#8 - DE MANAWAN À RAPID LAKE

DATE DU DÉPART : 20 FÉVRIER AU 8 MARS 2013

LIEU DE DÉPART : MANAWAN

LIEU D'ARRIVÉ : RAPID LAKE

DISTANCE: 360 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 3248 KM

RÉSUMÉ DE LA MARCHE

Hiver 2013 – L’étape 8 de l’Innu Meshkenu. Accompagné d’une cinquantaine de personnes avec raquettes et traineaux, nous marcherons de Manawan à Rapid Lake en passant par Kitigan-Zibi.

Lire le journal de cette étape

1 Mars 2013 – Jour 9 – « Round dance » et tambours anishinabe!

Ce matin, nous avons déjeuné dans le grand chalet de la pourvoirie du Castor Blanc. Je tiens ensuite ma clinique des pieds; je dois adéquatement préparer mes blessés à affronter les 30 kilomètres qui nous séparent de Maniwaki et Kitigan Zibi. Le démontage du camp va bon train. Nous accueillons 5 marcheurs de Kitigan Zibi venus se joindre à nous.

Nous partons donc à 10 heures. La marche n’est pas facile, car il neige à plein ciel… en fait, il fait tempête et la route est difficile. Au quinzième kilomètre, la médaillée olympique Sylvie Bernier, la présidente de l’Association médicale du Québec, la Dr. Ruth Vander Stelt et Carl de Québec en forme, se joigne à nous pour le reste du trajet. Nous marchons le trajet de 15 kilomètres dans la bonne humeur, tant que la marche de 2 h 30 donne l’allure de 15 minutes!

Nous arrivons vers 15 h 45 au Château Lodge de Maniwaki où nous nous étions tous donné rendez-vous. Nous nous dirigeons ensuite vers le Centre jeunesse de Maniwaki où nous sommes attendus par les gens de la communauté pour faire un bout de chemin jusqu’à l’école. Nous y rencontrons Anita Tenasco, directrice de l’éducation à Kitigan Zibi. Là, un festin nous attendait avec banderoles et décorations. Nous mangeons tous ensemble, des gens de Maniwaki, de Wemotaci, de Manawan… Très bel accueil festif! Les chefs Gilbert Whiteduck et Paul-Émile Ottawa, qui nous suivent depuis le début de la marche, sont de la partie!

Nous avons droit à des chants, des danses, à un « round dance » et aux joueurs de tambours traditionnels; tous participent. J’ai le plaisir de rencontré le Dr. Raven Dumont, jeune docteure anishinabe et étudiante en pédiatrie, que j’ai connu bien avant qu’elle n’entre en médecine et qui m’avoue que j’étais une inspiration pour elle; aussi, la Dr.Émilie Beaudoin, à qui était mon élève lorsque j’étais directeur du programme de médecine de l’Université d’Ottawa. J’éprouve une grande satisfaction à voir le fruit de mon mentorat. Nous devons dire au revoir à quelques-uns de nos marcheurs qui doivent nous quitter. Ce n’est pas chose facile quand des liens se sont tissés. Ils vont nous suivre via internet et nous garder dans leurs prières.

J’aimerais remercier la Clinique médicale de Kitigan Zibi qui nous a gracieusement ouvert la clinique pour nous permettre de soigner les cas de blessures les plus pressants. Certains avaient besoin de se faire retirer des ongles. Éric Petiquay remporte la « palme d’or » des pieds les plus blessés! C’est un blessé qui subit la marche avec bravoure!

Un gros merci à tous les gens de Maniwaki et de Kitigan Zibi pour ce fantastique accueil! Ce fut une réception qui restera longtemps dans la mémoire des marcheurs…. Et je quitte absolument vidé de toutes mes forces.

2 Mars 2013 – Jour 10 – Premier jour de mars…. à Kitigan Zibi!

Hier soir, je devais profiter du réseau internet de l’Hôtel Logue pour préparer mes conférences à venir, mais la fatigue a eu raison de moi. C’est donc demain matin que je le ferai, dans la chambre d’hôtel que je partage avec Jean-Charles et Éric. Nous sommes réveillés à 6 h 30 tapant, comme à l’habitude! Une exception toutefois; hier soir, nous avons eu le grand plaisir de prendre une bonne douche! C’est inouï combien le corps peut mieux se reposer quand il est propre! Aujourd’hui, les marcheurs sont en congé pendant que, moi, je visite des écoles en compagnie de Sylvie Bernier et son équipe de « Québec en forme » que je rejoins après déjeuner.

Nous visitons tout d’abord l’école primaire de Kitigan Zibi où nous rencontrons toutes les classes en 3 phases. Avec Sylvie, nous parlons de saines habitudes de vie, de l’importance des rêves, d’y croire, poursuivre sans relâche et à réaliser. Je partage ce message à travers ma propre expérience avec Innu Meshkenu et par mon cheminement personnel en tant qu’individu qui a réussi à devenir médecin malgré des obstacles très importants. Sylvie fait de même à travers son expérience olympique. Durant la présentation, l’attention est palpable, les jeunes posent beaucoup de questions! L’intérêt est à son comble! J’ai l’impression que plusieurs ont été inspirés… futur médecin, champions olympiques ou… premier ministre! Qui sait! Et nous marchons 2 à 3 kilomètres jusqu’au Centre jeunesse où un diner « hot-dog » attend tout le monde; ce que les jeunes apprécient grandement. Nous passons un bon moment tous ensembles.

Après être allé voir mes marcheurs, je rejoins Sylvie pour nous rendre dans une station de radio pour partager notre message, parler du rôle de « Québec en forme » et des saines habitudes de vie, et du partenariat qui est une condition nécessaire pour la réussite de nos entreprises respectives. Avec l’aide de Maxime de Québec en forme, nous allons à l’école anglophone Woodland et l’école francophone Christ-Roi, deux écoles allophones primaires, pour visiter les élèves du primaire et partager notre message qui s’applique à tous. Pour terminer, nous allons tous marcher ensemble.

Vers 16 h, Sylvie quitte pour Montréal,  et je retourne à ma clinique de pied où des cas d’infection m’attendent. Les blessures sont plus coriaces, s’infectent malgré l’antibiotique. Je devrai encore enlever des ongles et prescrire de l’antibiotique. Je rejoins ensuite les autres au souper communautaire qui a lieu à la salle communautaire de Kitigan Zibi. Nous partageons le repas ensemble et durant lequel nous donnons des informations pour le départ de demain.

Une fois restauré, je me rends au poste de radio communautaire de Kitigan Zibi, CKWE, pour une entrevue… Et je retourne au Château Logue pour un repos bien mérité… Une journée TELLEMENT bien remplie! Je crois bien que, dans 10 ou 15 ans d’ici, je pourrai voir l’inspiration semée aujourd’hui chez les jeunes! La mission sera pleinement accomplie lorsque je recevrai des courriels me disant : « Dr. Vollant, vous avez été une inspiration pour moi! »

3 Mars 2013 – Jour 11 – MAMUITUN!

Et c’est reparti! Levé à 6 heures, préparation de notre bagage et direction salle communautaire de Kitigan Zibi pour un déjeuner public offert, encore une fois, par la communauté de Kitigan Zibi. Je dois mentionner que tous les repas pendant notre séjour faisaient partie de la généreuse contribution de cette communauté. Il est donc impératif pour moi de reconnaitre cette grande générosité! Du fond du cœur, MIGWECH… KICHI MIGWECH!! Nous avons été reçus comme des rois!

Nous sommes quelque peu en retard; pour le déjeuner, un transport faisait la navette entre le centre communautaire et l’hôtel. Une fois prêts pour le départ, un ainé anishinabe qui fait la prière et qui brûle de la sauge, et nous partons sous les chants et les tambours battants pour un 25 kilomètres en direction de Rapid Lake. Le chef Gilbert Whiteduck et Pauline Fortin, adjointe à la directrice de santé publique de l’Outaouais, assistent à notre départ.

Il fait froid aujourd’hui…-9 Celsius avec un facteur-vent de -18…. Un vent qui nous gifle le visage! Une trentaine de marcheurs de la communauté algonquine nous accompagne sur une distance de 5 kilomètres à travers les rues de Maniwaki. Et nous prenons le chemin Maniwaki/Mont-Cerf que nous empruntons sur une distance d’une vingtaine de Kilomètres. Nous sommes accompagnés par Mme. Catherine Amarantini, que j’avais déjà rencontrée à Natashquan il y a deux ans, et Mme. Rachelle Langevin qui nous accompagne aussi.

