#7 - DE VIEUX-FORT À SHESHATSHIU

DATE DU DÉPART : 12 SEPTEMBRE AU 5 OCTOBRE 2012

LIEU DE DÉPART : VIEUX-FORT

LIEU D'ARRIVÉ : SHESHATSHIU

DISTANCE: 735 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 2888 KM

RÉSUMÉ DE LA MARCHE

Automne 2012 – Le périple au Labrador, entre Vieux-Fort et Sheshatshiu durant lequel nous rencontrerons les participants de la marche Terry-Fox. Forêts denses ponctuées de petits villages et toundra sont au rendez-vous…le Compostèle de la forêt avec Éric Hervieux, Giant, Natash et Dave avec qui je marche mon discours.

Lire le journal de cette étape

1 Octobre 2012 – Jour 18 – Marcher l’intériorité

Jour 18 - Marcher l’intériorité

Le sommeil est long à venir; mes pensées sont pour ma marraine Madeleine, des pensées qui me replongent dans mes souvenirs d’enfance….. E Uassuian… Tante Madeleine… la grande complice de ma mère! J’ai les idées confuses…. ma famille a besoin de moi tout comme tous ces gens qui comptent sur moi! Mais Madeleine est là… Je la sens, je l’entends! Je l’entends me dire ce qu’elle me disait toujours lorsque j’étais à la clinique de Pessamit, et que j’avais le sentiment de la délaisser : « Finis ta job! Dérange-toi pas pour moi! Tu viendras quand t’auras le temps. C’est pas grave. » me dit-elle « Occupe-toi des vivants, moi je suis bien aux cieux! ». Finis ta marche, Stanley… Oh oui!! Elle me dit cela! Je la reconnais bien dans ces mots-là! Ce sont les siens, IL N’Y A PAS DE DOUTE POSSIBLE!! Et elle me rassure… (Je perds le contact).

Je me suis couché là-dessus… Et le bruit de la rivière Kénamu, tout près, me relaxe, me réconforte et me berce… et je dors.

Nous nous levons à 6 h sous la pluie. Je me rends déjeuner avec les autres et là, on m’offre condoléances et sympathies. Je demande à Simon et Sophie de communiquer avec Jean-Charles pour voir les options possibles quant à mon rapatriement. Il pleut… il fait froid… tout comme je me sens dans mon intérieur. Je dédie ma journée à toi, ma marraine Madeleine, je te dédie tout ce parcours du Labrador. Je prie… et je réfléchis à quoi dire pour réconforter ma sœur qui se sent coupable de ne pas avoir été là.

À toi, Nadia (et à tous ceux qui se sentent coupables de ne pas avoir été près de Madeleine)

C’était inévitable, ça n’aurait rien changé. Elle n’était pas seule… Quand on est croyant, on n’est jamais seul. « Thishe Manitu »est toujours là; il veille sur nous, ses enfants, il veille sur nous dans les bons comme dans les mauvais moments de la vie. Le privilège du croyant! Aussi, il y avait des gens pour l’entourer et l’accueillir, des anges : Oncle Henri, Tante Catherine, Léonie, Médérile, et Oncle Jules. Et il ne faut surtout pas oublier son amie et grande complice, ma mère Claire, et nos grands-parents. Tous ceux que l’on aime, qui ont pris un autre chemin, qui l’attendait et l’on accueillit.

D’ailleurs, c’est ce que j’ai compris à travers ma marche; ON N’EST JAMAIS SEUL! Je songe aux différents chemins que l’on doit prendre dans la vie. On finit par prendre le chemin lumineux… Un jour, nos chemins se croiseront de nouveau. Je me sens plus orphelin que jamais… Madeleine détenait une foule de renseignements sur moi et ma mère… Des renseignements maintenant partis à jamais. Alors, il faut vivre chaque jour comme s’il était le dernier, n’avoir aucun regret et réparer tout de suite s’il y en a. La vie est un cadeau pas un droit, et l’on doit l’honorer chaque jour.

Que vais-je faire? Je dois visiter les enfants… et être avec ma famille samedi. On trouvera bien. Je devrai sacrifier vendredi.

Nous avons marché 22 km ce matin. En arrivant au camp, on a mangé et j’ai réglé des détails avec Jean-Charles. (Et pour la 17efois, le contact est coupé à nouveau).

2 Octobre 2012 – Jour 19 – Quand la douleur se rend au coeur!

Jour 19 - Quand la douleur se rend au coeur!

Encore une pénible journée encore aujourd’hui! Premièrement, j’ai très mal dormi. J’avais chaud, j’avais froid… mon orteil m’élançait comme le fait un mal de dents. Je me suis donc levé et j’ai enlevé mon pansement. Je me suis recouché dans l’inconfort de l’humidité qui avait envahi la tente. Au matin, je me suis réveillé épuisé, j’aurais tellement dormi! Mon pied droit et surtout mon orteil me font terriblement souffrir et en l’examinant, je voyais bien que l’infection avait repris le dessus. C’est rouge, chaud et enflé. Il doit y avoir autre chose, une ampoule sous l’ampoule, un abcès, une infection non drainée. Je suis déjà sur traitement antibiotique depuis 2 jours, il y aurait dû avoir amélioration. Nous avons donc déjeuné et j’ai pris la décision de me faire un « drainage », un acte médical qui consiste à retirer tout liquide purulent qui pourrait s’être logé sous les tissus. Après un bain de pied pour nettoyer et désinfecté, je procède. Avec l’aide de mes copains qui tiennent la lumière, je procède à geler mon orteil pour amoindrir la douleur. À l’aide d’une grande aiguille, j’ai piqué à deux endroits pour vérifier s’il avait accumulations de liquides dans les tissus. J’ai traité le tout et, pour empêcher mon pied de mouiller dans la pluie, j’ai glissé un sac de pain vide pour l’imperméabiliser, j’ai bien fermé le tout avec du ruban adhésif et nous somme partis! IL RESTE 3 JOURS, JE NE PEUX PAS ARRÊTER ÇA-LÀ!! Je ne pouvais me résoudre à arrêter avec tout le chemin couvert à ce jour.

