comme l’ont fait nos ancêtres!

Je dédie ma journée au peuple anishnabe ainsi qu’à Marlene qui subira une opération bientôt.

20 Septembre 2014 – Jour 2 – Les rabaskas!

Avant de vous raconter notre journée, je dois vous dire qu’il y a une dizaine de jours, j’ai dû subir une opération pour une appendicite; ce qui rajoute à mon défi. Cela dit, je remercie le Dr. Kim Vo qui, grâce à son expertise, son talent et sa gentillesse, m’a remis sur pied. Pour cette raison, je ne suis pas au meilleur de ma forme pour entreprendre mon périple, mais j’y tiens de tout mon être!

Hier soir, après avoir préparé notre matériel pour ce matin et avant de rejoindre nos quartiers de nuit, nous avons pris le temps de faire connaissance et de recevoir les consignes du lendemain. Tout ce qui restait à faire ce matin était de déjeuner et de prendre la route vers l’Algonquin Canoe Club sur les rives de la Rivière des Outaouais. Nous sommes environ à une vingtaine de minutes de là. Les odeurs d’acide sulfurique de la papeterie Tembec me ramènent en 2007 quand je courais sur les bords du volcan Roturua, en Nouvelle-Zélande. Cet épisode de ma vie est la genèse du projet Innu Meshkenu.

Nous mettons les rabaskas à l’eau, malgré la pluie battante qui sera des nôtres une bonne partie de la journée. Nous sommes tous excités par cette aventure. Nous prenons place dans nos rabaskas; 7 et 8 rameurs par bateau. Marc-André Galbrand, notre logisticien, nous suit en chaloupe avec le matériel.  L’équipe de Radio-Canada a sa propre embarcation avec leur guide, Jonathan Bond. Nos barreurs sont Martin Caya de la compagnie Expéditions Rabaska Sorel qui nous a loué les embarcations et Jean-Charles Fortin, notre coordinateur.

Il pleut si intensément que nous devons vider nos canots qui se remplissent à vu d’œil! IL fait froid et un vent de 20-25 km/h souffle contre nous. Malgré tout, tous sont de très bonne humeur et profitent du paysage. Nous avançons tout de même au rythme de 6-7 kilomètres/heure. Il va sans dire que les efforts sollicités pour cette descente en rabaska sont bien différents que pour la marche; comme si l’on échangeait les ampoules aux pieds pour des ampoules aux mains!

Vers 14 h 30, nous arrivons à Jock River Falls, où nous passerons la nuit. Nous avons fait les 30 km prévus pour aujourd’hui. Il ne pleut plus; nous en profitons pour nous sécher et pour manger une bonne soupe chaude. Pour souper, nous aurons un ragout de viande et de légumes fait par Marc-André et Diane.

Nous en profitons pour faire notre cercle de partage. Nous passerons la nuit dans un campement et 4 tentes sont aussi montées pour accommoder tout le monde.

Je me porte bien et je suis content de mon état malgré tout. Descendre cette rivière riche de culture et d’histoire me ramène à mon enfance, avec mes grands-parents à Pessamit.

Je dédie ma journée au peuple mohawk vers qui l’on se dirige et que nous avons hâte de rencontrer.

21 Septembre 2014 – Jour 3 – Le barrage Otto Holden

Après le souper hier soir, nous avons passé un petit bout de soirée à partager et à écouter des mélodies du ukulélé d’un de nos marcheurs. La nuit sera bonne; nous sommes tous fatigués et nous nous souhaitons bonne nuit. Plusieurs couchent dans le chalet, mais quelques-uns ont choisi la nuit sous la tente. D’ailleurs, j’aimerais remercier les propriétaires du Jocko Hunt Club pour leur générosité à notre égard.

Nous nous endormons tous au son de l’orage qui s’abat sur le toit. Nous sommes au sec et au chaud… avec de petits mulots! D’ailleurs, Diane a de la visite dans son sac de couchage. Nous avons bien ri! Il pleut très fort toute la nuit.

Au matin, après les préparatifs et le déjeuner, nous formons le cercle du partage. Ce cercle, qui a été mis en place durant la marche -Wemotaci. Un grand besoin de rassembler les marcheurs, d’instaurer un sentiment fraternel dans l’épreuve de la marche a fait que nous avons décidé de nous rassembler autour des aînés présents. William Awashish était celui qui était présent.

Nous rejoignons nos embarcations et commençons à pagayer nos 38 km de la journée. La pluie est de la partie…. de plus en plus! Il pleut tellement que nous sommes tous très vite trempés. Après 32 km, nous arrivons au barrage Otto Holden; nous sommes transis et plusieurs d’entre nous montrent des signes d’hypothermie… grelottements et lèvres bleues. Ian Denick, le garde de sécurité de la centrale nous a invités à rentrer nous réchauffer à l’intérieur. Après avoir validé notre présence à l’intérieur auprès de son supérieur, Gilles Barrière, d’Ontario Power Generation, on nous offre des breuvages chauds. Un grand merci à Ian Denick ainsi qu’à son superviseur Gilles pour leur grande générosité.

Nous reprenons la route une heure après, résignés à ramer encore une heure et plus vers le centre communautaire de Mattawa. Tout le monde rame… rame sans broncher, bien décidé à se rendre à destination. Il est à noter que nos muscles des bras, des épaules, du cou et du dos nous crient leur existence!

Une surprise m’attend à destination : Roger Cantin et Brigitte Fournier de Sept-Îles qui viennent s’ajouter à nos marcheurs. Merveilleux!! Aujourd’hui 40 km sous des conditions pitoyables! Heureusement, Jean-Charles a réussi à contacter le maire chez lui et à faire ouvrir les portes de l’aréna pour que nous puissions y passer la nuit… Douches et chaleur pour la nuit! MERCI! C’est tellement apprécié! Merci au maire et aux gens de Mattawa!

Après un bon souper concocté par Marc-André, nous disons au revoir à Brigitte, Adèle et Stéphanie, nos Ottawa River Keepers, qui doivent nous quitter. Merci d’avoir été parmi nous! Quel plaisir de vous avoir rencontrées! Demain, nous couvrons les 35 km qui nous séparent de Deux-Rivières.

Nous dormirons au sec et très tôt!

Ma pensée va aujourd’hui à mes frères atikamekws, William, Cécile…. tous les marcheurs. Je pense à vous tous!

 

22 Septembre 2014 – Jour 4 – Une belle journée sur la rivière

Jour 4 - Une belle journée sur la rivière

Après une bonne nuit à l’aréna de Mattawa, nous nous sommes tous levés au son de Florent Vollant et Kashtin et avons commencé à nous préparer pour le départ. Je me suis rendu au Tim Horton avec de Roger Cantin, pour ramener du bon café et des douceurs à tout le groupe pour accompagner le déjeuner copieux au « Chez Galbrand » (notre chef cuisinier est en fait notre logisticien)! Des œufs brouillés au jambon et toasts sont au menu. Au grand air, les déjeuners sont encore meilleurs! Je remercie les gens de Mattawa pour nous avoir permis de passer la nuit au sec.

Nous rejoignons nos rabaskas où nous les avions laissés la veille, à un endroit que l’on appelle la pointe des explorateurs. Là, sous les caméras de l’équipe de Radio-Canada, nous formons notre cercle de partage. Cet endroit est important, car les voyageurs arrivaient de Montréal et s’engageaient vers la Baie Georgienne et les Grands Lacs. D’ailleurs, le nom « Mattawa » signifie « la rencontre des eaux » en ojibwé. Aussi, c’est un endroit de rencontre où les Premières Nations échangeaient des biens.

Après les prières, j’ai accueilli nos nouveaux pagayeurs, Brigitte, Rachelle et Roger puis nous prenons notre départ. Tantôt le soleil brille, tantôt une pluie fine tombe. Nous avons un vent de dos; de temps en temps, les pointes de vent nous poussent à 10 km/h, mais notre vitesse de croisière est de 7.5 km/h. Nous prenons le temps de faire quelques arrêts santé… C’est une belle journée de canotage, tout le monde se sent bien. On surfe sur les vagues… les canots côte à côte, au même diapason! C’est beau! Nous devenons des rameurs aguerris, musclés et en grande forme.

Nous arrivons à Deux-Rivières, au Antler’ s Lodge où nous montons nos tentes. La « Popotte à Galbrand » s’installe aussi. Nous aurons droit à un souper savoureux : une soupe thaïe commanditée par nos amis de Radio-Canada, des hamburgers et poivrons cuits! Nous mangeons au soleil, tous ensembles.

Je dédie cette journée aux autochtones d’Ottawa…. tous, de toutes origines ainsi que toute la communauté non autochtone que j’invite chaleureusement à venir nous rencontrer le 4 octobre à Ottawa, pour venir célébrer l’amitié avec Innu Meshkenu et rêver pour un meilleur futur pour nos enfants….. Et parlant d’enfants, je pense à vous, Xavier, Zoé et Sophie; j’aimerais tant avoir la chance de faire une expédition canot-camping avec vous!

23 Septembre 2014 – Jour 5 – La générosité de Mère Nature

Jour 5 - La générosité de Mère Nature

J’ai couché sous la tente. L’air frais fait bien dormir et j’étais bien reposé au matin. Jonathan lui a couché sous un des canots pour la deuxième nuit! Ancien 22, il n’a pas peur de la misère et de la vie à la dure!