De nouvelles Kokoms nous accompagnent : Gaétane Petiquay, directrice de l’éducation à Wemotaci. Elle est grand-mère d’un tout nouveau petit-fils né prématurément et qui prend du mieux à St-Justine et de qui elle est fière. Nous lui dédions d’ailleurs l’énergie de nos pas pour une croissance en santé! Il y a Huguette, une de nos marcheuses, qui est grand-mère d’un petit-fils né à hier à La Tuque! Nous marchons maintenant avec 3 kokoms très heureuses!

En chemin, Raphael Bédard et Émilie Lemay, les propriétaires de la fromagerie La Cabriole, qui nous offrent gracieusement un échantillonnage de leurs fromages qui sont déjà réputés par leur excellence! Merci beaucoup à vous! Nous les dégusterons lors de notre arrêt.

Les premiers marcheurs arrivent la l’école de Mont-Cerf vers 15 heures, où nous installerons pour la nuit. Nous dormirons tous dans le gymnase. Les nouvelles kokoms sont les dernières à arrivées; Huguette a mal aux pieds, elle étrenne de nouvelles bottes! On les applaudit pour les encourager. Nous les taquinons en leur disant que le poids d’être kokom a rendu leur marche plus ardue!

Nous sommes accueillis par les personnes suivantes : Doreen Paul, Denis St-Jacques, Nicole Buckshot, Jocelyne Grenier ainsi que Hugo, le fils de Doreen, et la fille de Hugo et sa fille, Coralie! Ils nous ont préparé un festin de pâtés à la viande, de truite grise, de porc frais, de riz et de patates, de banique et beaucoup, beaucoup de desserts!! GRANDS MERCIS à ces personnes et à la communauté de Mont-Cerf!

Et on se prépare pour dormir… Avant toutefois, nous nous réunissons pour réitérer les principes de la famille, de l’union, de l’entraide. Je me rends compte que la discipline spartiate, à laquelle nous sommes assujettis durant les parcours en forêt, subit un relâchement considérable lorsque nous arrivons en ville… Comme si la « douceur » de la vie citadine nous enlevait notre pouvoir de résilience! Nous devenons plus forts confronté la rigueur des éléments qu’aux douceurs de la vie! Aussitôt que l’on aperçoit une cabane, un chalet, le relâchement est évident! C’est pourquoi nous devons remettre en perspective qu’il est impossible de réussir notre mission sans considérer le mot d’ordre : MAMU! Retrouver la dureté du sol, le lit de branchages et dormir connecté avec la terre mère est beaucoup plus énergisant, fourni plus de pouvoir et de détermination que de dormir dans la douceur du matelas!

La forêt nous amène un pouvoir de socialisation authentique… un temps unique pour partager et se reconnaître véritablement les uns, les autres… un temps que l’on ne prend pas en ville et qui est primordial pour la survie. Je parle aux marcheurs; je leur dis qu’il faut s’assurer du confort de notre prochain avant de pouvoir se reposer. C’est comme cela que nous pouvons réussir, c’est le principe de vie de nos ancêtres… MAMUITUN! Vivre et bâtir ensemble! Mamuitun…. pour pouvoir avancer… pour ALLER PLUS LOIN!

4 Mars 2013 – Jour 12 – De retour en forêt!

Jour 12 - De retour en forêt!

Esprit de famille – Gracieuseté de Éric Petiquay

… 17 kilomètres sur la route pavée…. 4 à 5 kilomètres sur la neige molle, donc en raquettes et pour finir, un 2 kilomètres sur une piste de motoneiges tapée. La route est belle…. J’ai averti les marcheurs de se ménager et de ne pas aller trop vite… on doit garder nos forces le plus possible pour la journée de mardi qui sera la plus exigeante de toute l’expédition; nous marcherons alors 25 kilomètres en montant!

Un chien vagabond nous suit depuis Mont-Cerf. Une femelle en fait. Elle semble bien nous avoir adoptés. Elle a environ 1 an. Elle a déjà eu une portée; elle est gris-beige. Elle nous suit partout! Si quelqu’un la reconnait, veuillez envoyer un message sur le site web, on prendra des arrangements pour la remettre à son propriétaire. L’autre chien du groupe, Oreol le chien de Rob, fait la belle vie! Libre, il est gâté par tout le monde! Qui a dit que la « vie de chien » était désagréable!

Je marche avec Rob et Mario en discutant; je pense aux gens de Rapid Lake que nous verrons bientôt. Nous vous souhaitons santé et bien-être; nous avons tous très hâte de vous voir!

Nous discutons de la problématique autochtone. En ce sens, notre marche est importante pour développer notre autonomie en tant que peuple. La solution est intérieure, on doit développer « l’empowerment » intérieur et ceci ne peut pas venir de l’extérieur. Nous améliorerons la situation autochtone qu’une fois que nos gens auront développé cette force intérieure. Comme je disais au Chef Whiteduck hier : « Le jour où les communautés autochtones marcheront d’un même pas, parleront d’une même voix… Nous pourrons alors aller de l’avant et contribuer nous aussi à l’essor du pays. »

Nous commençons à arriver au camp vers les 15 h 30. La fatigue nous gagne plus rapidement…J’avais bien hâte d’arriver; j’ai les talons qui brûle et j’ai peine à m’endurer! Ce fut une dure journée! Nous souperons ce soir de ragoût, de soupe à l’oignon et d’une bonne dégustation de fromages la Cabriole…. et de thé!

Ce soir, nous aurons le temps de fraterniser en nous préparant mentalement pour la journée de mardi. S’il vous plait, ENVOYEZ-NOUS L’ÉNERGIE ET LA FORCE NÉCESSAIRE! Mamuitun, c’est aussi pour ceux qui sont au loin!

5 Mars 2013 – Jour 13 – IAA Meshkenu!

Jour 13 - IAA Meshkenu!

« Montage du camp » – Gracieuseté d’Éric Petiquay

Nous empruntons donc les sentiers de motoneiges la neige tapée est quand même molle, ce qui rend la marche ardue… sans compter les bonnes montées qui nous font forcer. À 12.5 km, nous nous arrêtons pour manger avec Éric Petiquay et Mario… Je suis déjà vidé! Nous mangeons donc sur le bord de la route… et nous continuons. À 17.5 km, nous trouvons la route longue, très longue!… À 22.5 km, et plus on avance, et moins ça finit! Je pense à mes enfants… mes filles Sophie et Chloé… à Xavier, mon petit garçon… Je vous envoie, à tous les trois, plein d’énergie positive pour grandir sainement et pour, qu’un jour, on puisse être réunis de nouveau! J’espère que les prières que je fais, vous les sentez et vous les vivez!

Plus tôt, juste avant de quitter pour prendre les pistes, je me suis arrêté au dépanneur sur le bord de la route et j’y ai vu le journal; la page titre affiche le décès d’un policier à Kuujjuaq et la mort atroce d’un jeune du Lac-Simon, ivre…. ce qui me démoralise et m’attriste énormément. J’aimerais offrir mes sympathies, et mes pensées vont vers le Corps policier et la famille de ce policier, et aussi à la famille de ce jeune. Les problèmes sociaux sont légions dans nos communautés… Et je réalise que notre marche a justement pour but d’aider les nôtres à ne pas tomber dans les pièges de la consommation illicite qui mène à une panoplie de problèmes sociaux auxquels nous sommes trop souvent confronter. Cette marche sert à insuffler l’autonomisation collective autant qu’individuelle, à aider nos gens à reprendre leur volonté d’agir, l’empowerment! Ainsi seulement, pourrons-nous nous donner les outils pour nous attaquer à la racine des problèmes, à interpréter ses tragédies et en faire des exemples à ne pas suivre.

J’arrive finalement à 16 h 30… il était temps! La journée a été longue, difficile et pénible! La moitié des marcheurs ont dû abandonner…. Ceux qui sont blessés…. où pas suffisamment entrainés… C’était difficile même pour les habitués.

