#9 - DE GESGAPEGIAG À EEL RIVER

DATE DU DÉPART : 15 AU 18 AOÛT 2013

LIEU DE DÉPART : GESGAPEGIAG

LIEU D'ARRIVÉ : EEL RIVER

DISTANCE: 110 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 3358 KM

RÉSUMÉ DE LA MARCHE

Été 2013 – Marche chez les Mi’gmag de Gesgapegiag à Eel River en passant par Listuguj. Nous serons aussi chez les acadiens. Accompagnés de plusieurs marcheurs dont Amir Kadir et sa famille et mon fils Xavier, nous traverserons la frontière du Nouveau-Brunswick.

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15 Août 2013 – Jour 1 – GESGAPEGIAG, nous voici!

Nous sommes partis de Montréal mercredi matin… Destination Carleton, en Gaspésie! Mon fils Xavier et sa gardienne Marianne m’accompagnent pour cette expédition. Nous sommes arrivés en début de soirée à l’hostellerie Baie-bleue de Carleton qui nous a gracieusement offert trois chambres en plus des prix spéciaux pour tous nos marcheurs. Nous nous sommes installés pour la nuit en espérant un sommeil réparateur.

Au petit matin (6 heures), nous devons nous préparer. Pour ma part, je dois faire quelques entrevues téléphoniques avec les stations de radio locales avant le départ. Malgré le fait que les préparations matinales sont toujours intenses, celles-ci jouissent d’une effervescence particulière; mon Xavier se prépare à marcher aussi! C’est la course!! Nous partons déjeuner, toujours en attentes d’appels téléphoniques pour fin d’entrevues.

La radio réussit à me rejoindre à Maria; la ligne est mauvaise et coupe. Nous devrons nous reprendre le lendemain. N’ayant toujours pas déjeuné, j’enfile un muffin et un café en vitesse, car nous arrivons à Gesgapegiag où les représentants de la communauté et une cinquantaine de personnes nous attendent pour nous souhaiter la bienvenue. C’est donc sous un soleil radieux et une température parfaite pour la marche que l’ainé du village fait une prière pour protéger les marcheurs, que les discours de la part des notables, de Jean-Charles, le coordinateur du projet Innu Meshkenu, pour la logistique et de moi-même ont lieu; nous quittons le long de la 132.

Des gens de Chandler (collègues de travail), de Listiguj (dont le vice-chef Darcy Grey), de Eel River Bar, de Gesgapegiag (dont trois jeunes qui ont marché jusqu’à Ottawa au mois de mai), Catherine Amaranti de Maniwaki, Mme. Lise Pelletier de Rivière-du-Loup, plusieurs conseillers des différentes communautés, Annie St-Onge (l’assistante de Geoffrey Kelley, député de Jacques-Cartier), m’accompagnent pour se périple de 22 kilomètres. Les élus de Gesgapegiag sont absents, car ils sont en élection. Nous marchons sur le bord de l’eau…. la température et le paysage sont magnifiques… époustouflants! Je marche avec des Micmacs, des Québécois…. de nouveaux visages! Après un arrêt à Maria, nous continuons vers Carleton sur mer. Je fais un bout de chemin avec Arianne Courville, directrice médicale de la santé publique de la Gaspésie, et Ingrid Fleurant, agente Kino-Québec.

Nous devons marcher 22 km aujourd’hui, ce qui est habituellement considéré comme un court trajet. Toutefois, même si j’ai beaucoup marché depuis le parcours de l’hiver passé et que j’ai participé à plusieurs évènements de marche, j’ai souffert. Le corps a toujours besoin de s’adapter, de se remettre en mode « expédition ». Je fais part de mes sentiments avec le groupe lors du cercle de partage qui se tient à la fin de la journée. Le dialogue et le partage aident toujours à exorciser la douleur.

Aujourd’hui 15 août, c’est la fête des Acadiens et des Innus. Je dédie donc ma journée aux gens de Gesgapegiag, aux Acadiens et aux Innus de Pessamit. J’ai beaucoup pensé à ma famille, mes parents, ma sœur et ses enfants, mes oncles, tantes, cousins et cousines à qui j’envoie toutes mes énergies.

