#11 - FORMULE RETOUR DANS LES COMMUNAUTÉS DÉJÀ VISITÉES

APPUI À LA MARCHE MOTESKANO HIVER 2014

DATE DU DÉPART: 17 FÉVRIR AU 1ER MARS 2014

DISTANCE: 60 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 4053 KM

RÉSUMÉ DE LA MARCHE

Hiver 2014 – Un retour des communautés déjà visitées dans le but d’assurer un suivi, de revoir les communautés. Visites des différents centres communautaires et écoles à l’horaire.

Lire le journal de cette étape

17 Février 2014 – Jour 1 – C’est un départ??

Je suis déçu….. Amèrement déçu! Le périple hiver 2014 n’a pas commencé comme je l’aurais souhaité. Normalement, j’aurais dû être à Pakuashipi… Mais Dame Nature, avec son caractère de mégère, en a décidé autrement. Elle a décidé qu’aujourd’hui, elle prendrait le contrôle des horaires de tout… tout! Le vent et la neige, un bon mètre de tombé sur la Basse-Côte-Nord, ont chamboulé les horaires de transport de toutes sortes, causant des retards au travail, à l’école. Des retards dans les aéroports… et même des annulations de vols… MON VOL…. et par le fait même, prenant aussi MON AGENDA en otage!

J’avais une superbe journée à passer avec vous, gens de Pakuashipi et la Romaine; j’avais hâte de vous rencontrer tous, vous les ainés, pour parler avec vous… et vous les jeunes, pour voir où vous en êtes quant à vos rêves. Il faudra se reprendre, se refixer un autre rendez-vous… Je suis si désolé…

Je serai donc à Sept-Îles pour une journée ou deux, question d’attendre mon vol vers Matimekush. Aujourd’hui, j’ai pris le temps de visiter les gens à l’hôpital… et passer du temps sur certains dossiers nécessitaient du temps… que je n’aurais pas eu sans ma malchance!

…. Malgré ma déception d’avoir manqué le rendez-vous avec la communauté de Pakuashipi et celle de la Romaine, je devrai faire contre mauvaise fortune, bon cœur et reprendre l’horaire prévu mercredi… ce n’est vraiment pas facile!

Pakuashipi et la Romaine… ce n’est que partie remise! Nous nous reverrons bientôt.

18 Février 2014 – Jour 2 – Un nouvel Innu Meshkenu pour l’hiver 2014

Aujourd’hui, j’ai pensé partager avec vous quelques détails de cette édition de l’Innu Meshkenu 2014. Vous savez déjà que depuis un certain temps, j’avais envie de revoir mes premières communautés que j’ai visitées… voir comment vous vous portez tous….. Voir comment vous, les jeunes, poursuivez toujours vos rêves. Je sais bien que certains d’entre vous ont besoin d’un bon mot ou d’une parole pour rallumer la ferveur. C’est donc pour ces raisons que nous avons décidé de modifier pour cette fois-ci la forme de l’Innu Meshkenu.

Comme prévu, nous allons arpenter les territoires algonquins et cris de l’Abitibi, de la Baie-James et de l’Eeyou-Istchee en février 2014. À cause du mauvais temps, nous avons malheureusement dû annuler notre visite de retour dans les communautés de Pakuashipi et Unamen Shipu, visitées il y a de cela presque 3 ans; mais ce n’est que partie remise. Par la même occasion, nous nous rendrons pour la première fois dans les communautés de Matimekosh et Kawawachikamach, où je visiterai les écoles. Nous en profiterons aussi pour amorcer les préliminaires de la marche d’hiver 2015 durant laquelle nous marcherons de Matimekosh à Kawawa puis Kuujjuaq.

Le 23 février, nous nous rendrons à Opitciwan. Nous assisterons à la finale du tournoi de hockey. Le lendemain matin, nous irons visiter les jeunes des écoles de la communauté. Nous marcherons les premiers kilomètres de la marche Moteskano organisée par la communauté d’ et soutenue par Innu Meshkenu. En soirée, nous prendrons la route vers le centre d’amitié de Senneterre pour un repas en compagnie des membres et nous quitterons pour nous rendre dans la communauté de Pikogan. Rencontres avec les jeunes dans la matinée, marche dans l’après-midi et rencontre avec les membres de la communauté en fin de journée sont au programme!

N’allez surtout pas croire que je n’ai rien fait durant mon arrêt forcé à Sept-Îles! J’en ai profité pour visiter les jeunes des écoles ici même; j’ai même revu les visages familiers de jeunes de l’école de Pakuashipi par vidéoconférence!!