Nous monterons le camp sur un marais gelé… Nous soupons de spaghetti et nous mangerons ce qui reste du fromage « la Cabriole »… Nous devrons encourager les troupes ce soir; il y a beaucoup d’appréhension face à demain. Nous devrons discuter avec les logisticiens à savoir ce que nous ferons des traîneaux demain…. Nous devons penser à donner le plus de chances possible aux marcheurs pour leur permettre une victoire sur la difficile journée de demain! ….. Et je tiens à mentionner que cette marche devrait s’appeler….Innu-Anishinabe-Attikamek Meshkenu!

6 Mars 2013 – Jour 14 – IAA Pipon Meshkenu difficile!

À 8 h hier soir, je dormais! Toutefois, ce fut une nuit saccadée; réveillé à la demi-heure, tantôt par Jean-Charles, Simon et Marc-André qui viennent se coucher, tantôt le feu qui a bien failli prendre sur une bûche appuyée sur le poêle amenant la fumée qui a envahi la tente, tantôt par notre chien vagabond qui est venu se coucher sur moi! Il y a aussi le poêle qu’il ne fallait pas laisser mourir… enfin! Toute la nuit, il y a eu quelque chose pour nous empêcher de dormir! Finalement à 5 h 15, nous étions levés pour nous préparer et pouvoir être prêts à partir à 7 h 45.

Nous nous sommes réunis pour le cercle du partage pré-marche; Kokom Cécile, Napess et Rob ont parlé et Léo nous chante un chant, sur le son tambour, accompagné de Devon de Manawan… Ce qui a inspiré et encouragé les marcheurs toute la journée si intensément que Léo a failli s’évanouir,  comme si les marcheurs lui prenaient son énergie!

« Cercle de partage » – Gracieuseté d’Éric Petiquay

Il nous raconte qu’il a rêvé aux esprits des gens décédés associés aux marcheurs et qui lui disaient qu’ils étaient être heureux que Léo soit avec nous tous!

Nous commençons à marcher… Dès le départ, une suite de petites côtes nous donne un avant-goût du parcours… Nous tirons nos traîneaux sur ce parcours sur une distance de 5 kilomètres. Là, notre camion attend pour prendre les traîneaux pour faciliter la montée de certains marcheurs. Nous reprenons la route… pour arriver face à notre premier défi majeur… UNE MÉGA-MONTAGNE! Nous montons sur une distance de 200 à 300 mètres! Nous arrivons en haut au bout d’une heure! Comme tout ce qui monte doit redescendre, nous amorçons un bout de marche en descendant… ce qui n’est pas sans faire notre affaire!

Au 12e kilomètre, le soleil fait son apparition. Un beau soleil chaud qui a un effet néfaste sur la glisse de mon traîneau. Il s’arrête d’un coup sec, collé à la neige qui réchauffe, et se met à prendre l’eau!   J’avance avec peine… je dois m’arrêter pour manger, car je manque d’énergie… Je continue avec misère… Entre 15 et 19 kilomètres, c’est mon calvaire! Même en descendant, je dois tirer mon traîneau. En montant les collines, je compte en français, en anglais… en Innu… j’espère qu’une motoneige passe pour m’en débarrasser et ne porter que mon sac à dos! Et voilà Régis qui apparaît pour régler mon problème. Ces quelques kilomètres à tirer un traîneau à la glisse mal préparée et imbibée d’eau sont parmi les moments les plus difficiles de cette marche pour moi. J’ai les cuisses en feu, dures comme de la roche! Il y a Daren Petiquay qui m’accompagne et LUI, son traîneau glisse comme s’il flottait sur la neige! C’EST TELLEMENT FRUSTRANT! Il descend les côtes comme s’il les descendait en canot!

Il y a Devon et Sonny, nos deux jeunes de Manawan, démontrent beaucoup de courage, de ténacité et de persévérance! Ils sont en bonne voie de terminer avec nous la randonnée! Ces jeunes sont un modèle pour leurs amis et confrères! Un bel exemple d’endurance et de détermination; l’incarnation de la mission de la marche Innu Meshkenu! La preuve que l’on peut arriver réaliser nos rêves! Sonny me dit qu’il s’ennuyait de Guy Bacon! Il dit que ce serait agréable de l’avoir avec nous. Pour ceci, Guy, je t’envoie nos prières pour un prompt rétablissement! On marche pour toi! Puisses-tu être guéri pour pouvoir marcher avec nous la prochaine fois.

Mes marcheurs se donnent à 300 % dans la marche; ils passent du passif à l’actif, courageux et déterminés! … Je réfléchis au terme « empowerment » (autonomisation); Innu Meshkenu démontre bien la définition du mot; la marche vient mettre en action ce pouvoir d’agir là! Il faudrait cet empowerment dans toutes les sphères de la vie, soit : les sphères sociales, de la santé, de la politique, de la gouvernance, de l’économie!

Nous arrivons à la cabane de Loyd Whiteduck… Au moins une quinzaine de personnes n’ont pas fini la marche… Pour sa part, Kokom Cécile nous a fait de la banique toute la journée! Nous sommes absolument VIDÉS DE TOUTE ÉNERGIE!

Malgré notre fatigue, je dois me rendre à Rapid Lake. Une de nos marcheuses doit se faire enlever un ongle d’orteil qui ne guérit pas malgré l’antibiotique! Merci d’ailleurs à Elizabeth, l’infirmière qui m’a assisté de façon excellente. L’intervention était nécessaire; il était grand temps d’y voir! Et nous revenons au camp ou les autres ont déjà soupé. On nous sert ce soir un genre de risotto d’orignal et de bœuf qui contient une livre de beurre et 40 œufs!! Notre potage au brocoli et à l’orge contient une livre de saindoux! Une diète hyper – calorique; nous brûlons la totalité sinon plus de ces calories excédantes! Un plat consistant sur lequel on peut marcher 80 kilomètres!… Notre chien vagabond a volé et étripé les poubelles de notre cuisine… Il toutefois prit la peine de les sortir de la tente… chien poli!

Le paysage est aussi beau que la route est difficile! À la communauté de Rapid Lake; nous arrivons bientôt! Nous vous envoyons toutes nos énergies que nous rencontrerons vendredi matin! Nous avons hâte de vous rencontrer, de partager avec vous et de vous inspirer à améliorer le mieux-être des gens de Rapid Lake!… Et je vais me coucher… me ressourcer…!

7 Mars 2013 – Jour 15 – Kanikanitet!

Ce fut une belle journée…. même si j’ai mal dormi, encore une fois! J’ai mal dormi malgré le fait que la tente était bien chauffée, qu’il n’ait pas eu d’incidents du genre de ce qui arrivé à date durant l’expédition. Cette nuit, j’ai eu droit à une nouveauté : les conséquences de la dénivellation du terrain! J’étais installé dans un coin de la tente où le terrain était en pente… Résultat : j’ai passé la nuit à glisser et à me remonter dans la tente! Toutefois, la tente était confortable… juste bien réchauffé par le petit poêle!

On s’est quand même levé à 5 h 20, et j’ai mangé un grill-cheese pour déjeuner… un des 700 grill cheeses confectionnés à Manawan avant notre départ! Les grill cheeses sont des déjeuners rapides pour nous, marcheurs!

La clinique de pieds se tient tout de suite après le déjeuner. Éric Petiquay est toujours en tête de palmarès pour celui qui a les pieds les plus blessés! Pour ce qui est des autres blessures et infections, tout est sous contrôle!… Cercle de partage… et nous voilà prêts pour le départ! En route pour un 19 kilomètres.

Je tire mon traîneau qui est gelé. Il glisse donc comme il le devrait jusqu’au 15e kilomètre; là, la température réchauffe et VOILÀ! Mon traîneau réchauffe aussi et ne glisse plus. Il colle à la neige! Il faut dire que ce traîneau est fait à la manière ancestrale, fait de mélèze et confectionné à la Romaine! Mal préparé, les traîneaux de bois absorbent l’eau, et j’avoue que j’ai manqué de temps pour cela. Je confie mon traîneau à Régis et sa motoneige et continue la marche avec Rose-Anna, Éric et Huguette qui est bien contente d’être accompagnée pour traverser le lac, ce qu’elle appréhende!