Tous réveillés à la musique d’« Over the Rainbow » joué au Ukulele, nous nous préparons pour notre journée de canotage. Certains d’entre nous s’offrent un déjeuner costaud : les hamburgers et piments rôtis de la veille! Un plein de protéine parfait pour les efforts que nous aurons à fournir.

Nous partons donc pour une journée de 48 km. Mère Nature a fait erreur quant au temps prévu : nuageux et pluvieux. Le lac est comme une étendue d’huile! Nos canots « égratignent » sa surface miroitante tellement claire qu’on a peine à différencier les montagnes de leurs reflets dans l’eau! Mon canot transporte trois peuples : un Innu, un Attikamek et un Anishnabe!   Nous nous rappelons notre histoire et notre passé; nos peuples ensemble se rendaient à la guerre contre les Mohawks….. Aujourd’hui, nous nous rendons ensemble pour rencontrer nos frères dans la paix et partager TOUS ENSEMBLE! Je parle avec Cody de culture autochtone, de ce qui nous ressemble et nous rassemble. Je lui dis que cette rivière des Outaouais me rappelle celle de mon enfance, la Pessamit, celle sur laquelle je pagayais si fort pour plaire à mon grand-père! Je m’y vois presque… il ne manque que Moumousse, mon petit chien!

Et nous pagayons et nous pagayons…. nous synchronisant pour partager l’effort et ainsi, faciliter l’endurance de chacun des membres de l’équipe, car le canot est lié à un effort commun. Comme dirait Guy Bacon : « À cœur vaillant rien n’est impossible! »

Nous nous arrêtons pour le lunch sur une ile… une odeur aromatique presque envoûtante flotte dans l’air. Ça sent si bon! Il s’agit de la comptonie voyageuse, une fougère odorante que l’on retrouve dans les sous-bois par ici. Jonathan m’explique que l’on en met dans les sacs de couchage, dans les vêtements. La nature nous fournit toutes sortes belles surprises! En plus de la végétation magnifique, les animaux ne manquent pas….. L’aigle à tête blanche nous a survolés à quelques occasions!

L’équipe de Radio-Canada est toujours avec nous filmant nos déplacements, nos journées. On est même parfois filmés par un drone!! D’ailleurs, une entrevue doit être faite dès notre arrivée à la destination d’aujourd’hui.

Après une randonnée en canot de 48 km, nous arrivons enfin à la Chute des Joachims. On ouvrira pour nous le Nanabush Café qui est fermé pour la saison; il s’agit d’un établissement qui appartient à la communauté de Wolf Lake. Toutefois, le chef Jean-Charles nous concocte un souper de saucisses sur le feu, de riz et de légumes… Un délice!

Aujourd’hui, ma journée est offerte à mes ancêtres innus : à mes parents, mes grands-parents. Aussi, j’ai une pensée toute spéciale pour Mme. Hervieux, la mère de mon cousin Éric. Je vous souhaite tout le courage possible pour combattre la maladie!

24 Septembre 2014 – Jour 6 – Le signe de l’aigle

Jour 6 - Le signe de l'aigle

Durant la nuit au Nanabush Café, je me suis levé; une lumière entre par la fenêtre et ça m’empêche de dormir. Je dois absolument trouver quelque chose pour boucher la fenêtre. Je résous mon problème avec deux sacs verts que je colle dans la fenêtre! La créativité et la débrouillardise sont de mise partout… surtout en expédition! Je me rendors presque aussitôt jusqu’au matin, moment où le Nanabush Café se transforme en « Chez Galbrand déjeuner»! Nous sommes dès lors réveillés par le Chef lui-même!! Allez!! On se lève et on fait place au Chef!!!

Pendant que l’on prépare le déjeuner, je fais une entrevue avec CKAU, la radio innue de Sept-Îles, avec l’animateur Alfred Mackenzie. On me fait signe de regarder par la fenêtre; juste devant nous, à quelques mètres du sol, un aigle survole et déploie ses ailes devant nous. Il reste même sur place quelques minutes…. et reprend la route! On dirait qu’il est venu nous saluer….. Comme un présage!

Notre équipement prêt, nous mettons les canots à l’eau… sous les caméras de l’équipe de Radio-Canada qui filment nos gestes. C’est brumeux… mystiquement mystérieux, le matin est beau! De 35 à 38 kilomètres sont à couvrir aujourd’hui. En pagayant, nous arrivons à la hauteur de la centrale nucléaire de Chalk River. Cette centrale en est une d’importance dans le domaine de la médecine. On y trouve les laboratoires où sont fabriqués les isotopes nécessaires aux équipements en médecine nucléaire du pays, des États-Unis et même d’Europe. C’est la centrale qui a fermé durant un an et qui a causé une pénurie d’isotopes partout dans le monde.

Nous faisons un arrêt à la marina de Deep River, où nous faisons des entrevues avec l’équipe de tournage. Nous y prenons notre dîner au beau soleil! Nous repartons en direction du Rocher de l’oiseau, le premier endroit au Québec de cette expédition où nous passons la nuit. Il nous reste un bon deux heures de canotage pour y être.

Une fois arrivés là, nous montons les tentes; il y a aussi une maison où nous pouvons passer la nuit. Les cuisines Galbrand sont déjà à l’œuvre et nous offrent des entrées de nachos. Le souper a aussi lieux sur la plage; on nous sert des fajitas. La soirée est belle… Le cercle de partage a lieu sur la plage, autour du feu. Et nous nous retirons pour la nuit.

25 Septembre 2014 – Jour 7 – Le Rocher de l’oiseau

Jour 7 - Le Rocher de l'oiseau

Laissez-moi vous dire quelques mots sur l’endroit où nous avons passé la nuit, le Rocher de l’oiseau. C’est un lieu sacré pour les Anishnabes et Autochtones en général. Le lieu est situé en face à la base militaire de Petawawa. Découvert par les jésuites, ce rocher était tapissé de peintures rupestres, des dessins anciens représentant des scènes de la vie quotidienne de l’époque, de scènes de chasse et de pêche. Nos ancêtres visitèrent ce site à maintes occasions lors des déménagements vers l’Ouest. Malheureusement au fil des années, plusieurs irrespectueux ont recouvert ces œuvres de graffiti. Sur le site, il y a une maison qui peut être louée aux intéressés. Nous avons passé la nuit dans cette maison. Une belle plage est aussi sur ce site et nous en avons profité! Nous nous sommes baignés la veille, avons soupé et déjeuné sur la plage.

Nous avons quitté le Rocher de l’oiseau vers 9 h. Le point de vue sur la rivière nous démontre bien que les graffitis couvrent presque entièrement les peintures rupestres. Malgré notre déception, nous reconnaissons l’importance de cet endroit pour les Anishnabes, mais aussi de leurs ancêtres qui en fait, sont aussi les ancêtres de tous les Autochtones.

Nous longeons le village de Petawawa. Le soleil brille…. et nous nous faisons prendre au piège. L’eau reflète et les coups de soleil sont nombreux. Nous nous arrêtons à la plage de Petawawa pour une vingtaine de minutes. Je m’amuse à jouer avec les mouettes; je leur lance de la nourriture pour voir lequel de ces oiseaux est le meneur du groupe! J’analyse le comportement!

Nous repartons… La température est fantastique! Nous arrivons à Pembroke, plus exactement sur la plage municipale. L’équipe de Radio-Canada et le chef Galbrand nous y attend avec…. du fudge glacé! Une pensée qui est fort appréciée par nous, pagayeurs écrasés par la chaleur! Nous installons nos tentes et nous préparons pour un bon souper de pâtes aux légumes. Le maire de Pembroke, Ed Jacyno, un homme sympathique, nous souhaite la bienvenue et s’assure que nous avons tout ce dont nous avons besoin. Il s’organise pour que l’on ait accès à des douches.

Un coucher de soleil époustouflant prend place. Après ma douche, je pars à la recherche d’un Tim Horton….. J’y achète de l’eau! Je suis assoiffé… Mon état de réhydratation est la source de plusieurs maux : Mal de tête, crampes à l’abdomen… Je recharge aussi mon Ipad, car je dois répondre à mes courriels.

… Je reviens à ma tente… prêt pour la nuit.

26 Septembre 2014 – Jour 8 – Laver notre linge sale en famille!

Il y a pire que les coqs pour se faire réveiller le matin; il y a les volées d’outarde caquetant de toutes leurs forces vers le Sud! Leur cri est non seulement très fort, mais aussi constant et sans fin! Devant leur insistance, nous nous levons, et déjeunons de crêpes avant de préparer notre journée.

Nous avons trouvé, ici à Pembroke, le « Soapy Joe Luxury Laundromat and Dog Wash », une aire de laverie pour les vêtements….. et pour les chiens! Nous prenons donc un peu de temps pour laver notre linge sale en famille! Avec la chaleur des derniers jours, ce ne saurait être un luxe!    Quelques-uns décident de faire quelques courses, d’autres vont au Tim Horton pour un bon café alors que moi, je me rends à l’école Équinox, une école francophone alternative primaire et secondaire. Nous prenons un temps de repos, car demain sera une bonne journée.

Plus tard en après-midi, je suis kidnappé par l’équipe de tournage pour une durée de deux heures. On souhaite trouver un champ pour faire quelques entrevues, question de n’avoir que le son de la nature, sans bruit urbain. Nous en trouvons un grand et nous mettons au travail. Quelques minutes après s’être installés et avoir commencé l’entrevue, un fermier décide de démarrer son tracteur….. Il nous faut tout ramasser et recommencer ailleurs!