Alors, j’espère que j’aurai la chance de vous rencontrer tous durant ce périple bien spécial!

19 Février 2014 – Jour 3 – Schefferville-Matimekush

Jour 3 - Schefferville-Matimekush

… Hier, après mon appel conférence avec les jeunes de Pakuashipi, l’ennui m’a assailli… J’avoue d’emblée que c’est difficile ces temps-ci et mon énergie est plutôt basse. Une foule de choses, le travail… les responsabilités font que le fait de ne pas marcher sur une longue période me manque énormément et me déstabilise. Je me rends compte que je suis dépendant de ces marches qui sont des occasions formidables pour me recentrer, refaire le plein physique, mental et émotionnel.

Donc, après ma journée, j’ai eu très envie de voir mes filles. J’ai loué une voiture et je suis parti pour Baie-Comeau où j’ai soupé avec Chloé et voir aussi Sophie à qui j’ai remis un cadeau d’anniversaire pour ses 18 ans. Je suis fier d’elles… et je les aime tant! Après quelques heures, j’ai repris la route pour Sept-Îles…

À mon retour à Sept-Îles mardi soir, je suis allé prendre une bière au Bar Edgar, question de relaxer. J’ai eu la chance de discuter et parler de Compostelle avec Nadia, la serveuse. Il y a vraiment un sens dans chaque rencontre, car celle-ci m’a permis de revenir sur la genèse du projet Innu Meshkenu.

… J’ai bien dormi.

Après le déjeuner de mercredi matin, j’avais une entrevue avec Radio-Canada Ontario pour discuter d’un projet de jeunes autochtones sur la fierté identitaire; j’ai mentionné notre marche de Matawa à Nippissing qui aura l’été prochain. Je me suis ensuite préparé pour prendre un vol d’Air Inuit vers Schefferville où j’étais attendu par un comité de réception formé des membres de la communauté. Nous avons rencontré le conseil de bande et la vice-chef, Mme. Aster avec qui nous avons parlé des jeunes et de notre projet pour l’hiver 2015 de marcher Matimekush vers Kuujjuaq, ce qui les a emballés! Un beau projet innu, naskapi… et inuit! Un projet de grande préparation physique, mentale….. et financière!

On a rencontré aussi les professeurs de l’école de Matimekush. Nous avons parlé de la persévérance et de ma perception de l’éducation. Je sais que, même si je suis médecin, je crois qu’il est plus important d’investir en éducation qu’en santé; quand on améliore l’éducation, la santé va de pair.

Pour la persévérance, il est certain que les jeunes sont inspirés, mais les professeurs doivent être inspirants, les parents doivent encourager leurs jeunes pour nourrir cette persévérance nécessaire pour finir les études. Les maladies guettent les populations de faible niveau socio-économique.

De plus, il est important que les jeunes autochtones soient éduqués en valorisant l’identité, l’histoire, la culture autochtone pour que ceux-ci puissent se projeter dans le futur sur des bases solides.

Merci à tous de Matimekush pour votre accueil et votre amour!

J’ai rencontré aussi les ainés et les intervenants au dispensaire. Je leur ai parlé de ma visite en 1996. Nous avons ensuite soupé de caribou, de banique et de gâteau aux petits fruits rouges! Merci à tous pour ce si bon repas!

J’ai visité le nouvel aréna où il y avait une centaine de jeunes qui patinaient. Nous avons été gâtés de cadeaux. Je remercie tout le monde de Matimekush! Vous êtes si généreux!

20 Février 2014 – Jour 4 – Des rêves innus et naskapis!

Jour 4 - Des rêves innus et naskapis!

Nous avons passé la nuit à l’hôtel Innutel de Schefferville, nouvellement bâti et, ma foi, très confortable et bien décoré! Le personnel est très courtois et surtout patient! Miguel, le directeur adjoint, a dû me refaire 3 ou 4 cartes magnétiques. Ça ne sert à rien, je les perds toujours!

Après déjeuner, nous nous sommes rendus à l’école Jimmy Sandy Memorial de Kawawachikamach. Les élèves, Innus et Naskapis, étaient très attentifs et réceptifs à ma présentation qui, soit dit en passant, a été donnée dans les 2 langues : innu et anglais … j’avais aussi l’aide d’une interprète pour le naskapi. Les jeunes écoutaient leur professeur qui traduisait en naskapi, car ils ne comprennent pas encore parfaitement l’innu et l’anglais. Les enfants étaient très intéressés; ils savouraient chaque mot, posaient beaucoup de questions et voulaient tout savoir! Je leur ai bien dit que je reviendrais les voir l’an prochain juste avant de partir vers Kuujjuak.