Nous arrivons au relais « le Domaine », l’équivalent de l’Étape dans le Parc des Laurentides. Nous camperons tout près. Éric arrive le premier à midi exactement. Ce qui lui vaut un nouveau nom : Kanikanitet (celui qui va en avant!). Tout le monde est content de sa journée, qui est comme une récréation après la torture d’hier!

Nous allons au restaurant de l’endroit pour nous restaurer. J’ai droit à une bière d’épinette « Marco »! Une vraie bière de bois! En mangeant, nous regardons dehors et apercevons une image du passé : Kokom Cécile et sa sœur Gaétane dans l’immensité blanche de la neige, à la file indienne, traversant le lac… marchant dans les pas des ancêtres! Une vraie vision du passé! Une image émouvante et magnifique!

Nous retournons au campement où nous rencontrons des gens de Kitigan Zibi qui nous confirment leur présence pour la marche finale et l’arrivée à Rapid Lake vendredi. Il y a aussi les cris de la Baie James qui arrivent samedi! Beaucoup de monde à Rapid Lake! Il serait fantastique que les Cris puissent faire un bout en autobus pour venir nous rencontrer vendredi… Anishinabes, attikameks, Innu… et Cris?? Deux groupes : un venant du Nord et l’autre de l’Est! Ça serait merveilleux! Quel message fort et éloquent!

Nous nous félicitons de notre journée, et nous applaudissons Kokom Cécile et Gaétane! Nous nous préparons pour demain. Marc-André a pris une avance pour le déjeuner de demain; il a cuisiné 180 œufs, 7 livres de bacon et jambon! Il nous reste 34 km à faire avant l’arrivée à Rapid Lake sur les 340 du départ!… Demain jour plein d’émotions; notre dernier jour ensemble dans I’innu Meshkenu!

8 Mars 2013 – Jour 16 – Pas de facile…

Hier soir, après le souper, nous sommes allez prendre un café au restaurant du « Domaine » et faire un petit brin de conversation. Nous sommes ensuite retournés au camp et nous sommes tous mis au lit…. À 20 h 30, il n’y avait plus de son, plus de lumière! Je m’endors vite, mais je fais un cauchemar; je rêve que quelqu’un me tue par balle! Je me réveille mal… angoissé… Je crois bien être inconsciemment angoissé par le retour à la frénétique civilisation! Pour me calmer, je chauffe le poêle… Il fait chaud dans la tente, tellement que je n’ai pas à m’emmitoufler dans mon sac de couchage! Plus libre de mes mouvements, j’ai pu me rendormir profondément!

Au lever, nous nous préparons et allons vite déjeuner! Le bon déjeuner de Marc-André… 180 œufs brouillés, 7 livres de bacon, et du jambon! Il y a de l’électricité dans l’air… Je dois faire de la clinique de pieds durant 40 minutes. Ensuite, nous nous préparons vite pour être prêts à marcher à 8 h 30.

Mon traîneau est glacé, je ne peux donc pas l’utiliser. Je pars donc avec, pour seul bagage, mon sac à dos. La route est difficile… Il y a beaucoup de côtes! Pour ma part, je manque d’énergie et j’ai excessivement au talon et au tendon d’Achilles … Sur la route, les marcheurs glissent sur leurs traîneaux pour descendre les côtes! Certains s’amusent beaucoup! Il y a même un carambolage sur la côte 18!

Malgré la douleur, je marche d’un bon pas… Je dois finir le parcours avant 14 h 30, car il faudra me rendre au dispensaire de Rapid Lake; je dois soigner Gaétane qui a des problèmes d’ongles. Je la soigne assisté d’Élizabeth et de deux de ses collègues. Aussitôt Gaétane soignée, nous retournons au campement en motoneige. Nous arrivons pour nous apercevoir que nous avons la visite de plusieurs kokoms de Kitigan Zibi et de Rapid Lake. Elles nous ont apporté de l’orignal que nous mangeons en entrée.

J’aimerais souhaiter la meilleure des chances aux marcheurs Cris et Algonquins qui vont marcher dans nos traces vers Ottawa; puissiez-vous vous inspirer de la bravoure, du courage et de la détermination que nous avons laissée dans nos traces et profiter de l’énergie de la prière qui transcende nos pas.

P.-S. Je dois mentionner qu’en l’honneur de la « journée de la femme », ce sont les marcheuses qui ouvriront la marche!

Conseils médicaux pour les marcheurs :

Prendre 2 jours de repos pour guérir les pieds.

Il est possible que vous éprouviez des problèmes à retourner au quotidien. Un sentiment de léthargie est commun après un effort et un grand projet comme celui vécu est normal. Je vous conseille donc de continuer à aller marcher et de prendre l’air une heure par jour, question de vous réapproprier le quotidien. Aller vous imbiber du grand air et de la nature durant le weekend. Les services de santé mentale de votre communauté feront un suivi des marcheurs pour s’assurer que tout va bien. Il est important de socialiser d’avoir des contacts humains; il est primordial de ne pas vous isoler sur l’ordinateur et l’internet pour de longues périodes de temps.

Après une marche telle que nous avons fait, votre appétit sera grand, voir énorme. Il est conseillé de manger de petites quantités et de ne pas écouter votre faim, votre estomac est habitué à consommer 5,000 calories durant l’expédition. Vous n’avez pas besoin d’autant de calories dans la vie de tous les jours. Il faut vous réhabituer à manger les quantités mangées avant le début de la marche, soit entre 1,500 et 2000 calories.

Il est très important d’être à l’affût des pernicieux symptômes physiques et psychologiques. Si vous ne vous sentez pas bien, n’hésitez pas à consulter un professionnel de la santé.

9 Mars 2013 – Jour 17 – Bonjour Rapid Lake!

Nous voilà au dernier jour de notre périple…. Avant tout, je dois parler du cercle de partage d’hier soir; c’était le dernier de soirs, ensemble, en famille Innu Meshkenu… Nous allumons un immense feu de joie et nous partageons nos émotions, nos pensées… Nous parlons de la randonnée et du fait que la marche a changé plusieurs d’entre nous, pour le mieux! Je préviens tous les marcheurs des effets possibles de l’après-marche. Après tant d’émotions, nous allons tous nous reposer. Encore une fois, je suis dans un endroit précaire pour dormir. Toute la nuit, je dois éviter de rouler vers le poêle!

Nous nous levons ce matin au son du teueikan (tambour traditionnel). Les préparatifs vont bon train… Nous ne sommes pas pressés ce matin; que 7.5 kilomètres à faire! Nous ne devons pas arriver avant trop tôt à Rapid Lake! Je tiens pour une dernière fois ma clinique de pied. Nous partons vers 8 h 30, après la prière. Le temps est magnifique et les conditions de glisse sont idéales! Je remercie Kitci Manitu pour ce beau jour exquis. Nous marchons 6 km dans la forêt, et juste en arrivant à la route 117, deux voitures de police sont là pour diriger le trafic pour nous aider à traverser sur le lac! Les marcheurs sont si beaux à voir, à la file indienne, fiers, souriants, les dos droits tirant leurs gros traîneaux avec tant de facilité! Et je me dis : « Wow! Quelle belle gang! On peut voir la fierté dans leurs yeux, dans leurs mouvements! En espérant qu’ils puissent transmettre cette fierté, ce bonheur-là aux leurs et aux gens de Rapid Lake. »En les regardant marcher sur le lac tous à la file, je me souviens de quelque chose de ma jeunesse… Une affiche du Conseil attikamek montagnais sur lequel des mots qui m’avait alors inspiré… sans trop saisir l’ampleur qu’ils auraient pour moi plus tard : « Je suis un enfant de la forêt; je suis les traces de mes ancêtres vers la grande forêt là ou je suis heureux! »…. même image….. J’ai écrit ces mots dans mon annuaire scolaire en 1982… Trente après, c’est devenu une réalité et J’en saisi aujourd’hui TOUT SON SENS! C’est pourquoi j’ai dit à mes marcheurs que s’ils ont à faire face à de grands défis, allez puiser la force nécessaire dans la forêt…. Pour nous autochtones, « la nature est notre église »! Le chef Whiteduck m’a dit : « Il est important d’occuper notre territoire; il est important de bien s’occuper de notre territoire! » La nature est dans le réel, l’utopie et le superficiel sont dans la modernité. C’est dans la nature que nous devons nous ancrer, où nous devons puiser l’énergie saine.