Après la marche, je reprends mon rôle de papa et je passe du temps avec mon fils. Une bonne crème glacée s’impose. Vers les 19 h, je me rends à la micro-brasserie « Le naufrageur » où je passe un moment avec Amir Khadir et ses amis venus faire un bout de chemin avec nous le lendemain. Un peu plus tard, je fais un arrêt au bout du barachois où une présentation sur l’histoire de l’Abbé Maturin Bourg, figure importante pour les Acadiens est offerte. Après, je présente ensuite le projet Innu-Meshkenu à la population présente, sans toutefois oublier de mentionner l’importance qu’ont eue les relations micmaques et acadiennes dans l’histoire de la région.

Après cette soirée imprégnée de cultures différentes, je rejoins fils et lit… où je tombe dans un sommeil mérité.

16 Août 2013 – Jour 2 – Résilience… sur plusieurs plans

Ce matin… 6 h 30 debout! Un petit déjeuner avec fiston et entrevue radiophonique avec CBC avant de rejoindre les autres marcheurs qui arrivent par bus en provenance de Listiguj et Gesgapegiag…. et finalement être une quarantaine de marcheurs à prendre le départ. Le député de la région, Philip Toone, le maire adjoint de Carleton, Raymond Deslauriers, Amir Khadir et sa famille sont des nôtres, sous le beau soleil et une température clémente, pour écouter les allocutions des notables.

La marche d’aujourd’hui est tout particulièrement dédiée aux gens de Lac Mégantic. J’y étais dernièrement, en tant que chirurgien-remplaçant. La blessure béante est inimaginable. Un collègue médecin ne peut réintégrer sa maison, un autre a perdu son gendre… La peine de ces gens est indescriptible! Une cicatrice profonde… physique et émotionnelle! Ce qui me touche particulièrement est l’extraordinaire résilience des gens de Lac Mégantic! La vie continue malgré la douleur extrême qui les afflige. À tous ces gens, à mes collègues blessés… je suis avec vous.

Aussi, je pense aux gens de Campbellton, aux parents et amis des deux petits qui sont maintenant petits anges du Ciel. Mes prières vont vers vous.

Je fais des entrevues pour les radios locales en marchant. Les journalistes de TVA, du Soleil et des journaux locaux sont parmi nous. Je fais un bout de route avec Amir Kadir et sa famille, ce qui me donne le temps pour converser avec eux.

J’ai aussi la grande fierté de marcher avec mon fils Xavier; il me suit, tout près derrière… à la file indienne. Je prends soudain conscience de quelque chose de fantastique; petit Xavier suit grand Stanley, alors qu’il y a une quarantaine d’années, petit Stanley suivait grand Xavier (mon grand-père)! Un heureux hasard transgénérationnel!! Je fais part de ma réflexion à fiston qui me dit que, peut-être un jour, un autre petit Stanley suivra un autre grand Xavier! … J’ose espérer qu’il se souviendra qu’un jour, il a marché dans mes pas comme je l’ai fait avec mon grand-père! Il réussit, malgré son jeune âge à marcher 10 km après quoi, Jean-Charles, le coordinateur d’Innu Meshkenu, le ramène à sa gardienne Marianne.

… Je marche seule pour un moment; je fais le point… et j’augmente la cadence pour rejoindre les autres; une dame de Eel River Bar, notre courageuse ainée Catherine, Greg qui habite à Carleton, Alyssa et son amie avec qui j’ai parlé de spiritualité autochtone. Je fais un bout de chemin avec Darcy Grey… et aussi Guy Tremblay, un Saguenéen de cœur qui habite maintenant la Gaspésie. Il connait certaines personnes de ma famille. Les chemins se croisent parfois! On discute ensemble de l’effet thérapeutique, physique, mental de la marche. La marche permet de vivre le moment présent, de ne pas trop s’en faire avec le futur, qui guérit le physique, le mental, le spirituel.

Nous sommes accueillis par un groupe de Listiguj, membres du conseil de bande, à la Savonnerie du village d’Escuminac. Des boissons et sandwiches nous sont offerts. Je fais le plein de produits pour le bain. C’est un endroit magnifique; on peut voir Dalhousie au loin, de l’autre coté du d’eau. Ces paysages sont gravés dans ma mémoire. Les gens arrivent peu à peu…. et, à ma grande surprise, Amir Khadir finit la marche avec ses filles! Ils m’ont vraiment impressionné et je taquine Amir en lui disant que maintenant, je sais qu’il n’est pas qu’un parleur, c’est aussi un FAISEUR! Je connais Amir depuis plusieurs années; nous nous sommes connus chez son ancien patron, le Dr. Richard Morrisset, pour qui j’ai beaucoup d’estime et d’admiration. Amir me fait part de la maladie de celui-ci, ce qui me bouleverse. Je lui envoie tout mon énergie et courage en vue d’une prompte guérison.

