10 - DE RAPID LAKE À NORTH BAY

DATE DU DÉPART : 20 SEPTEMBRE AU 11 OCTOBRE 2013

LIEU DE DÉPART : RAPID LAKE

LIEU D'ARRIVÉ : NORTH BAY

DISTANCE: 635 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 3993 KM

RÉSUMÉ DE LA MARCHE

Automne 2013 – D’autres frontières seront traversées durant cette étape, soit celles de l’Ontario. Ce périple nous mènera de Rapid Lake à North Bay sous un temps trop souvent pluvieux, qui complique notre périple. Nous visiterons entre autres : Kitcisakik, Lac Simon, Val-D’Or, Pikogan, Rouyn-Noranda, etc.

Lire le journal de cette étape

1 Octobre 2013 – Jour 12 – Des cailloux bizarres sur ma route!

Jour 12 - Des cailloux bizarres sur ma route!

Hier, nous avons couché encore une fois dans le gymnase de l’école… et encore une fois, les ronflements se faisaient échos! J’ai décidé qu’au moins, je prendrais mes aises; j’ai emprunté un de ces grands matelas à gymnastique et l’ai combiné à mon nouveau matelas pour m’assurer d’un confort que je n’aurai sans doute pas demain. La nuit fut quand même bienfaitrice. Au matin, nous déjeunons copieusement; quelques conseillers de la Ville sont parmi nous. Suzanne nous gâte ce matin; elle a cuisiné des fèves au lard à la perdrix! Tout le monde s’en délecte! Toutefois, je me contente d’un toast et un gruau.

Le conseil de bande nous achète une vingtaine de t-shirts et casquette « Innu Meshkenu » et me demande de les dédicacer. Ils seront attribués tout au long de l’année durant différents évènements. Et il est temps de partir. Une surprise de taille nous attend : une haie d’honneur formé des enfants de l’école primaire de Pikogan nous mène vers l’autobus! C’est excessivement touchant!! Les enfants scandent mon nom et nous demandent de rester! Les gens en ont les larmes aux yeux; ils ont vraiment apprécié notre présence!… Et ce fut réciproque! Pikogan est une belle communauté, forte et équilibrée et ce fut un séjour fabuleux!

Éric, Jean-Charles et moi nous rendons vers l’école St-Thérèse d’Amos, établissement primaire privé. Nous rencontrons trois groupes de jeunes. Les élèves sont majoritairement allochtones. Je leur demande quelmétier ils veulent pratiquer, quels sont leurs rêves? Et je leur dis qu’il est important de parler plusieurs langues et je leur enseigne quelques mots Anishnabe : Kwei Kwei et meegwetch, pour pouvoir se parler entre voisins! Le bâton de marche magique est aussi très populaire ici! Tous accourent pour passer leur rêve au bâton! L’ainé Alexandre doit être fier de voir que son bâton est maintenant le « bâton des mille rêves “. Nous allons à l’extérieur pour, tous ensemble faire un bout de marche autour du carré de l’école, l’équivalent d’environ un kilomètre. Et c’est le départ; les jeunes me font des « top-là’, on me sert la main.

Je me rends ensuite à la radio boréale pour enregistrer une entrevue qui sera diffusée demain à travers le réseau abitibien. Et une autre école m’attend : l’école secondaire Kodiac où je suis interviewé par Joanie, journaliste pour le journal étudiant. On m’invite ensuite à prendre la parole dans la salle de la vie étudiante où les étudiants étaient venaient sur une base volontaire. J’adapte mon discours; je leur raconte mon histoire… je leur explique comment, avec de la volonté, on peut réaliser tous ces désirs! Et le bâton a ici aussi un effet formidable! Et je quitte sous les applaudissements et les remerciements!

Nous devons faire des courses avant de reprendre la route. Éric a un urgent besoin de chaussures de marche et nous devons manger avant pour recommencer à marcher. J’arrive au site de marche à 14 h pour un 26 kilomètres. Il fait beau… Je marche seul… et je pense….

Je dédie ma journée aux gens de Pikogan pour leur grande gentillesse; que leurs enfants gardent cette inspiration qu’ils ont reçue longtemps pour qu’ils puissent continuer à embellir leur communauté. Aussi, je salue la nation mi’gmag de Gaspésie et du Nouveau-Brunswick. Je retournerai vous visiter dans quelque temps….

Et justement, je réfléchis en marchant sur l’importance de revenir… pour assurer un suivi significatif et rendre mon message plus fort. Je pense à l’importance d’une personne pour voir à ce suivi. Il y a déjà deux ans que j’ai commencé ma marche; j’avais promis de revenir. Il serait temps de consolider cet aspect du projet. Le retour dans les communautés visitées pour répéter le message qui encore plus beau et plus fort qu’il était il y a deux ans. Peut être serait-il temps de engager quelqu’un ou trouver un partenariat avec une organisation quelconque pour développer une liaison continuelle, inviter les écoles à nous suivre sur le site web et encourager le développement d’activités pédagogiques dans différents domaines d’apprentissage…. Pour que la flamme allumée perdure, le contact constant devient primordial.

….Au cours de ma réflexion, les kilomètres passent… Comme les camions! D’ailleurs, un camion me sort de mes pensées d’un seul coup! En passant près de moi, un des pneus éclate en morceau! Le temps de me retourner, j’en reçois un morceau dans le dos! J’ai la peur de ma vie! Heureusement, je n’ai pas été blessé!

Je continue à marcher…. et, tout au long de la route, je trouve des pierres avec des messages drôles dessinés dessus! Ce sont les cailloux comiques de Rob! Il a commencé cela hier et l’effet y est! Des cailloux ‘bonne humeur’ qui nous donnent du courage pour se rendre jusqu’au bout! Et je termine mon 26 kilomètres.

En arrivant au camp avec Jean-Charles, il y a déjà plusieurs personnes de Cadillac, de Pikogan, nous ont fait à souper. Plusieurs membres de la famille Polson, qui reviennent de Malartic, sont aussi des nôtres. Il y a aussi le candidat à la mairie de Rouyn-Noranda, Vyani Gxoyiya, venu nous saluer à la course! Un particulier qui n’hésite pas à nous aider à monter le camp! M. Réal Lacombe arrive avec le maire actuel de Rouyn-Noranda, Mario Provencher. La directrice de Village en santé, Mme. Denise Lavallée, est aussi présente.

J’ai troqué la tente de Jean-Charles pour une grosse tente Prospecteur chauffée, pour combattre l’humidité. Bonne nuit à tous!

2 Octobre 2013 – Jour 13 – Anniversaire et poutine

Jour 13 - Anniversaire et poutine

Hier, c’était l’anniversaire de notre marcheuse française, Frédérique! En plus de nombreux vœux, elle a reçu une variété de gâteaux qu’elle a partagés avec nous tous. Encore une fois, Frédérique, un bel anniversaire À TOI!

Donc, comme mentionné hier, j’ai dormi dans la tente Prospecteur chauffée avec quelques marcheurs qui s’occupaient de chauffer le poêle. Je dois dire qu’ils prennent leur tâche au sérieux, car il faisait TELLEMENT CHAUD!! Tant et autant que j’ai dormi le sac de couchage grand ouvert toute la nuit! Au matin, après avoir déjeuné et préparer le matériel, je suis allé faire un petit tour au restaurant le Routier 117 question de recharger les piles de mon cellulaire et de mon Ipad, et aussi de pour m’occuper d’affaires pressantes pour l’université.

Aujourd’hui, j’ai visité les jeunes de l’école Louis-Querbes de Cadillac. Cette fois-ci, je suis accompagné de plusieurs marcheurs : Éric, Gaétane, Brigitte, Shamo, Marc-André. Je rencontre les jeunes du primaire en premier lieu. Ici aussi, la magie opère; ils sont toujours aussi réceptifs! Des yeux allumés et toujours aussi empressés de passer leurs rêves dans le bâton de marche. Aussi, les jeunes de l’école secondaire de Malartic sont venus nous rencontrer ici même! Je partage mon expérience ici également. Je partage avec quelques étudiants; un jeune thaïlandais d’origine me dit qu’il aimerait bien entrer en médecine. Il avoue toutefois avoir quelques problèmes à maitriser son français. Et je l’encourage à persévérer même s’il a besoin de plus de temps… Une autre étudiante se demandait si elle finirait son secondaire. Jel’encourage fortement à le faire, car dans le cas contraire, les embuches à trouver du travail sont nombreuses. Je lui dis qu’elle a la chance d’être bilingue; finir son secondaire 5 lui ouvrira des portes, c’est certain. Nous nous rendons tous à l’extérieur pour une marche tous ensemble.

Nous retournons à la marche; il fait beau, mais nous avons un vent de face. Nous réussissons néanmoins à faire notre 26 kilomètres, qui se termine par une d’énormes côtes dont la ‘côte à Johanne’ très connue des gens de la région. Et nous marchons quelques kilomètres supplémentaires pour en avoir moins demain. Nous arriverons à Rouyn-Noranda et nous aurons plus de temps une fois là.

Nous revenons au campement en autobus; une bonne soupe nous y attend. J’ai un peu de temps devant moi et j’en profite pour me reposer un peu. On prépare du poulet barbecue pour souper. Toutefois, Frédérique sera initiée à la cuisine québécoise; un mélange de frite belge et de fromage français, avec une touche québécoise….. UNE POUTINE! Sophie l’a ramené d’Amos pour elle! Elle a apprécié!

Pendant que les autres marcheurs se préparent pour la nuit, Jean-Charles et moi en profitons pour nous rendre au restaurant; l’internet y est offert et quelques dossiers doivent être réglés.

Mes pensées aujourd’hui vont à mes enfants : Chloé, Sophie et Xavier que j’embrasse fort. Je dédie aussi ma journée au peuple abénaquis que j’ai vu en 2012. Le meilleur pour vous tous!

3 Octobre 2013 – Jour 14 – ROUYN-NORANDA, NOUS VOILÀ!

Jour 14 - ROUYN-NORANDA, NOUS VOILÀ!

Hier, après le montage du camp et le souper, Gloria de Pikogan est venue nous chanter des chansons traditionnelles en s’accompagnant de son tambour. Ensuite, nous nous sommes tous retirés dans nos tentes…. sans se faire prier! Nous sommes tous épuisés. Dans notre tente, je décide de prendre le contrôle du chauffage; je me lève toutes les heures et demie pour entretenir le feu. Je n’aurais pas de problèmes à me rendormir… si ce n’était de Jerry qui pense qu’il est temps de se lever chaque fois que JE me lève!!

Au matin, nous sommes tirés du sommeil par la musique! Jean-Charles a décidé de nous réveiller en douce! Après déjeuner, toutefois, sa musique est un peu plus rythmée! Besoin oblige!! On doit démonter le camp! Nous quittons vers 8 h 15; Paul, de Kino-Québec à Rouyn-Noranda vient nous chercher en minivan pour nous ramener à l’endroit où l’on a terminé hier.  Je marche d’un pas rapide… et je prends de l’avance. Je rencontre M. Guy Parent, installé depuis plusieurs années dans la région. Géologue de formation, il vit heureux avec sa famille; il jouit d’une vie plus simple, plus connectée avec la nature, ce qu’il apprécie. En marchant ensemble, il dit qu’il aime bien le projet et ses objectifs. Et pour finir nous découvrons que nous connaissons les mêmes gens; des amis à moi qui résident à Loretteville, voisin de Wendake en banlieu de Québec, sont parents avec lui! Le monde est petit!!

Je fais un arrêt à l’école de McWatters. Lucie, qui connait bien cette école pour y faire bouger les enfants, nous accompagne, Jean-Charles et moi. Mon message passe toujours aussi bien; le bâton magique est toujours aussi… MAGIQUE!! Les jeunes sont tellement intenses! C’est beau de voir leur dévouement dans la transmission de leurs rêves en tenant le bâton! C’est incroyablement beau de voir ce que l’imaginaire peut faire avancer les gens… être capable de se libérer du carcan cartésien pour se projeter au-delà du palpable pour réaliser ses rêves. J’ai droit aux câlins spontanés de plusieurs! Les petits me remercient… de la gratitude spontanée, une reconnaissance à l’état PUR!!

Nous retournons ensuite à notre marche. Je fais un bout de chemin avec Janet et Frédérique qui me demande s’il était possible que les gens ayant subi beaucoup de traumatismes affectifs souffrissent plus de diabète ou de maladies que d’autres personnes. Je lui réponds que je suis d’accord avec ce point. Ça me rappelle ce que m’avait dit un ainé Cri que j’avais rencontré en Alberta. Il m’avait dit : « Le diabète était plutôt rare dans l’ancien temps, mais depuis qu’ils ont retiré la douceur de nos vies, c’est beaucoup plus fréquent. » Une citation d’une grande profondeur.

 

J’entreprends une marche rapide avec Jerry, si rapide que nous arrivons à UQAT de Rouyn-Noranda deux heures à l’avance! Des étudiants du cégep nous ont montré la voie rapide! On s’installe et on mange… Je me rends à l’Hôpital de Rouyn-Noranda pour rencontrer ceux avec qui j’avais travaillé ce printemps. En les saluant, je leur fais l’annonce du projet « Scalpez Stanley » auquel ils pourront tous contribuer! Ils sont enthousiasmés par le projet!