En nous rendant ensuite à Schefferville, nous nous sommes rendus au bureau de poste pour saluer Line Mackenzie qui avait marché avec moi au Labrador. Nous étions très heureux de nous revoir. Elle m’a fait part de son intérêt à se joindre à nous pour la marche d’hiver 2015.

Nous avons ensuite diné au restaurant de l’hôtel où nous ont rejoint Gloria et sa fille Alexandria, une étudiante secondaire 5 de Kawawachikamach, qui veut aller en médecine. Nous avons mangé ensemble et je lui ai donné des conseils… de ne jamaisabandonner… de persévérer, car ça peut prendre du temps. Et je lui donne l’exemple de ma collègue Dr. Darleen Kitty, médecin crie de Chisasibi qui a essayé d’être admise en médecine 5 ou 6 fois avant de réussir. Elle est maintenant présidente de l’association des médecins autochtones du Canada. J’encourage la jeune fille à persévérer; je serai vraiment fier de graduer la première médecin naskapie!

Après une petite entrevue à la radio communautaire, nous nous rendons de nouveau à l’école de Kawawachikamach où une trentaine de marcheurs innus et naskapis nous attendent pour marcher vers Matimekush, soit une distance de 15 kilomètres. Plusieurs sont enthousiasmés par la marche d’hiver 2015, un trajet de 500 km vers Kuujjuaq. Des ainés partagent avec nous leur expérience de marche sur ce chemin ancestral. Ils nous disent que c’est un chemin inspirant, plein d’énergie des ancêtres. L’ancien poste de traite, Fort MacKenzie, se trouve à mi-chemin sur notre route. Plusieurs veulent nous accompagner!

Je rencontre Bobby, qui décide de marcher quelques kilomètres. Il travaille pour le traitement des eaux et connait très bien Guy Bacon dit ‘Vachon’ en raison de son penchant pour les gâteaux Vachon! Et je lui raconte Guy a marché avec nous un bon 1000 km. Bobby me raconte qu’il s’entraine assidûment et qu’il a perdu une centaine livres! Il aime la marche et la course; il aimerait bien faire partie de l’équipe de l’hiver 2015.

Et je vois arriver, accompagnée d’un de ses fils, Mme. Mackenzie, la mère d’Armand Mackenzie, qui est avocat. Elle a été opérée à la hanche il y a quelques mois à l’âge de 87 ans. Elle fait un petit bout de chemin avec nous, canne à la main. Elle me dit : « Je m’excuse! Je marche trop lentement pour toi! » Une femme d’un grand courage, une femme formidable!

Martin Lalo, de la Romaine, me rencontre à Matimekush vient faire quelques pas avec moi. C’est un ami de longue date qui a habité à Pessamit lorsque j’y étais!

Et je reviens à l’hôtel, pour relaxer un peu… et regarder la fin du match de hockey Canada/États-Unis des femmes. Une médaille d’or arrachée en prolongation! Je n’aurais pas pu écouter le match en entier, c’est trop stressant!!… Et je dois bien dormir ce soir pour être frais et dispo demain.

21 Février 2014 – Jour 5 – Rencontres inspirantes… et médailles olympiques!!

Jour 5 - Rencontres inspirantes... et médailles olympiques!!

Je me suis levé ce matin en entendant la bonne nouvelle que nous avions 2 nouvelles médailles olympiques! Fabuleux réveil! Tout en écoutant les reportages de Sotchi, je me suis préparé et j’ai rejoint Jean-Charles, le coordinateur du projet Innu Meshkenu, pour déjeuner et parler de la journée à venir.

Aujourd’hui, nous sommes attendus par les jeunes et le personnel de l’école de Matimekush… 7 groupes d’élèves de maternelle à secondaire 5. Je dois dire qu’ici un défi psychique, mental et psychologique…. et par-dessus tout, linguistique m’attend : 7 présentations données en innu et en français simultanément! Un défi éprouvant à l’extrême et très exténuant! De transmettre sa passion intensément, dans les 2 langues demande des forces surhumaines! Toutefois, l’effort fut bien récompensé; les jeunes ont démontré un intérêt sans égal et étaient très réceptifs à mon discours. Je suis heureux et comblé de voir que mon message porte et touche le cœur et l’esprit de plusieurs. Certains sont très émotifs après la rencontre… d’autres viennent nous voir, veulent nous parler un peu plus longtemps. Quand je pense que mon but premier dans cette aventure était d’inspirer un ou 2 jeunes de chaque communauté… Le résultat s’avère exponentiel!