Marraine Madeleine veille sur moi… j’ai des douleurs qui se rendent au cœur!… Il pleut des cordes et il fait froid… mais elle est là! Je la sens! Je marche avec « Giant », qui a couché au camp hier soir, et il me dit de jaser pour tuer la douleur. Nous partageons donc tout le long de la route. Au 19e kilomètre, Giant décide qu’il va nous concocter un souper. Il nous chasse trois perdrix comme entrée pour ce soir! Line me rejoint, elle est gelée! Et, je n’ai plus mal…

Au diner, avant de faire quelques appels, je mange la banique en forme de cœur que j’ai fait la veille. Line a bien ri. Il pleut… et pleut et fait très froid. Mes vêtements ne sont plus imperméables. Je dédie cette journée au peuple naskapi où je marcherai d’ici les deux prochaines années entre Matimekosh et Kawawachikamach. J’ai pensé à tante Madeleine. Tout se règle pour le mieux. Je devrai toutefois manqué la journée de vendredi ici, pour les visites d’écoles…. je quitte pour mieux revenir dans la prochaine année pour vous visiter. Je ne vous oublie pas!!

« Giant » a préparé de la perdrix pour souper et passera la nuit avec nous. Je veux souhaiter un prompt rétablissement à notre marcheuse Helena qui fait une pneumonie. J’ai aussi examiné mon orteil qui se porte beaucoup mieux. Le drainage était une bonne décision.

J’aimerais vous dire que Éric et moi avons perdu 15 livres chacun. Hummmm!

(Remerciements à M. Alex Andrew de Sheshatshiu pour la photo)

Octobre 2012 – Jour 20 – La marche des martyrs 3

Jour 20 - La marche des martyrs

Le souper d’hier soir était divin : l’entrée de perdrix de Giant, un riz de légumineuses… et un magnifique gâteau renversé aux canneberges et à la cassonade! Nous couchons encore sous la pluie et le froid. Le repos est difficile et notre humeur commence à s’en ressentir. Nous sommes à bout; nos blessures nous affectent maintenant tant émotivement et psychologiquement. Line a perdu son troisième ongle d’orteil, Johane a des vilaines ampoules, Éric a les chevilles enflées, et moi, mon pied droit est mal en point. Mon orteil me fait souffrir. Nous sommes à bout!

Nastash et Dave viennent nous rejoindre au point de départ avec de bons cafés de Tim Horton. Une douceur avant notre calvaire. Nous nous mettons à la marche vers 8 h. Je souffre le martyre! Je suis transi, la pluie bat son plein et je souffre, j’ai très mal. J’en aurais pleuré durant la première heure. Je me questionne à savoir pourquoi… Pourquoi est-ce que je m’impose tout ceci? Et je pense à Goose Bay et à ses gens, je pense aux enfants de Sheshatshiu les yeux scintillants, mon fils qui m’embrasse… Et le visage de ma marraine qui me dit : « Finis ton travail, sois fier de ce que tu fais ». À force de marcher, la douleur se calme… Mais aussitôt que je m’arrête, la douleur recommence de plus belle! Et le processus pour apprivoiser la douleur prend un autre trente minutes. Et je me mets à faire le décompte des kilomètres qui restent à couvrir…. un par un……. Le décompte de l’enfer!

Et nous arrivons au pont de la Rivière Churchill. Il n’est pas rassurant, ce pont! C’est un pont d’acier fait pour les véhicules, il est ajouré et l’on voit les rapides au travers! Il n’est pas large… deux voitures et voilà! On tombe à l’eau… pas de garde-fous. Je demande à Alex Andrew d’aller chercher Line et Nastash de l’autre côté, tellement ce n’est pas rassurant.

À l’intersection, Giant m’attend pour nous accompagner pour le dernier 15 km jusqu’à Goose Bay. Il y a beaucoup d’Innus qui sont venus nous voir et nous saluer. Nous sommes accueillis au Labrador Inn qui nous commandite trois chambres pour deux nuits. Un gros merci pour ce don.

Première chose à l’agenda : UNE BONNE DOUCHE!!! Quel bonheur! Ça fait tellement de bien! Souper au restaurant. Nous nous rendons à l’école Boréale pour nous buter à une porte close! Un mal entendu dans les messages. Enfin…

De retour à l’hôtel… Je dédie ma journée à toutes les Premières Nations du Canada. Et une pensée particulière pour ma tante Madeleine… J’ai hâte d’être parmi les miens… ma famille… pour fraterniser et célébrer la vie de notre amie, sœur, tante, marraine qu’était Madeleine. Nous avons marché 37 kilomètres aujourd’hui contre vents et marées.