Je retourne à l’UQAT où je donne ma présentation à un groupe d’étudiants et de professeurs. Je suis vraiment content; les réactions sont positives!… Et nous marchons vers la Place de la citoyenneté où nous sommes accueillis en grande pompe!!! Un tipi est monté, une tribune m’attend. Plusieurs personnes sont là pour nous accueillir : le vice-maire, M. Gauthier, le directeur des communications, Dr. Réal Lacombe, des représentants de l’Alliance autochtone… Il devait y avoir en tout une soixantaine de personnes. Différents discours sont prononcés; je parle également du projet à tous. Nous signons le livre d’or de la ville de Rouyn-Noranda comme de grandes personnalités de prestige! Un goûter s’en suit; nous savourons des produits de la région. Nous nous régalons tous! Pour terminer, un jeune artiste Anishnabe de la région, Sami, nous présente un spectacle de danse et de chants! Un jeune homme très doué et talentueux! Merci aux gens de Rouyn-Noranda pour votre chaleureux accueil!!!

Je me rends avec Jean-Charles chez mon ami, le Dr. Alex Viau, qui m’a invité chez lui pour passer la nuit; ce que je n’ai PAS refusé!! Après une bonne douche, il me présente son épouse et sa petite fille de trois mois… et leur chien, Taxi qui ne me « flairait » pas à mon arrivée!! Toutefois, la douche étant prise, elle est maintenant très amicale avec moi!! MERCI À TOI ALEX et à ton épouse, pour ta générosité et le confort dont je profiterai ce soir!

Je profiterai donc d’un bon lit douillet ce soir; la journée sera difficile demain. Je dédie aujourd’hui au peuple Cri, étant proche de leur territoire où nous marcherons l’hiver prochain. À mes frères et sœurs Cris, je pense à vous! Mon grand-père chassait avec les Cris sur le territoire Pipmuacan. Il a toujours eu de bonnes pensées à votre égard.

4 Octobre 2013 – Jour 15 – Des rencontres prévues … et surprise!

Jour 15 - Des rencontres prévues … et surprise!

Jean-Charles vient me chercher au petit matin. J’ai une entrevue à Radio-Canada radio à Rouyn. Nous arrivons à la station…. où il y a plusieurs hommes qui surveillent les environs. Je me dirige vers la porte avec mon bâton de marche; on me dévisage. Je me présente, « Dr. Vollant » en expliquant la raison de ma présence et…. Je rencontre la personne qui cause tant de surveillance : le ministre Bernard Drainville! Je le salue et lui souhaite bonne chance pour ses projets. Je comprends maintenant pourquoi tant d’effervescence si tôt le matin.

Après l’entrevue, nous rejoignons notre groupe à la Place de la citoyenneté, là où la marche s’est terminée hier. De nouveaux marcheurs sont parmi nous. Nous marchons donc dans les rues de Rouyn, accompagnés de voitures de police qui assurent la sécuritéjusqu’à la sortie de la ville. Avant de quitter la ville, je visite deux écoles. En premier lieu, l’école Notre-Dame-de-Grâce, une école primaire. J’y suis accueilli par la directrice qui fut une de mes patientes le printemps dernier! Quelle coïncidence! Elle est ravie de m’accueillir comme je suis ravi qu’elle se porte bien! Et je rencontre les élèves; je parle aux petits…. les rêves sont un si beau sujet de conversation! Ils sont à l’écoute… et, comme tant d’autres enfants, transfèrent eux aussi leurs rêves dans mon bâton de marche! Le deuxième arrêt est à école de formation professionnelle Niskamoon où l’on forme des travailleurs qui œuvreront dans les centrales hydroélectriques. C’est un programme instauré par Hydro-Québec. J’y rencontre de jeunes adultes qui se préparent consciencieusement à effectuer un travail digne et valorisant. Je leur parle de mon cheminement, du projet. Ils sont très attentifs et intéressés; le bâton a ici aussi son effet! Je suis fier de ces jeunes! Ils seront des modèles pour leurs communautés. Nous partageons un dîner durant lequel je signe plusieurs autographes sur les cartes Innu-Meshkenu.

Nous reprenons la route pour nous rendre à Beaudry, village au sud de Rouyn-Noranda. Là, 50 à 60 jeunes des Centres jeunesse de Val-d’Or et Rouyn-Noranda nous rejoignent pour faire un bout de route avec nous. Ils sont les bienvenus; après nos 22 kilomètres, ces jeunes sont une transfusion massive d’énergie et de jeunesse qui nous permet de faire le reste de notre trajet de 33 kilomètres d’aujourd’hui! Ils nous donnent des ailes!

Nous nous marchons en direction de Cloutier où,une fois arrivés, nous montons le camp.

Nous mangeons ensemble un goûter préparé par les Centres jeunesse, que nous remercions chaleureusement! Ensuite, je partage mon expérience avec les jeunes, je leur parle de l’importance des rêves…. Mon bâton de « mille rêves » en devient un de dix-mille; les jeunes des Centres jeunesse ainsi que leurs moniteurs y transfèrent aussi leurs propres rêves! Mon bâton de marche devient un contenant de rêves pour les enfants de 5 à 99 ans!

Nous nous préparons pour la nuit, qui sera froide. Je suis exténué et je tombe rapidement dans un profond sommeil…. j’ai même oublié d’appeler Ginette, pour le blogue du jour! Il faut avouer que marcher 33 kilomètres, c’est épuisant! Nous devons faire le plein d’énergie, car demain, nous marcherons entre 35 et 40 kilomètres!!

Je dédie mes efforts de la journée au peuple naskapi de Kawawachikamach; pour vous, frères et sœurs, je souhaite la santé et le meilleur pour votre communauté. J’envoie aussi mes prières et mes pensées à M. Fernand Cloutier, un de mes patients. Puissiez-vous être fort et garder une attitude positive en vue de guérison.

5 Octobre 2013 – Jour 16 – Petits cailloux, grands messages!

Jour 16 - Petits cailloux, grands messages!

Nous avons passé la nuit dans les tentes, au bord du lac. Jerry a mal dormi; il n’a pas pu rejoindre sa copine, qui est censée nous retrouver. Au matin, je dois soigner Brigitte qui a du liquide sous l’ongle de son gros orteil; je dois drainer et panser le tout. Je lui suggère de marcher avec des chaussures un peu plus grandes pour ses orteils pansés. Diane nous revient ce matin avec du café et des muffins Tim Horton, une gracieuseté du Tim Horton de Rouyn-Noranda! Un grand merci de nous tous!! Nous apprécions vraiment cette pensée!

Deux nouvelles marcheuses se joignent à nous aujourd’hui : France Hurtubise, une enseignante de Rouyn-Noranda, ainsi que Francine, une amie de Diane. Rachelle et Antony sont aussi parmi nous! C’est une magnifique journée! Pourtant, on nous prévoyait beaucoup de pluie….. C’est àcroire que mère Nature est de notre bord!! Nous nous rassemblons pour un cercle de partage pour officiellement accueillir nos nouvelles marcheuses dans notre famille…. prières de Shamo…. câlins d’encouragement… NOUS VOILÀ PARTIS pour un minimum de 35 kilomètres!

Je marche un bon bout de chemin avec France Hurtubise… Nous parlons d’éducation. France me dit que oui, des professeurs passionnés et engagés c’est important. Toutefois, la clé de la réussite est réside dans beaucoup plus! La clé de la réussite scolaire est un tout :

Des parents encourageants et impliqués

dans l’apprentissage de leurs jeunes

↓ 

Des jeunes motivés à s’investir dans leur apprentissage

↓ 

Des professeurs passionnés et engagés dans la transmission du savoir

↓ 

Communauté qui favorise l’éducation

Un seul élément manquant déstabilise cette « chaîne de l’apprentissage » et mène vers l’échec. Il faut donc engager chaque acteur pour assurer la réussite… Et j’entends soudain résonner les mots d’une personne de Mingan : « Ton projet est incroyable; tu donnes beaucoup d’espoir aux jeunes. Mais, si les parents ne sont pas derrière leurs jeunes, les rêves s’évaporent rapidement. » Il est donc primordial d’être conscientisés à cet effet; le succès des rêves en dépend!

…. En marchant, nous trouvons beaucoup de messages sur la route….. Des cailloux porteurs de messages….. des mots écrits à la craie sur le pavé….. Ce sont les traces de Rob!!! Des petits messages sur la thématique de la marche; des titres de chansons « Walk like an Egyptian », « Walk This Way »! Ces messages ne nous font pas seulement sourire, ils nous incitent à aller plus loin… nous donnent l’envie de voir quel sera le prochain mot d’encouragement!! Nous sommes presque des « petit Poucet » suivant les cailloux qui nous mèneront vers la ligne d’arrivée! Quelle belle initiative de sa part!

Je dédie nos efforts d’aujourd’hui aux frères et sœurs malécites que nous verrons bientôt. Aussi, aux gens de Témiscamingue avec qui nous serons demain.

Nous franchissons les 35 kilomètres : je salue Brigitte (que j’ai soigné ce matin)et Jerry qui sont sur place, et je continue la route avec Jerry. Nous marchons un total de 42 kilomètres. Shamo finit à 42.5 et Rob finit à 43 kilomètres. C’est fantastique, car nous n’aurons que 19.8 kilomètres à couvrir demain pour nous rendre à Témiscamingue!

L’autobus nous ramène au Timiskaming First Nation Recreation Center, où nous arrêtons pour la nuit. Nous nous préparons : il nous est possible de prendre une bonne douche. Nous sommes ensuite reçus par le Cercle des ainés de l’endroit qui nous offrent un souper communautaire; la cuisinière Becky a préparé le festin! Nous sommes encore une fois gâtés. Nous festoyons et discutons avec les aînés de l’endroit. Après le repas, Dave et Roy de Kipawa, personnalité spirituelle de l’endroit, nous invitent à un grand cercle de partage durant lequel nous partageons notre expérience et nos sentiments. La cérémonie est empreinte de profondeur et de grandes émotions; c’est un événement durant lequel nos pensées sont plus fortes que notre présence physique. Nous sommes maintenant une grande famille. Je partage, pour ma part, qu’à partir de maintenant, je m’ennuierai d’eux et que je les porterai dans mon cœur pour la prochaine centaine de kilomètres qui restent à parcourir. Nous sommes à fleur de peau; c’est aussi la fin d’une étape et quelques-uns devront nous quitter. Ce sont toujours des moments déchirants.

Nous avons marché 450 kilomètres jusqu’à présent! 185 kilomètres nous séparent de la fin de ce périple d’automne. Nous devons donc nous reposer… Nul besoin de dire qu’en un rien de temps, il n’y a ni son ni lumière au campement!

6 Octobre 2013 – Jour 17 – La grande flotte!

Jour 17 - La grande flotte!

Nous avons dormi à la salle communautaire Timiskaming First Nation. La communauté nous avait préparé un dortoir chaleureux et agréable;  presque chaque marcheur avait un lit de camp. Seuls deux marcheurs ont dû dormir par terre. Nous avons tous bien dormi malgré le fait que je rêve beaucoup! J’ai rêvé à ma grand-mère; je rêve que je lui trouve une maladie!… Fait cocasse, Jean-Charles est mon radiologiste!! Je n’ai absolument aucune idée de la signification de ces rêves! Une chose est certaine, ils ne me laissent pas indifférent!

Au matin, un bon déjeuner nous attend. Tout ce que nous mangeons est délicieux. Toutefois, ce qui est apprécié par-dessus tout, c’est le café; un bon café au percolateur et non, de l’instantané! Enfin, nous nous mettons en route vers l’endroit où nous avons terminé hier. Avant le départ, un cercle de partage s’impose. Il y a avec nous M. Larouche de Notre-Dame-du-Lac, un expert en sentiers récré touristique de la région; il marchera avec nous aujourd’hui. Nous débutons sous une fine bruine… qui se transforme en pluie torrentielle en un rien de temps!

Je marche avec Frédérique et Janet pour un bon moment. Je m’arrête pour un court instant… et je reprends la route, seul cette fois-ci. Les autres sont en avant, plus loin. Il pleut fort; je baisse la tête et j’avance en fixant la route… J’ai soudain l’étrange sentiment d’être à Compostelle…. La température est semblable à il y a 5 ans…. je me souviens qu’à ce moment, je n’étais que l’ombre de moi-même. J’étais comme une épave, spirituellement et mentalement. Je souffrais de dépression. Je me rappelle les difficultés que j’ai dû affronter pour me sortir de ce marasme. Je marche maintenant sur la continuité de ce chemin-là. Je marche sur l’Innu Meshkenu qui m’apporte la confiance et l’estime de moi, qui m’aligne avec mon moi réel. Il faut, dans la vie, de ces temps d’arrêt pour entrer en communion avec notre vraie nature et ainsi, s’aligner.

… Et la pluie ne cesse de tomber!… Je pense à mon frère Éric… que je n’ai jamais connu. J’aurais tant aimé le connaitre! Il est décédé en 1989, d’un accident…fort probablement un suicide déguisé…. Encore une fois, j’aurais voulu être près de lui dans ses moments de souffrance. J’aurais aimé lui dire de ne pas perdre espoir, que la vie est un très grand cadeau qu’il faut chérir à tout prix! Je le sens son esprit à mes côtés; il m’accompagne, j’en suis certain… Je le sens fier de moi, son grand frère.

La vie est belle… mais parfois si difficile pour certains! Plusieurs sont à la recherche de leurs racines… C’est alors qu’il ne faut pas désespérer. Ma mère a eu quatre enfants de pères différents. Je suis le premier;  je suis né à la crèche. J’ai deux sœurs : Myriam et Nadia. Mes chères soeurs, je ne vous dis pas assez souvent combien je vous aime et que vous m’êtes chères, que j’aimerais être avec vous plus souvent. J’aurais tant aimé que nous puissions être tous les quatre ensembles! Je tiens à dédier cette journée de grands efforts à mes sœurs qui j’aime et que je n’oublie pas; j’espère qu’un jour, nous pourrons marcher ensemble….. La vie est un grand cadeau. Si l’on croit, on n’est jamais seul; nos ancêtres sont toujours là pour nous guider. Il y a, après la noirceur, la grande lumière.