Nous sommes allés nos bagages à l’hôtel avant de rejoindre le chef de Kawawachikamach, Noah Swappie avec qui nous avons mangé en discutant de l’éventuel engagement de sa communauté lors de la marche de 2015…… Tout en jetant un œil sur le match de hockey Canada / États-Unis. Notre discussion nous permettra de développer sur des bases fiables l’organisation de cet évènement qui brillera par le partenariat entre Naskapis, Innus et Inuits.

Nous quittons le chef et nous rejoignons une trentaine de personnes, étudiants, professeurs de l’école de lac John pour une marche de 3 kilomètres en direction de l’aéroport. Durant le grand cercle de partage, je livre mon message… que je souhaiteque chacun réalise ses rêves sans se décourager. J’ajoute que je reviendrai les revoir l’an prochain pour une plus longue marche…. et ainsi passer de la parole à l’acte. Et nous entreprenons notre marche vers l’aéroport où nous nous embarquerons pour quitter vers Québec.

Une fois à bord de l’avion, une belle surprise m’attendait. Dans l’avion à côté de Jean-Charles et moi étaient assises deux étudiantes inuites de Kuujjuaq et leur accompagnatrice Donna Davis. Elles étaient en route pour Ottawa; elles se rendaient à la mini-école de médecine de l’Université d’Ottawa. Cette mini-école est née d’une idée que j’avais eue lors de mon passage à cette université en 2006 et qui a été reprise par Dr. Kitty. Et je leur dis de saluer le Dr. Kitty pour moi. Je leur donne de l’information sur le programme de médecine… quelles démarches suivre pour entrer dans les différents programmes universitaires québécois. En parlant, Diana, une des deux étudiantes, mentionne qu’elle connait Joé Juneau et qu’elle joue au hockey! Enthousiasmée, elle me dit vouloir continuer ses études à Montréal l’an prochain et jouer au hockey! Quelle rencontre inspirante!

À bord de l’avion nous rencontrons aussi le responsable aux études collégiales de la corporation Kativik, un certain Jason avec nous avons parlé des défis de l’éducation pour nos peuples.

J’aimerais remercier la communauté de Matimekush et Kawawachikamach pour l’accueil chaleureux et inoubliable! Ce n’est qu’un au revoir….. On se revoit sans fautes, l’an prochain!

22 Février 2014 – Jour 6 – Bonjour Opitciwan et Senneterre!

Jour 6 - Bonjour Opitciwan et Senneterre!

Dimanche nous avons quitté, Jean-Charles et moi, Chicoutimi en direction d’Opitciwan. Nous sommes accompagnés d’Annabelle Fouquet qui est là pour filmer, prendre des photos et écrire des articles. En arrivant vers 15 h, nous nous sommes dirigés vers l’aréna où se tenaient les finales d’un tournoi de hockey. On y reconnait avec plaisir plusieurs visages familiers, celles de marcheurs des marches antérieures. Des visages qui rappellent de bien beaux souvenirs!

Nous étions hébergés chez Ginette Awashish où nous avons soupé en compagnie de son conjoint, Larry Cleary, et de ses frères Jacquelin, Adélard et Roselin qui avaient marché avec nous il y a deux ans. Ils se préparaient à faire la marche Moteskano prévue pour le lendemain. Ginette avait cuisiné pour nous un délicieux souper de mets traditionnels. Merci à Ginette pour son accueil inégalé! C’est vraiment apprécié!… Et fatigués de cette exténuante journée, nous nous quittons pour la nuit.

Au  petit matin, nous levons et déjeunons. Je dois rencontrer les jeunes de l’école primaire tout à l’heure! 390 étudiants que je verrai en trois groupes. Je ne me lasse pas de partager mon expérience, de les encourager à poursuivre leurs rêves… Et c’est tellement valorisant de voir ces grands yeux curieux, avides d’en savoir plus!

Nous prenons une pause entre deux rencontres pour nous rendre au départ de la marche Mostekano; 50 à 60 personnes sont à la ligne de départ. Ils marcheront 2 semaines; 300 kilomètres au nord du réservoir Gouin. Je les rejoindrai plus tard, car je dois auparavant me rendre à l’école secondaire Mikisiw. Là m’attendent une cinquantaine de jeunes de secondaires 3 à secondaire 5. C’est toujours un grand plaisir à cet âge; mes présentations prennent souvent l’allure d’une discussion! On me pose beaucoup de questions, ce qui démontre bien l’intérêt qu’ils portent à mon projet! Les jeunes ont des cadeaux pour moi; on m’offre un t-shirt signé par tous et une grande photo de moi lors de mon dernier passage ici! J’ai aussi reçu des beignets attikameks de la directrice, Annie! Kitci mikwetc à tous!