Nous arrivons au point de ralliement final; beaucoup de gens sont venus nous rejoindre; ils arrivent de Manawan, de Wemotaci, de Kitigan Zibi, de Rapid Lake….Troy est venu nous rejoindre pour nous dire « Bon marcher »! Nous sommes heureux de le voir!

Après un petit repos, nous faisons un dernier cercle de partage…. des photos de famille… je partage mes impressions sur le bonheur qui transcende tout un chacun. Je leur dis qu’ils ont accompli quelque chose de très grand et qu’après ceci, ils peuvent faire face à tout! Et nous partons tous vers Rapid Lake. Les femmes, avec Kokom Cécile en tête, ouvrent la marche. La femme est importante dans les milieux autochtones. Sa place a été diluée dans les dernières années à travers le processus de la colonisation; elle doit reprendre sa place. Elle assure la pérennité de notre culture, elle est la gardienne de notre culture et de l’éducation, elle est celle qui permet à nos enfants de naître.

Nous entrons à Rapid Lake, escorté par un hélicoptère Air Médic dans lequel Éric et Billy Moat ont pris place pour les photos et les vidéos; nous sommes accueillis par le chef de la communauté, Casey Ratt, le conseiller Norm Matchewan et Janet Wawatie ainsi que plusieurs personnes de la communauté. Nous rencontrons aussi le député fédéral du NPD, Mathieu Ravignat avec son attachée de presse, Arianne Bouchard. Plusieurs familles de Wemontaci, de Manawan sont présentes.

On se félicite les uns les autres! On nous invite à la salle communautaire où un grand festin de roi nous attend : banique, castor, cipaille au lièvre, doré, orignal! GROS MERCI À LA POPULATION DE RAPID LAKE POUR LEUR GRANDE GÉNÉROSITÉ! Je remercie tout un chacun…. Nathalie Dubé repart vers Manawan avec son chien adoptif… qui s’appelle maintenant Tina et Rob Webster a offert Oreole à Sonny Moar.

… Et nous quittons… chacun de notre côté.

« Stanley » – Gracieuseté d’Éric Petiquay

Pensée pour Nemushum William Awashish : Je tiens à vous offrir, de ma part et de celle de toute la famille Innu Meshkenu, nos plus sincères condoléances. Nos prières et notre énergie sont avec vous pour vous aider à gérer votre peine.

18 mars 2013

Les pas anciens par Carole Labarre                            

(Traduit par Ginette Tremblay, révisé et approuvé par André Aylestock) 

À l’ombre de ta lumière, je naquis

Je marche dans les pas

De ceux qui ont marché avant moi

Des sentiers creusés, tracés par les origines

Je marche les pas anciens

Leurs pieds chaussés par l’esprit du caribou

Leur tête protégée par celui du loup

Leurs mains réchauffées de doux castor

Leur cœur battant le teueikan à grand souffle

Je marche les pas anciens

Dans la rafale soudaine

Nitassinan me murmure

Que je suis son enfant, son bien-aimé

Je ne suis pas seul, ni la nuit, ni le jour, ni jamais

Je marche les pas anciens

Mon esprit s’élève, ma peau frémit

Les arbres font écho du passé, du présent, du futur

Ma sœur, la rivière, m’apaise

Sa vie se coule en moi sans jamais se figer

Je marche les pas anciens

Je m’affranchis de ce que j’étais

Je deviens celui que j’étais

Les sentiers nomades, portages anciens

Habitent mon esprit à tout jamais

Je marche les pas anciens

Je suis l’enfant guérisseur

Tshakapesh est mon guide

Papakassi est mon maître

Le loup est mon compagnon

Je marche les pas anciens

Sur le teueikan de mon peuple

Je marche de la longue marche

J’ai achevé mon devoir, j’ai transmis mon héritage

Moi, l’humble chasseur, l’enfant guérisseur

Je marche les pas anciens

L’on chantera désormais mon nom

Sur la peau sacrée du caribou

J’ai marché les pas anciens

J’ai répondu au cri du Nitassinan

Mon esprit est serein

L’héritage de mon peuple habite maintenant le cœur de mon fils

 

20 Février 2013 – Jour 1 – Départ à la course!

Jour 1 - Départ à la course!

« Sur la ligne de départ à Manawan » – Gracieuseté de Valentine Awashish

Le voyage se déroule bien; un arrêt pour manger et HOP! De nouveau sur la route. Nous arrivons à Manawan vers 21 h 30. À mon grand regret, nous avons manqué le souper communautaire… J’ai quand même la chance de saluer quelques personnes, les logisticiens. Vers les 23 heures, on improvise un campement de fortune; Éric et moi coucherons dans un débarras, sous une table et Jean-Charles, le coordinateur d’Innu Meshkenu, coucherons sur le dessus!! Plusieurs personnes feront de même, ce qui nous mettra dans l’ambiance du moment! Nous sommes à la chaleur et nous nous endormons.

Ce matin, Jean-Charles et Marc-André, un de nos logisticiens, sont les premiers levés. Après déjeuner, je me rends au centre de santé, question de prendre les médicaments et de l’Épipen pour le voyage. Je me rends ensuite à l’école primaire où je rencontre les professeurs et  M. Niquay, le directeur. Je fais de même à l’école secondaire vers les 9 heures où je rencontre son directeur, M. Vollant.

À 10 heures, c’est le grand départ! Une bonne cinquantaine marcheurs et logisticiens prennent la route, encouragés par une foule d’environ 300 à 400 personnes qui nous souhaitent bonne chance et bon voyage. Le chef, Paul-Émile Ottawa est présent avec un ainé qui fait la prière selon la tradition autochtone. M. Réginald Flamand agit en maitre de cérémonie. Il fera partie de la caravane lui aussi; il nous rejoindra à Kitigan Zibi.

Nous marchons aujourd’hui 15 km afin de pouvoir nous adapter physiquement, à la température et à l’effort. Même si le trajet n’est pas long, la première journée est toujours difficile. Durant la marche, je dédie cette première journée à la communauté de Manawan, pour son accueil et sa grande générosité envers nous tous.

« En route! » – Gracieuseté de Valentine Awashish

Nous marchons dans la tempête… Une belle neige tombe de plein ciel. Nous marchons 5 km sur une route battue avant de prendre le « bois », dans les sentiers étroits où les motoneiges passent à peine! Les conducteurs manœuvrent à l’extrême à travers les arbres et les broussailles. Nous arrivons entre 14 heures et 17 heures. Notre camp a trois chalets et nous montons 4 tentes supplémentaires pour loger tout le monde.

Je dois retourner en motoneige à Manawan avec Jean-Charles pour régler des dossiers.

Cette marche en est une internationale! Interculturelle, intergénérationnelle, multilinguistique! Dans notre groupe, six langues sont parlées : anishnabe, atikamekw, innu, français, anglais et……. espagnol! Parmi nous il y a une Colombienne.

Cette journée d’adaptation…. cette marche en territoire attikamek a été difficile, mais, elle nous ramène dans la trace des ancêtres. Cette marche sera définie par son hétérogénéité dans tous les sens du terme parce qu’elle rassemble des gens de tous les coins du Québec, du monde, de tous les âges, de toutes les couches de la société, une fraternité entre communauté anishnabe et atikamekw… Elle correspond en tous points aux objectifs d’Innu Meshkenu…. Quelle chance j’ai!

21 Février 2013 – Jour 2 – Jour de misère!

Ce matin, nous nous levons tous à 6 h. Déjeuner… bagages… et à 9 h. DÉPART POUR UN 23 KILOMÈTRES! La température est douce, une petite neige tombe. Nous marchons 6 km sur le lac avant d’affronter une grosse montée pour pouvoir rejoindre un petit chemin de bois. Comme nous amorçons la montée, une fine bruine tombe soudain et change les conditions de neige pour le pire; celle-ci devient collante. Elle s’accumule sur nos raquettes et les alourdit tellement qu’il devient impossible pour plusieurs marcheurs d’avancer sans peine! Nous montons néanmoins la grosse côte… mais plusieurs sont forcés d’abandonner leurs traineaux…. Les gens avancent avec grande peine et misère. Nous ne sommes qu’à mi-chemin et nous sommes déjà vidés de notre énergie!