Je rattrape le groupe; mes bottes sont détrempées!!! Les « squick-squicks » sous mes pas annoncent mon arrivée. Je m’arrête à l’autobus de Témiscamingue dans lequel on peut manger et prendre un bon thé. J’ai bien peur que l’on doive repenser le plan de match; nous ne pourrons nous attendre bien longtemps les uns après les autres pour tous arriver ensemble à destination. Il pleut beaucoup trop et les marcheurs risquent d’être malades. Et nous marchons encore un bon bout et retrouvons encore l’autobus et son conducteur, Frank qui nous accueille avec sa bonne humeur! Je voudrais le remercier de sa présence et sa générosité, car Frank fait des heures supplémentaires pour notre confort!

Nous arrivons au Timiskaming First nation Center. Ici, nous faisons nos adieux à plusieurs marcheurs qui terminent une autre étape du périple. Accolades et câlins sans fin! Ensuite, nous nous séchons et nous préparons pour la cérémonie d’accueil à la salle de l’école. Là, le chef Terence McBride ainsi que sa communauté nous souhaitent la bienvenue. Les discours sont au rendez-vous avec tout le décorum requis. Même les tambours traditionnels y sont. J’écoute le tout à l’écart, car je dois prêter assistance à une personne inconsciente. Je dois porter attention au deux. Une fois mon patient parti pour l’urgence, je fais moi aussi mon allocution; je partage mon parcours et je parle du projet… J’ajoute aussi que je suis venu ici pour la première fois en 1996. J’y étais dans le cadre du programme « Personnages modèles du Canada ». J’avais alors été nommé par le gouverneur général, M. Roméo Leblanc, pour agir en tant que personne modèle pour faire des présentations dans les écoles, entre autres, et auprès des jeunes… C’est ici que j’ai mangé du doré pour la première fois! À l’époque, j’étais arrivé en avion et en limousine… J’étais le gars sur l’affiche!! Aujourd’hui, j’arrive ici à pied, mouillé et humble!

Et nous recevons tous des cadeaux; je reçois de beaux mocassins et de magnifiques gants confectionnés pas Gaétane Petiquay. Je remercie tout le monde du fond du cœur! Nous offrons à nos hôtes des écussons Innu Meshkenu que tous pourront porter fièrement sur leurs manteaux. La soirée prend fin au son des tambours… et dans les câlins d’adieu.

7 Octobre 2013 – Jour 18 – La misère totale!!!

Jour 18 - La misère totale!!!

Comme j’ai mentionné hier, après le souper, plusieurs marcheurs nous ont quittés. Nul besoin de vous dire qu’un sentiment de grand vide a envahi le campement…. Je me couche… c’est si tranquille! Toutefois, je suis soudainement réveillé plus tard par une pluie diluvienne, des éclairs et le tonnerre qui claquent sur le toit du centre communautaire! Je me dis que, si la pluie continue comme ça, ce sera impossible de faire les kilométrages prévus. C’est pire qu’une douche! Et je révise le scénario de demain dans ma tête….. Faire marcher des gens dans de telles conditions est inconcevable! Jean-Charles a prévu un plan B au cas où l’impossibilité se pointerait.

C’est plus calme ce matin. Nous sommes conviés à un déjeuner offert par le Centre de santé de Témiscaminque… qui est délectable et soutenant. Je remercie tous pour ce bon déjeuner. Il reste avec moi : Jerry, Brandon, Marc-André, Éric, Jean-Charles, Rob et aussi Catherine, la copine de Jerry, et Frédérique qui nous quittera pour la France plus tard aujourd’hui. Ce sera surement un choc… la vie commune et intense de la forêt à la ville de Paris! Frédérique, tu seras toujours la bienvenue parmi tes frères et sœurs autochtones du Canada! Par la suite, nous ramassons le bagage.

Bobby, une travailleuse sociale est mandatée pour m’accompagner dans ma visite des écoles. Je m’arrête en premier lieu à l’école Kiwetin. Je suis déçu de m’apercevoir que les gens ici n’ont pas reçu le cahier d’activité que l’on envoie dans toutes les écoles pour aider à la préparation. Je peux voir l’effet sur les étudiants lorsque les jeunes sont préparés à notre arrivée. Néanmoins, je sors des qualités d’orateur; les enfants sont, à ma surprise, très réceptifs! Ils répondent très fort à chaque question que je pose :

How are you doing?………….GOOOD!!!

Should we have a dream?…….YEEEEESSSS!!!

Et je continue…. Ça me rend heureux! Et les jeunes embarquent sans retenue! Ils prennent le bâton de marche et disent qu’ils sentent sa puissance! L’activité se déroule à merveille! Les professeurs, eux aussi non préparés, sont ravis! À mon départ, les jeunes me tapent dans la main… ou me donne un câlin!

Je me rends à l’école secondaire Rivière des quinze où je suis attendu par 250 jeunes qui applaudissent à tout rompre, comme si j’étais une étoile du rock! Je leur raconte mon histoire, la marche… Qu’il faut passer par-dessus les obstacles, car ça nous rend plus forts! Je parle aussi de l’importance de vivre le moment présent…. d’avoir une vie équilibrée pour contrer les maladies mentales qui guettent une personne sur quatre. Je compare la vie à un tabouret à quatre pattes : le physique, le mental, l’émotionnel et le spirituel. Quand une des pattes est brisée, tu tombes! Le manque d’équilibre peut faire très mal. Je leur parle aussi de l’alcool et de la drogue qui sont des paradis éphémères qui rendent le mal pire qu’il ne l’était avant. La vie équilibrée rend possibles les rêves. Je peux sentir l’attention des jeunes! Ici aussi, les professeurs sont ravis et me remercient.

Je dois voir une autre école à Notre-Dame-du-Lac. Les jeunes sont aussi réceptifs. On m’a fait des dessins et nous avons marché autour de l’école.

Et je dois me mettre en marche…..ET IL SE REMET À PLEUVOIR! Et c’est sous toute cette pluie que je franchis une troisième province : L’ONTARIO!!! J’ai rêvé ceci en 2008! J’ai rêvé que je marchais du Labrador en Ontario… je franchis un autre jalon important! Après avoir marché TOUT LE QUÉBEC de long en large!!! Avec toute cette pluie, je me demande comment je vais faire… il fait si froid! Je suis trempé à l’extrême par les camions qui me croisent! J’ai si froid et mes mains sont si gelées que je suis incapable d’ouvrir mon sac de fromage! Un vent de face… la pluie battante!!! C’est pire qu’hier!! Je pense aux enfants de ce matin; ce qui me donne la force d’avancer…. Une voiture s’arrête; c’est le directeur d’une des écoles de ce matin. Il me remercie pour le moment passé à son école.

Ce soir, nous devrons observer le plan B : nous coucherons au TRAVELODGE où je prends une bonne douche qui me réchauffe. J’étais transi!!! Demain, nous devons marcher 50 kilomètres pour respecter notre horaire. J’espère bien dormir.

Aujourd’hui, je marche pour le peuple Ojibway où nous serons bientôt. Nous passerons près de Bear Island. Si quelqu’un peut me dire par quel moyen on peut se rendre à Bear Island, je serai content. J’aimerais bien aller vous dire bonjour. Je passerai dans votre région mercredi 9 octobre. Vous pouvez laisser un message sur ce site pour nous donner l’information.

8 Octobre 2013 – Jour 19 – Des records battus!

Après la journée de misère, une nuit à l’hôtel nous a fait le plus grand bien! Un peu de lavage, un bon déjeuner et nous sommes en route à nouveau. Ce matin, il fait beau. Nous traversons la Ville de New Liskeard…où il y a une énorme cote à monter!

Marc-André vient me chercher; nous devons y rejoindre Bélinda qui nous rapporte des chaussures oubliées à Timiskaming. Je me rends ensuite à l’école secondaire Timiskaming District; je rencontre une trentaine d’élèves autochtones dans une salle de la bibliothèque. Et je leur parle de l’importance de poursuivre nos rêves, de ne pas perdre espoir. Toujours en partageant mon expérience… en parlant du projet. Je mentionne aussi la prévention du suicide et des drogues; l’analogie de la « chaise aux quatre pattes inégales » est toujours à propos pour faire comprendre l’importance de prendre soin de sa santé physique, émotionnelle, mentale et spirituelle pour garder l’équilibre d’une vie saine.

Il y a un aspect que je ne mentionne pas assez; l’importance d’être connecté à la vie réelle, la réalité et non la vie virtuelle. L’internet est un outil fantastique, mais qui peut aussi en être un pernicieux causant une dépendance. L’utilisation excessive des réseaux sociaux est nocive; les pathologies mentales sont augmentées par la vie virtuelle. Il est important d’avoir un cercle social réel, des activités entre amis. La marche et le sport sont bénéfiques pour se reconnecter à ceux qui nous entourent. Une jeune étudiante, Kelly, vient me parler pour partager son rêve : elle veut devenir médecin orthopédiste ou oncologue. Je suis content! J’aurai besoin d’un orthopédiste autochtone un de ces jours! Nous parlons du cheminement à suivre… Je l’encourage fortement à persévérer! Pour elle, mon message a confirmé son choix de carrière!

Nous quittons pour nous rendre où j’ai laissé plus tôt. J’arrête à la pharmacie pour acheter des pansements. Notre calcul d’hier nous laissait penser que nous avions environ 55 kilomètres à couvrir aujourd’hui, alors qu’en fait, c’est 62 qui doivent être marchés!… Et je marche un bon bout… beaucoup de cotes et un bon vent de face. Je marche seul… les autres ayant pris de l’avance…. Après 30 kilomètres, je m’arrête pour de l’eau entre autres… La journée est LONGUE! Marc-André me retrouve; il me donne un Subway pour dîner. Jerry, Rob et Éric ont marché 50 kilomètres; ils s’arrêteront là, car ils ont très mal aux pieds! BRAVO les gars!!! C’EST FANTASTIQUE!! QUEL COURAGE!

Je continue seul… la nuit commence à tomber. La lune et les étoiles se pointent, on peut même voir une planète! J’alterne la course et la marche rapide… Je suis très fatigué et je titube sur le gravier. JE RÉUSSIS À BATTRE UN RECORD!! J’AI MARCHÉ 62 KILOMÈTRES EN UNE SEULE JOURNÉE!! Je rejoins mes acolytes; nous partageons des calzones faits avec de la banique pour souper! Nous nous préparons pour une nuit de repos bien méritée!

J’offre ma journée d’efforts au peuple inuit, chez qui nous marcherons en 2015, sur la route des ancêtres fréquentée par les Naskapis et les Inuits. Je dédie aussi cette journée spéciale à mon beau-frère Johnny, ma sœur Nadia et à mes neveux et à ma nièce : Tim, Tommy, Marie-Clarisse et Nathan.

…. Aujourd’hui, j’ai parcouru le plus long trajet en une seule journée… Tout un défi!…

On me demande : « As-tu peur des animaux sur le bord de la route? »

Je réponds : « Non! J’ai peur de l’animal à deux pattes qui a les mains sur un volant! »

9 Octobre 2013 – Jour 20 – Des aurores boréales

Aies-je besoin de mentionner que nous ne nous sommes pas fait prier pour nous coucher hier soir? Nous étions crevés! Mais avant, la nature nous offre un spectacle magnifique; un ballet d’aurores boréales illumine le ciel! C’est sublime! Nous sommes ébahis par tant de beauté! Toutefois, l’épuisement prend le dessus…. et nous nous endormons. Je rêve énormément! Il faut dire que les endorphines et les sérotonines sécrétées durant la marche qui sont à l’œuvre.

Au petit matin, en déjeunant, nous décidons que Jerry et Éric continueraient la marche pendant que Marc-André, Rob et moi allons nous rendre voir la communauté de Bear Island du lac Témagami. Et nous partons! Nous roulons sur une distance de 19 km avant d’arriver au bateau-bus conduit par Lynn, une résidente de la communauté. Après une quinzaine de minutes, nous arrivons à Bear Island… QUEL COIN SUBLIME!!! Une tranquillité règne…. nous passons devant un cimetière ancestral…. Nous sommes conduits au conseil de bande pour y rencontrer la Chef, Roxanne, qui nous souhaite la bienvenue. Ils sont heureux de nous rencontrer. Elle nous présente à chaque membre du conseil pour ensuite téléphoner à l’école du village pour que l’on prépare les enfants pour nous rencontrer. La chef nous accompagne à l’école; tous sont au gymnase et heureux de nous voir. Je parle aux petits; je leur parle de l’importance des rêves. Je leur dis aussi qu’ils se doivent d’être fiers d’être Anishnabe, de leurs traditions et de leur culture. Je leur parle du bâton de marche « des mille rêves »… LES ENFANTS SONT EMBALLÉS ET VEULENT TOUS LE TENIR! Je le fais donc circuler. La visite s’avère une réussite. Professeurs et élèves sont ravis!! Ce fut une visite des plus énergisantes!

Nous sommes ensuite invités à suivre le conseiller, Jamy, pour une visite de l’ile. C’est un magnifique endroit! Il nous amène à l’ancien cimetière à la péninsule de l’ile; on y trouve des tombes d’une centaine d’années!! Je me sens tout à fait privilégié de marcher sur cette terre sacrée! Pour la plupart des tombes, la nature a pris le dessus. Magnifique endroit pour « reposer en paix »! Tout en visitant, Jamy nous parle des légendes anishnabes… les légendes de la création… d’une déesse qui, il y a des milliers d’années, aurait lègué un tambour aux Anishnabes. Jamy est quelqu’un d’intéressant et intéressé à son peuple; il nous parle de développement notre indépendance par rapport au gouvernement, notre économie, les ressources humaines. Il ajoute « qu’il vaut mieux être fort pour discuter avec le gouvernement que mendier! » discussion des plus intéressantes et enrichissante! Au magasin général, on nous offre à dîner avant de reprendre le bateau-bus….. Quel bel endroit!!! Une quiétude l’habite, il fait bon vivre et on ressent tellement que l’on aurait le goût d’y rester! UN PARADIS SUR TERRE!!! UNE PERLE AU MILIEU DE LA FORÊT….