(Photos : courtoisie de Alex Andrew de Sheshatshiu)

4 Octobre 2012 – Jour 21 – Le « Giant » et le docteur

Jour 21 - Le « Giant » et le docteur

Malgré le confort de l’hôtel, j’ai plus ou moins bien dormi. Le café pris en soirée chez Tim Horton de Goose Bay y était pour quelque chose bien sûr, mais la fébrilité de la fin y contribuait également. C’est donc à 4 h 30 qu’Éric et moi nous sommes levés. Un autre café chez Tim Horton et déjeuner et nous voilà prêt pour les dernier 32 km jusqu’à Sheshatshiu. C’est la nuit… seule la lune éclaire nos pas. Nous sommes témoins du lever du jour. Nous rencontrons plein de monde qui nous salue, dont Helena qui part pour Halifax aujourd’hui. Elle nous remercie de l’avoir accueilli parmi nous. Ce fut un plaisir, Helena. Hank et Virginia sont là avec du thé et des muffins; ils arrivent de reconduire leurs 10 enfants (dont 7 sont les leurs) à l’école. Ce sont des gens au cœur d’or dont je suis fier de faire la connaissance.

Tout en haut d’un cap à 16 km du village, j’aperçois Giant nous attendait à côté d’une statue de la Vierge Marie. Il vient finir la marche avec nous. Nastash et Line sont aussi là.

Je marche avec difficulté; je compense d’un côté pour épargner mon pied… ce qui n’est pas l’idéal pour ma hanche. Je souffrirai durant tout le reste de la marche. J’ai l’air d’un ptit vieux avec ma cane. Elizabeth Penashue de Sheshatshiu, personnalité engagée et très près des traditions innues, me dit que ma barbe me vieillit beaucoup, et qu’une fois de retour chez moi, je devrai la couper. Je lui explique que j’ai une barbe des « séries »… mais aussi la barbe de mon aïeul, de mon grand-père quand il revenait de la chasse… ’Kanashepet innuts »… L’autochtone qui revient des territoires de chasse.

Le soleil est de la partie. Nous sommes accompagnés d’une bonne vingtaine de personnes et, tout au long de la route, les gens viennent et nous arrêtent pour jaser et nous encourager. Nous prenons du retard et devons faire un 2 kilomètres en camion, question d’arriver à l’heure. Une tente est montée en notre honneur; on y sert du thé et des beignes maison. Une trentaine de personnes sont là et nous fraternisons. Nous venons de finir un périple 730 kilomètres en 21 jours! INCROYABLE! Un périple où la persévérance est l’élément clé!

Nous nous rendons ensuite à l’école de Sheshatshiu que côtoient 600 à 700 jeunes!…Une des plus belles écoles que j’ai vue! Architecture époustouflante remplie d’artisanat et de culture autochtone, des murs jusqu’au mobilier! Un modèle! Nous nous installons dans la cafétéria pour recevoir les jeunes. Nous voyons trois groupes. J’avais peine à croire l’attention que l’on m’accordait, des tout-petits aux grands… « Croyez en vous-même, n’abandonnez pas, et poursuivez vos rêves!! Un pas à la fois, mais faites-le! » En anglais, en innu… Mon bâton attire la curiosité des jeunes, et je leur dis : « Mon bâton est magique, il a beaucoup de pouvoirs. Beaucoup de personnes l’ont touché et lui ont laissé leur énergie; il a touché la terre mère et s’est imprégné de sa vitalité et de sa vigueur. Quand vous avez des difficultés, pensez au bâton et il vous amènera plus près de vos rêves! » Ces enfants, tout allumés et intéressés, ont une tonne de questions. On veut savoir, ce que j’ai mangé, ce que j’ai bu… Je leur parle alors de saines habitudes de vie. Nous sortons marcher les deux kilomètres autour du village. La vue sur le lac Melville est magnifique. Et je promets de revenir au printemps. Je reçois en cadeau un livre sur Sheshatshiu et une poupée, un marcheur. Deux jeunes viennent me voir pour me dire qu’ils veulent devenir médecins. J’ai planté la graine du rêve… J’en suis responsable… Je dois m’en occuper. Je reviendrai!

Nous soupons chez Alex Andrew où nous attendent une cinquantaine de personnes à l’intérieur et autant d’enfants à l’extérieur! Au menu : Saumon, Caribou, perdrix, banique, chicoutés, des desserts…! Je reçois de magnifiques gants faits à la main et une scène miniature d’une aînée innue. Je suis touché de tant d’attention. Je dis à Giant que nous devons marcher ensemble de Nain à Sheshatshiu en 2014! Après des aurevoirs sans fin, nous retournons nous reposer pour notre route de 16 heures demain, en route vers ma réalité… vers ma famille et notre épreuve.

Je dédie mes 21 jours, mes 730 kilomètres d’efforts, de souffrances, mon énergie déployée à ma marraine Madeleine Picard. Grâce à sa voix qui me transcendait, j’ai reçu persévérance et la vigueur pour venir à bout de mon périple.

5 Octobre 2012 – Jour 22 – Marcher mon discours

Après une nuit de sommeil léger, nous nous levons à 4 heures, faisons les bagages, nous chargeons le tout dans la camionnette et nous dirigeons vers le Tim Horton pour notre dernier déjeuner de groupe pour ensuite quitter Goose Bay à 5 h : 30 exactement. Il fait encore nuit…

Nous nous rendons jusqu’à Labrador City où nous laissons Line. Embrassades et câlins d’adieu pleins d’émotions…. Après avoir fait le plein, je prends le volant en direction de Manic 5. Nous faisons un arrêt à Fermont; Sophie et Simon ont une course à faire pour un ami que nous arrêterons visiter plus loin sur la route. Le « Mur » de Fermont m’impressionne; un mur contenant une ville entière… insolite et inusitée! Nous continuons notre route.