À 12.5 kilomètres, Jean-Charles, le coordinateur, vient me chercher… je dois me rendre à Manawan pour régler des dossiers. J’avoue que je ne suis pas fâché de le voir arrivé; je suis épuisé! J’ai des douleurs dans la poitrine… reflux et fatigue m’assaillent! J’ai peine à quitter les miens, même momentanément, car je sais qu’ils souffrent en arrière.

Après un bout de route en motoneige, Joey Moar me ramène vers Manawan….Les conditions routières sont épouvantables! Les routes ne sont pas ouvertes; il y a au moins 15 cm de neige sur le chemin. Nous roulons en « 4×4’ jusqu’au village.

Je dois régler certains dossiers et vite retourner vers notre camp car des gens de Manawan viennent nous faire à souper! Je rencontre Réginald Flamand qui me donne chips et liqueurs pour soigner le moral des troupes!

À mon arrivée au camp vers 5 h 30, je vois que tous sont rentrés, mais je m’aperçois vite que mon groupe est exténué! Environ 40 % des gens ont pu finir la marche… Les autres ont dû abandonner parce qu’ils avaient trop mal… trop fatigués… plein le dos… plein les pieds… Plein les jambes! Ce fut une journée très difficile! Plusieurs blessés, j’ai dû soigner des pieds.

Nous avons soupé d’un excellent ragoût d’orignal préparé avec générosité par des femmes venues de Manawan (à qui je dois bien humblement m’excuser d’avoir oublié les noms ayant égaré le papier sur lequel je les avais pris en note!) Mikwetc à vous quatre!! Ce fut succulent!

Nous nous réunissons ensuite pour nous encourager et pour parler de stratégies pour faciliter notre trajet sachant que la route de la forêt n’est pas entretenue.

Nous nous couchons tout épuisés pendant que Jean-Charles et Simon retournent à Manawan chercher un camion. La route pour revenir vers est si enneigée qu’ils restent coincés dans la neige. Ils doivent rebrousser chemin pour aller chercher des chasse-neiges pour ouvrir la route. Jean-Charles et Simon arrivent au camp vers 1 h du matin et reprennent la route pour la pourvoirie où nous coucherons demain, question de préparer notre arrivée. Jean-Charles est revenu au petit matin… Il n’a pas dormi de la nuit! Grâce à lui, Simon et aux gens de Manawan, la route est déneigée pour les deux prochains jours! L’expédition est SAUVÉE!! MIKWETC À VOUS TOUS!

Le jour est dédié les gens de Kitigan Zibi, pour la santé. Nous avons hâte d’entrer dans votre territoire et visiter les écoles primaire et secondaire le 28 février pour partager mon message d’espoir, de poursuivre vos rêves et les atteindre!

21 Mars 2013 – … Et pour finir…

Nous aimerions remercier chaleureusement tous ceux sans qui il serait impossible de réaliser un projet d’aussi grande envergure, plus particulièrement à : Nos partenaires de toujours :

L’Université du Québec à Chicoutimi

Centre des Premières Nations Nikanite de l’UQAC

Québec en forme

Ministère de la Santé et des Services sociaux du QC

Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec

Secrétariat aux affaires autochtones

Santé Canada

Conseil en Éducation des Premières Nations (CEPN)

Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador/(CSSSPNQL)

Institut Tshakapesh

Fondation RBA

Wapikoni Mobile

SOCAM

 

Nos collaborateurs pour la marche de l’hiver 2013 :

Air Médic

Chlorophylle

Familles Edmond, Victor et Isabelle Moar

Pourvoirie Meekoos

Municipalité de Lac-St-Paul

Famille Katia et Marc-André Campeau

Pourvoirie du Castor Blanc

Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais

Doreen Paul et ses acolytes de Moncerf

Famille Lloyd Whiteduck

Épicerie Manawan

Épicerie Wemotaci

Club de motoneige les Ours blancs

Club de motoneige Val-D’Or

Réserve faunique de La Vérendrye

L’Agence de la santé et des services sociaux de l’Outaouais

Regroupement Vallée de la Gatineau en santé

 

Les communautés participantes :

Wemotaci, spécialement le Chef David Boivin, Kristina Coon-Boivin et Audrey Petiquay

Manawan, spécialement le Chef Paul-Émile Ottawa, Debby Flamand, Melanie Petiquay et Angèle Petiquay

Kitigan Zibi, spécialement le Chef Gilbert Whiteduck, Lisa Commanda, Dan Decontie et Anita Tenasco

Rapid Lake, spécialement le Chef Casey Ratt, Jeanette Wawatie, Norm Matchewan, et Alec Wright.

22 Février 2013 – Jour 3 – Mamu pour vaincre tout!

C’est après avoir déjeuné que l’on s’est réuni pour recevoir les consignes et pour prier pour notre journée, parce que tous les jours nous observons ce rituel matin et soir : nous parlons des consignes de la journée, recevoir les bénédictions des ainés attikameks, Cécile Petiquay de Wemotaci et Jean-Edmond ‘Napess’ Flamand de Manawan. Ces réunions sont cruciales à la consolidation de l’esprit de famille et nourrir l’adage “un pour tous, tous pour un”, car sans cet esprit de famille, “MAMU” sinon nous ne pourrions pas mener ce projet à terme.

Et tout le monde est parti en direction de la pourvoirie Mekoos avec, pour unique bagage, un lunch! Seul une quinzaine de marcheurs avaient leurs traineaux. Aujourd’hui, la distance à couvrir est de  15 kilomètres, question de ménager les forces des marcheurs, donner la chance à tous de terminer la marche et ainsi avoir le sentiment de victoire.

Le chemin est beau et dégagé… Merci à Jean-Charles, aux gens de Manawan. Aussi merci aux gens de la Pourvoirie Mekoos pour avoir dégagé la route, mais aussi pour nous prêter gracieusement la Pourvoirie Mekoos “quatre étoiles” où nous pourrons utiliser les cuisines et fournir un toit pour quelques-uns d’entres nous. Nous tirerons donc au sort les places pour dormir.

Tout s’est bien déroulé… tous ont fini la marche. C’est dans la bonne humeur et l’esprit d’équipe que le branchage, le bois sont ramassés et les tentes montées… un nouveau village… 12 tentes! MANAWAN OUEST!

Les femmes qui ont cuisiné pour nous hier sont revenues aujourd’hui et nous ont offert un spaghetti à la sauce à l’orignal. Pur délice! Mikwetc! Une clinique médicale s’installe pour quelque temps après.

La chimie s’est installée très rapidement! Cette édition de la marche Innu Meshkenu est celle qui aura accueilli le plus de marcheurs… Nous sommes 70 avec les logisticiens! Je me souviens des débuts de ce rêve en 2010… avoir marché et coucher seul. Je ne pensais jamais que mon projet prendrait autant d’ampleur! Je dois ce succès à ceux qui organisent, à ceux qui planifient le tout! Jean-Charles à qui je dois une bonne partie de cette réussite, Marc-André et Simon pour leur fantastique travail! Grâce à eux, les logisticiens et marcheurs de Kitigan Zibi, Wemotaci, Manawan et de Rapid Lake forment une grande famille!

Demain, nous quittons le territoire attikamek pour entrer dans le territoire algonquin.

La journée est pour Marie-Soleil Pettiquay à qui nous envoyons toute notre énergie… puisses-tu guérir et grandir en santé!

23 Février 2013 – Jour 4 – Marcher avec Kokom…

Nous avons tous dormi sous les tentes! Je croyais bien que la pourvoirie Mekoos était pour hier, mais en fait, c’est pour ce soir! Nous nous sommes couchés à 20 h… et nous sommes endormis aussitôt.

Nous nous levons tous autour de 6 h. Éric allume le feu… De 7 à 8 h. Nous déjeunons… Bagages et ensuite réunion pré-marche. Je tiens ensuite ma clinique de pieds; les blessures commencent à être nombreuses… ampoules, fascistes, tendinites…

La température est clémente et douce; -3… La glisse est parfaite. Et nous partons…

Angela, notre marcheuse colombienne, qui étudie en anthropologie à l’Université du Québec à Chicoutimi. Elle s’intéresse aux Premières Nations et aux Autochtones. Angela a un problème de genoux. Nous l’avons aidé à pouvoir finir le trajet, ce qu’elle a fait avec beaucoup de détermination. Léo, du groupe des Black Bears, a fait un bout de chemin avec elle.