Nous revenons sur la terre ferme. Rob et moi marchons…. Il fait chaud… On voit un mirage…..On dirait la voiture d’Antony Bras-coupé……C’EST LUI!!! Rachelle est là, elle aussi! Elle marche 17 kilomètres avec nous!! En tout et partout, nous avons marché 38 kilomètres aujourd’hui.

Avant de quitter, j’ai un fait cocasse à raconter. Je n’arrivais pas à avoir un signal de qualité pour appeler Ginette, j’ai donc décidé de prendre le véhicule et d’aller en ville pour avoir un meilleur signal. Je suis parti avec la camionnette sans m’apercevoir que le coffre arrière était resté ouvert. Je n’ai pas eu connaissance du matériel qui tombait dans le chemin. Marc-André a dû courir 5 kilomètres derrière moi en mocassins pour m’avertir!!

Nous marcherons 40 kilomètres demain pour n’en avoir que 20 à marcher vendredi. Nous sommes attendus au Centre d’amitié de North Bay entre 11 h et midi vendredi. Je crois que nous sommes attendus par plusieurs médias. Ceux qui désirent se joindre à notre marche pour les derniers kilomètres, vous pouvez regarder sur notre site, sous l’onglet « suivre Stanley » et ensuite « suivre Stanley en temps réel », la balise vous montrera où nous trouver.

P.S : les marcheurs aimeraient bien pouvoir prendre une bonne douche avant d’être reçus au Centre d’amitié de North Bay…. Quelqu’un a-t-il une solution à nous offrir?

10 Octobre 2013 – Jour 21 – Camp de rêve et … expressos glacés!

Les nuits sont de plus en plus difficiles… Je n’ai plus de positions; mes hanches et mon cou n’en peuvent plus! J’ai chaud…. j’ouvre mon sac de couchage… J’ai froid….. je le referme… Je manque de place… OHHHHHHHH! C’est humide et donc, très inconfortable! Les nuits sont de plus en plus longues… le manque de sommeil est chose courante pour tous… Je finis par m’endormir, mais pas pour longtemps. Au petit matin, un camion arrive en trombe et se stationne tout près du chalet du parc, juste derrière nos tentes. Plusieurs hommes en descendent; ils parlent fort et font du bruit. Je suis donc réveillé en sursaut; un sentiment d’inquiétude s’installe en moi aussitôt. Tout le brouhaha dure un bon moment… et les hommes entrent dans le chalet.

… Ma notion de confort en forêt prend l’image d’une tente ‘Prospecteur’. J’ai été élevé dans une prospector!….. IL N’Y A RIEN QUI BAT UNE BONNE NUIT EN FORÊT DANS UNE PROPECTEUR, COUCHÉ SUR TAPIS DE SAPINAGE! Je n’ai rien contre les petites tentes légères de type North Face; mais pour moi, la Prospecteur, c’est traditionnel et culturel! Je ne peux rien y faire!! Ce dernier soir, JE COUCHERAI DANS LA PROSPECTEUR!!

Au matin, Marc-André nous concocte un bon déjeuner… Les toasts sont tellement bonnes!! Cuites sur le poêle de la Prospecteur….les toasts de mon enfance…mangés à la chaleur du poêle!! Nous sommes prêts à marcher… et nous nous rendons où Éric et Jerry ont arrêté hier…. Nous croisons l’embranchement vers Sturgeon Falls… Je me dis qu’une prochaine fois, il faudrait que l’ont s’y rende… en passant par Nipissing et tous se rejoindre pour marcher jusqu’à Ottawa…. des projets… ENCORE!!

Je marche avec Rob. C’est très brumeux et nous devons redoubler de prudence; il y a beaucoup de camions sur la route!! Après un moment, le soleil est de la partie!… Rob me dépasse… je le dépasse… On maintient ainsi la cadence toute la journée. Plus tôt aujourd’hui, Rob m’a offert une boussole en me disant que j’aurai sûrement l’occasion de m’en servir. C’est une belle attention de sa part et je l’en remercie de tout cœur!

Les couleurs de l’automne, les grands pins « nemushum », témoins des chasses et campements de nos ancêtres, pointent majestueusement vers le ciel!! De magnifiques forêts!!… Nous montons… nous descendons….. Les côtes sont nombreuses! Nous nous arrêtons pour manger… J’en profite pour prendre du Tylenol, car j’ai très mal à une cheville…. Après une marche de 645 kilomètres de marche, les microblessures s’accumulent et prennent le dessus.

Vers les 15 heures, Marc-André nous rejoint; il est en compagnie d’Éric qui a dû arrêter de marcher. Il souffre de douleur à la hanche. Il prendra donc des photos le reste de la journée et se rendra à North Bay pour faire du repérage. Nos compères réapparaissent avec une surprise fabuleuse : UN EXPRESSO GLACÉ DE TIM HORTON!! Je dois dire que je n’avais plus d’eau depuis un moment… Cette boisson est un nectar du ciel!! C’est délectable… ET TELLEMENT DRÔLE!!! Nous nous rendons tous vers le campement; TOUT CE QUE L’ON ENTEND DANS LE VÉHICULE EST LE BRUIT DE SIPHON DES PAILLES!!! Nous étions assoiffés! La boisson est enfilée jusqu’à la dernière goutte!! MERCI À MARC-ANDRÉ POUR CETTE INITIATIVE GÉNIALE ET TANT APPRÉCIÉE! … À bien y penser…, le Tim Horton est omniprésent dans les expéditions Innu Meshkenu; il y a toujours un Tim Horton pour déjeuner… ou prendre une pose….. Un partenariat pourrait s’avérer intéressant! Nous formerions une équipe formidable!

Nous arrivons au camp Marten River; un endroit magnifique! Le chalet des guides a été ouvert pour nous permettre de prendre une BONNE DOUCHE!!! Un bonheur tant nécessaire que grisant! Nous préparons à souper lorsque Mike, un résident de Bear Island rencontré hier, est venu nous saluer avec sa future épouse. Nous installons autour d’un feu de camp, le lac en arrière-plan. Un spectacle naturel s’offre à nous; un majestueux coucher de soleil rose et bleu se reflétant dans le lac! Et je pense…. la vie est un cadeau pour lequel il faut remercier l’univers, Kitce Manitou, pour tant de beauté! Un mot primordial « merci » et un autre « pardonner »….Seulement avec ces deux mots, la vie partout serait tellement meilleure!…

Demain marquera la fin de ce périple. Il nous reste 19 kilomètres jusqu’à North Bay… Gens de Nipissing, Sturgeon Falls, J’AIMERAIS INVITER TOUT LE MONDE À VENIR MARCHER AVEC NOUS. Visitez notre site, sous l’onglet « suivre Stanley » et ensuite « suivre Stanley en temps réel », la balise vous montrera où nous trouver…. J’ESPÈRE VOUS RENCONTRER!

11 Octobre 2013 – Jour 22 – North Bay… enfin!

… Nous sommes restés près du feu un bon moment avant de prendre le chemin de nos tentes. Malgré la fatigue ressentie, nous avons très mal dormi; Brandon ne trouvait pas le confort… J’ai mal partout…. le sommeil me fuit. Je m’occupe à faire chauffer le poêle, en attendant. Je finis par m’endormir vers 3 h 30.

… Et voilà le matin… Notre dernier matin… Tout à l’heure, l’expédition se termine. Nous déjeunons ensemble et nous préparons pour le dernier 19 kilomètres qui nous sépare de North Bay… Un dernier cercle de partage; on se souhaite bonne chance… on s’encourage. Nous marchons tous ensemble. Nous avançons plus lentement… comme pour profiter de nos présences une dernière fois. Les gens nous saluent au long de la route. Un homme vient nous voir; il est de la nation odjiboué de Tarry Sound. Il nous apporte de l’eau, des bleuets et des pommes. Il nous encourage à persévérer. Nous arrivons en haut d’une grande côte. Tout en bas, on aperçoit la ville de North Bay, le lac Nipissing. C’est un endroit extraordinaire et particulier; c’est un lieu où convergent les nations odjiboué, anishnabe et crie. C’est aussi un lieu de rencontre des Français et des Anglais… un point de rencontre pour les voyageurs, en lien avec l’objectif du projet Innu Meshkenu : briser les barrières, établir des ponts!…Sur un panneau : Sturgeon Falls… En regardant ce panneau, je me dis qu’Innu Meshkenu doit aller vers l’Ouest…vers Sudbury, Sault-St-Mary, Winnipeg, Edmonton! …. J’ai le sentiment que je dois me rendre plus loin! Nous faisons un arrêt tout près d’une chute pour un moment et reprenons la route.

Nous rejoignons Brandon et Marc-André au Centre d’amitié autochtone de North Bay où nous sommes attendus par une quinzaine de personnes. Nous sommes invités à nous reposer un moment dans un petit salon pendant que l’on prépare le repas. Nous relaxons un peu. Je donne ensuite une entrevue à Radio-Canada Sudbury… et nous sommes prêts à manger. James, un des responsables de l’endroit, agit en tant que maitre de cérémonie. Après le repas et la purification à la sauge (smudging), nous disposons les chaises en cercle. Je partage ensuite mon expérience et le pourquoi d’INNU MESHKENU, du symbole qu’est le bâton de marche, du chemin parcouru… de mes rêves et ceux des autres! « Je marche mon rêve pour faire rêver! » Tous sont attentifs à mes paroles. Et l’on me dit que lors de ma visite l’an prochain, que tout serait mis en œuvre pour qu’il y ait plusieurs marcheurs pour m’accompagner! On me promet un soutien de leur communauté et que le message serait passé aux autres communautés de l’Ontario! Une belle rencontre qui devient une ouverture sur d’autres nations. Ici, mon but n’était pas connu; on pensait que je marchais pour protester alors qu’en fait, je marche pour rassembler! Je marche pour que l’on se prenne en main, pour que l’on soit maitre de notre avenir, de notre destin.

Nous nous préparons à retourner chacun chez soi. Les adieux émotifs sont de mise après des semaines de vie commune et de moments aussi intenses. JE PENSE BEAUCOUP À VOUS TOUS MARCHEURS! JE M’ENNUIE DE VOUS! RESTONS UNE GRANDE FAMILLE ET PARTAGEZ VOTRE ENTHOUSIASME ET ALLUMEZ LE FEU QUI VOUS ANIME AVEC LES AUTRES!

P.-S. : Marcheurs, n’oubliez pas de continuer à être actifs; MARCHEZ, PROFITEZ DE LA NATURE, PARLEZ AVEC CEUX QUI VOUS ENTOURENT!

17 Octobre 2013 – Kuei à tous!

Me revoilà, après quelques jours de repos afin de refaire le plein d’énergie et profiter des derniers jours de ce beau soleil automnal pour aller aux pommes avec mon fils. Une autre étape s’est achevée. Premièrement, je m’adresse à vous, frères et sœurs marcheurs; il est primordial d’observer les quatre conseils médicaux énumérés ci-dessous :

  1. Prendre 2 jours de repos pour guérir les pieds.
  2. Il est possible que vous éprouviez des problèmes à retourner au quotidien.  Un sentiment de léthargie est commun après un effort et un grand projet comme celui vécu est normal. Je vous conseille donc de continuer à aller marcher et de prendre l’air une heure par jour, question de vous réapproprier le quotidien. Aller vous imbiber du grand air et de la nature durant le weekend. Les services de santé mentale de votre communauté feront un suivi des marcheurs pour s’assurer que tout va bien. Il est important de socialiser d’avoir des contacts humains; il est primordial de ne pas vous isoler sur l’ordinateur et l’internet pour de longues périodes de temps.
  3. Après une marche telle que nous avons fait, votre appétit sera grand, voir énorme. Il est conseillé de manger de petites quantités et de ne pas écouter votre faim, votre estomac est habitué à consommer 5,000 calories durant l’expédition. Vous n’avez pas besoin d’autant de calories dans la vie de tous les jours.  Il faut vous réhabituer à manger les quantités mangés avant le début de la marche, soit entre 1,500 et 2000 calories.
  4. Il est très important d’être à l’affût des pernicieux symptômes physiques et psychologiques. Si vous ne vous sentez  pas bien, n’hésitez pas à consulter un professionnel de la santé.