Nous arrivons au camp à la nuit tombante; le chef Galbrand est à l’œuvre! Au menu ce soir : brochettes de bœuf et salade de macaroni. Je suis agréablement surpris de notre cuisinier; il y a très peu de perte de nourriture. S’il y a des restes, ils font soit partie du prochain repas ou sont intégrés à une autre recette!

Plus tard, plusieurs d’entre nous se couchent tôt. Je me rends au Tim Horton pour recharger mon iPhone qui est à sec! Je reviens vers les 10 h : 30. Nos tentes étant montées sur la plage qui est en ville, les bruits ambiants ne sont pas les mêmes qu’en forêt. J’ai donc de la difficulté à rester endormi; un chauffard, trop près de notre campement, s’amuse à faire gronder le moteur de son camion… Des campeurs plus loin fêtent un peu fort. Les bruits d’animaux sont parfois dérangeants… mais les bruits d’humain le sont plus, car on ne sait jamais si leurs intentions sont bonnes ou mauvaises.

Jour 9 – 27 Septembre 2014 – Le champ de rêve (ou « on arrive au lac, PU D’LAC! »)

Jour 9 - Le champ de rêve (ou « on arrive au lac, PU D’LAC! »)

Ce matin, nous sommes réveillés par « Les canons de Pachelbel ». Le lever du soleil est radieux; la journée s’annonce magnifique! Mon déjeuner devra être léger; depuis quelques jours, j’ai des maux de ventre probablement en lien avec mon opération. Je dois faire attention à ma nourriture… donc : Raisin Brand, fruits et yogourt s’avèrent un choix judicieux dans mon cas. J’ai envie d’un bon café de chez Tim… J’en ai marre du café instantané!

Nous ramassons notre équipement et faisons notre cercle de partage durant lequel nous souhaitons la bienvenue à Denis, le conjoint de Chantale, qui se joint à nous pour les prochains jours. Et nous partons pour notre périple de 26.5 km de marche vers lac Doré. Nous longeons la plage et allons vers le centre-ville…. passons devant le Tim Horton (où j’aurais bien fait un arrêt!). La chaleur nous gagne; le soleil brille fort et nous commençons à enlever le surplus de vêtements nécessaires dans la fraicheur du matin. On nous recommande de boire au moins 1.5 litre d’eau et de nous arrêter de temps à autre dans des endroits ombragés. J’arrête m’acheter de la lotion solaire. Le long de la route, des gens nous questionnent pour savoir le pourquoi de notre périple. Nous leur répondons que nous marchons non seulement pour la jeunesse autochtone, mais aussi pour la jeunesse de la population en général; notre message en est un d’espoir et de persévérance.

Je marche avec Brigitte et Chantale. Nous nous arrêtons au quinzième kilomètre pour manger un peu. Je me contente d’un « mélange des randonneurs », un mélange de fruits séchés et de noix. Il fait très chaud… Ayant déjà souffert d’un coup de chaleur, je suis plus fragile aux récidives. Je dois donc prendre des dispositions pour éviter de surchauffer. Sébastien me donne un « ice bucket challenge », ce qui me rafraichit d’un coup et me permet de marcher au frais durant quelques kilomètres. Jean-Charles s’assure que nos gourdes d’eau sont toujours pleines et que personne ne manque de rien.

Je marche en discutant de course avec Maureen… et sommes soudainement dépassés par Cody qui passe à la course comme une flèche! C’est un sportif, notre Cody! Un jeune homme 24 ans qui surprend par sa belle maturité… un bel exemple de jeunesse!

La marche est difficile; il faut dire que cette expédition s’est déroulée en grande partie en rabaska sur la rivière. Donc, nous sommes beaucoup moins préparés à la marche cette fois-ci. Il n’est donc pas surprenant de constater les blessures aux pieds, les ampoules que nous avons. De plus, nous marchons 2 km de plus que prévu à l’horaire; nous nous sommes trompés de chemin! Nous avons hâte d’arriver au lac pour nous baigner… Il fait si chaud!

Nous arrivons enfin sur le terrain de baseball face au lac Doré où nous installerons le campement pour la nuit. Jean-Charles et Marc-André nous attendent avec des popsicles! Superbe idée!!….. Le lac Doré…..? « On arrive au lac… PU D’LAC! » Les pluies diluviales des derniers jours, les semences et les résidus de toutes sortes flottent et rendent non conforme à la baignade… Quelle déception! Les voisins du terrain de baseball nous laissent utiliser leur boyau d’arrosage pour nous rafraichir. On s’arrose les uns les autres, j’en profite pour me savonner comme plusieurs le font! Pendant que je donne une entrevue pour un journal local, le chef Galbrand est à ses chaudrons; nous souperons de hot dog européens, de trempette de légumes et de nachos et salsa.

Le terrain de baseball, parsemé de tentes, donne l’allure d’un champ de rêves! Une vision irréelle! Ma tente est installée derrière le troisième but. Ce soir, Simon de l’équipe de Radio-Canada nous offre une soirée cinéma; nous aurons la chance de visionner quelques documentaires qu’il a produits. Aussi, plusieurs d’entre nous doivent soigner leurs pieds; les ampoules sont nombreuses DUES au manque d’entrainement et d’habitude. C’est douloureux! Mais la douleur acceptée est plus facile à oublier…et c’est certainement cette idéologie qu’adoptaient nos ancêtres; ils n’auraient pu survivre autrement!

Un des plus magnifiques couchers de soleil que je n’ai jamais vu bénit notre journée!….Et je dédie cette journée à mes frères Cris avec qui nous serons à l’hiver 2016.

28 Septembre 2014 – Jour 10 – Cérémonies et grand départ

Couché vers 22 h 30, je m’étais très vite endormi, mais à 1 heure du matin, j’ai été réveillé par un sifflement strident. Je croyais que ce bruit agaçant venait d’un de mes confrères, que c’était un ronflement particulier. C’était le bruit d’un cricket qui était dans la tente! J’ai fini par me rendormir malgré l’intrus toujours dans la tente.

Johnny Cash était notre réveille-matin! La journée s’annonce encore belle et chaude. Après les tâches habituelles et le déjeuner, nous recevons des gens de Pikwakanagan venus marcher avec nous. Nous faisons le cercle de partage avec les nouveaux arrivants.

Je marche aujourd’hui avec le Chef Whiteduck et un de ses conseillers; nous parlons d’enjeux territoriaux, linguistiques et culturels. Je mentionne que j’étais venu à Pikwakanagan lors de mon passage à l’hôpital d’Ottawa; je mentionne aussi le travail que j’avais effectué avec Maureen Kaufeld et Peggy Dick pour instaurer une entente entre l’hôpital universitaire et la communauté de Pikwakanagan. Il m’annonce que l’une de leurs citoyennes, que j’avais rencontrée lors d’une de mes visites, est maintenant médecin à Sudbury. Cette nouvelle me fait un énorme plaisir… je récolte un rêve!

L’équipe de CBC me demande de faire une petite mise en situation pour le documentaire. On a trouvé un endroit qui ressemble à l’Espagne et je dois faire comme si j’étais sur le chemin de Compostèle.

Je rejoins quelques marcheurs au Café Kukumiss et nous reprenons la route vers de l’Île aux allumettes où est monté notre campement. Les moustiques sont omniprésents et très voraces! Nous nous rendons ensuite au centre communautaire; j’y rencontre l’ainé, Skip Ross et son porteur de pipe. Nous assistons à une cérémonie de smudging (purification à la sauge), du sac à parole et de la plume d’aigle animé par M. Ross. Nous faisons tous une prière qui sera dirigée vers le grand esprit par la pincée de tabac jeté au feu; la fumée transportera notre prière vers le Très-Haut aidé de la plume d’aigle.

Sébastien nous annonce qu’il nous quitte ce soir. Le travail l’appelle et la vie doit reprendre son cours. Il repartira avec Adèle et Stéphanie qui sont venues pour assister à la cérémonie et nous apporter des cupcakes.

Je dois mentionner que nous avons souligné l’anniversaire de Cody; nous partageons gâteau et cupcakes avec lui pour l’occasion avant de tous prendre le chemin de nos tentes.

Cette journée est pour les Micmacs; nous serons de retour chez vous dans 2 ans.

Sébastien, tu seras dans nos souvenirs à chaque coup de pagaie!

29 Septembre 2014 – Jour 11 – Le retour de la pagaie

Jour 11 - Le retour de la pagaie

Pour des raisons nébuleuses, j’ai mal dormi… et je ne suis pas le seul. Plusieurs d’entre nous ont fait des rêves qui n’en finissent plus…. qui recommencent sans arrêt, des rêves « jour de la marmotte »! Comme si une mauvaise énergie s’appropriait notre nuit. Au matin, c’était comme si l’on avait travaillé toute la nuit. Dès le lever, je me rends « Chez Galbrand » pour déjeuner… J’enfile deux cupcakes, un jus d’orange et un café… L’indulgence pour soi-même va de pair après une si dure nuit.