Nous passons aussi à travers la mine du mont Wright… Un mont Wright qui n’est plus et qui est remplacé par un énorme, titanesque amas de son résidu. Je suis à la fois étonné, voire renversé et attristé par la grandeur… et la destruction et par le paradoxe créé par ce déplacement déconcertant. En espérant que le territoire pourra un jour prendre le dessus et que les gens penseront au développement durable.

Nous nous arrêtons en chemin pour visiter Michel Denis, un ami de Simon et Sophie, qui habite, dans la simplicité volontaire et durable, une maison avoisinant les monts Groulx. Il vit reclus dans cette maison qu’il a bâtie de toutes pièces, ayant comme jardin la forêt. Il est guide et protecteur des impressionnants monts Groulx qui sont un parc protégé par l’UNESCO. Magnifique, gigantesque, sauvage….. Il est beau notre pays! Très belle rencontre!

Et nous continuons notre route; nous atteignons Manic 5 autour de 16 heures. Nous faisons le plein et Éric prend le volant. À peine repartis, nous arrivons sur le site d’un accident qui vient tout juste d’arrivée. Un jeune couple de Fermont en route vers Fermont ont fait une embardée et de tonneaux. Nous nous arrêtons pour leur porter secours. Le jeune homme a plus de peur que de mal. Toutefois, la jeune femme me dit qu’elle a mal au cou et je lui dis qu’elle doit se rendre à l’hôpital. Éric, qui est policier, fait appelle la police, l’ambulance et la remorque. L’ambulance arrive… L’un des ambulanciers me connait et est un avide partisan du projet Innu Meshkenu. Les rencontres sont parfois faites dans des circonstances surprenantes…

Nous reprenons la route… Nous arrivons 2 heures après dans la brume. Nous laissons Johane-Alice à l’Hôtel le Manoir de Baie-Comeau où nous nous quittons dans les bises et les pincements au cœur. Et nous reprenons la route…. faisons quelques courses….. Et arrivons à Pessamit où je laisse Éric chez lui.

J’arrive enfin à la maison où ma sœur m’attend. J’invite Simon et Sophie à partager un repas tardif. Guy Bacon vient nous voir; il nous a suivi et a prié pour nous. Il a même allumé un lampion pour que la route soit bonne. À 21 heures, les amis quittent et je me rends me recueillir auprès de ma marraine… j’assimile la réalité. Je reste quelque temps à la veillée funéraire chez ma marraine, selon les rites innus. Nous partageons souvenirs et sentiments en famille. L’important c’est de ne jamais oublier ses rêves, de les poursuivre sans relâche même dans les moments difficiles. Et je me rappelle la marche sous la pluie intense, moment où la phrase suivante me vient à l’esprit : « When the going gets tough, the tough gets going » qui en fait se résume comme suit : c’est lorsque les conditions commencent à se durcir que les caractères forts apparaissent. Ces conditions nourrissent la persévérance et la détermination.

Je voudrais remercier…

Mes équipiers,

— Simon et Sophie, qui ont su nous supporter, nous transporter et nous précéder et pour préparer camp et nourriture et à veiller sur l’aspect logistique sur place;

— À mon comparse de toujours, Éric Hervieux, pour son dévouement à mon projet;

— À Line et Johane-Alice Côté pour leur engagement et acharnement;

— À, Anastasia (Nastash)et Helena pour leur grand courage.

Un grand merci à Alex ‘Lishkn’ Andrew pour sa générosité.

À la population de Sheshatshiu, pour leur accueil formidable. Ce n’est qu’un au revoir; nous nous verrons sans doute au printemps.

À Giant, un gros merci pour son appui. Je lui souhaite bonne chance pour sa marche. Je vais tout faire pour être présent à son arrivée sur le territoire des Innus de Pessamit.

Aux gens du Labrador, à tous ceux qui ont, à un moment ou un autre, croisé notre chemin et qui nous ont prouvé leur soutien, MERCI!

À tout le monde, d’ici et d’ailleurs, qui nous ont suivis sur le site, pour les messages d’encouragement, j’offre nos remerciements sincères.

Je remercie aussi Ginette, Jean-Charles et tous ceux qui ont travaillé, à distance, à la logistique de ce projet et qui m’ont permis de « MARCHER MON DISCOURS »!

Donc à la prochaine soit à partir du 18 février 2013 en territoire Algonquin et le 19 mars à Kuujjuaq.

P. S. : Pour tous ceux qui aimeraient contribuer financièrement au Projet Innu Meshkenu, il est possible de le faire en communiquant avec Jean-Charles Fortin, coordinateur, aux coordonnées apparaissant sous l’onglet « Nous joindre » dans ce site internet.

12 Septembre 2012 – Jour -1 – En route pour une autre étape de marche!

À peine remis de la marche des 8 et 9 septembre en territoire abénaquis, nous voilà en route vers la prochaine étape de marche, soit celles au cours desquelles nous relierons Vieux-Fort (près de Blanc-Sablon, sur la Basse-Côte-Nord) à Sheshatshiu (près de Goose Bay, au Labrador). Nous amorcerons cette marche le vendredi 14 septembre et prévoyons la terminer le 4 octobre. Plusieurs arrêts sont prévus dans les écoles et centres communautaires situés le long de ce parcours de plus de 730 kilomètres. Nous allons également marcher conjointement avec les participants à la marche Terry-Fox lors de notre passage à Blanc-Sablon puis avec ceux d’une journée de marche de prévention du diabète à Mary’s Harbour et Port Hope. De bien belles rencontres en perspectives! Suivez-nous chaque jour sur notre blogue quotidien au    http://www.innu-meshkenu.com/index.php/category/au-quotidien/ À bientôt!