Je marche avec Kokom Cécile, notre ainée. Kokom Cécile a avec elle son petit chien de 4 mois, Betty, qui passe plus de temps dans le traineau à se faire tirer par sa kokom! Avec Cécile, nous parlons des pensionnats, de leur dureté. Kokom Cécile me raconte qu’elle passait 10 mois sans voir ses parents et combien elle trouvait cela difficile. Elle me confirme les histoires sordides que j’ai entendues de la part d’autres aînés.

Je fais un bout de chemin avec Emma et Claudia, deux jeunes de Wemotaci… Avec Diane aussi! Elle vient de Rouyn-Noranda. Diane a fait partie de l’émission-réalité “Destination Nord-Ouest », durant laquelle ces gens partaient de Montréal vers Winnipeg en rabaska. Une aventure extrême au possible, sans huile à mouches dans les grandes chaleurs en plein bois! Je ne l’avais pas reconnue! Je lève mon chapeau à sa témérité et à son courage.

Nous avons avec nous un groupe de jeunes de Kitigan Zibi, de Wemotaci, de Manawan et de Rapid Lake. Sous la supervision de Marc-André, ils s’entrainent à être des aides-logisticiens. J’ai été témoin de notre niveau d’esprit d’équipe qui nous habite. Deux de ces jeunes, Troy et Angelo, n’étaient pas adéquatement habillés et surtout chaussés pour le trajet. Tous se sont cotisés pour fournir à ces deux jeunes les vêtements appropriés pour l’occasion! Ils sont heureux et reconnaissants! Quel élan de solidarité sans égal!

Tout le monde finit les 20 km de marche. On monte 10 tentes autour des bâtiments de la pourvoirie. La vue sur le lac est magnifique! L’esprit d’équipe est à son meilleur. Et nous nous installons pour la nuit.

24 Février 2013 – Jour 5 – Inconfort et fatigue font leurs marques

Nous avons bien dormi; levé à 6 h, j’allume le feu. Une routine s’établit… du moins, le matin! Ce matin toutefois, nous déjeunons tous dans l’un des chalets de la pourvoirie Mekoos, un déjeuner copieux; œufs, jambons, gruau, toasts…. tout ce qu’il faut pour faire face à une grande aventure! Je tiens ensuite la clinique de pieds qui devient de plus en plus populaire… tendinite, ampoules, douleurs de toutes sortes. Je prescris Tylénol, Ibuprophène et TLC… Tender loving Care!

Notre équipement est fin prêt et nous partons tous. La température est douce, -3 à -1. Aujourd’hui, nous marchons 20.5 km sur un faux plat descendant, ce qui facilite la route. Nous avançons gaiement… Marc-André et les autres logisticiens disent que c’est le plus grand groupe d’expédition qu’ils ont vu jusqu’à maintenant! Je marche avec des jeunes de Wemotaci : Megan, Ambroise, Kimberley Pettiquay… Nous avons beaucoup parlé; je les motive à persister, à persévérer jusqu’à la fin. Je leur explique l’atelier « des petits pas », l’importance de se visualiser, d’oublier sa douleur et de l’apprivoiser. Je leur mentionne que ces méthodes sont applicables à l’école aussi.

Durant la journée, je m’arrête au camp Mekoos pour les remercier de leur générosité. Nous arrivons vers 15 h. Ce soir, notre campement est en pleine autonomie. Nous avons un gros campement à monter; au total 12 tentes avec tente-cuisine. Les conditions sont toutefois difficiles. La neige est mouilleuse… Les tentes sont détrempées! Nous avons à peine assez de bois pour tout le monde; le bois est mouillé, ce qui rend le foyer difficile à allumer. Dans notre tente, la fumée sort de tout côté. Devrons-nous dormir dans la fumée?? On finit par venir à bout de la fumée et le feu est enfin parti, mais nous allons devoir nous relayer toute la nuit pour ne pas le perdre! Sinon, la fumée pourrait bien nous envahir à nouveau.

De plus, l’atmosphère n’est pas à son meilleur. On est facilement irritable… La fatigue gagne du terrain et mine l’esprit de famille. Des frictions apparaissent parmi les marcheurs. Nous devons faire un cercle de partage; j’explique à tous que l’entraide et le respect de l’autre sont primordiaux en ce moment. MAMU… autrement, ça casse! Même dans les conditions présentes, il faut faire fi de nos différences, il faut agir comme une famille et dans le respect de l’autre.

Les cuisinières nous ont fait de la banique et nous soupons de truites grises du lac Mazana, de riz et de légumes.

Depuis la deuxième journée, durant laquelle nous avions donné un répit de traîneaux plusieurs ont cessé de le tirer le leur. Je demande à tous, pour le symbole et le respect de nos ancêtres, ont se doit de traîner nos traîneaux même s’ils sont vides. Nos ancêtres n’avaient aucun choix, ils devaient tirer le TOUT POUR SURVIVRE! Pour que quand les gens nous voient marcher, ils puissent voir des autochtones qui se tiennent debout, fiers de la force et du caractère de leurs ancêtres! Il faut se souvenir que nous sommes en expédition et non en marche du dimanche. « Ne jamais prendre le chemin facile de la vie » (Never take the free ride in your own life)!

Demain, destination Ferme-Neuve! Priorité cruciale en y arrivant : SE FAIRE SÉCHER!

Nous sommes maintenant en territoire anishinabe! Nous avons nommé notre campement Kitigan Zibi East! Si vous nous apercevez sur la route, KLAXONNEZ!

P. S : Angela va bien! Elle a fini sa journée de marche la dernière avec le sourire, et Stanley dit que « les derniers seront les premiers! »

25 Février 2013 – Jour 6 – Prescription : Tylénol, Ibuprophène et…. Courage!

Ce ne fut pas la meilleure des nuits; notre poêle fonctionnait mal et la fumée nous a envahis toute la nuit! Mes acolytes, Dan Rubenstein, Mathieu Robert, Éric et moi avons dû nous relayer toute la nuit pour faire le guet. Nous avons passé la nuit à tousser et à essuyer nos yeux qui piquaient. La bonne chose de ceci est que la tente ainsi que nos vêtements étaient secs ce matin.

Nous déjeunons de bagels et de gruau et préparons notre bagage. Ensuite, je fais tiens ma clinique de pieds et…. de « ite »….. Tendinites, bursites et… autres « ites »! Après les soins, nous nous dirigeons tous ensemble vers un grand espace pour le « cercle de partage » durant lequel les instructions sont données, nous avons fait les prières. Jean-Charles, qui arrive du village, a eu l’idée formidable de faire imprimer vos messages laissés sur le site web et de les partager avec nous, ce qui anime l’émotion pour plusieurs des marcheurs! Merci à tout le monde, vos messages nous gonflent de courage! Et nous partons tous en trainant nos traineaux, à la manière de nos ancêtres, sur une distance de 24 kilomètres. La température est de -3 ou -4 degrés, ce qui est plutôt agréable pour une marche.

Après 3 ou 4 km, Marie-Claire donne des signes de fatigue. Elle ne va pas bien. Je m’assure qu’elle va bien et je prends son traineau et l’attache en arrière du mien. Je marche de bon train avec une bonne cadence… je dépasse les gens! Je leur prescris du courage, BEAUCOUP DE COURAGE! Je couvre ainsi 19 kilomètres… en solitaire… Je pense à l’esprit de famille dont jouit le groupe. Je pense aussi la distance parcourue à travers tout le territoire attikamek et au territoire anishinabe dans lequel nous entrons à peine. Je me demande quand je reverrai tous ces visages.

Et je me rends soudain compte que ce trajet en est un particulier; c’est le trajet couvert par l’alliance entre Algonquins, Attikameks et Innus qui, il y a environ 300 ans, le rejoignaient pour se rendre auprès des Français… pour se battre contre les Anglais! Et dire que maintenant, TOUT ce beau monde marche ensemble le trajet avec un but bien précis : la paix et l’entraide! Des « casques bleus » modernes autochtones qui sèment la paix et l’espoir chez nous jeunes, pour promouvoir le futur de nos jeunes!