Les canots sont chargés au son du violon d’Antony. Nous faisons le cercle sur la plage. Sur la rivière devant le campement, il y a un petit rapide. C’est nuageux, mais il ne pleut pas. Nous devons couvrir 31 à 35 km, tout dépendant s’il vente. Si tel est le cas, nous devrons longer les baies, question d’éviter de trop grosses vagues. La journée s’annonce difficile; les pagayeurs sont fatigués; la marche du weekend a épuisé tout le monde. Nous avons tous mal aux jambes et se motiver d’autant plus difficile. Le fait que l’on doit refaire les équipes, que certains canots sont plus profilés que d’autres, rend le pagayage ardu. J’ai dû pagayer au bout de mes forces!

Les paysages sont magnifiques; il y a des « eaux vives » le long de la rivière…. les arbres sont colorés et flamboyants; et tout n’est que beauté. C’est étonnant comme le changement géographique et météorologique est remarquable depuis notre départ de Témiscamingue! Nous passons d’un paysage montagneux et résineux à un paysage plat et feuillu! La vue est différente de jour en jour!

Nous arrivons à destination après 32 km! Nous débarquons à l’Esprit White Waters, un centre de canotage! Un endroit fantastique pour passer du bon temps entre amis, faire du canotage et du kayak! Tout est très bien organisé : terrasse avec BBQ, foyer et bar extérieur, hébergement ou camping… il y a même un hôtel de jeunesse! L’endroit appartient à M. Coffey, qui détient un record mondial de saut d’une chute en kayak.   Je me promets bien de revenir ici bientôt.

Nous préparons notre campement pour la nuit. D’ailleurs, nous sommes devenus experts en la matière! Le tout est prêt pour la nuit en 10 minutes! Grand bonheur : il y a des douches et des machines à laver le linge!! Nous dormirons tous propres ce soir!

Soupe aux légumes et spaghettis végé sont au menu! Nous cuisinons et mangeons dehors. Après le repas, Jean-Charles nous donne un aperçu des prochains jours.

Vendredi le 3 octobre, nous pagayerons de Quyon à Britania Park à Nepean. À cette occasion, il y aurait de la place pour 3 ou 4 personnes désirant venir pagayer avec nous. La bonne forme et l’endurance sont des exigences, il va sans dire! Il y a aussi de la place pour environ 10 pagayeurs, le DIMANCHE 5 de Victoria Island à Rockland. Prenez note qu’il vous faudra prévoir votre retour à la maison par la suite.

Samedi le 4, nous marchons vers Ottawa. Les gens qui veulent venir se joindre à nous, n’hésitez pas à le faire! Il nous ferait plaisir de vous rencontrer!

Notre journée est offerte à mes frères et sœurs malécites. Je pense à vous.

1 Octobre 2014 – Jour 13 – Cacophonie nocturne et grandes réflexions

Je dormais depuis 21 h 30; vers minuit, j’ai dû me lever…. appel de la nature. Je sortis donc faire ce que j’avais à faire et me remis au lit. J’étais presque endormi lorsqu’un hélicoptère en basse altitude passa au-dessus de nos tentes en faisant un bruit effroyable!! Nul besoin de vous dire dans quel l’état de frayeur et de malaise je me suis réveillé! …. Je me réinstalle donc…. mais les outardes tout près dans le champ avaient été elles aussi dérangées et… étaient très dérangeantes à leur tour! Après quelques minutes de brouhaha, tout se tranquillise pour un court temps; trois ou quatre hiboux hululent à qui mieux mieux!! Décidément, la nuit sera courte!

Nous nous levons vers 7 h sur la musique de Florent Vollant. Déjeuner…. ramasser….. Et cercle de partage bon et court et nous sommes prêts pour la marche d’aujourd’hui, un 25 km. Tous prennent la route. Je pars un peu plus tard; j’ai des choses à régler. Je fais un arrêt dans un Ultramar en réparation et je parle avec le propriétaire, un Chinois qui est très intéressé par mon récit. Je lui mentionne que j’irai chez les Inuits plus tard dans l’année. Il me demande si les Inuits sont proches des Asiatiques. Je lui dis que oui que les Inuits sont une migration tardive; les Inuits ont traversé ici par le détroit de Béring il y a 2000 ans. Nous discutons de l’histoire des Premières Nations. Avant de repartir, il m’offre 3 bouteilles de thé glacé en me souhaitant bonne chance.

Je marche seul…. le temps est superbe….. et je réfléchis… Je pense au phénomène des femmes autochtones disparues ou assassinées. Ce n’est en fait que la pointe de l’iceberg; oui, on devrait faire une commission qui cherchera à la base du phénomène pour découvrir l’importance de valoriser l’éducation, la sécurisation et l’identité culturelle de nos communautés dans le but d’équiper nos jeunes et leur donner le goût de rester le plus longtemps possible parmi les leurs. La misère et la violence poussent ces jeunes filles à chercher le bonheur ailleurs, pour différentes raisons… manque de travail, pas d’éducation, violence dans la famille et la communauté. Il faut réinvestir dans nos enfants en leur donnant un but et un rêve à poursuivre en se basant sur une identité culturelle et une éducation forte. Seulement ainsi pourrons-nous régler ce problème.

Je m’ennuie de ma famille… Mes sœurs Nadia et Myriam….. mes cousins, cousines, mes oncles et mes tantes… La famille Bacon, Picard et Canapé… ma cousine Line que je verrai surement ce weekend à Ottawa, Marie-Ève et Bill ses enfants et son mari, mon ami d’enfance Jocelyn Paul, dont je suis très fier; il est le premier brigadier général autochtone dans l’armée canadienne. J’ai trop hâte de voir mes enfants aussi! Je vous dédie tous ma journée!

J’arrive à Shawville, la ville où pratique Ruth Vanderstelt, une collègue. Je rencontre l’équipe de tournage qui est en train de manger. Ils me rattraperont plus tard pour une série d’images intemporelles à insérer dans le reportage et une entrevue… qui se révèlera très émotionnelle.

… Je continue ma marche quand, tout à coup, un chien féroce part à mes trousses! N’eut été de mon bâton de pèlerin, je me serais surement fait mordre! En arrivant au camp, j’apprends que Rachelle a été mordue; je devrai la soigner!

Et je rejoins les autres marcheurs à temps pour souper. Au menu, fajitas!

2 Octobre 2014 – Jour 14 – Du Tim en bonne compagnie!

Jour 14 - Du Tim en bonne compagnie!

Encore une fois, la nuit fut difficile… Des jets qui passent au-dessus de nos têtes… la symphonie des hululements… Tout y était pour rendre le sommeil difficile. J’ai quand même retrouvé le sommeil… plus tard! Un déjeuner costaud ce matin : steak et patates! Le chef Galbrand veut vraiment recharger nos piles pour durer! Juste avant de partir je donne une entrevue pour CKAU Sept-Îles. Le temps de baisser les drapeaux et ramasser nos tentes et nous sommes en route.

Nous repartons où nous nous étions arrêtés hier. Le matin est frais et brumeux; nous portons coupe-vents et pantalons longs. Je marche avec Chantale; nous partageons nos enfances respectives qui sont similaires en plusieurs points. Une journaliste de Radio Canada Ottawa vient nous rejoindre pour une entrevue. Chantale continue son chemin pendant que je donne cette entrevue.

Je continue ensuite la marche seul en repensant au passé. J’ai une pensée pour tante Anne-Marie qui nous a quittée en avril dernier, à mes cousins Akienda et Thanissa Lainé que je considère comme mes frère et sœur. J’habitais près de chez eux quand j’étais jeune. Ma tante partie, le lien qui nous unit n’est que plus important.

Je pense aussi à ma rencontre avec les jeunes du Club des petits déjeuners que nous verrons au camp Tim Horton plus tard. Je marche le comté de Pontiac. Pontiac, ou Obwandyag pour les Outaouais, le Grand Chef Odawa anishnabe, est un illustre personnage pour les Autochtones. Ce chef a fait tout ce qu’il pouvait pour empêcher les Britanniques d’aller vers l’ouest et le nord des États-Unis. Ils avaient diminué le prix des peaux, violaient les terres des Autochtones et les dépossédaient de leurs territoires. Pontiac rassembla des membres de plusieurs nations et organisa une révolte pour arrêter cette dépossession de masse. Ceci dura plusieurs mois. Pontiac pensait recevoir l’aide des Français, mais une fois le Traité de Paris signé, les français partirent. Ceci fit que les Britanniques furent plus nombreux, ce qui compliqua les choses pour Pontiac. Aussi, le manque de guerriers et le manque d’union entre les nations furent fatals pour Pontiac. Il mourut assassiné par un des siens. Sa mort toutefois ne fut pas veine; en 1763, le roi d’Angleterre déclare la proclamation royale qui confère des droits de possession aux Autochtones. Il demeure un des chefs les plus remarquables de son époque malgré l’échec de sa rébellion. Je mentionnerai donc ce personnage, un bel exemple d’histoire, d’identité culturelle et de fierté.

(http://www.republiquelibre.org/cousture/PONTIAC.HTM)

Je rejoins les autres marcheurs et nous continuons notre route. Au treizième kilomètre, nous nous arrêtons, car les jeunes du camp doivent nous rejoindre pour continuer la route. Ils ne savent pas que nous sommes là et que nous les attendons. Ils arrivent donc après 40 minutes… une cinquantaine de jeunes très contents. Je partage avec eux mon histoire, je leur parle de saines habitudes de vie et, surtout, de rêves à poursuivre sans relâche… de mon bâton de marche qui contient tous ces rêves!