Aussi, j’aimerais remercier chaleureusement tous ceux qui ont, de près ou de loin, participer à la réussite cette dixième édition du Innu Meshkenu, soit:

PRÉSIDENTS D’HONNEUR :

Cabinet ministre Larouche

  • Ministre Elisabeth Larouche

Agence de la Santé et des Service Sociaux d’Abitibi-Témiscamingue

  • Directeur de la santé publique Réal Lacombe

STAFF INNU MESHKENU

Infirmière : Suzanne Parée

Photographe :Éric Petiquay

Logisticiens :   Marc-André Galbrand, Jimmy Siméon et Brandon Ratt

Blogueuse : Ginette Tremblay

Coordinateur Jean-Charles Fortin

COMMUNAUTÉS

Rapid Lake

  • Chef Cassey Ratt, Jeanette Wawatie, Terence MacLean

Kitcisakik

  • Chef Adrienne Anichinapéo, Mary-Ann Penosway, Daniel Lemieux, Alexandra Audet

Lac-Simon

  • Chef Salomée McKenzie, Gilles Ross, Raymond Brazeau, Pierre, Jeannette et Johnny Papatie

Pikogan

  • Chef Bruno Kistabish, Salomon Mowatt, John Mowatt

Timiskaming

  • Chef Terence McBride, Carmen Rioux, Carol Mc Bride, Dave Stanger

Bear Islando

  • Vice-Chef Joseph Katt, et le conseiller Jamy

SUPPORT À DIFFÉRENTS MOMENTS DE LA MARCHE :

Québec en forme

  • Chantal Kistabish (qui était marcheuse également…)

Centre d’amitié autochtone de Val d’Or

  • Directrice générale : Édith Cloutier, Nadia Lagueux

Cabinet ministre Larouche

  • Attachée politique, Hélène Dallaire

Agence de la Santé et des Service Sociaux d’Abitibi-Témiscamingue

  • Agent Kino-Québec Paul St-Amand, responsable des communications Marie-Ève Therrien

Centre Prévention du suicide d’Amos

  • Intervenante Vicky Godbout

Sureté du Québec Abitibi

  • Agents Jean-Claude Neveu et Claude Hudon

Ville de Rouyn-Noranda

  • Coordonnatrice de Ville et villages en santé Denise Lavallée, directeur des communications Bertrand Boucher

North Bay Indian Friendship Centero

  • General Manager Nancy Potvin, Kathy Fortin, James Pehgahmagahbow

POUR LES HÉBERGEMENTS :

Réserve faunique La Vérendrye – secteur nord

  • Directrice Johanne Vienneau

Hôtel Forestel de Val d’Or

  • Directeur général Robert Larivière

Municipalité La Corne

  • Directrice générale Diane St-Pierre

Ontario Parkso

  • Kelly Frost, Joe Major, Garnet

UN GRAND MERCI À TOUS CEUX QUI ONT MARCHÉ AVEC NOUS ET CEUX QUI ONT SUIVI NOTRE PÉRIPLE!!

À la prochaine!

Stanley

19 Septembre 2013 – Voici nos marcheurs!

Il nous fait plaisir de vous présenter les marcheurs de l’automne 2013! Martin Gunn (Kitcisakik) Clara Gunn (Lac-Simon) Christine Papatie (Lac-Simon) Rose Papatie (Lac-Simon) Marie-Rose Papatie (Lac-Simon) Elisabeth Papatie (Lac-Simon) Jill Papatie (Lac-Simon) Fridaline Papatie (Lac-Simon) Gilles Ross (Lac-Simon) Peggy Jerome  Janet Mark  Sophie Kistabish (Pikogan) Edourard Kistabish (Pikogan) Chef Bruno Kistabish (Pikogan) J-Charles Kistabish (Pikogan) Chantal Kistabish (Pikogan) Salomon Mowatt (Pikogan) Rob Webster (Kitigan Zibi) Gaetanne Petitquay (Wemotaci) Maryse Dugas (Montréal) Diane Moreau (Rouyn-Noranda) Brigitte Fournier Lucie Bouchard (Rouyn-Noranda) Frédérique Gardien (France) sans oublier notre équipe technique : Éric Petitquay (Wemotaci) Photographe  Suzanne Paré (Pikogan) Infirmière  Brandon Ratt (Lac-Simon) Logisticien Marc-André Galbrand (Chicoutimi) Logisticien J-Charles Fortin (Chicoutimi) Coordonnateur     Bravo à vous tous pour votre courage! Pour tous les autres, nous vous invitons à venir marcher avec nous que ce soit pour quelques heures ou une journée. Les informations sur nos déplacements se trouvent dans ce document : http://www.innu-meshkenu.com/wp-content/uploads/2013/07/Infos-et-inscriptions-pour-la-marche-automne-2013-1.4.pdf

20 Septembre 2013 – Jour 1 – ANISHNABE MEKINA

Jour 1 - ANISHNABE MEKINA

Déjà la marche d’automne! C’est après une période éreintante – un 107 heures de travail intensif, de garde en milieu hospitalier, de cours à l’université et de mise à jour de ma paperasse avant mon départ – que je prends l’avion qui me mène à Val-d’Or, et de là, vers Rapid Lake pour le début de la marche d’automne. Je suis mentalement vidé; ce qui influence grandement mon état physique. J’arrive donc à 20 h : 40 où Jean-Charles (notre coordinateur) m’attend. Nous nous dirigeons vers Rapid Lake en écoutant « Suzie Q» de Creedence Clearwater Revival… Énergisant! Nous faisons un arrêt à l’Hôtel Forestel; je dois poster une lettre avant d’entreprendre mon périple. La personne à la réception m’offre gracieusement de poster la lettre pour moi; je la remercie grandement pour sa gentillesse.

Nous arrivons au camp vers 11 h 15. Tout le monde dort… Sans faire de bruit, nous entrons dans « notre » tente… QUI EN FAIT N’EST PAS LA NÔTRE!!! Nous sommes dans la tente des femmes!!! Nous sortons rapidement, confondus en excuses, et nous dirigeons vers notre VRAIE tente dans laquelle nous nous installons pour la nuit. Au matin, après déjeuner, un minibus nous amène à Rapid Lake, car nous sommes attendus à l’école du village. Nous rencontrons trois groupes de différents niveaux pour lesquels j’adapte mon discours. Nous percevons facilement dans les regards des élèves qu’ils saisissent exactement le but de la démarche! Diane Moreau dit que certains s’abreuvaient de mes paroles. Je veux l’espoir pour ces jeunes.

En attendant l’arrivée des gens de Lac-Simon, je fais un arrêt au dispensaire, question de m’approvisionner en Tylénols et Ibuprofènes. Par la suite, nous nous regroupons pour marcher quelques kilomètres avec les jeunes de l’école. Ils se souviennent de nous avoir vus arriver sur le lac gelé l’hiver passé accompagné d’un hélicoptère! Les mikisiws sont des nôtres! Deux beaux aigles nous suivent au vol… Une constante magnifique!! Les esprits qui nous souhaitent bonne route sans doute! Voilà qui sont de bons augures! Il n’y a pas que les aigles qui nous suivent; deux chiens sont aussi de la partie. Ils courent partout et traversent la route 117 impunément, faisant fi des voitures passent à deux cheveux de les frapper! Les policiers qui nous accompagnent décident de ramener les deux chiens au village et les embarquent donc dans leur voiture derrière le grillage, comme des voyous!

Nous sommes 25 à prendre la route pour ce premier segment de marche Anishnabe Mekina (Innu Meshkenu en algonquin). La température est clémente… humide et nuageux. Il y a des gens de partout : de Val-d’Or, Rouyn-Noranda, Kitigan Zibi, Pikogan, Lac-Simon… et même de Paris! Des Innus, des Anishnabes, des Cris… Je marche avec Rob Webster de Kitigan Zibi; il me dit qu’il aurait bien aimé que mon cousin Éric Hervieux soit de la partie… Tu nous manques, Éric!! Ce n’est que partie remise! Je marche avec Frédérique, la jeune Parisienne, avec qui je raconte les Premières Nations. Je fais aussi un bout avec Salomon de Pikogan, travailleur pour les services santé et Gaétane Pettiquay.

Mes pensées d’aujourd’hui vont vers les gens de Rapid Lake. Je vous souhaite tout l’espoir et la force pour améliorer le sort de la communauté.

Nous avons marché 19 kilomètres aujourd’hui… Des ampoules déjà pour certains… Et moi… Je suis épuisé! Mon dernier mois de travail me pèse lourd… Avec les jours de marche, je gagnerai une force physique qui me ramènera la quiétude morale… pour revenir plus fort au travail. Nous nous regroupons au lac Camatose… Salomon et moi enlevons nos chaussures et nous marchons dans le lac jusqu’aux genoux! Ce qui fait le plus grand bien.

Un transport nous ramène au camp de départ. Je dois faire une sieste à tout prix avant le souper, car je n’en peux vraiment plus! Une petite heure revigorante avant de partager un repas de bouilli de castor, de pita à la viande, la banique… et des feuilletés pour dessert. On se réunit ensuite sous la grande tente pour faire un tour de table et pour avoir un aperçu du déroulement des jours à venir par Jean-Charles, notre coordinateur, et Marc-André, notre logisticien.

Demain, 15 kilomètres sont prévus. Il faut habituer notre corps lentement… ne pas trop le brusquer pour ainsi, être en mesure de terminer la marche sans trop de blessures.

Et nous rentrons… pour la nuit!

21 Septembre 2013 – Jour 2 – Sous la pluie battante!

Aujourd’hui, c’est nuageux et il pleut à boire debout! Il a aussi plu cette nuit, tellement que la devanture de deux des tentes s’est effondrée! Les poteaux de bois les supportant ont glissé sous l’intensité de la pluie. Marc-André et Brandon (nos logisticiens) ont dû remédier au problème à 3 heures du matin! LA MISÈRE NOIRE… ET DÉTREMPÉE! Ce matin, à cause du mauvais temps, j’ai pris la décision que certains ne marcheraient pas aujourd’hui. Quelques marcheurs éprouvant déjà des problèmes d’ampoules, j’ai préféré les dispenser de marche, car l’humidité empire cette condition. Nous étions donc 18 à la ligne de départ. C’est donc après un déjeuner et un cercle de partage pour nous encourager mutuellement, sous la pluie, que nous avons pris la route.

Je crois bien qu’Éric Hervieux m’envoie des ondes positives, car, malgré une pluie diluvienne, j’ai couvert la distance prévue en 2 heures 15! Il serait bien fier de moi!! Une marche rapide et soutenue. Je dois dire que je fonctionne bien sous la pluie et la fraicheur. Malgré la température exécrable, tout le monde a réussi à franchir la ligne d’arrivée où une soupe chaude nous attendait! Et la magie de l’esprit d’équipe opère; lorsque les marcheurs qui arrivaient étaient accueillis par ceux déjà sur place! On attendait dans les minibus au sec et l’on sortait pour s’encourager et s’accueillir! Un fait surprenant; Marc-André et Brandon (nos logisticiens), Salomon et Diane se sont baignés dans le lac, sous la pluie battante!! Ces courageux nous ont bien amusés!

On nous annonce un temps pluvieux pour les prochains jours. Nous sommes tous prêts à l’affronter. Les gens en voiture qui nous rencontrent sur la route klaxonnent pour nous donner du courage; c’est très apprécié et nous espérons que vous continuerez à le faire. De même, Madame Rachelle Langevin de Maniwaki, qui avait marché avec nous l’hiver passé, vient faire un bout de chemin avec nous accompagnée de son conjoint et son chien. Elle a marché les 15 kilomètres d’aujourd’hui. De plus, je dois remercier Mme. Langevin pour sa contribution de 100 $ au profit du projet Innu Meshkenu. Pour l’avancement projet d’une telle ampleur ainsi que son organisation et sa logistique, un financement s’avère malheureusement primordial. Les dons, tel celui de Mme. Langevin, sont extrêmement appréciés. Il est possible pour tous de contribuer par l’entremise du site web Innu Meshkenu (http://www.innu-meshkenu.com/don-en-ligne/) et ainsi permettre à des rêves de se réaliser.

Nous avons installé le chauffage dans les tentes; des séchoirs y sont installés pour permettre le séchage de nos vêtements. Il y va du confort de nos marcheurs. Aussi, étant donné la pluie qui n’arrête pas, nous devons faire notre possible pour que tous passent la nuit au sec.

En plus de penser à mon cousin, Éric, j’ai aussi mes enfants en tête : Xavier, Chloé et Sophie, qui doivent me suivre via les chroniques journalières! Bonjour à vous!! La journée est dédiée aux gens de Kitcisakik; Anishnabeg Mekina sera parmi vous lundi. Nous avons tous hâte d’arriver chez vous et de vous rencontrer tous.

Nous aimerions remercier de façon particulière la Pharmacie Brunet et l’IGA d’Amos pour leur gracieuse contribution de nourriture et de fourniture pharmaceutique ainsi que Loblaws Chicoutimi et Bizz pour leur commandite grandement appréciée!

22 Septembre 2013 – Jour 3 – Chants et danse pour se réchauffer!

Jour 3 - Chants et danse pour se réchauffer!

… Avant de vous parler d’aujourd’hui, laissez-moi conclure hier. Après un délicieux souper spaghetti, gracieuseté de la communauté de Rapid Lake, Antony Brascoupé (le conjoint de Rachelle Langevin) avait apporté ses deux violons, sa guitare et un tambour. Nous avons eu le plaisir d’avoir un concert; notre logisticien, Marc-André nous a surpris par ses talents de guitariste et a accompagné Antony. Une de nos marcheuses, Chantale Kishtabish, s’est jointe au groupe avec les cuillères! Nous nous sommes réchauffés en chantant et en dansant sous la tente.

Vers 8 heures, nous avons tous pris le chemin des tentes pour la nuit. La température a chuté dramatiquement. Il fait environ 4 ou 5 degrés; c’est humide et froid. J’ai dû me servir de la doublure isolante de mon sac de couchage.

Au lever, le matin est très frais. C’est couvert, mais il ne pleut plus; il y a un bon vent de face sera de la partie. Nous déjeunons et nous rendons en minibus vers notre lieu de départ, le kilomètre 394. Avant de marcher, nous formons notre cercle de partage; nos ainés, Pierre Papatie et Kokom Jeannette Papatie-Brazeau se chargent de la prière de protection et de courage… Et nous prenons le chemin avec détermination. À ma grande surprise, je me sens, encore aujourd’hui, inspiré par mon cousin Éric. J’ai l’allure d’une machine… Non seulement je marche; ayant en tête mes amis joggeurs qui participent au Marathon de Montréal, je cours sur une distance de deux kilomètres! Ainsi, je couvre la distance à parcourir aujourd’hui en 3 heures 30.