Nous prenons tous l’autobus de retour. J’amène mon fils au sommet du mont St-Joseph. La vue y est à couper le souffle!

Après souper, j’ai la peine de me rendre compte que j’ai perdu mon bâton de marche, celui que l’on m’a offert en 2011 à Pessamit. Je l’ai oublié à l’endroit où j’ai donné ma conférence à Carleton. Ce bâton, que j’avais vu en songe, transporte les énergies d’une foule de personnes. Peut-être qu’il était destiné à quelqu’un d’autre, l’inspirer positivement.

J’ai lâché prise sur ce bâton de marche et de parole, d’une grande signification pour moi… mais si quelqu’un le retrouve et décide de me le ramener, je serai fort heureux de le reprendre.

… Et je rejoins mon fils pour la nuit.

17 Août 2013 – Jour 3 – La souffrance bienfaisante

Aujourd’hui, après avoir dormi 2 soirs à Carleton, nous déménageons nos pénates. Je supervise mon fils Xavier et sa gardienne Marianne en m’assurant que rien n’est oublié. Ensuite, nous déjeunons et rencontrons les autres à la Savonnerie du village d’Escuminac que je tiens à remercier chaleureusement pour nous avoir prêté leurs locaux et leur terrain comme sites de départ et d’arrivée. Leur contribution est très appréciée.

Encore ce matin, plusieurs personnes des alentours nous accompagnent. Amir Khadir, son attachée politique, Nika Deslauriers, et la candidate de Québec Solidaire pour la Baie des Chaleurs, Patricia Chartier, sont des nôtres. Nous sommes un peu plus d’une trentaine à prendre la route. J’ai le plaisir de jaser avec tout ce beau monde tout au long du trajet. Un Micmac de Listiguj me remercie pour le projet qui lui permet de sentir l’esprit de ses ancêtres, de sentir leur énergie et celle de la Terre. C’est un défi physique et surtout psychologique; on n’avance pas vite… c’est douloureux, mais on se nourrit de l’énergie environnante des éléments et de la Terre mère qui nous aide à vaincre la douleur et le découragement. À marcher ainsi, on se « branche » à une source infinie d’énergie, on recharge gratuitement et l’on peut ainsi nourrir les autres.

Le temps est radieux et le paysage est fabuleux. Nous marchons par petits groupes et nous arrêtons à la halte routière St-Omer pour une pause-santé, car le prochain arrêt est le point d’arrivée, encore loin devant. Les gens s’encouragent les uns les autres… ce qui permet d’avancer sans s’en rendre compte. Certains dédient leur marche à des gens, d’autres à des problèmes qui touchent sévèrement les autochtones tels : le diabète, le suicide, la dépendance. Ceci a un effet libérateur et procure l’énergie pour continuer. Personnellement, mon trajet d’aujourd’hui est dédié aux gens de Listiguj.

Je dois mentionner que nous sommes suivis par le service de pompiers et de police de Listiguj, par notre coordinateur de projet, Jean-Charles, et par le véhicule du service de santé de Gesgapegiag, le « head-start », ce qui est rassurant, car hier, un incident qui aurait pu être tragique a bien failli arrivé. Hier, dans la dernière heure de marche, 5 personnes ont presque été renversées par des chauffards qui conduisaient sans respecter les limites de vitesse. Ils allaient si vite que nous avons senti très fort le vent des voitures. Nous redoublons donc de sécurité pour le reste du trajet.

Finalement, nous arrivons au Youth Center de Listiguj vers 14 h 30. Amir arrive en courant, tout mouillé!! Il s’est baigné dans la rivière avant d’arriver! Il nous fait bien rire! Nous faisons un tour de village triomphal précédé du camion de pompier de l’endroit. Nous sommes accueillis par les gens de la communauté qui nous offrent un délicieux buffet pour nous rassasier. Un grand merci aux gens de Listiguj pour l’accueil chaleureux! Discours d’usages : de Mary Metallic, directrice des services santé de Listiguj, d’Amir partage son expérience et de l’importance de vivre et négocier de nation en nation.