Nous arrivons au camp Tim Horton tous ensemble. Je suis heureux de voir enfin ce camp! Nous partageons ensemble le souper… pizza, salade et un bon Tim Horton pour dessert! Ceux qui veulent me rendre heureux, amenez-moi un bon café Tim Horton! Je suis fier de voir ce qu’on fait avec tous ces sous que l’on dépose dans les boites sur les comptoirs des Tim Hortons.

Nous faisons un grand cercle de partage; nous sommes environ 70 personnes! Je raconte l’histoire du bâton de marche…. et tous transmettent leurs rêves dans le bâton! Un moment formidable! Demain, les jeunes écriront leurs rêves sur un bout de papier qu’ils déposeront dans des petites bouteilles et qu’ils conserveront précieusement.

Nous installons notre campement au camp et y passerons la nuit. Une grosse journée nous attend demain… 48 kilomètres de pagaie jusqu’à Britannia Beach.

3 Octobre 2014 – Jour 15 – Les caprices de Mère Nature

Hier soir, au bord du feu, j’ai donné une entrevue à l’équipe de Radio-Canada et nous sommes tous partis dormir. Je me suis réveillé à 3 h… pour me rendormir à 5 h. Jean-Charles nous a tous réveillés en criant dans un micro : « Gooooooood morning, Quyon! » Ce matin, le déjeuner était offert gracieusement par le Club des petits déjeuners : crêpes, salade de fruits maison, du bon café Tim Horton et du jus d’orange! Nous nous sommes tous régalés! Les enfants du camp sont venus nous dire au revoir et nous accompagnent jusqu’au bord de la rivière où nous chargeons nos canots. Avant de les quitter, je leur fais une dernière recommandation : GARDEZ PRÉCIEUSEMENT VOS RÊVES! N’ABANDONNEZ JAMAIS!… Et nous quittons l’endroit à bord de nos canots.

Il vente terriblement fort, ce qui complique notre périple quotidien. La rivière est très agitée; les vagues sont de plus en plus fortes et roulent comme des moutons blancs. Je pagaie en avant et je les reçois en plein visage! Un temps de planche à voile… Le vent empire et je dois dire que nous sommes décontenancés par la situation qui devient quasi-dangereuse. Le plan B était de débarquer de l’autre côté de la baie, où se trouve une marina, si Mère Nature s’entêtait à ne pas coopérer. Mais, il vente si fort et la vague est si insistante que nous nous résignons à trouver un endroit le plus vite possible et éviter les risques inutiles. Ce serait imprudent d’insister; il ne faut pas se battre contre Mère Nature, il faut faire avec! Nous débarquons donc sur une plage quelques kilomètres en amont de la marina où Jean-Charles et l’équipe de tournage nous attendent. Ils nous rejoignent quelque 40 minutes après. L’équipe de tournage nous demande de refaire le débarquement encore une fois pour des prises de vues. Tout le monde accepte et nous revoilà dans les canots pour la mise en scène! Vous pourrez voir ces images dans le reportage l’automne prochain!

Nous avons pagayé 20 km… Il reste donc 35 km à faire à pied. Nous convenons d’une heure pour la fin de la marche; à 18 h 30 le camion ramènera tous ceux qui ne sont pas encore arrivés. Nous nous mettons immédiatement en route. Le vent est toujours de la partie; de petites tornades de poussière apparaissent çà et là sur la route… Un vent de front qui nous pince et nous fait manger de la poussière! Cody me dépasse à la course.

En marchant, je repense à la rivière tourmentée… je pense aussi à un collègue à moi, John Big Canoe, un autochtone qui a fait ses études de médecine avec moi à l’Université de Montréal. On nous avait jumelés pour les travaux d’université et pour s’entraider. Nous étions les deux seuls autochtones du programme. Nous avons tous deux terminé notre formation et sommes partis chacun de nos côtés pour faire notre résidence… il était à Toronto. Il avait finalement trouvé du travail dans une petite communauté aux abords des Grands Lacs. Il devait faire quelques visites médicales dans de petites iles, et les faisait en canot. Toujours est-il qu’un jour que le vent soufflait fort comme aujourd’hui, John Big Canoe partit quand même faire ses tournées en canot…. et ne revint jamais. Il est mort noyé… Cette journée d’efforts extrêmes t’est dédiée, John!

Nous passons la nuit à Britannia Beach… Demain sera une grosse journée.

4 Octobre 2014 – Jour 16 – OTTAWA!

Jour 16 - OTTAWA!

Nuit mouvementée encore… J’ai même crié cette nuit! Dans le Britannia Park, des jeunes s’amusaient à crier « à l’ours! » Ce qui a dû me troubler un peu! Au lever, le déjeuner doit se faire rapidement, car je donne une entrevue à la radio de Radio-Canada Ottawa.

Dès mon retour, entreprenons notre marche vers le Musée de la guerre d’Ottawa; une marche d’environ 10 kilomètres sous la pluie. Environ un kilomètre avant d’arriver au musée, j’aperçois mon cousin, Marco Bacon, qui est directeur du Centre des Premières Nations Nikanite de l’Université du Québec à Chicoutimi, qui est venu marcher jusqu’au parlement avec nous! Une belle surprise! Une fois à destination, une foule est là pour nous accueillir; plusieurs médias sont aussi présents. Une amie de longue date, la députée libérale fédérale, Dr. Carolyn Bennett, est aussi là et nous accompagnera à la marche vers le parlement. Nous parlons ensemble un bon moment! Un autre plaisir! Les femmes de l’Association des femmes autochtones du Canada, le Chef de l’Assemblée du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, Le Chef Whiteduck marchent tous avec nous! Une fois sur place, plusieurs discours sont donnés; j’y vais de mon propre discours, car cette marche en est une de partenariat entre Innu Meshkenu/ Association des femmes autochtones du Canada. Dans la foule, j’aperçois ma cousine Line et mes neveux Bill et Marie-Ève. Je suis très heureux des voir.

Nous reprenons la route vers l’ile Victoria où une cérémonie du feu et de l’eau ont lieu. Tous les marcheurs prennent ensuite des chemins différents. Pour ma part, je me dirige vers l’Université d’Ottawa où je donne une conférence sur Innu Meshkenu de 19 h à 21 h. Finalement, après la conférence, une faim de loup me tenaille. Je m’offre donc un bon souper avant de disparaître pour la nuit.

5 Octobre 2014 – Jour 17 – Pagayer… chez Stephen Harper!

Nous nous sommes tous rejoins à 8h ce matin, à l’ile Victoria. Mon cousin Marco, ma cousine Line et ma nièce Marie-Ève Paul sont avec nous. Il y a aussi Roger, Rachelle, Jane Pelletier qui est revenue pour la journée à notre grand plaisir! Deux nouvelles pagayeuses sont parmi nous : Maud Laverdière et sa fille, Daphnée… ainsi que Karine sont avec nous pour vivre l’expérience en rabaska avec nous! Nous souhaitons la bienvenue à tout ce monde pendant le cercle de partage. Alors que je me prépare au départ, ma nièce me demande de prendre part à notre périple quotidien, ce qui me fait énormément plaisir. Nous lui trouvons ce qu’il faut et la voilà dans le rabaska, prête à pagayer! Nous aurons donc 2 jeunes pagayeuses de 16 ans avec nous : Marie-Ève et Daphnée! Les nuages font place au soleil qui a décidé de se montrer. Nous canoterons à cheval sur la frontière Québec-Ontario!

Les paysages sont fabuleux! Le jour se réchauffe; c’est un temps extraordinaire pour le canotage! Nous passons devant le Parlement, sous le pont, devant les ambassades d’Angleterre, de France, les chutes du canal Rideau… Et tous ensembles, nous brandissons un salut monarchique et élisabéthain en passant devant la demeure de Stephen Harper, ne sachant pas s’il nous a vus!

Un bon vent de dos, des vagues dans notre direction et un bon courant, nous pagayons à une vitesse de 9 à 10 km/h! Nous nous arrêtons aux demi-heures. Je donne le maximum, car je ne veux pas que ma nièce s’épuise et se fatigue! Nous arrivons à Petrie Island où nous prenons notre dîner. Marie-Ève a mal partout, mais veut quand même continuer. Après le repas, nous reprenons nos pagaies vers Cumberland; ici, il faut faire rapidement, les traversiers font la navette d’une rive à l’autre et risque de nous barrer le chemin…. et nous faisons un petit arrêt.

Il ne reste environ qu’un 10 kilomètres. Le vent dans le dos…. les vagues… les risques sont grands, mais Martin est un excellent barreur! Je regarde Marie-Ève et je lui dis de tenir bon…. encore une petite heure et l’on sera à bon port!

Nous arrivons une bonne quarantaine minutes à l’avance! Nous avons tous donné un super effort pour le dernier sprint! Jean-Charles, Marc-André et ses parents, Gérald le propriétaire des rabaskas sont là pour nous accueillir avec un bon café et des chocolats chauds Tim Horton pour tout le monde! Une surprise pour moi! Line arrive avec ma sœur Nadia, mon beau-frère Johnny et ma nièce Marie-Clarisse! Ça me rend heureux! Et je suis très fier de ma nièce, Marie-Ève qui a relevé un grand défi!!! Elle m’a fourni en câlins tout le long du trajet! Nous nous applaudissons de notre effort! Un grand merci du fond du cœur à Jane, Maud, Daphnée et Karine qui se sont jointes à ces efforts elles aussi! Alors que Jane retourne chez elle à Cumberland, Line a invité la plupart d’entre nous à coucher ce soir. Nous rencontrerons les jeunes de Rockland demain matin.