13 Septembre 2012 – Jour 0 – Veille du jour J!

… Je n’ai pas dormi cette nuit. Le stress du début de semaine, le travail, les derniers préparatifs ont eu raison de moi. À peine ai-je le temps de boucler mes bagages qu’il est déjà temps de me rendre à l’aéroport. Après avoir finalement dénoué une impasse avec mes transferts d’avion, je m’envole vers Blanc-Sablon. Le vol se déroule bien… néanmoins, je suis si fatigué!

Une fois à destination, je rencontre Éric Hervieux, Sophie Laplante, Simon de Champlain, et Johanne-Alice Côté qui viennent de faire 2000 kilomètres. Dès mon arrivée, j’ai une entrevue avec la radio communautaire de Blanc-Sablon.

Enfin, l’heure du souper arrive et je dois tout mettre en ordre pour le grand départ de 6 heures demain matin.

Épuisé, je peux finalement me mettre au lit… j’espère le sommeil du juste.

14 Septembre 2012 – Jour 1 – Matin brumeux, matin heureux!

Ce matin, nous avons pris un déjeuner copieux, digne du périple qui nous attendait. Dès 7 h 30, nous sommes prêts à entreprendre notre trajet quotidien. Aujourd’hui, nous entamons la marche dans une brume épaisse et dense, une brume de bord de mer! Nous devons d’abord nous rendre à notre point de départ en voiture. Nous sommes à 60 km de Vieux-Port d’où nous débuterons la marche.

… et la brume se lève et fait place à un paysage tout à fait époustouflant! Les couleurs d’automne se traduisent sur le sol mousseux de la toundra. C’EST FANTASTIQUE! Nous arrivons donc à 8 h 30 et faisons un arrêt à l’épicerie de M. McDonald que l’on avait rencontré Éric Hervieux et moi avions fait un arrêt lors de notre dernier passage dans la région. Son fils Dean nous reçoit en nous disant que ses parents viendraient nous rencontrer à l’école primaire où nous devions nous rendre. Ce sera un plaisir de revoir les McDonald. Nous nous dirigeons donc vers l’école primaire à 300 mètres de là. Nous passons sur le même chemin que nous avons foulé il y a deux ans. Éric et moi avons des souvenirs vivides de cette marche jusqu’à Natashquan. Magnifiques souvenirs!

Une fois à l’école primaire, je m’adresse aux petits et aux jeunes élèves; des jeunes allumés et charmants! On nous offre des cadeaux, je suis assailli de questions, ils sont si curieux! Nous rencontrons aussi les McDonald, qui nous offrent de la confiture de Chicoutés. On nous informe aussi que les jeunes de l’école primaire allaient nous préparer un goûter et que l’on viendrait nous le porter à l’école secondaire 11 km. Plus loin. Ensuite, tous nous accompagnent dehors et viennent marcher avec nous sur une distance d’environ un kilomètre, soit le tour du village. Les jeunes nous laissent et nous disent au revoir et nous prenons la route.

Donc 11 kilomètres de marche. Doutant de ses compétences en tant que marcheuse, Line Mackenzie part une demi-heure avant nous… et elle est arrivée une demi-heure avant nous! Inutile de t’inquiéter, Line! Tu es une EXCELLENTE MARCHEUSE, vas!

Une fois à l’école secondaire, nous partageons le goûter promis plus tôt avec les professeurs. Au menu : sandwichs, fruits, cupcakes, confiture d’airelles. Une découverte absolument délectable… les confitures de splashberries! DÉLICE!!! Petit fruit rouge, suret, mangé en gelée.

Nous rencontrons ensuite les jeunes du secondaire, nous discutons du projet. Tous nous accompagnent à la marche sur une distance d’environ 3 kilomètres. Pour nous, ce fut une transfusion d’énergie!!

Nous reprenons la route. La beauté du paysage est à couper le souffle! Nous pouvons voir Terre-Neuve au loin!

Et nous marchons… On nous salue tout au long de la route. Nous marchons 2 kilomètres de plus que notre destination Salmon Bay et Line, qui doutait, finit un kilomètre plus loin. Nous commencerons donc un kilomètre plus loin grâce à elle.

Ce soir, après le repas, nous soignons nos pieds et nous irons tôt au lit heureux de notre journée. Un 29 kilomètres nous attend demain.

15 Septembre 2012 – Jour 2 – Contre vents et….. froid!

6 heures du matin… déjà, le déjeuner en groupe. Nous devons être sur la route aussitôt que possible. C’est donc à 6 h 45 que nous nous rendons en camion au kilomètre où Line s’est arrêtée hier. Nous sommes à Salmon Bay. Nous partirons de cet endroit en direction de Middle Bay, plus exactement au Centre d’interprétation de l’endroit où des gens de l’endroit nous attendaient avec café et muffins aux airelles (redberries). Quelle magnifique découverte que ce Centre! Il n’a vraiment rien à envier aux grands Centres! En fait, il y a de quoi là à faire baver les grands centres! On y retrouve des artéfacts datant de 8 000 ans, de recherche sur la présence des Innus depuis des millénaires, de la présence des Inuits sur la côte, et l’histoire relatant une grande bataille qui a eu lieu entre les Inuits et les Innus dans les années 1700. On y relate aussi le passage des Basques, des Français et des Anglais… absolument étonnant! Les archéologues en herbe sont fortement invités à, un jour, le visiter!