Tout au long de la route, je réfléchis aux marches à venir… Je traverse la Rivière Outaouais que nous retraverserons un peu plus tard au cours de cette marche…. et du coup, ça me fait penser que, l’an prochain à pareille date, nous descendrons la Rivière Outaouais de Matawa en direction d’Ottawa en rabaska ou en grand canot. Ainsi, après la marche, la raquette, les traîneaux, Innu Meshkenu aura utilisé tous les moyens de nos ancêtres pour aller de l’avant! Ici, il faudra user de stratégie et de logistique pour rassembler l’équipement de l’expédition, les rabaskas et grands canots. Un appel sera d’ailleurs lancé aux différentes communautés pour leur contribution. Il y a aussi l’expédition d’hiver de 2014 de Pikogan, Waswanipi et Oujé-Bougoumou, en territoire Eeyou Istchee; à ce sujet, j’espère que les gens de la communauté Cri seront nombreux à Val-d’Or pour commencer à élaborer un plan d’action avec eux pour l’édition de la marche « d’Eeyou Istchee Meshkenu » pour l’hiver 2014. J’ai hâte de vous voir et ensemble, faire partie prenante de l’aventure.

Tout au long du chemin, les voitures nous klaxonnent pour nous encourager! Je rencontre Aurèle Dubé de la Tuque, qui a marché l’expédition de l’hiver 2011, est venu nous saluer; je suis content de le voir! Les gens arrivent les uns après les autres. On se salue, on se fait l’accolade!! Les gens de Rapid Lake nous ont préparé un gouter pour nous réconforter : une bonne soupe au poulet et aux nouilles, des sandwiches, du thé. Kokom Jeannette nous a fait de la banique aux raisins; nous nous sommes régalés dans la bonne humeur! Un merci du fond du cœur aux gens de Rapid Lake pour ce repas! Au repas de ce soir, nous dégusterons un ragout une gracieuseté des gens de Lac-Simon. Nous apprécions grandement votre générosité! J’aimerais aussi souligner une autre contribution importante : celle de Mme. Suzanne Paré, infirmière maintenant à la retraite, qui a venue marcher 10 kilomètres avec nous et m’a aidé à soigner les pieds de nos participants, en refusant tous dédommagements!! Un gros merci du fond du cœur!

Nous approchons de Kitcisakik et je vous dédie notre journée! J’invite tous les gens de Kitcisakik et de Lac-Simon qui le peuvent à venir nous voir et venir nous dire bonjour pour nous encourager. Demain, nous nous dirigeons vers Kitcisakik; un point de rencontre sera monté à un kilomètre de la communauté, où les gens pourront venir nous rejoindre jusqu’à 17 heures 30. Tous les gens de la communauté sont invités à venir nous rejoindre pour marcher avec nous le dernier kilomètre notre arrivée chez vous!!

P.-S. Je salue mon ami Guy Bacon qui n’a pu se joindre à nous! On pense à toi!!

23 Septembre 2013 – Jour 4 – KITCISAKIK, riche de cœur!

Jour 4 - KITCISAKIK, riche de cœur!

Petit retour sur hier soir : Le ragoût gracieusement offert par la communauté de Lac-Simon était absolument délicieux et fut complètement dévoré! Plusieurs personnes de Lac-Simon étaient parmi nous. René Racine de Kitigan Zibi y était avec sa conjointe et nous avons eu droit à un autre spectacle. René avait apporté son tambour traditionnel et sa guitare, ce qu’Antony Bracoupé a tout de suite remarqué! Ils se sont mis à faire de la musique et à chanter et le tout s’est transformé en méga-gigue improvisée!!! Vers les 20 heures 30, nous nous sommes tous dirigés vers nos tentes, fatigués mais contents de notre belle soirée! C’ÉTAIT FORMIDABLE!! KITCE MEEGWETCH À VOUS, COMMUNAUTÉ DE LAC SIMON pour votre grande générosité qui fait chaud au cœur!

La nuit a été longue….. et froide! Plusieurs d’entre nous n’ont pas beaucoup ou bien dormi en raison des sacs de couchage et des tentes humides qui gardaient le froid. Pour ma part, la nuit a été aussi difficile en raison des sous-matelas qui glissaient à chacun de mes mouvements; ce qui mouillait mon sac de couchage. Néanmoins, nous traversons la nuit dans la froideur et l’humidité jusqu’au lever à 6 heures 30.

On a sûrement atteint le point de congélation; une buée nous sort de la bouche à chaque souffle que l’on prend! Nous tentons de nous réchauffer en nous préparant et en démontant notre campement. Les premiers marcheurs prennent la route vers 9 heures 30. Je reste avec Gilles Ross, l’intervenant social de Lac-Simon, pour nous assurer qu’il ne reste rien qui traine, pour nous assurer que le site du camp est rendu intact à la nature…. et nous prenons nous aussi la route sous les nuages, la bruine et le vent. En marchant, Gilles me parle de l’influence de la marche : son impact sur le mieux-vivre, sur vivre le moment présent, la capacité de dialoguer. Aussi, il mentionne les dangers d’un arrêt subit de la marche, le danger de la dépression et du suicide toujours omniprésent. Il parle de l’importance de la marche pour aider au dialogue, et ainsi, sortir du négativisme. La marche connecte avec le soi et permet de puiser dans la nature une énergie inépuisable et renouvelable!

Nous rattrapons bientôt Maryse, Jeannette, Chantale, Sophie…. Et tout le monde semble bien aller… prenant leur temps. À 15 kilomètres, je m’arrête pour manger un peu et vérifier la douleur qui s’installe sur mon petit orteil gauche. Je constate qu’une ampoule va apparaitre. Mais nous devons continuer et nous quittons la route 117 pour emprunter un chemin forestier vers Kitcisakik. Après quelques kilomètres de marche, nous arrivons à un camp temporaire, notre point de ralliement avant d’arriver au village. On y trouve une bonne soupe pour accueillir et réchauffer les marcheurs, et un feu pour se garder au chaud en attendant les gens de Kitcisakik qui viennent nous rejoindre.

Un groupe d’enfants m’ont adopté comme mascotte. Ils me courent après, sont agglutinés à moi! J’ai même dû me courir me cacher dans la forêt pour faire mon entrevue radiophonique avec Radio-Canada Abitibi-Témiscaminque!! Ils me cherchent partout et crient lorsqu’ils me voient réapparaitre! Les élèves du secondaire se joignent à nous et nous nous mettons tous en marche vers Kitcisakik.

Arrivés dans village, nous nous dirigeons tout de suite vers notre campement qui est déjà installé à la pointe, face au lac Dozois. Très beau site! Nous avons toutes les facilités pour nous permettre de prendre des douches. Fait à noter : ici, il y a une ligne électrique qui se rend au village, mais qui sert à alimenter le barrage… mais n’alimente pas les maisons! Elles sont alimentées par un groupe électrogène à côté du barrage! Trouvez l’erreur! Pour en rajouter, il n’y a pas de système d’égouts. Situation paradoxale! Néanmoins, tous sont heureux et le partagent avec nous! Nous avons droit à un fantastique souper, gracieuseté de la communauté! KITCE MEEGWETCH À VOUS, GENS DE KITCISAKIK! Nous apprécions vraiment!

Nous retournons ensuite vers nos tentes. J’en profite pour examiner mes pieds et je constate que j’ai une grosse ampoule infectée. Je dois la traiter tout de suite, car je la sens qui m’élance! Demain, je devrai commencer l’antibiotique.

Ce soir, la nuit sera froide. J’espère que notre équipement aura assez séché pour que l’on puisse dormir au sec. Nous devons nous reposer. Je visite l’école primaire demain. Et nous reprendrons la route vers Lac-Simon cette fois-ci. Et donc, je dédie ma journée aux gens de cette communauté; POPULATION DE LAC-SIMON, JE VOUS INVITE TOUS À VENIR NOUS REJOINDRE ET MARCHER AVEC NOUS!

P.-S. J’aimerais remercier Charlot, Toby et Pierre de Kitcisakik pour nous avoir aidés à monter le camp et faire sécher les tentes! MEEGWETCH!!

24 Septembre 2013 – Jour 5 – L’énergie contagieuse

Jour 5 - L’énergie contagieuse

Hier, nous avons tous eu un privilège qu’on ne trouve pas dans tous nos campements : des douches! Eh oui!! Un luxe?? Imaginez-vous donc, qu’ici à Kitcisakik, il y a des blocs sanitaires, c’est-à-dire, un endroit où l’on trouve un coté douches pour hommes, un coté douches pour femmes, et une salle avec laveuses et sécheuses!…Pourquoi donc, me direz-vous, de telles installations? Eh bien, parce qu’il n’y a ni bain, ni douche, ni laveuse-sécheuse dans les maisons! Mais, quel bonheur de prendre une bonne douche, se laver les cheveux…. et, grand luxe, faire une « ptite brassée » de bas, t-shirts et sous-vêtements!!! Ensuite, nous nous couchons tous… dans la nuit froide!

Il fait froid aussi ce matin… sous le point de congélation, c’est certain! J’avais si hâte que la nuit finisse par finir! D’ailleurs, Jean-Charles aussi!! Il est le premier levé et, pour s’assurer que nous nous levions aussi, il fait jouer la chanson « Somewhere Over the Rainbow » à tue-tête!! Pour nous réchauffer, pour nous énergiser!! Difficile de ne pas l’être avec un soleil si radieux! Nous nous préparons, déjeunons dans la bonne humeur! Nous devons nous rendre à notre point de départ en autobus… qui n’arrive pas! Problème de communication! Jean-Charles, qui ne veut plus attendre, décide de passer au plan B : nous transporter tous, en plusieurs voyages, dans SON véhicule. Moi, je dois me rendre à l’école du village pour rencontrer les enfants.

Dès mon arrivée, les jeunes sont là, avec une grande pancarte sur laquelle il est écrit « MINO PIJAN » (bienvenue en anishnabe), une haie d’honneur avec tambours et chanson composée en mon honneur!!! Ils scandent mon nom « Stanley Vollant! Stanley Vollant! Stanley Vollant!! » Je suis profondément touché! Je vois la flamme dans leurs yeux! Ils m’écoutent avec tellement d’attention! Je visite toutes les classes; je leur parle de mon bâton de marche, offert par moshimis Alexandre Hervieux, que le bâton s’est promené beaucoup et dont il avait des pouvoirs. Aussi, qu’ils n’avaient qu’à mettre leurs petites mains dessus et fermaient leurs yeux et pensaient à leurs rêves, qu’ils se réaliseraient; qu’en moment de doute, de penser au bâton. Mon bâton est maintenant rempli de dizaine de centaines de rêves d’enfants. J’ai promis de revenir dans deux ans pour leur demander où en sont leurs rêves!! Voir ces enfants me gonfle d’énergie! Je dois remercier de tout mon cœur les professeurs qui ont si bien préparé ces enfants!

Et je reprends la route, transcendé par l’énergie des enfants! Je marche à vive allure; je salue tous les véhicules qui klaxonnent et les gens que je croise sur le chemin. Le maire de Rouyn-Noranda s’arrête pour me saluer et me parler… je repars toujours gonflé à bloc! Le soleil et le beau temps me transportent. Je ne sens pas ma blessure à l’orteil. Un moment magnifique!

En marchant, je pense à mon peuple, les Innus; à tous ceux que j’ai rencontrés de Goose Bay à Mashteuiatsh, je leur dédie cette journée! J’ai hâte de vous revoir; je vous envoie mon amitié, mon amour de mon peuple! Et je pense à ma famille, à mes grands-parents et mes parents disparus… Je les sens même auprès de moi, je les sens me transfuser d’énergie… Nemushum Xavier, Kokum Marianna, Nekaui Clarisse (kameleushkuss), je vous demande protection, énergie, et guérison de mes blessures! Je les sens fiers de moi!

… Et je rejoins les autres!…

Marie, Clara….je les encourage et je leur redonne de cette grande force dont je profite! Je rattrape mon monde et nous nous rassemblons tous pour reprendre l’autobus qui nous ramène au camp. Pour une deuxième fois, la communauté de Kitcisakik nous offre le souper : une bonne soupe au poulet, filets mignons d’orignal et légumes, de l’esturgeon frais pêché tout près, en bas de la chute! EXCELLENT SOUPER! KITCE MEEGWETCH AUX GENS DE KITCISAKIK ET DE LAC-SIMON! Nous sommes reçus en rois!

Par la suite, nous nous réunissons pour la logistique des jours à venir. Demain sera encore plein de belles rencontres! Continuez à nous saluer et à klaxonner; ce geste, bien anodin, est tellement vivifiant!

25 Septembre 2013 – Jour 6 – Et voilà Lac-Simon !

Jour 6 - Et voilà Lac-Simon !

Hier, nous avons dormi dans l’inquiétude; un de nos marcheurs a eu mal au ventre toute la nuit. J’ai dû alors rester aux aguets pour m’assurer que son cas ne s’aggravait pas. Heureusement que le tout est rentré dans l’ordre. Mieux vaut prévenir que guérir, qui sait! C’était sans doute une mauvaise digestion. Pour ce qui est de mon cas, je soigne mes pieds… mais mon problème se situe au niveau du cou. Les conditions pour dormir ces derniers jours n’ont sûrement pas aidé.