Un message à ma chirurgienne, Dr. Vo : je n’ai pas fait de hernie!

6 Octobre 2014 – Jour 18 – Belle surprise à Rockland

Jour 18 - Belle surprise à Rockland

J’ai passé la nuit dans le confort de la résidence de ma cousine Line, comme plusieurs autres de mes comparses d’ailleurs. Nous avons passé une belle soirée à parler, à partager. Ma nièce Marie-Ève m’a dit vouloir devenir chirurgienne, ce qui me fait un énorme plaisir! J’entends bien l’accompagner dans sa démarche et l’aider si je peux le faire.

Ce matin, après déjeuner, Line m’a reconduit à l’école Carrefour Jeunesse de Rockland, une école franco-ontarienne. J’étais accompagnée de Jean-Charles, Karine et Marc-André alors que Roger a commencé seul le trajet d’aujourd’hui. J’ai été témoin d’une chose que je n’avais pas vue depuis longtemps : le matin à l’école Carrefour Jeunesse, on chante l’hymne national que l’on écoute avec respect et dignité! Tout le monde debout, à l’écoute de l’hymne chanté en français… J’étais impressionné!!! En y pensant bien, c’est un moyen efficace pour développer le sentiment d’appartenance, voir de patriotisme… et l’on pourrait le faire avec n’importe quel hymne dans n’importe quel endroit, province…. ou dans une école autochtone ou autre ! Partager un moment de déférence en « communauté » vers un objectif commun! Comme un cercle de partage… national! Oui! Il y a quelque chose de bon là-dedans!

Je rencontre des 5es et des 6es années formidablement bien préparées à ma visite! La directrice fait un appel à tous sur le télévox pour annoncer notre venue. Quelle belle rencontre! Les élèves sont curieux et à l’affût! Avec l’aide de leurs enseignants qui avaient fait faire des lectures, les jeunes avaient préparé des questions….. Beaucoup de questions!… On veut TOUT, TOUT savoir de moi! Mon enfance, ma vie, mes voyages… mon projet Innu Meshkenu… j’ai même eu des questions sur l’opération que j’ai subie il y a quelques semaines! Ils avaient fabriqué un capteur de rêve sur lequel ils sont allés accrocher des rubans représentant leurs rêves! Ils sont captivés et j’ai toute leur attention! Ils me parlent de leur rêve… Ils veulent devenir infirmière, enseignant, médecin, pompier, policier, commentateur sportif, astronaute, paléontologue, agent d’athlète même!! Et j’en passe! Ils ont des flammes dans les yeux! Certains d’entre eux ont 3 ou 4 rêves! D’autres veulent faire le tour du monde et rendre les gens heureux! Cette visite est extrêmement énergisante par son dynamisme et son effervescence! Et vient l’heure de les quitter… On m’accompagne jusqu’à la sortie… On me tape dans la main, on me salue sans fin! Mes sincères remerciements et mes félicitations à Mme. Monia Gaudreault et M. Sylvain pour cette visite préparée en main de maitre! Vous savez recevoir, gens de l’école Carrefour Jeunesse de Rockland! J’espère que vous vous souviendrez de moi comme je me souviendrai longtemps de vous!

Je repars plein d’énergie….. Je marche le plateau de l’Est ontarien. Je marche seul et le cafard m’atteint; je pense à mes comparses des deux dernières semaines… je m’ennuie d’eux… toutes ces personnes qui ont partagé mon quotidien nomade… Et soudain, en regardant le sol, j’aperçois….. Rachelle, Diane, Antony, Martin……. le nom de tous ces gens auxquels je pense qui défilaient écrits en bordure de la route! Roger a écrit le nom de tous ceux que l’on a côtoyés… tous les pagayeurs qui ont descendu la rivière des Outaouais! Incroyable… et tellement émouvant! Ne reste que moi et Roger… Les autres ont dû retourner à leurs occupations… partis en amenant les outardes que je n’ai pas revues….. Nous pensons à vous si fort!! Je m’ennuie de la rivière… de son mouvement…

Je dédie ma journée aux Franco-ontariens, aux jeunes de Rockland… Aussi, je dédie cette journée aux enseignants, qui sont là pour apporter le rêve aux enfants et leur donner les outils pour le développer, le réaliser. Je dédie la journée au peuple wendat que j’ai visité en 2011 et avec qui j’ai grandi.

En passant à Clarence Creek et à Bourget, je ne peux m’empêcher de me rappeler tous les gens avec qui j’ai travaillé à l’hôpital Montfort. Je leur envoie mes salutations.

Je termine mes 25 kilomètres quotidiens au camping Paradis où je retrouve Marc-André et Roger m’attendent. Nous montons la tente « prospecteur » et nous installons pour la nuit.

7 Octobre 2014 – Jour 19 – Pluie, souvenirs et coïncidence

Nous avons soupé au Boston Pizza hier. Le temps avait manqué pour l’épicerie et, à vrai dire, j’avais absolument besoin d’un réseau internet pour répondre aux nombreux courriels qui s’accumulaient dans ma boite. Nous sommes retournés au campement vers 20 h et nous sommes mis au lit presque immédiatement.

La pluie s’est mise à tomber vers 3 heures. Il pleuvait toujours lorsque nous nous sommes levés et avons pris notre déjeuner. Stéphane est arrivé de Montréal; après le cercle de partage…..Cercle de partage! À bien y penser, hier soir, nous étions 3… triangle de partage… ce matin, nous sommes 4… Un carré de partage!! Donc, nous faisons le « carré de partage » et nous mettons en route….35 km à faire…. dans une pluie fine…. modérée…. intense! Au fil de la marche, je finis par marcher seul. Mes chaussures craquent tant elles sont trempées! Mais, l’énergie est là; quand on sait le pourquoi de nos actions, il est moins d’autant plus facile de les réaliser. C’est comme pour les rêves; quand on y tient de toutes nos forces, le sacrifice pour y arriver est minime; le chemin pour leurs réalisations peut être difficile et même intolérable, on s’encourage à nouveau et… nous voilà repartis vers leur concrétisation. La philosophie des rêves est ainsi.

… Et je marche….. Je puise mon énergie en repensant aux beaux visages rencontrés à l’école de Rockland hier et à ceux que je verrai demain à Cornwall. Je vois la 417; je suis sur le point de quitter le territoire anishnabe et sur le point d’entrer dans celui des Mohawks. J’ai hâte… hâte de les rencontrer et de partager avec eux. J’ai hâte qu’ils officialisent que je suis le bienvenu chez eux et invité à fouler leur sol! Chemin faisant, je passe sur un viaduc et l’orage s’abat… je regarde cette route et je me dis : il y a 7 ans, je parcourais cette route vers Montréal… vers Baie-Comeau…malheureux comme les pierres et souhaitant en finir avec la vie! Au bord de la mort spirituel… Une douleur physique et morale….. JE DOIS REVENIR AU MOMENT PRÉSENT! C’est bon de se remémorer le passé, mais il faut revenir… ne pas rester accrocher à la victimisation perpétuelle qui nous empêche d’avancer…. ne pas se complaire dans le mal-être! Quand je contemple ma vie aujourd’hui, je suis tellement bien! Du passé, il faut puiser des leçons qui serviront à construire un meilleur futur… il faut aller de l’avant!… Nikanite!

Je vois passer le véhicule d’APTN… On me cherche! Il y a une demi-heure, j’ai eu un message comme quoi je devais leur donner une entrevue! Je suis donc interviewé par Michael Hutchinson, animateur vedette et producteur, au bord du chemin entre deux pluies! Ce sera diffusé ce soir aux nouvelles. Durant l’entrevue, M. Hutchinson me fait remarquer que ces marches politiques n’ont aucun effet! Je m’empresse de répondre que MA marche n’est AUCUNEMENT politique; c’en est une d’affirmation! Je la fais pour mon bien-être à moi, pour démontrer aux jeunes que lorsque l’on veut, ON PEUT! Mon but n’est pas politique. Mon but est de transmettre aux jeunes le contrôle sur leur volonté d’agir, l’autonomisation. On doit commencer au bas, par l’individu; lorsque l’on sera dans la croyance et dans l’action, alors on pourra en faire un message politique soutenu par tous.

Le beau temps apparait à nouveau… mes vêtements sèchent… Je marche sur la 138 ontarienne vers Cornwall et une idée soudaine me vient à l’esprit! La 138 québécoise est celle qui me mène chez moi, à Baie-Comeau!! Mon périple Innu Meshkenu, mon kilomètre 0, a commencé sur la 138 à Natashquan… Cette marche finira sur la 138 à Akwesasne! Tu me parles d’une coïncidence!

Marc-André vient me chercher. Mon kilométrage d’aujourd’hui est fait. J’ai hâte à demain… J’ai hâte de rencontrer tous ces jeunes de l’école secondaire l’Héritage de Cornwall! Amis mohawks, j’ai aussi hâte de vous rencontrer… Pourquoi ne pas venir à ma rencontre? Nous pourrions ainsi marcher ensemble sur votre territoire.

Je dédie ma journée aux miens, mes frères innus qui habitent mes pensées en tout temps.