Et c’est en motoneige que nous rejoignons les marcheurs Moteskano pour les accompagner durant quelques kilomètres… Nous avions amené nos raquettes! Nous marcherons donc un 5 kilomètres ensemble… un 5 kilomètres que je savoure! La marche me manque tellement! Je tire le traineau de William sur 1 ou 2 kilomètres… avant que la motoneige des policiers d’Opitciwan nous ramène à la communauté. Assis derrière le conducteur… je me retourne et je regarde la belle file indienne à travers la forêt enneigée… J’aurais tant aimé rester!

Nous devons quitter pour Senneterre. Nous saluons tout le monde pour le bel accueil. Le chemin vers Senneterre est difficile; seules deux traces de roues ponctuent la route! Rien n’est dégagé sur une distance de 90 kilomètres! Nous arrivons finalement au Centre d’amitié de Senneterre vers 17 h 40… On nous y attendait depuis 17 h! Je livre alors un témoignage, en anglais et en français… très intense! Nous partageons un souper avec tout le monde… Un bon repas… et un gâteau sur lequel on peut lire wachiya (bienvenue en langue crie). C’est avec surprise qu’on nousremet un chèque de 500.00 $, montant ramassé lors du raquette-O-thon. KITCI MIKWETC à tous!!! C’est tellement généreux de votre part!!! Plusieurs jeunes restent avec nous pour parler un peu plus… Et nous quittons pour Amos, où nous passerons la nuit.

23 Février 2014 – Jour 7 – Forces… et faiblesses humaines

C’est après avoir pris un bon déjeuner avec Jean-Charles et Annabelle chez Tim Horton, que nous nous sommes rendus à l’école primaire Migwan de Pikogan où trois groupes m’attendaient. J’avais vu les élèves l’an passé; je décide de mettre leur mémoire à l’épreuve… « Quel est le message que je viens vous apporter? » Et ils me répondent en cœur haut et fort : « IL FAUT CROIRE À NOS RÊVES!! »… ce qui me rend heureux! Je leur montre alors le bâton de marche, le bâton des 2,000 rêves, en leur disant que des milliers d’enfants ont confié leurs rêves à ce bâton! … On prend et l’on examine consciencieusement le bâton tour à tour pour voir si on peut voir les rêves, on se le passe tout doucement, sans se bousculer, avec respect même…. la candeur des enfants est si désarmante parfois!

Je parle avec les professeurs qui sont aussi très contents de voir que déjà je reviens. Les enfants sont excités par notre visite; je vois Isaac, qui montre bien son plaisir de notre présence! C’est Stanley Vollant! C’est Stanley Vollant!! Et nous entreprenons une marche autour des rues de la communauté… Ils sont si contents de marcher avec moi, se passant le bâton…. et savourant chaque moment!

Je retourne à l’hôtel où je dois travailler dans ma paperasse un peu… Mon état de fatigue se généralise….. Mon niveau d’énergie est terriblement bas… Je me sens vidé…. physiquement, mentalement et émotionnellement… J’éprouve des difficultés à rester dans le présent… Un rien m’accable. Malgré toutes mes connaissances, je ne suis qu’un humain avec aussi des faiblesses! Il me faut penser aussi à moi, faire en sorte que mes forces se régénèrent… Sans quoi comment puis-je passer aux autres une énergie que je n’ai pas? Je travaille…. et je dois travailler sur moi. Je pars donc faire un trajet à la course… Le jogging a toujours eu un effet bénéfique sur moi… c’est le meilleur moyen de me débarrasser des angoisses, de l’anxiété… du stress. Alors, nul besoin de vous dire que mon trajet à la course m’a fait le plus grand bien!

Nous avons ensuite pris le dîner traditionnel avec les ainés. Des élèves de l’école, dirigés par l’enseignante Mélanie Kistabish, nous ont offert un petit récital de trois chansons. Des enfants qui chantent, c’est magique! Des gens du Centre d’amitié de Val-d’Or sont venus nous rejoindre pour partager le repas et participer à une petite marche de 11 kilomètres organisée par Tchamo Mwatt, dans l’arrière-forêt de Pikogan…

Nous participons ensuite à une réception à la salle communautaire où des jeunes du secondaire et des ainés nous attendent. On mange… on jase avec tout ce beau monde. Je discute avec M. Albert Mwatt, un monsieur de 89 ans; il est accompagné de 4 générations de ses filles et sa sœur Élisabeth. Nous passons un bon moment! Merci à Tchamo et la communauté de Pikogan.