Au matin, un bon déjeuner s’impose, car nous devons démonter les tentes. Je dois me rendre aux écoles de Lac-Simon ce matin même. J’ai toujours un plaisir énorme à rencontrer les enfants; ils sont remplis de cette énergie contagieuse dont j’ai besoin pour venir à bout de mon périple. Je visite en premier lieu l’école primaire Amikobi. Je parle à trois groupes différents. Encore ici, les enfants répondent pleinement à mon discours; ils n’hésitent aucunement à venir tenir mon bâton de marche qui contient les rêves de milliers d’enfants… un bâton qui voyagera à la grandeur des territoires et du pays. Ils répondent très bien à cette symbolique autochtone du rêve, symbole kinesthésique qu’ils peuvent toucher qui a appartenu à une personne centenaire de mon village ne fait qu’ajouter à sa magie. À l’école secondaire Amik-Wiche, les étudiants répondent aussi bien… à leur manière. Ici, je présente le projet Innu Meshkenu, des marches passées et des photos, et aussi mon cheminement personnel. Je leur parle de ma peur du sang et des cadavres pour qu’ils comprennent que les seuls obstacles qui sont insurmontables sont ceux que l’on pose soi-même sur son chemin. Je leur parle de l’importance d’avoir des rêves et d’y croire. Le bâton de marche magique a son effet ici aussi, chez les étudiants comme chez les professeurs! Je les encourage à poursuivre leurs rêves et je promets que je reviendrai dans deux ans pour voir où ils en étaient dans leurs cheminements.

Par la suite, je donne une entrevue à Radio-Canada (RDI demain matin, 8 h 30) et je me remets en route. Les autres ont commencé à marcher et je couvre une bonne partie du trajet seul. J’ai déjà le vent dans les voiles grâce à tous ces jeunes que je viens de rencontrer et qui m’inspirent tant! On me klaxonne… on me fait un signe de la main et tout ça me donne des ailes.

Je rencontre Rock Riendeau que l’on appelle aussi Ashini Abunipi en Anishnabe. Rock est intervenant à Kitcisakik. Il revient de là-bas avec deux autres intervenantes. Il me dit qu’il y a eu un décès cette nuit au village. Il s’agit du décès d’un jeune homme dans la trentaine, M. Élisé Brazeau. On dédie toutes nos énergies, nos efforts et nos prières à cet homme et à sa famille. Je pense aussi au peuple atikamekw d’Opitciwan, de Manawan et de Wemotaci; je vous salue mes amis et je vous envoie à vous aussi l’énergie d’aujourd’hui pour vos jeunes et votre communauté. Gaétane Petiquay elle me dit qu’elle marche pour un jeune homme de Wemotaci qui est en attente de greffe-poumons.

C’est une journée parfaite pour la marche! Mère Nature est de notre coté! Les premiers marcheurs commencent à arriver autour de 14 heures. La première est Jill Papatie, la plus jeune de notre groupe. Elle a participé l’hiver dernier à la marche des Neshiyoos vers Ottawa. Elle doit faire un travail sur sa réflexion quant à la marche et devra présenter le tout à son école. Aussi, je rejoins les autres marcheurs avant d’entrer à Lac-Simon; Janet Mark et Peggy Jerome et Frédérique notre amie française sont parmi les premières. Les parents de Janet nous ont distribué des beignes autochtones tout au long de la marche!! Merci! C’EST TELLEMENT APPRÉCIÉ CETTE PETITE PENSÉE!

Nous installons notre campement à Lac-Simon. Notre campement est monté en partie grâce à Pierre Papatie qui a pris soin d’installer des tentes « Prospecteur » pour que l’on puisse se réchauffer! Meegwetch à toi, Pierre!! Je dois pratiquer une petite chirurgie à une marcheuse; une onyxectomie sous bloc digital. Je dois enlever l’ongle, car l’infection est installée. Une autre marcheuse est aussi sous antibiotiques pour un mal à la jambe.

Nous nous dirigeons tous vers l’école secondaire où nous attend la communauté pour un mokocan; orignal et doré sont au menu!!! Le repas est fait et servi par les étudiants de l’école! KITCI MEEGWETCH À VOUS TOUS de nous avoir nourri et servi!!! VOUS AVEZ FAIT DU BON TRAVAIL!!

Et la nuit approche…. 29 kilomètres demain!

26 Septembre 2013 – Jour 7 – Discussion médicale, banique et … BBQ!

Jour 7 - Discussion médicale, banique et … BBQ!

Hier, à la tombée de la nuit, Jean-Charles et moi avons pris quelques moments pour faire le bilan de la marche jusqu’ici… mais le ciel étoilé a volé la vedette!! Un ciel, sans un seul nuage!! Un ciel qui donne le goût de coucher dehors!… Ce qu’en fait j’aurais dû faire, car, sous la tente, la nuit n’a pas été très bonne! J’ai très mal dans le cou et, ayant un souci d’être bien positionné, je me réveille à chaque changement de position! Je devrai chercher un meilleur oreiller et un matelas plus confortable, ou même, passer la nuit à l’hôtel, pour prendre un peu de mieux. Aussi, des chiens jappaient tout près du campement… Sans arrêt! Et, j’ai beaucoup rêvé! Imaginez-vous que j’ai été en chirurgie toute la nuit!! J’opérais deux marcheurs! Vraiment loufoque! Sans doute la déformation professionnelle qui fait son œuvre! Donc, en conclusion, ce fut une nuit plus qu’ordinaire.

J’avoue que, lorsque 6 heures ont sonné, j’étais plus que content! J’avais hâte que cette nuit prenne fin. Le café est bien venu, les toasts sur le BBQ sont délectables. Nous nous préparons ensuite et nous rendons à l’école primaire Amikobi car plus de 300 enfants se joindront à nous pour marcher un petit bout de trajet. Un vrai festival pour eux! Ils courent partout, veulent tous marcher avec le bâton! Une centaine de jeunes de l’école secondaire Amik-Wiche se joignent à nous également. Après quelques kilomètres, les jeunes nous quittent pour retourner vers leurs écoles respectives tandis que nous rejoignons la route 117. Un groupe d’étudiants et leur professeur de plein air nous accompagnent pour un vingt kilomètres.

De nouveaux marcheurs se sont ajoutés au groupe. Je fais une bonne partie du trajet en compagnie de Karen, nutritionniste à lac Simon, et Annie, infirmière au même endroit. Toutes deux passionnées par leurs métiers, nous discutons sur la santé, les enfants, par ce qu’elles font et ont réalisé par exemple, habituer la communauté à faire de la banique avec de la farine de blé entier! Car, vous savez, la banique est un aliment traditionnel chez les autochtones d’est en ouest comme du nord au sud du continent. Mais saviez-vous que ça ne fait pas plus de trois cent ans? En fait, la banique nous vient des marins écossais de la Compagnie de la Baie d’Hudson; son nom vient de « banok », un mot celte. Ce pain était fait à bord des bateaux. Lors des échanges de peaux d’animaux avec les autochtones, les Écossais échangeaient de la farine… et ont refilé la recette de « banique »! Le problème de la banique réside dans le fait que la farine blanche contient des carbohydrates sans fibres et sans protéines; ce qui n’est pas bon pour le diabète, un fléau pour nous. … C’est pourquoi la banique serait meilleure pour la santé si elle était faite avec de la farine de blé qui diminue l’absorption du sucre et qui améliore la fonction digestive. J’ai soudain une idée loufoque, mais qui donne à réfléchir : nous avons la peau brune, la banique brune est meilleure pour nous! Tout ce qui est blanc n’est pas bon pour nous : la farine, le sucre… et la drogue! Ce qui fait sourire mes deux marcheuses! Je salue tous ceux rencontrés sur le chemin!

Jean-Charles arrive pour m’amener à l’école le Transit de Val-d’Or où je dois donner une conférence. Environ une quarantaine d’étudiants de toutes les communautés. Je partage avec eux mon expérience, l’histoire d’Innu Meshkenu. Je vois dans leurs yeux un intérêtt immanquable qui me dit qu’ils ont besoin d’entendre ces mots : « n’abandonnez pas! Croyez en vos rêves! Ne laissez personne vous décourager! » Et je dois retourner à la marche, content du résultat de ma visite!

Il fait chaud… même très chaud pour marcher. Nous avons marché 29 kilomètres. Ils sont exténués, déshydratés! L’un d’eux est victime d’un choc vagal! Je m’occupe de lui et veille à ce que tout soit fait pour se remettre. Plusieurs blessures aux pieds, maux de jambes.

Ce soir, nous avons un BBQ pour notre souper. Un groupe d’enfants de Lac-Simon sont venus nous aider à faire le souper! Merci à vous pour votre bonne humeur.

Pour la marche demain, nous serons accompagnés de la ministre Élizabeth Larouche et du Dr Réal Lacombe, directeur de la santé publique de la région.

Pour finir, je dédie ma journée au peuple de Wendate; une pensée spéciale à ma tante, Anne-Marie Vollant, je t’envoie du courage, de l’amour et de l’énergie! Je pense aussi à mes cousins, Thanissa et Akienda Lainé que je considère comme mon frère et ma sœur. Je pense à vous, je prie pour votre santé et bien-être…. Un clin d’œil au Chef Sioui!

27 Septembre 2013 – Jour 8 – … À VAL D’OR!

Hier, j’ai reçu en cadeau de la communauté de Lac-Simon, une magnifique courtepointe confectionnée par Madame Monique Papatie! C’est un cadeau de grande valeur, par les efforts et le temps requis pour la confection et par la générosité de la communauté qui l’imprègne! Je vous remercie tous du fond du cœur pour ce cadeau précieux qui me réchauffera cette nuit!

Au petit matin, les préparations vont bon train; nous déjeunons et démontons le camp. Avant le départ, je dois me rendre au centre de santé avec un marcheur; je dois prendre ses signes vitaux pour m’assurer qu’il est en mesure de faire la marche d’aujourd’hui. Il pourra donc se joindre à nous. Dès notre retour, nous prenons l’autobus en direction du kilomètre 508, où nous avions terminé hier. Après le cercle de partage, les salutations et les prières, nous nous dirigeons vers l’Hôtel le Forestel de Val-d’Or où nous nous rassemblons tous. Là-bas, des gens nous attendent déjà : le propriétaire de l’hôtel, M.

Robert Larivière et son personnel, des gens de Lac-Simon et le médecin de cette communauté nous accueillent. Je voudrais remercier M. Larivière pour nous avoir tous accueillis avec des breuvages dans le lobby de l’hôtel. La ministre Élizabeth Larouche ainsi que le Dr. Réal Lacombe, directeur de la santé publique de la région et leurs équipes arrivent pour nous rencontrer. Nous quittons le Forestel en direction du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or où nous attendent plusieurs personnes et différents médias tels Radio-Canada, TVA… Il y a beaucoup de questions sur la marche; et nous répondons avec empressement.

Nous entrons au Centre d’amitié où un lunch nous attend. Nos remerciements à vous tous pour cet accueil chaleureux et ce dîner très apprécié! Nous débutons les discours avec l’ainé Oscar Kistabish, qui possède lui aussi un bâton de marche. Il partage avec nous l’importance symbolique du bâton de marche et son lien avec les ancêtres. Aussi, la ministre Larouche, le Dr Lacombe partagent avec nous. Et c’est à mon tour de conclure les discours et s’en suivent les rencontres et photos d’usage. Il y a parmi nous l’ex-ministre délégué aux affaires autochtones, M. Pierre Corbeil, en poste lorsque j’ai commencé mon périple Innu Meshkenu. Il fut un des premiers à supporter le projet financièrement lors de ma marche à Natashquan. Je remercie donc tous ceux qui nous ont appuyés en ce sens : Pierre Corbeil, Geoffrey Kelley, Madame Larouche.

Nous quittons le centre vers 13 heures. Nous nous dirigeons vers Vassan. Je discute un bon moment avec Yves Souci qui est professeur de karaté; il est engagé au niveau des communautés autochtones. Nous parlons de sa vision de la persévérance, de la discipline et de la vie en général. Aussi, je m’arrête pour saluer les gens que je rencontre. Et je fais un arrêt à la maison du père d’Édith Cloutier qui est directrice du Centre autochtone. Il est en convalescence à la suite à une grave maladie. Je suis content de faire cette visite; il sort sur le perron et se tient fièrement debout avec mon bâton de marche !

Il fait beau et chaud… Tellement que je constate que c’est même trop chaud pour que plusieurs marcheurs entreprennent le parcours de 22 kilomètres prévus pour aujourd’hui. Le temps pour couvrir la distance est trop court et il fait trop chaud. Je croyais bien que seulement une ou deux personnes y parviendraient, mais finalement Gilles, Éric Pettiquay, Chamo, Lina et René du Centre d’amitié finissent le parcours et ont été en mesure de m’appuyer jusqu’au bout. La journée a été difficile! Je réussis à finir le périple d’aujourd’hui à la course! Nous arrivons à la ligne d’arrivée pour aujourd’hui; les gens le rendront en autobus à la Corne pour le souper. De mon coté, je me dirige avec Jean-Charles premièrement au magasin pour m’acheter un nouvel oreiller et un matelas et, deuxièmement à la rencontre de Marco Bacon, le directeur du Centre des Premières Nations Nikanite de l’Université du Québec à Chicoutimi et de Marie-Hélène Forrest, agente de liaison pour le projet Innu Meshkenu, pour souper ensemble en discutant de financement.

Et finalement, Jean-Charles et moi retournons vers la Corne. J’essaierai mon nouveau matelas et mon oreiller en espérant être frais et dispo pour notre 28 kilomètres de demain!

28 Septembre 2013 – Jour 9

Ce matin, Jean-Charles et moi avons déjeuné chez Tim Horton. Je sais! Je sais ce que vous pensez! Mais oui! J’ai couché au Forestel; ce qui a fait le plus grand bien à mon cou! J’ai pensé à mes marcheurs au campement! Nous avons rapporté du bon café pour tout le monde! Et tout le monde était content! Les marcheurs ont couché sous les tentes et aussi dans la grande salle du centre communautaire de La Corne. Merci aux gens de La Corne de nous avoir prêté vos installations!