8 Octobre 2014 – Jour 20 – Rencontre avec Pépé le Pew

J’aurais bien dormi… Tous trois au lit à 21 heures, la monotonie du tambourinage de la pluie sur le toit de la tente nous avait bien vite endormis. Vers 3 heures, je sens quelque chose se coucher sur mon sac de couchage… En levant la tête, j’aperçois une ombre se défilant jusqu’au fond de la tente. Je me recouche et encore, j’entends des bruits… J’ouvre ma lumière frontale… et j’aperçois à 30 cm de mon visage… UNE MOUFFETTE!!! Je la vois qui se retourne… la queue en l’air!! Je referme aussitôt la lumière… Je ne suis pas peureux quand il s’agit des animaux; je sais bien comment agir lorsque je rencontre un chevreuil ou même un ours… MAIS UNE MOUFFETTE?    Je m’enfouis tout au fond de mon sac de couchage sachant bien que, si elle m’arrose, l’odeur nauséabonde me collera aux trousses pour des mois et des mois, que tout mon équipement sera foutu! J’imagine la réaction des gens que je rencontrerais.

— Marc-André! Marc-André!!, je chuchote, une mouffette! Une mouffette dans la tente!

Et Marc-André d’allumer sa lampe pour voir….

— Bouge pas… BOUUUUUGE pas… Stan!!

La mouffette quitte la tente en ballottant…. en fait le tour et déguerpit! Je me recouche; mon cœur bât la chamade!! Je finis par me rendormir après un bon bout de temps, la lumière allumée.

Au matin, le café est bienvenu d’autant plus que Marc-André s’est procuré une cafetière et un sac de café Tim Horton moulu! Le café est bon! Après le déjeuner, on plie bagages, on démonte le camp. Nos vêtements trempés de la veille sont presque secs; Marc-André avait pris soin d’allumer un fanal et un rond de poêle pour venir à bout de l’humidité, ce qui s’est avéré une bonne idée.

Nous partons… Il pleut légèrement… À Monkland, OH BONHEUR! UN TIM HORTON! Roger et moi nous arrêtons quelques minutes pour un arrêt au « ptit coin » et un bon café, bien sûr! Nous continuons notre chemin. Les 15 km du matin sont couverts quand Marc-André vient me chercher pour me rendre à l’école secondaire Héritage de Cornwall, une école franco-ontarienne où nous sommes attendus. Katy Tanguay ainsi que le directeur, les professeurs et une centaine de jeunes nous souhaitent la bienvenue. Et je donne ma présentation, montre mon Powerpoint. Encore, je livre mon message de persévérance et de poursuite des rêves… Les jeunes répondent bien! C’est avec engouement qu’ils transfèrent leurs rêves au bâton… solennellement, les yeux fermés. Je suis toujours aussi touché et impressionné de voir autant de jeunes aussi allumés et intéressés! Un bain d’énergie! J’ai dit aux jeunes que je reviendrai l’an prochain… Et le professeur d’éducation physique nous parle de la possibilité de nous accompagner avec un groupe en canot-camping! Et une foule d’autres suggestions s’ajoutent… faire une présentation conjointe avec une autre école d’Akwesasne. Ça serait formidable! Marc-André écoute et prend des notes dans le but d’améliorer le visuel de la présentation, pour l’ajuster selon les groupes rencontrés.

Je retourne à la marche… Mère Nature m’envoie à peu près tout ce qu’elle peut m’envoyer à ce temps-ci de l’année : vent, pluie, soleil… Je continue. Je pense à ma famille, à ceux qui nous ont quittés cette année; tante Anne-Marie et tante Suzanne Paul-Picard pour qui je n’ai pu assister aux funérailles, à ma grande peine. Je lui dédie cette journée ainsi qu’au peuple cris chez qui je serai en 2016.

Je marche en territoire mohawk. J’approche… j’approche d’Akwesasne… J’ai hâte de vous rencontrer, d’en apprendre plus sur votre culture, votre langue si différente de la nôtre! Alors que l’ilnu, l’attikamek, l’algonquin se ressemblent beaucoup, le mohawk est totalement différent; c’est une langue qui vient de la Méso-Amérique (Amérique centrale et du sud). Les Mohawks étaient une nation sédentaire; ils savaient garder la terre riche! Ils vivaient dans des maisons longues et cultivaient « les trois sœurs » soit : le maïs, la courge et le haricot. La culture de ces plantes compagnes profitait aux trois plantes et évitait l’épuisement de la terre. Cette méthode vient de la Méso-Amérique. Je m’enrichirai donc de cette culture mohawk qui me rapprochera aussi de mes racines wendat… deux nations iroquoiennes.

Demain, je rencontrerai le Chef Mike Kanentakeron Mitchell  d’Akwesasne et je donnerai des présentations dans les écoles primaires et secondaires. J’ai déjà commencé à apprendre des mots mohawks : Bonjour… Shé :kon…… Merci… niá:wen… et au revoir… Ó:nen!

9 Octobre 2014 – Jour 21 – Akwesasne, nous voici!

Jour 21 - Akwesasne, nous voici!

Nous avons dormi à Cornwall… J’ai dormi d’un sommeil perturbé; des rêves… des rêves laborieux dans lesquels je travaillais sans arrêt. Je me lève donc épuisé. Un déjeuner et nous voilà sur la route. Nous passons le pont où l’équipe d’APTN NEWS nous attendait pour nous filmer.

Nous sommes attendus à l’école d’Akwesasne vers 9 h. Nous arrivons finalement… et une haie d’honneur des élèves de l’école nous accueille! Des jeunes de première, deuxième, troisième et quatrième années, excités et ravis de nous voir arriver avec les drapeaux Innu Meshkenu en main! On sent l’effervescence! En premier lieu, je rencontre les maternelles. Plusieurs personnes me demandent pourquoi je les rencontre si jeune. Je réponds que j’ai moi-même été inspiré profondément par un grand personnage à cet âge; Max Gros-Louis avait eu cette influence sur moi! À cinq ans, il m’a inspiré! Donc, si je peux avoir une influence positive dès cet âge…!

Les professeurs sont aussi emballés par notre visite! Les idées ne manquent pas! Ils sont aussi emballés par le matériel pédagogique! Je passe du temps avec les jeunes de tous les niveaux, augmentant le temps passé à mesure que le niveau augmente. Je les salue en mohawk, je leur dis que c’est important d’être fier d’être mohawk, d’être fier de qui l’on est. Je demande aux enfants de me faire un dessin de leur rêve que je pourrai ramasser l’an prochain. Les enfants transfèrent leurs rêves au bâton de marche. Les professeurs me suggèrent une capsule temporelle à être ouverte dans quelques années!

Les professeurs m’invitent à visiter le local de langues. On m’enseigne à prononcer quelques mots; on me montre comment on procède pour enseigner le mohawk aux jeunes. On me dit qu’ici, chaque matin, on récite 12 mots en mohawk qui sont en fait 12 principes importants pour la nation, une sorte de prière pour souligner les valeurs mohawks; ces récitations ont un peu l’effet qu’une prière ou un hymne. Ça célèbre l’identité et la fierté culturelles tout en affirmant le sentiment d’appartenance.

Je rencontre ensuite l’équipe d’APTN pour une entrevue pour les nouvelles d’aujourd’hui; ils ont aussi filmé durant mes présentations. J’ai ensuite l’honneur de m’entretenir avec le Chef Mike Kanentakeron Mitchell et un de ses conseillers, W. James Bay. On m’offre de beaux cadeaux : le drapeau de la nation mohawk d’Akwesasne et une peinture représentant un enfant qui tend un arc vers l’avant par l’artiste Kawefoton. Nous parlons des Mohawks, de la tribu mohawk. Nous parlons aussi de ma prochaine visite. Le Chef Mitchell se dit très intéressé par un périple avec un groupe de chacune des trois communautés mohawks et nos jeunes de l’école Héritage, en partie sur la rivière et sur le chemin, d’Akwesasne vers Kanesatake et Kahnawake! Je suis ravi par cette idée qui mérite réflexion. Pour finir, le Chef Mitchell demande à tous de faire une danse et un chant mohawk. En fin d’après-midi, après les présentations, nous allons tous marcher deux ou trois kilomètres tous ensemble. Les enfants sont énergiques, de bonne humeur et contents! Merci à la directrice, Lynn McCarthy, aux professeurs pour l’accueil, au Chef Mitchell et toute son équipe. Marc-André mentionne qu’il s’est passé quelque chose, il y a eu une étincelle! J’ai déjà hâte de revenir! MERCI À TOUS POUR VOTRE GENTILLESSE!

J’aurais pu passer facilement deux jours complets à Akwesasne; c’est une ville de 13000 habitants qui chevauche l’Ontario, le Québec et l’état de New York!! La plus grosse communauté autochtone que j’ai vue! La prochaine fois le « Kanienkehaka tsi niiohthahinon» qui signifie « Mohawk meskenu», le chemin du Mohawk.

Mes pensées vont aujourd’hui au peuple malécite, je pense à vous. Aussi, Gaétane Pettiquay m’a parlé de Kelly-Kim, une jeune fille de Wemotaci qui a contracté une méningite et qui est dans le coma. Je prie pour ta santé et pour que la santé te revienne rapidement.