Nous avons Brenda, infirmière de Centre hospitalier de Blanc-Sablon, qui organise la marche Terry-Fox à laquelle nous nous joindrons demain. Éric, Johanne et Brenda prennent les devants alors que Line et moi restons à l’arrière. Le fort vent de l’est nous mord le visage! Je m’arrête pour prendre quelques photos… Et je suis soudainement seul… et je réfléchis… Je dédie ma journée à ma chère tante Anne-Marie Vollant de Wendake qui est malade. Je lui dédie toute ma journée à ses souffrances, je lui envoie toute mon énergie, les douleurs que je vis je les sacrifie pour elle. Aussi… Je pense et je m’ennuie de mon petit Xavier et ma fille Chloé; je leur envoie plein d’ondes positives. J’aurais bien aimé les avoir près de moi! Le silence… le bruit du vent m’inspirait… Un décor splendide… grandiose! Un potentiel éolien énorme, un bassin d’énergie durable et propre fantastique! Il y aurait de quoi éclairer et chauffer plusieurs villages de l’Est.

Les conditions climatiques sont tellement rudes et extrêmes, les montagnes en sont dénudées, la végétation ne pousse pas sur certaines parties de la Côte. Jacques Cartier, les Vikings avaient dit du Labrador que c’était la « terre de Cain », une terre hostile, ardue. Mes ancêtres ont vécu sur une terre hostile et austère, mais tellement grandiose et énergique que mes ancêtres s’en sont abreuvés et à survivre dans ces conditions. Une terre où la résilience jaillit et façonne mon peuple et qui permet de s’adapter et d’apprivoiser cette terre par moment aride.

Dans le paysage… des jardins de pierres témoignant de la présence des glaciers à une époque depuis longtemps révolue. Mes ancêtres ont dû penser que ces grosses pierres ont été amenées par des géants. C’est un autre monde!

Après le goûter, je dois soigner les ampoules de Line que je dois aussi encourager. Il faut marcher le moment présent, Line. Gino et ses enfants de Blanc-Sablon nous apportent eau et ravitaillement pour tous.

Nous arrivons à la chute Ouest-Brador dont le bruit est une symphonie à mes oreilles. Territoire peu exploré, peu connu… qui gagnerait à l’être! Et nous arrivons à Brador et nous nous arrêtons pour aujourd’hui après 32 km de marche! Nous nous arrêterons pour la nuit ici.

NOTA BENE : Je tiens à remercier le Dr. Marc Isler, orthopédiste à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et ami de longue date, qui m’a infiltré mercredi avant le départ. Grâce à lui, ma hanche va bien et je peux marcher en toute quiétude. De tout cœur, MERCI MARC!

16 Septembre 2012 – Jour 3 – Aujourd’hui….Éric, les canards… et la pluie!

Ce matin, le lever à 5 h 30… question de s’habituer à l’heure des Maritimes… soit une heure plus tôt qu’au Québec! Après un bon déjeuner, nous rassemblons notre bagage. Nous attendons l’heure du départ en nous amusant avec les oies et canards autour de notre hébergement! Éric Hervieux est tout de suite adopter par ceux-ci devient leur leader incontesté!

Nous quittons vers 8 h 30 pour nous rendre où nous avions laissé la veille, à Brador. Nous quittons la route principale pour prendre une petite route qui longe le bord de la mer. C’est un matin nuageux et venteux. Nous arrivons à Blanc-Sablon à 10 h où nous sommes attendus par les participants de la marche Terry-Fox à qui nous nous joignons. Une centaine de personnes qui marchent, courent, qui sont à vélo…. Et nous embarquons dans cette ronde! … et je fais de belles rencontres : des collègues de Blanc-Sablon avec des étudiants de médecine en stage là-bas. Nous avons partagé sur la pratique dans la région. Je rencontre la représentante de Québec en Forme, Karine Joncas avec qui je discute. Une dame… Denise et son mari, qui nous suivent passionnément sur le site web, et aussi Brenda, l’infirmière de Blanc-Sablon.

Je donne aussi une entrevue « live » pendant la marche à un journaliste du « Northern Pen » Journal, une entrevue inspirante et inspirée par la marche, le grand air! Une entrevue allumée et pleine d’énergie d’une durée de 40 minutes!

Et je grimpe la côte et j’aperçois….. Le détroit de Belle-Isle et Terre-Neuve au loin… TELLEMENT SPLENDIDE! Et tout en haut, nous arrivons à la frontière du Labrador et Terre-Neuve où il est pour ainsi dire impossible de passer sans le savoir; la pancarte géante, nous souhaitant WELCOME TO THE BIG LAND OF NEWFOUNDLAND AND LABRADOR, alors que, de l’autre côté, rien……. ABSOLUMENT RIEN ne fait de même lorsque nous entrons au Québec!!

Je suis gênée…. J’ai vraiment honte de mon chez-moi!! Nous ne recevons pas ici comme on nous reçoit ailleurs!

… tout à coup, je réalise que je suis dans une autre province… Mon projet, jusqu’à connu seulement qu’au Québec, s’étant maintenant dans d’autres provinces!! Mon rêve d’il y a 4 ans prend de l’ampleur… je l’avais souhaité… espéré… ET ÇA SE RÉALISE!! PAS PAR PAS… J’ai maintenant la moitié de mon périple de réalisé.