Je revois des scènes du film de Richard Desjardins, « Le peuple invisible », où l’on voit des Algonquins qui marchent avec leurs traineaux; je réalise que l’on est en train de vivre ces scènes et que les ancêtres doivent être bien fiers de voir leurs petits-fils et petites-filles refaire le chemin…

Je marche avec Kokom Cécile qui fait des blagues en marchant. Elle est déterminée et si courageuse! Je marche aussi avec Sonny… Au 19e kilomètre, la route de neige se transforme en boue. Les 6 derniers kilomètres prennent soudainement l’allure de 12 kilomètres! La fin du trajet est sur l’asphalte! Un traineau sur l’asphalte?? Les ancêtres n’ont jamais marché et tiré des traineaux sur l’asphalte! Jean-Charles a dû remorquer là plusieurs des traineaux jusqu’à l’arrivée.

Nous arrivons à Lac-St-Paul, où l’on nous offre comme gite le centre communautaire. 5 tentes sont aussi installées, mais la plupart coucheront dans le centre, à la chaleur et au sec. L’humidité est un facteur qui aurait pu dissuader les marcheurs de continuer à marcher.

Nous avons droit à un bon souper communautaire. Le maire de la municipalité, M. Ménard, vient nous saluer; il est ravi et étonné de notre campement. Des journalistes d’hebdo régionaux sont aussi parmi nous. Durant l’entrevue, je leur fais part des objectifs du projet, de son histoire. Ils sont surpris de l’importance du projet, de son ampleur et du nombre de participants et de sa logistique.

Et nous avons le grand cercle de partage… Kitci Manitou… et l’on partage l’expérience avec beaucoup d’émotions!

Mes prières sont pour Kitigan Zibi… en espérant un accueil chaleureux de leur part. Notre arrivée est prévue pour jeudi 28 février… je souhaite que le peuple anishinabe marche D’UN SEUL PAS et parle D’UNE SEULE VOIX avec nous… POUR LA SANTÉ ET L’AVENIR DE NOS JEUNES ET DES RELATIONS ENTRE NATIONS.

26 Février 2013 – Jour 7

Ce fut une bonne journée… J’ai dormi sous la tente avec Devon Pettiquay. Nous avions convenu qu’il devait chauffer le poêle toute la nuit…. Mais la fatigue aura eu raison de lui. Nous nous sommes réveillés ce matin dans une tente glaciale. La plupart ont dormi dans la salle communautaire de St-Paul, à la chaleur et au sec. Ça nous a permis de faire un brin de toilette. Déjeuner, bagages….. De 7 h : 20 à 8 h 30 : clinique de pieds. Donc 1 h 10 de clinique de pieds pour soigner ampoules, les infections en « ite », des hémorragies sous-onguales sont à soigner. À 9 h, c’est le cercle de partage. Nous demandons à Rob, l’unique Algonquin qui marche, de faire la prière. Il fermera la marche avec son chien Oreole.

Nous traversons le lac St-Paul. 7.5 km où l’on pouvait marcher sans raquettes. Vers la fin du lac, il y avait de la gadoue… Nous prenons la route dès la sortie du lac; nous enlevons tous nos raquettes empilées sur le bord du chemin, comme on fait lors d’un triathlon! Jean-Charles se chargera de les ramasser.

Je marche une bonne partie de la route avec Rose-Anna Niquay, nous parlons de toutes sortes de choses. Elle me parle de son fils disparu depuis 2 ans… une grande douleur s’il en est une. Carson, marcheur de Manawan, lui a dit qu’il avait vu son fils dans un rêve, qu’il souhaitait bonne route à sa mère. Des mots qui sont réconfortants pour Rose-Anna. On parle de la marche, de l’importance de croire, de l’aspect thérapeutique qu’elle peut nous apporter. Elle me parle de ses enfants, Saky et Sigoun Ottawa, qui m’avait offert une peinture (que j’ai encore accroché à mes murs) alors qu’il avait 13 ans. Rose-Anna me demande si, lorsque je marchais seul, si je voulais avoir des gens pour m’accompagner. Je lui réponds que c’est la route qui m’a fait savoir que je devais marcher avec d’autres. J’entendais une voix qui me disait : « ils viendront », un peu comme dans le film « Champ de rêves » de Kevin Costner.

J’aimerais saluer Georges Venne, qui a travaillé comme pilote de brousse auprès des cris et des Innus.

Les paysages sont magnifiques. Nous zigzaguons sur la route jusqu’à Ferme Neuve. Des chevaux, des bœufs et des lamas nous regardent passer d’un œil perplexe.

Je dédie ma journée aux gens disparus ou décédés de toutes les familles et des gens qui nous suivent en expédition…. et je pense à mes enfants, à mon fiston de 7 ans. À cet instant, je reçois un texto qui dit : « Bonjour Papa, je t’aime. Tu es mon ero! » Message qui me fait énormément plaisir. Je t’envoie plein de bizous d’amour!

Nous arrivons à Ferme Neuve. Nous sommes installés sur le bord de la rivière Lelièvre (Swapus), sur les terres de M. Marc-André Campeau, que nos remercions chaleureusement pour sa générosité. Nous recevons la visite du Grand Chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa qui vient nous encourager. Aussi, Thierry Flamand nous apporte beaucoup de café et de beigne pour les marcheurs.

Jean-Charles ramène Billy Mowatt, un Anishinabe de Kitcisakik qui marchera avec nous. Il prendra la relève de Mathieu Robert qui devra nous quitter à Kitigan Zibi. Billy s’occupera de l’aspect cinématographique.

Demain, la journée devrait être potentiellement enneigée. Nous traverserons Mont-Laurier où je visiterai l’école Jean XXIII et un centre jeunesse. La journée sera un jour semi-repos; pour se reposer un peu, car les marcheurs sont fatigués. Nous marcherons 6 km demain matin, et nous prendrons l’autobus pour traverser le trafic de la route 117; 17 km en bus pour une question de sécurité. Nous terminerons avec 6 km pour nous rendre à la pourvoirie du Castor blanc où nous passerons la nuit.

C’est formidable de voir ces gens autour de moi.

27 Février 2013 – Jour 8 – Mont-Laurier

La nuit fut très belle à la ferme Rossignol, tellement d’ailleurs que Diane Moreau a dormi à la belle étoile! Pour ma part, j’ai couché sous la tente avec mes compères habituels. Au matin, nous avons droit à un magnifique ciel bleu… qui disparait au bout d’une heure! Après les préparatifs et le déjeuner, c’est la clinique de pieds qui est maintenant incontournable. Avant de quitter, nous remercions Cathia et Marc-André Campeau pour leur accueil.

Nous amorçons notre marche qui sera aujourd’hui complétée par étape : la première est d’une distance de 6 kilomètres dans la ville de Mont-Laurier avant que Jean-Charles ne vienne me chercher pour ma journée de rencontres. Le député péquiste de Labelle, Sylvain Pagé, vient nous saluer.

Ensuite, c’est accompagné de Jean-Charles, Diane Moreau, Billy Mowatt, que je me rends à l’école Jean-XXIII pour rencontrer les élèves de la 3e à la sixième année. La rencontre avec des jeunes est toujours rafraichissante et ceux-ci ne font pas exception! On peut voir des étincelles de curiosité dans leurs yeux! C’est toujours un grand plaisir pour moi de partager notre expérience et notre message.

Nous nous rendons ensuite à St-Jean sur le Lac, à l’école St-Jean-Évangiliste, où nous rencontrons un groupe qui était très bien préparé à notre visite; ils avaient lu sur le projet, savaient qui j’étais! Après la rencontre, tous ensemble nous allons faire une marche de 1 kilomètre.

Nous rejoignons ensuite les marcheurs qui durant mes visites, ont fait 17 kilomètres en autobus, question d’éviter les dangers sur la route fortement achalandée. Ils compléteront le reste des 7 kilomètres les amenant à la destination du jour : la pourvoirie du Castor Blanc. Nous arrivons plus tard, car nous devons faire réparer notre remorque qui s’est dessoudée. Avec les cabines louées, nous montons 7 tentes.

Mario Terrien nous paie le souper à tous. Je dois faire la clinique de pieds pour certains marcheurs ont les pieds tellement blessés! J’en profite pour faire faire des bains de pieds, car c’est difficile de le faire lorsqu’on est en pleine forêt.

Je dormirai ce soir sous la tente. On se fait un bon feu…. et nous endormons dans la fumée!