Nous devons prendre ensuite un autobus, conduit par la femme de Salomon (Shaamo) pour nous rendre à l’église de Vassan. La marche d’aujourd’hui est en deux parties : la première qui couvre les 17 kilomètres pour nous rendre à La Corne, et la seconde qui couvre les 11 kilomètres qui nous mènent vers un endroit triste pour nos communautés : le pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery. Avant de quitter, le cercle de partage est un incontournable; nous avons besoin de nous préparer intérieurement pour la journée à venir. Après les prières, nous nous quittons pour le lieu de départ : l’église de Vassan.

Je marche avec deux nouveaux marcheurs : une personne travaillant à l’hôpital de Val-d’Or et l’autre, ingénieur mécanique à La Corne. Nous parlons des effets positifs de la marche, de l’interculturalisme et de l’importance de se connaitre les uns les autres. Il mentionne que l’idée de cette marche est bonne pour cette raison tout particulièrement. Et nous arrivons à La Corne… Je n’ai aucune idée de l’origine de ce nom, mais une chose est sûre : J’EN AI SOUS LES PIEDS! J’entre dans la salle communautaire pour me restaurer et je quitte presque immédiatement pour reprendre mon chemin. Je rattrape Rachelle et Rob de Maniwaki qui sont devant moi.

Dès cet instant où nous reprenons la route, notre périple se transforme en pèlerinage. Nous arrivons au site du pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, un triste lieu imprégné de mauvais souvenirs pour plusieurs Anishnabes et Attikameks. Cet endroit est un des endroits où s’est écrite une des pages les plus lugubres de l’histoire des Premières Nations! Sur les lieux, une plaque commémorative et les vestiges du pensionnat se dressent devant nous. Raymond de Lac-Simon me fait visiter : les salles de classe, les dortoirs, le gymnase…. Il me dit y avoir passé un an… Un an à voir souffrir plusieurs autour de lui. Il se dit marqué par les blessures de ses parents qui y étaient eux aussi. Ce qui est arrivé dans ces pensionnats va dans le même sens que l’holocauste; un génocide identitaire. Encore aujourd’hui, les enfants en subissent les effets, les parents étant carencés affectivement et émotivement par la violence omniprésente dans ces « usines à blanchir »!   Plusieurs générations de gens de nos communautés sont devenues parents sans avoir les habitudes parentales adéquates pour devenir de bons parents; ils n’ont malheureusement pu que transmettre les tares dont ils ont héritées….. un traumatisme transgénérationnel transmis inconsciemment grugeant, d’une génération à l’autre, la culture, les traditions, la spiritualité. Les problématiques sociales que vivent nos communautés sont en grande partie dues à cet épisode noir de notre histoire. Plusieurs marcheurs ont pleuré… l’émotion est palpable! Ce fut des moments très émouvants pour tous……. (La ligne téléphonique est très mauvaise!)

Nous quittons vers le camp… Nous souperons ensemble. Ensuite, la musique d’Antony Brascoupé nous réchauffera le cœur et mettra un baume sur nos émotions meurtries.

29 Septembre 2013 – Jour 10 – PIKOGAN

Jour 10 - PIKOGAN

Une magnifique journée remplie d’émotions! Ce matin, nous sommes debout et prêts à partir assez tôt. Un autre déjeuner au Tim… et une commande de café à rapporter pour nos marcheurs. Il fait beau ce matin, mais il y a des nuages à l’horizon… Il y aura pluie sans doute plus tard en journée. Une fois au camp, la plupart des marcheurs achèvent de ramasser leur équipement; ils peuvent donc déguster leur café en attendant de prendre l’autobus qui nous ramène où nous avons arrêté hier : au pensionnat. Il y a de nouveaux marcheurs parmi nous. Nous sommes environ 30 personnes à prendre le départ aujourd’hui en direction de Pikogan.

Une fois au pensionnat, nous faisons un grand cercle de partage. Je dis à tous que, pour plusieurs d’entre nous, ce sera la dernière journée de marche. Il faut donc en profiter à fond et avoir du plaisir. C’est une journée symbolique : nous partons d’un passé douloureux, un passé qui se doit d’être derrière nous. Nous devons apprendre de ce passé pour bâtir et vivre le moment présent et aussi, construire un futur meilleur pour nous, nos enfants et les générations à venir. Il ne faut pas stagner dans un passé de peine et de victimisation; nous devons le reconnaitre, en retirer des leçons et aller de l’avant! NIKANITE!! Et donc, Innu Meshkenu est un chemin de l’espoir, un chemin de persévérance, un chemin de détermination et de courage! Je demande à l’ainé Edouard Kistabish (le père de Chantale) de faire pour nous la prière; il nous dit qu’il était dans ce pensionnat il y a cinquante ans de cela. Il y a vécu durant 10 ans durant lesquels il a connu des situations difficiles, il a vu des choses difficiles, dit-il rempli d’émotions. Reconnaitre le passé et apprendre à vivre le moment présent pour le futur de nos enfants est pour lui des paroles pleines de sens. Il nous souhaite une belle journée et nous dit que Kitci Manitou nous protège et nous donne la force.

Les nuages nous annoncent de la pluie à venir. Et, je rencontre Alexandra, qui enseigne à Kitcisakik, et sa cousine Isabelle Paquin. Alexandra me dit que j’ai eu beaucoup de succès auprès des enfants de son école! Pour sa part, Isabelle me raconte qu’elle m’a rencontré il y a 12 ans à Gatineau, lors d’un souper où elle faisait le service. Nous avions parlé un moment et je lui avais alors dit : « Je suis un médecin et je cherche une façon d’inspirer le plus de jeunes possible ainsi que leur futur. » À ce jour, elle s’en souvient encore et voulait venir me dire que j’avais trouvé mon moyen! Et elle ajoute qu’elle aussi poursuit ses rêves de voyage… On m’avait déjà dit de faire ce mes rêves me dictaient, que la route me donnerait mes réponses. Lorsque je fais des rencontres comme celle-là, c’est comme une réponse de la route. Isabelle me dit que je suis une personne qui est alignée avec ce qu’elle est vraiment. Ce qui me frappe, car, je crois fermement que l’esprit et l’essence d’un être ne doivent faire qu’un. En cas contraire, la maladie s’installe…. il faut aller dans le sens de notre nature et non contre… Une belle rencontre comme une autoconfirmation que je suis sur la bonne route… Merci Isabelle.

Je marche avec Marco et Marie-Hélène. En marchant, nous discutons de notre prochain projet de financement… Vous savez, les expéditions sont très onéreuses. Donc, je vous annonce que, le 16 novembre, ma tête…. non… ma chevelure sera mise à prix! Le but : de ramasser au moins 1000 $ dollars par pouce de cheveux! Parlez-en à tous vos réseaux personnels; organisez-vous un groupe où chacun contribuera 5, 10, 20 dollars et plus pour le « scalp de Stanley »!! Plus amples informations vous parviendront sur cet évènement sous peu!

Nous sommes maintenant dans les alentours d’Amos; beaucoup de gens nous klaxonnent et nous saluent. Je marche avec le Chef Bruno Kistabish; en fait, il marche courageusement avec nous depuis Lac-Simon. Nous arrêtons à l’école Christ-Roi où nous sommes attendus par les gens d’Amos et de Pikogan. Lina, Salomon, Rob sont déjà sur place et relaxent. Prévention-suicide d’Amos nous invite à participer à la confection d’une murale sur laquelle nous écrivons des mots d’encouragement et de courage. C’est un moment d’émotion, car plusieurs terminent leur périple ici.

Nous sommes rejoints par M. Ulric Shérubin, le maire d’Amos, la ministre Élizabeth Larouche, M. Réal Lacombe et plusieurs personnes de Québec Solidaire qui appuient dans notre projet. Nous marchons 3 kilomètres jusqu’à la belle communauté de Pikogan où je suis assailli par une trentaine d’enfants qui me posent mille et une questions! C’est toi Stanley?? C’est toi le docteur?? Ils sont très drôles!

Et ce sont les adieux des marcheurs qui partent! Les accolades… les aurevoirs… on rit… on pleure! La fin d’une odyssée pour plusieurs! N’oubliez pas mes conseils!!! À ceux qui nous quittent; n’arrêtez pas de marcher! Il est important de continuer, car vous êtes habitués à une intensité euphorique. Continuez à partager avec les autres en réel, non sur les réseaux sociaux. Demandez de l’aide au moindre signe de déprime. Marchez, partagez, bougez; c’est le meilleur remède!!… Tous sont fiers de leur accomplissement! Ils ont marché sur l’Anishnabeg Mikana…

À la salle, nous sommes accueillis en vainqueurs! C’est décoré de dessins qui nous représentent et sont faits par les enfants! Les dignitaires nous parlent; M. Chérubin nous dit que cette marche réunit et provoque le rêve possible à tous… Quand on veut, on peut! Le Chef Kistabish mentionne qu’il est important que les jeunes soient inspirés pas les modèles présents pour devenir les leaders de demain. Le doyen de la communauté, Albert Mowat (89 ans) dit qu’il a certainement marché la distance de Sept-Îles à Vancouver au cours de sa vie; la marche était un style de vie pour lui depuis sa tendre enfance. Il est fier que nous puissions, en marchant, célébrer la tradition et notre histoire…. Chantale Kistabish nous avoue que la marche Innu Meshkenu est son Everest! Elle en est fière… Nous nous dirigeons vers un grand banquet!

Un merci spécial à Suzanne, notre ange dans la voiture rouge! L’infirmière qui prend soin de nos âmes et de nos ampoules!

30 Septembre 2013 – Jour 11 – La symphonie des ronfleurs!

Jour 11 - La symphonie des ronfleurs!

… Pouvez-vous imaginer coucher une nuit dans un gymnase avec une trentaine de personnes fatiguées? Et bien, je peux vous dire une chose : C’EST BRUYANT! J’ai eu droit hier à la « symphonie du marcheur épuisé en LA majeur! » Ronflements et cauchemar en vedette!! Eh oui, il fallait bien s’y attendre! Nous nous sommes tous endormis vers les 9 h… sauf qu’il ne faut pas se réveiller sinon!!! J’ai eu cette malchance… j’ai dû me lever à 1 h du matin… appel de la nature oblige! Mais, il y avait tellement de ronflements que j’ai eu toutes les misères du monde à me rendormir… J’ai même eu droit à la jérémiade du rêveur! Ne pouvant me rendormir, j’ai lu mes courriels jusqu’à plus de 2 heures du matin! Nul besoin de vous dire que je me suis levé épuisé. Heureusement, le déjeuner avait de quoi me rendre de bonne humeur : tout, TOUT ce dont on pourra désirer… des croissants au jambon aux petites confitures… LE PARFAIT DÉJEUNER CONTINENTAL! Je dois remercier la communauté pour le chaleureux accueil et aussi, le IGA d’Amos pour la commandite de 100 $ d’épicerie!

Les marcheurs ont ramassé leur équipement et se préparent à la marche; pour ma part, je me rends à l’école primaire avec Éric Petiquay. Nous rencontrerons trois groupes. Encore aujourd’hui, les enfants sont magnifiquement préparés. Ils savent qui je suis et le pourquoi je suis là. On me questionne… on me demande pour quoi le bâton de marche… et je partage mon histoire avec eux. Ils ne se font pas prier pour apposer leurs mains sur le bâton pour transférer leurs rêves. Ce sont toujours des moments magiques de les voir si concentrés à passer leurs rêves dans le bâton! Nous nous rendons tous à l’extérieur pour marcher un 700 mètres ensemble… Et enfin, nous quitter… sous des aurevoirs qui n’en finissent plus!

Je marche 7 kilomètres avant que Jean-Charles ne vienne me chercher pour me rendre à l’école secondaire pour la visite suivante… qui ne se déroule pas du tout comme la première. Je dois passer mon message sur l’heure du midi, dans les bruits de cafétéria, et c’est très difficile. Je n’ai pas pu rencontrer directement les jeunes autochtones. Je suis très déçu de ne pouvoir avoir ce contact privilégié. Il est important que le temps dont je dispose soit optimalisé. Ceci joue beaucoup sur ma motivation… Je retourne à la marche… déçu du retard que j’ai pris sans combler mes attentes. La marche est difficile. Je pense à l’importance du temps de qualité. J’espère sincèrement que les écoles à visiter demain seront mieux préparées; c’est tellement plus motivant!… Je marche…. et je suis un lièvre qui court sur le chemin en se faufilant, en zigzag, à travers les camions! Un lapin sauté! Je termine la marche avec Gaétane Petiquay. Aussi, de nouveaux marcheurs se joignent à nous : Jerry de Lac-Simon qui vient marcher le Nimocom mikana (la route des ancêtres)… il aimerait bien faire avec nous la marche d’hiver. Lucie Bouchard de Rouyn-Noranda est aussi des nôtres. Brigitte Fournier de Sept-Îles; je dois souligner que Brigitte est partie de Sept-Îles hier direction Montréal et, ce matin, Montréal jusqu’à Amos… 16 heures de route pour venir nous rejoindre! Quelle détermination! Il y a Edouard Kistabish, Sharon et Jean-Pierre qui marchent avec nous pour la journée. Nous sommes donc une vingtaine de marcheurs!

Après la marche, je me rends à Amos, question de faire un peu de lessive. Je suis attendu par une quinzaine de jeunes qui viennent me dire qu’ils ont des rêves et qui me demandent si je reviens le lendemain!

Ce soir, nous avons droit à un mococan (festin) organisé par la communauté; spaghettis, bouilli d’orignal, pain et banique et, bien sûr, des desserts à n’en plus finir! À toute la communauté, aux organisateurs, un merci du fond du cœur pour tout!

Et nous allons dormir… en espérant pouvoir le faire dans le silence.