Au pied du grand panneau de bienvenue nous attendent une trentaine de personnes du village de l’Anse-au-Clair; villageois et beaucoup d’enfants. Nous rencontrons Mme. Grace Dumaresque, propriétaire du magasin général du coin… et nous marchons avec tous jusqu’au village où nous sommes reçu au magasin général avec café et de petites bouchées-desserts nous sont servis. Je fais une allocution pour parler de mon projet devant ce sympathique groupe et je les remercie pour leur chaleureux accueil avant de continuer notre route… Sous une pluie battante.

Sur la côte, le paysage est à la fois austère, dénudé, grandiose et venteux; une fois dans les terres toutefois, tout est vert et me fait penser à Charlevoix… avec de la mousse! Nous admirons en avançant… et nous arrivons à Forteau. Le type de paysage que nous voyons en descendant la côte me donne une forte impression de Baie-St-Paul!!! C’est incroyable l’effet que ça fait de ressentir une impression de déjà vue et d’en être à la fois aussi loin! La grande côte, le village en bas… la mer… il ne manque que l’Ile aux coudes!

On arrive à Forteau… Éric, Jonathan, et Line… Qui est épuisée et a donné tout ce qu’elle pouvait… Elle a une démarche lourde et remplie de douleurs. Nous attendons avec hâte l’arrivée de la camionnette… Nous sommes détrempés. Nous embarquons Éric et Joanne plus loin… Et nous nous dirigeons vers West Modest où nous partageons un tout petit chalet… Nous apprendrons beaucoup de l’un et de l’autre… promiscuité oblige! Mais nous sommes au chaud, au sec… et un toit!

Je dédie ma journée à la population de Pessamit, à notre ami Guy Bacon qui est avec nous en pensée… Je pense aussi à ceux qui souffrent et sont malades. FORCE… ÉNERGIE… COURAGE. Comment fait-on pour oublier la douleur, pour passer à travers?

« Il ne faut pas se laisser envahir par la douleur; il faut être plus fort qu’elle. Comment? Dans la prière, dans le moment présent et en la dédiant à ceux qui souffrent. »

17 Septembre 2012 – Jour 4 – Énergisantes chicoutés

Le déjeuner des lurons a lieu à 6 heures AM, heure de Terre-Neuve. Frais et dispos, tous mangent avec entrain. Pour ma part, je me régale de chicoutés, de « bake apples» comme on les appelle ici; ces petits fruits rouges, regorgeant d’antioxydants, sont présentement à point pour la récolte. J’en raffole! Notre départ à lieu vers les 7 h : 15; nous devons vite nous rendre là où nous avons laissé hier, à Forteau, car plus tard, je dois visiter 2 écoles.

Je suis interviewé par CBC Newfoundland… En soignant des pieds, entre 2 pansements… entre bols de chicoutés et café! Dès 8 h, nous sommes en marche : nous prenons quelques photos… L’eau de la mer est magnifiquement claire… et froide! Et nous rejoignons notre première destination de la matinée : l’école d’Anse-aux-Loups, Strait Academy, école primaire et secondaire. Je rencontre les 4 groupes de jeunes, heureux de notre visite. Nous avons droit à un « Sing-Along », une chansonnette au quelle tout le monde participe, un cru de notre consœur de marche Johanne-Alice Côté. On y partage les valeurs de notre parcours, notre espoir. Et nous nous dirigeons à nouveau en direction de la route, après avoir fait un bout de route avec 4 étudiants… Et nous prenons la route vers West St-Modest!

Mes comparses décident de prendre un raccourci pour soi-disant contourner une côte… pour se buter le nez sur une falaise, au bout d’un cul-de-sac! 4 km pour rien?…NON!!! Le paysage est à couper le souffle! Line dit qu’elle s’est abreuvée de ce paysage enchanteur.

Je dois maintenant faire un retour en arrière, au Québec, et dans le temps du même coup, car l’heure recule, au Québec! Je retourne à Blanc-Sablon où je suis accueilli par Martine Joncas de Mrg. Schaeffer School. J’y rencontre 6 groupes différents; je joue avec les tout-petits, j’échange avec tous sur l’importance des rêves, de croire en soi et en ses rêves. Avec les plus grands, j’ajoute l’importance des bonnes habitudes de vie, de la vie saine loin des substances illicites et nocives pour la santé. Je rencontre un futur soudeur sous-marin, d’un futur neurochirurgien… et nous partons tous ensemble, les 145, pour la marche autour du village! Ils sont pour moi une source intarissable d’énergie pure en transfusion massive! Leur fraicheur, leurs yeux brillants et allumés me touchent bien au-delà des mots!

Je retourne maintenant, avec Sophie et Simon, vers West St-Modest où la mairesse du village, Mme. Agnès Pike, a organisé un « pot luck » en notre honneur. Au menu : Pâtés de poisson, caribou, orignal, nombreux desserts dont la tarte aux graines rouges, les airelles (redberries ou partridge berries). ABSOLUMENT DÉLICIEUX!!! Le tout partagé avec de bonnes gens. Je rencontre Sister (Soeur) Power… en fait, Docteur Soeur Power, de la communauté des Sisters of Mercy. Elle a œuvré toute sa vie au Labrador et à Blanc-Sablon. Nous partageons nos expériences avec beaucoup d’intérêt. Elle nous offre 2 cadeaux : une superbe quantité de chicoutés (YEAH!!) et un don pour le projet Innu-Meshkenu en nous disant qu’elle priera pour que l’Esprit Saint éclaire nos pas et qu’il nous garde sous sa protection…. Merci du fond du coeur, Soeur Power, que Dieu vous garde!