20 Octobre 2014 – Des remerciements bien sentis!

Voilà qui finalise l’Édition automne 2014 de l’Innu Meshkenu. Je voudrais remercier:  Les Ainés: Peter Decontie, Josie Whiteduck et Skip Ross  Eagle Village : La Chef Madeleine Paul et Mitchell McMartin (Centre de la santé)  Wolf Lake : Le Chef Harry St-Denis et Tamara King (Algonquin Canoe Company)  Mattawa :M. le maire Backer et l’équipe de sécurité du barrage Otto  Pembroke : M. le maire Ed Jacyno et Jordan Durocher  Esprit Rafting : Jim Coffey  Bryson : Maire Alain Gagnon  Pikwakanagan : Le Chef Kirby Whiteduck et Kerry Andrews  North Algona : M. le maire Harold Weckworth  Ottawa : Michel Carrière et Karen Johnston  La Commission capitale nationale  NWAC : GM Claudette Dumont-Smith et Marilee Nowgesic  Ottawa River Keepers : GM Meredith Brown et Adèle Michon  Ville Clarence-Rockland : M. le maire Marcel Guibord  Akwesasne : Le Grand Chef Michael Kanentakeron Mitchell, Jamie Bay et Lynn McCarthy, Principale de Akwesasne Mohawk School  Tous les participants à la marche d’Ottawa, en particulier les Chefs Ghislain Picard et Gilbert Whiteduck.  Les écoles G. Théberge de Témiscamingue, Carrefour-jeunesse de Clarence-Rockland et L’Héritage de Cornwall, L’équipe du Camp jeunes leaders autochtones du Club des petits déjeuners et du Camp des Voyageurs Tim Horton de Quyon  SQ, OPP, GRC ainsi que les services de police de Gatineau et Ottawa, ainsi qu’une reconnaissance particulière et sentie à nos partenaires habituels. Merci également à tous ceux qui préparent et font de ce projet une aventure formidable sans de mauvaises surprises, soit : Jean-Charles Fortin (coordinateur) et Marc-André Galbrand (logisticien). RETROUVEZ-NOUS POUR LA PROCHAINE ÉDITION, HIVER 2015!

30 Septembre 2014 – Jour 12 – Les messages du passé

… Petit matin… Levé musical….. Nous avons mieux dormi et je crois que le repos devrait avoir un effet positif sur la pagaie! Le déjeuner n’est pas moins original; j’ai mangé un spag-oeuf! Une recette aussi audacieuse que les restes de la glacière! Nous déjeunons sur la terrasse extérieure du Esprit White Water Club. Nous formons notre cercle de partage autour d’un feu et révisons la logistique quotidienne.

Et nous partons en rabaska; nous empruntons la rivière du côté québécois en raison des rapides tumultueux du côté ontarien. Un 37 kilomètres à faire aujourd’hui. Le temps est nuageux, il vente… mais il ne pleut pas! Mère Nature est de notre bord!

Le paysage explose de couleurs! Nous faisons un premier arrêt sur une ile; des traces de chevreuil et de raton laveur marquent le sable… qui semblent marcher cote à cote! C’est particulier! Après une petite collation, nous reprenons notre chemin.

Cette partie de la rivière est parsemée de ces iles….. Dont une me fait étrangement penser à l’ile de mon enfance à Pessamit où était situé notre campement… Uap Menesshtuk (l’ile blanchâtre, ile du lièvre). On habitait sur le bout de la pointe… il y avait moins de mouches à cause du vent qui était toujours présent…. et à l’autre bout de l’ile se trouvait la famille Louis Rock et l’on retrouvait aussi un arbre penché auquel on avait attaché une corde de tarzan!….. Les souvenirs….. ! On m’avait dit à Compostèle : « Le chemin te donnera les réponses »… comme un appel… Retourner aux origines, chez moi à Pessamit! L’été prochain, j’y retournerai avec Sophie, Chloé et Xavier… leur montrer comment monter une tente « prospecteur », installer le sapinage, installer le petit poêle…. faire un feu, entendre le bruissement du vent dans les arbres, le ruissellement de la rivière et leur raconter mes histoires, mes souvenirs… Et un jour, à leur tour, ils pourront faire de même et ainsi passer notre histoire à la prochaine génération, des souvenirs interpellant le visuel, l’olfactif, le sensoriel, l’auditif……. Des souvenirs multimédias!

Nous continuons à pagayer…. notre forme est meilleure qu’hier. Nos muscles sont plus forts, plus entrainés. Nous avons un bon rythme et prenons le temps de nous arrêter souvent. Nous réussissons à couvrir les 37 km de la journée avec un vent de face!

Nous arrivons à Bryson où Marc-André nous attend avec une bonne soupe. Nous partageons un dernier repas avec Jane Pelletier qui doit nous quitter. Merci Jane, tu vas nous manquer! Le campement monté, nous soupons de hamburgers sur le Galbrand grill! …. Je me rends dans un dépanneur pour acheter quelques trucs… et des feux d’artifice! Je montre mes talents d’artificier pour faire plaisir aux marcheurs… au désarroi des chasseurs! Et nous faisons un cercle autour du feu et écoutons la musique de Marc-André sur ukulele.

Je dédie ma journée à mes frères naskapis que je verrai l’hiver prochain, plus précisément en mars. Nous entreprendrons la marche Schefferville vers Kuujjuaq sur le sentier marché pour la dernière fois il y a 60 ans.

N’OUBLIEZ PAS : samedi le 4, nous marchons vers Ottawa. Les gens qui veulent venir se joindre à nous, n’hésitez pas à le faire et rendez-vous au Musée de la guerre d’Ottawa à 11 h pour une marche de 6 km! Il nous ferait plaisir de vous rencontrer! De plus, il y a de la place pour environ 10 pagayeurs dans nos bateaux le dimanche 5, entre Victoria Island et Rockland; vous devez vous présenter à l’île Victoria à 8 h. Prenez note qu’il vous faudra prévoir votre retour à la maison par la suite. La bonne forme et l’endurance sont des exigences, il va sans dire!

19 Mars 2015 – Jour 20 – Akua tuta

Kilomètre marchés : 378 kilomètres

Kilomètre à faire : 78 kilomètres

Hier, je vous avais mentionné que Marc-André et Beau, deux de nos logisticiens, avaient entrepris un défi de 30 km. Et bien, ils ont réussi leur pari! Ils sont arrivés respectivement à 21 h et à 22 h! En soirée, sous les étoiles! Il faut que vous teniez compte que nos logisticiens ne sont pas vraiment entrainés pour marcher de telles distances! Bravo pour tant de courage!

La nuit passée, nous avons dormi dans les cabanes. Kashi et Jordan ont pris un malin plaisir à chauffer le poêle! Résultat : j’ai TELLEMENT chaud que je dois sortir prendre l’air, et ce, même si je n’ai presque rien sur le dos! La cabane est pire qu’un sauna, pire qu’un matutishan (tente à suer)!! Je dis aux jeunes d’arrêter de nourrir le feu et je sors. Je reviens vers 2 h et me rendors.

Au matin, Marc-André et moi sommes levés à 6 h : 15…. Nous préparons notre bagage… Seuls quelques Inuits sont levés; ils nous apportent du pain aux bananes que nous mangeons pour déjeuner. Comme plusieurs ne sont pas levés et prêts, je prends le départ, seul.

Je suis à fleur de peau… La tranquillité boréale me procure la paix intérieure qu’y m’est essentiel en ce moment. Je pense à nos ancêtres; cette marche par sa particularité nous y prête. Comment faisaient-ils pour être aussi disciplinés?? Pour trouver la force de ce lever le matin? Ils étaient des surhommes, des surfemmes pour réaliser de tels exploits…

Akua Tuta…

Je marche… marche….. Je songe à l’environnement…. Les ancêtres… que faisaient-ils pour les détritus et les vidanges? Comment arrivaient-ils à respecter l’environnement? De nos jours, les déchets comportent beaucoup de matières non dégradables, ce qui n’aide pas notre cause! Les ancêtres n’avaient pas à gérer la récupération excessive. Ils vivaient, leurs valeurs et fiertés au diapason avec la nature. Je n’ose pas penser à ce qu’ils penseraient de notre consommation démesurée…

Akua Tuta…

Je suis riche de mon héritage traditionnel et ancestral; et j’en suis très fier! … Le courage, la bravoure, le respect… le souci du travail bien fait! J’ai parfois l’impression que la modernité, par la facilité et l’individualisme qu’elle procure, nous vole ce lègue de nos ancêtres… Et je me souviens du Chef Gilbert Whiteduck de Kitigan Zibi qui m’avait déjà dit : « Il est fort important d’occuper un territoire, mais il est plus important de s’en occuper! » Il faut honorer les ancêtres et nos territoires en vivant les préceptes que transmettaient nos ancêtres…

Akua Tuta…

Je réfléchis au moyen à prendre pour semer chez ceux l’espoir, le courage et la détermination… Si chacun de mes pas pouvait les transmettre! … J’arrive à au camp de ce soir vers 14 h; nous couchons dans un chalet relativement récent; il y a de la place pour 8 personnes. Nous montons aussi 4 tentes.

Tous ont fini la marche; trois jeunes Innus réussissent à la faire en entier pour la première fois! Je suis si fier d’eux! Ils ont travaillé et fourni beaucoup d’effort pour réaliser leur exploit!

Rêve = courage, un peu de folie, résilience.

…………..AKUA TUTA (prends attention!)

Je dédie cette journée au peuple Anishnabe et aux marcheurs de la marche Gabriel Commanda, dont je suis porte-parole. Je pense à vous, même au loin!!