… Et nous prenons la route vers… Amos… à demain!

24 Février 2014 – Jour 8 – … En passant par Waswanipi!

Jour 8 - ... En passant par Waswanipi!

Nous sommes arrivés ce mardi soir à 22 h 30 à Waswanipi; le président du Conseil des jeunes, Ryan Trapper, nous attendait pour nous amener au site du campement des Cris. Là, j’avais cru comprendre que l’on passait la nuit dans un chalet; et bien….. c’était une TENTE! J’ai l’habitude de coucher dans des campements des plus rudimentaires, mais cette fois-ci, je n’avais pas l’équipement adéquat pour le faire… j’avais avec moi mon sac de couchage d’automne! Nous y avons été reçus par Alan Cooper, le responsable des expéditions cris et organisations de plusieurs marches, qui lui ne craint aucunement ce -35 que nous devions affronter ce soir avec son équipement hivernal. Pour vous dire, Jean-Charles, qui n’a jamais froid, s’est levé 5 FOIS pour chauffer le poêle, car lui aussi n’avait que son sac de couchage d’été! Nous étions complètement gelés… Je ne suis pas arrivé à me réchauffer de toute la journée! Quelle expérience!

Après un déjeuner plus que copieux, où tout est bon, nous avons rejoint un groupe de jeunes et leur leader, John Dixon, qui nous attendaient. Je leur dis que je suis honoré de venir marcher ce 16 kilomètres avec eux sur l’Eeyou Istchee, le territoire cri….

eeyou = humain…..

innu = humain……..

irinew = humain…….

Les trois mots cri, innu et attikamek, mots cousins issus d’une même souche veulent tous les trois veulent dire humain!

Après une prière à Kitche Manitou, nous entreprenons notre marche. Il fait froid; — 30 degrés! Je marche avec mes lunettes de skis au visage; j’ai les yeux qui gèlent! Après un quelque temps, nous marchons sur le lac Renaud. Alan, qui marche près de moi, me dit : « Vas-y… Prends la tête de file… Va devant! » J’ai marché durant 3 kilomètres accompagné de Phili, la chienne husky d’Alan, et d’un autre chien. Quel honneur il m’a fait!!

Vers midi, nous arrivons à un campement où nous attendent des ainés, la présidente du Conseil culturel cri, Diana Read, et où nous pouvons nous restaurer. Un bon feu, un bon goûter de soupe au poulet et nouilles, des sandwichs, et….. de la pizza à l’orignal nous sont offerts! Un vrai délice! Et nous continuons notre marche….. rassasiés.

Nous continuons pour encore un bon 6 kilomètres…. Et nous sommes accueillis au chalet communautaire par un bon groupe de personnes, dont le chef Paul Gull de Waswanipi. J’y fais une présentation devant de jeunes adultes et des ainés; je remercie grandement la communauté de Waswanipi dont les marcheurs, Alan et John, pour m’avoir accepté comme un des leurs, pour m’avoir laissé la tête de file, qui pour moi, est un gage de confiance! Je suis honoré! Et je reçois de John un cadeau… Une pelle d’hiver crie sculptée à la main…. un héritage reçu d’un défunt, signé par tous les marcheurs… Je suis touché, car c’est un cadeau  porteur de sens! MEEGWETCH!! MEEGWETCH!!

Et nous avons droit à un festin traditionnel ou la viande de bois est à l’honneur! Je mange du castor et de la queue de castor… un met par excellence pour les Autochtones! Le castor, pour nous, c’est l’équivalent du veau ou de l’agneau pour la population générale. Une viande riche, raffinée, hypercalorique… et médicamentée. Je dois expliquer que les animaux sauvages se nourrissent de ce qui nous sert de médicaments à nous, les Autochtones! Ces animaux sélectionnent leurs aliments, se nourrissent de plantes, d’écorce d’arbres, ce qui leur confère des vertues médécinales. Les rognons de castor ont une grande valeur en ce sens. On y a reconnu pas moins de 40 produits reconnus et retrouvés en pharmacie moderne. Et que dire du dessert et de nipishapu….UN FESTIN DE ROI!!! On nous offre encore des cadeaux : une tuque, une montre et un couteau croche, outil traditionnel excellence, de survie. On peut tout faire avec un couteau croche!! Nous sommes reçus comme des rois! Vous êtes si généreux!! … L’ainé fait la prière, remercie kitci Manitou pour tout…

Je me souviens que mes grands-parents appelaient le peuple cri « les Innus de la Baie-James »; ils se rencontraient sur les territoires de chasse qui se chevauchaient. On y parlait une langue commune, « nutsheniu aimu », la langue de la forêt. Je crois que cette langue est en fait l’ancêtre, la langue source de nos langues autochtones respectives, car on trouve beaucoup de similitudes entre elles. Une langue qui a évolué selon la sédentarisation des communautés.