On souligne aussi le bon travail de Sheila Swasson qui est très impliquée pour la marche et l’organisation des jeux autochtones du Nouveau-Brunswick. J’en profite aussi pour remercier les personnes suivantes pour leur dévouement : Tanya Simmonson, Janet Mulcahy (Eel River Bar), Bernard Jerome, Christianne Bernard Jerome (Gesgapegiag). On apprécie leurs efforts soutenus.

Demain, Innu Meshkenu franchira une nouvelle province. Nous sommes « une heure plus tard dans les maritimes »; il faudra s’assurer de se lever à la bonne heure demain!

18 Août 2013 – Jour 4 – Une autre frontière pour Innu Meshkenu!

Je me réveille ce matin à l’heure du Nouveau-Brunswick… une heure plus tôt qu’au Québec! Ouff! Je réveille mon fiston qui dormirait bien plus longtemps. La tâche est difficile; c’est en le chatouillant que je finis par le sortir du sommeil! Une fois tous préparés, nous quittons la chambre pour le déjeuner.

Je dois faire quelques pansements avant le départ; certains marcheurs ont des ampoules et des blessures aux pieds. Étonnamment, je suis celui qui a le plus d’ampoules! Nous sommes une trentaine de personnes à prendre le départ. Juste avant, nous avons droit à une séance de purification à la sauge (smudging) de la part d’une aînée… et nous nous mettons en marche sous leurs chants traditionnels. Mère Nature est encore  une fois attentionnée à notre égard;  le temps est magnifique! Escortés par la police de Listiguj, nous traversons le pont qui nous mène de l’autre coté de la baie et dans une autre province, et nous prenons la 134 où nous apercevons le parcours que nous avant fait jusqu’à maintenant. La RCMP fait la navette le long de la route qui assure la sécurité. La chef d’Eel River Bar Lynn Labillois, infirmière de profession, nous escorte à bord du « Headstart truck » et veille sur nous toute la journée. L’attention et les sourires sont bien appréciés!

Je marche main dans la main avec mon fils… un plaisir divin. Il marche sans broncher, malgré ses 7 ans, durant une dizaine de kilomètres. Il décide ensuite de faire un bout de chemin en camion avec notre coordinateur, Jean-Charles. Je continue un bout avec des gens… mais souvent tout seul. Cette portion du trajet est dédiée aux gens d’Eel River Bar.

Nous traversons Campbellton… sur le chemin, je rencontre une ancienne collègue de classe de médecine, Dr. Luce Picard qui travaille à Maria, ainsi que son conjoint, Dr. Gilles Pelletier que je n’ai pas vu depuis 25 ans. Ils sont accompagnés de leurs 4 enfants. C’est un grand plaisir de parler avec eux.

Nous arrivons, les uns après les autres, à notre lieu de ralliement, le stationnement de S.E.M. Welding, juste avant de rentrer à Eel River Bar. Des gens de la communauté nous y attendent pour marcher les derniers kilomètres avec nous. Guy Tremblay est le dernier arrivé; il est très content d’avoir réussi malgré ses maux de genoux.

Nous nous dirigeons finalement tous ensemble, une bonne soixantaine de personnes escortées de le RCMP, vers Eel River Bar. Tout près de l’arrivée, un groupe d’ainées qui nous attendent en chantant des chants traditionnels et au son des tambours! C’est très émouvant! Nous arrivons vers 16 h 30 au centre communautaire. Un souper de banique, de spaghettis et de différents desserts nous est gracieusement offert. Plusieurs discours sont prononcés… Les gens sont ébahis par les émotions et les sentiments qui émanent de la marche. La communauté propose même d’en faire un événement annuel. La fierté surpasse la douleur, transcende le physique et qui touche le spirituel. On sent l’importance de la culture et des traditions dans la vie et l’on se félicite du défi relevé. Je fais un discours durant lequel je présente les objectifs d’Innu Meshkenu et je remercie tout un chacun pour leur implication :

Notre « grand manitou » logistique, notre coordinateur de projet : Jean-Charles Fortin

Les répondants pour les communautés,

Sheila Swasson (Listiguj)

Tanya Simmonson, Janet Mulcahy (Eel River Bar)

Bernard Jerome, Christianne Bernard Jerome (Gesgapegiag)

Tous les services de police, de pompiers, de santé qui ont veillé à notre sécurité

Toutes les personnalités qui se joignent à nous

et à tous les marcheurs…..Mille mercis!