….MEEGWETCH PEUPLE CRI…..Je reviendrai dans deux ans pour marcher l’Eeyou Istshe, de Pikogan à Waswanipi, Oujé-Bougoumou à Mistissini.

25 Février 2014 – Jour 9 – Avalanche de câlins waswanipiens!

Jour 9 - Avalanche de câlins waswanipiens!

…. Avec la nuit sous la tente et le frisson qui m’a assailli toute la journée, j’étais aux anges de voir qu’il y avait une baignoire dans notre appartement pour la nuit. Nous passions la nuit dans une résidence pour le personnel médical en transit à Waswanipi; ce sont des logements attitrés aux gens qui viennent pour travailler pour la communauté durant un court laps de temps. Alors….. J’ai pris un long bain… pour relaxer mes muscles endoloris et ma hanche qui me fait souffrir. J’ai pu ensuite faire une série d’étirements pour m’aider à bien dormir… J’EN AI TANT BESOIN!! Toutefois… Il y a un bruit tonitruant qui pourrait bien saboter ma nuit de sommeil : Jean-Charles dort depuis 21 heures et il RONFLE! ….. Mais je suis si fatigué que je ne tarde pas à en faire autant!

Au matin, nous nous préparons et nous rendons au Centre des ainés pour déjeuner avec Alan Cooper, John Dixon, des marcheurs rencontrés hier et plusieurs ainés avant de nous rendre à l’école primaire de Waswanipi. Là, nous rencontrons les petits jusqu’aux grands de sixième année. Accompagnés du directeur, Michel Brancheau, nous visitons les petits de la maternelle et pré-maternelle qui sont pleins d’amour etd’affection. Ils sont très faciles à faire réagir; je n’ai qu’à leur crier : « Comment allez-vous?? », et ils me crient : « GOOOOOD!!! »… Je leur parle des rêves… du bâton des 2000 rêves… On parle de leurs rêves….. La présentation se déroule formidablement bien… tant que j’ai droit à une avalanche de câlins et de colleux!! Je visite ensuite les autres cycles en trois groupes. C’est une magnifique école! Propre, chaleureuse… bien équipée! J’aime particulièrement la belle agora où l’on peut rencontrer tout dans un confort inégalé.

On se rend ensuite à la dispensaire, un autre bel endroit! On y rencontre le directeur, Alan Moar. On rencontre le personnel médical et non médical. Je rencontre aussi un jeune étudiant de médecine de troisième année de Mc Gill qui fait un stage de 1 mois ici. Une expérience qui démystifie le travail en région et donne le goût de venir pratiquer en région et en communauté. Avec les étudiants en stage, il y a un toujours des médecins à la clinique, on ne voit pas de problème de manque de médecins. Un bon moyen de démontrer que la pratique en région n’est pas toujours négative. Il y a aussi un dentiste… La clinique a pour projet de travailler à la prévention du diabète… Une belle clinique, bien équipée et dynamique!

On retourne au Centre des ainés pour un dîner d’orignal et de doré avant notre visite de l’école secondaire. Ici, 160 jeunes en 4 groupes nous attendent. Je leur raconte l’histoire de ma vie et des rêves, mais je leur dis surtout d’éviter la drogue et l’alcool qui peut transformer les rêves en cauchemars… Je leur parle des gens que l’on connait qui ont été fortement affectés par ces fléaux pour éviter les problèmes… de ma mère qui en est décédée… qu’il faille faire courageusement face à l’adversité; qu’il ne faut pas oublier que le soleil se lève même après la plus noire et la plus longue des nuits! Et nous partons marcher dans la communauté tous ensemble en suivant le camion de pompier!

J’ai dit aux jeunes que dans 2 ans, je reviendrais les voir lors de la marche Innu Meshkenu d’hiver 2016 pour laquelle nous avons rencontré les communautés et la grande nation crie pour nous assurer de leur appui pour l’organisation. Rien ne vaut une visite en personne pour établir des bases solides.

Et nous quittons en direction d’Oujé-Bougoumou….. pour la dernière étape de notre périple de l’hiver 2014.

1 Mars 2014 – Jour 10 – « Nutsheniu aimun »… La langue des frères!

Jour 10 - « Nutsheniu aimun »... La langue des frères!

Nous sommes arrivés à Oujé-Bougoumou ce jeudi soir, village très particulier par son urbanisme très autochtone; ici, les rues sont orientées de façon à ce qu’elles convergent toutes vers les infrastructures communautaires situées au centre de la communauté. Les édifices y sont magnifiquement uniformes et resplendissent par leur architecture exclusive et unique.

Nous nous installons au Capissisit Lodge, un magnifique endroit. Nous y rencontrons le chef Reggie Neeposh, qui nous assure de la collaboration de sa communauté quand nous reviendrons en 2016. Plus tard, nous discutons avec la directrice des services communautaires, Sarah Imrie et son conjoint Rob au sujet des rencontres du lendemain et de la manière dont on pourrait améliorer ces rencontres lors de notre prochaine visite.

Le vendredi matin, après notre déjeuner, nous nous rendons dans les écoles primaires et secondaires pour nos visites maintenant habituelles avec les jeunes de la communauté, MA transfusion d’énergie. Malheureusement, plusieurs sont absents dus à la semaine culturelle et à des tournois de hockey. Ceux-ci qui sont présents ne manquent toutefois pas d’intérêt, sont très attentifs et réceptifs à mon message de persévérance. Au terme de notre visite, Jean-Charles et moi rentrons à l’hôtel pour travailler un peu sur nos dossiers.

Le dîner a lieu à la Maison des ainés; nous y sommes accueillis par John David Miamscum, un homme de 84 ans qui nous salue en innu… et il me mentionne qu’il connait l’innu, car c’est le langage qu’il parlait jadis dans la forêt! NUTSHENIU AIMUN!!! La langue de la forêt!! Je partage mon histoire et mon discours avec les ainés présents… en innu! Je parle plus lentement et l’on me comprend!

Nous sommes ensuite attendus au musée. FASCINATION ULTIME!! La beauté de l’endroit, la quantité et la qualité des artéfacts sont incroyables! À VISITER!! Pour un Innu comme moi, ce musée revêt un intérêt distinctif…voir émouvant, car on décèle dans les artéfacts de territoires….. Des cultures contigües, des cultures presque jumelles!! On rencontre Kevin Brosseau, un linguiste autochtone de Waswanipi, qui m’explique qu’il y a beaucoup de similitudes entre la langue cri et l’innu… que les ainés cris se disent ‘eenou »; certains phonèmes sont retrouvés d’une langue à l’autre….. On retrouve également des similitudes dans l’art; des  motifs d’une ressemblance frappante à ceux retrouvés chez les Cris, les Innus et même, les Naskapis! À l’origine, nous fréquentions tous les mêmes territoires; ce qui nous différencie maintenant s’est établi avec la venue des postes de traites et la sédentarisation de nos peuples… À l’origine, nous sommes donc TOUS FRÈRES! Voilà qui devrait nous unir! Se concentrer sur nos racines originaires communes, voire identitaires… pour se rassembler… eh non se diviser! …. Et je repense à la prière des ainés cris de la Saskatchewan durant laquelle on remercie Itche Manitou en disant « Tshinishkumetin” qui veut dire MERCI en innu!!! On l’utilise d’un océan à l’autre! Nous sommes originairement FRÈRES! Un langage commun… une culture commune… Un bagage identitaire collectif IMMENSE! …

Avant notre départ, nous sommes conviés à un grand festin; du caribou, du castor, de l’outarde, de la banique… et une panoplie de desserts font foi d’un partage sans équivoque. Je m’entretiens avec les ainés; je leur dis comment ma grand-mère appelait en innu…. ils traduisent en riant : “Ahhhh! Tête de cochon!”…. et ma mère lorsque j’étais petit : « Ohhhh… le mignon »….. et le nom qu’on donnait à ma mère….. ils répondent : « Ahhhhh…. la belle femme!! » …..Un partage unique!! J’ai ADORÉ CETTE RENCONTRE!!! Quel élément crucial sont les ainés pour nos communautés! Les ainés sont porteurs de notre passé….. Transmetteurs de notre langue et notre culture….. de notre IDENTITÉ!! Il serait si important que nos jeunes soient imprégnés de ces précieuses connaissances, leur offrir ces richesses qui nous rassemblent tous et ainsi, les rendre fiers de leurs racines!

Nous devons reprendre la route vers Chicoutimi en début de soirée….. Je serais resté plus longtemps. Quelle conversation enrichissante!!! Toutefois, je sais que je reviendrai très bientôt!

TSHINUSHKUMETNEU MES FRÈRES CRIS!!!! MEEGWETCH!!!