Encore la beauté époustouflante du paysage me pousse vers la réflexion… QUEL ENDROIT FÉÉRIQUE, IDYLLIQUE ET MERVEILLEUX! Un potentiel touristique sous-développé, sauvage, et d’une splendeur et d’un charme qui transcendent les mots! Je dédie donc aujourd’hui à tous mes amis et les gens que j’aime…. Et me retire pour la nuit, car, demain, 36 km nous attend.

18 Septembre 2012 – Jour 5 – Le long de la Pinware…

Nous dormons comme des loirs! Bien évidemment, nous sommes fourbus en fin de journées, mais les nuits ici sont réconfortantes et réparatrices! Après un bon 8 heures de sommeil, nous nous levons, frais et dispos. Pour ma part, cela fait tellement longtemps que je n’ai pas dormi de la sorte! Je suis accueilli à table par Sophie et Simon qui me tendent un café.

La température est sublime; beau soleil, petite brise… Parfait pour une bonne marche! Nous sommes tous attablés pour déguster un déjeuner de costauds, de bûcherons! LA TOTALE!! Œufs, patates rôties, saucisses, cretons… Et, en grande finale, une platée de chicoutés! Je développe une réelle dépendance à ce petit fruit! Ensuite, le temps de la clinique de pieds s’installe; quelques-uns commencent à avoir des infections d’orteils, ce qui implique la prise d’antibiotiques.

Mes routards prennent la route. Je reste derrière, j’ai des trucs à planifier, à organiser pour la suite des évènements. J’en profite pour prendre quelques photos du quai de West St-Modest. Magnifique endroit! Le soleil brille… Tout à fait magnifique! Je pars en direction de Redbay, seul… avec moi-même. La route longe la rivière Pinware. Il fait de plus en plus chaud. Le soleil de septembre prend de la vigueur au cours de l’avant-midi… les derniers soubresauts d’été avant la rigueur de l’automne.

Le flot de la rivière berce mes pensées et je précipite dans une phase méditative; je pense à mes enfants, à mon fils… ils me manquent. Je remercie la Providence pour la beauté, le bon, les gens qui font parties de ma vie. Aujourd’hui, je dédierai mes efforts et mes souffrances aux gens de Sheshatshiut, à ceux que l’on verra bientôt, à ceux qui luttent contre la vie difficile. Aussi, je la dédie aux 2 marcheuses, Anastasia Qupée et Helena Andrew, qui nous rejoindront sous peu. Pour elles, du COURAGE, SANTÉ, ON A HÂTE DE FAIRE VOTRE CONNAISSANCE. Je dédie ma journée au développement d’une belle communauté en santé.

UNE DEMANDE SPÉCIALE À LA COMMUNAUTÉ DE SHESHATSHIUT ET LA CORPORATION INNU NATIONS :

Bientôt, nous entreprendrons un tronçon de 400 km entre Mary’s Harbor et Goose Bay, au cours duquel il n’y a aucun poste de ravitaillement. Nous éprouverons sans doute des problèmes logistiques de ravitaillements durant ce trajet. Nous aurons à fait plusieurs allers-retours à faire durant ce trajet. J’aimerais savoir s’il y a possibilité pour vous d’organiser un ravitaillement à mi-chemin entre les 2 villages. Nous aurons besoin de quelques bidons d’essence et de vivres, tels : viande de bois, patates, boissons, légumes et fruits, banique… Et sacs de chips!! Nous appelons à votre générosité Sheshatshiut, en support aux 2 marcheuses qui vous représentent!

Je traverse la rivière Pinware, qui m’offre une vision extraordinaire! Le son de la rivière, sa beauté me transcende. Il y a une nouvelle route, défendue aux véhicules et aux gens. Je choisis donc la vieille route, qui a 4 km de plus… mais 4 km de beauté sur lequel je vois une montagne… qui me ramène en Espagne, à Compostelle où ce rêve a commencé… il me manquait 200 km pour terminer cette route, car la maladie m’en a empêché. Et je décide alors qu’en 2015, à la fin de ce projet de 5000 km dans mon pays, je retournerai finir le tronçon de 200 km manquants à la finalité du trajet de Compostelle et ainsi, « boucler le rêve »! J’aurai été à Compostelle, mais mon chemin est chez moi! Comme ceci, le tout prendra tout son sens! Où mon rêve est né, je retournerai le terminer!

À 25 km plus loin, je vois que je suis attendu par 3 personnes; Alice, Liz et Phil, qui sont employés à Parc-Canada, tout 3 de Redbay. Ils sont venus m’accompagner dans mon dernier bout de chemin avant l’arrivée à destination. On me fait savoir que mes compères de marche sont maintenant accompagnés de Lorenda Brown, Tammy Bridle et Clarus Bridle de Redbay. Et nous parlons du Centre d’interprétation où ils œuvrent. On y expose des artefacts du passage des Basques, pêcheurs de baleines, dans la région. Je leur dis que les Innus avaient de bons rapports avec les Basques. Les « kakeshess », les pêcheurs, la première appellation que les Innus ont eue pour les allophones… Une discussion des plus intéressantes dans un paysage fantastique.

Lorsque nous arrivons à Redbay, j’ai tellement mal aux pieds que Liz, Phil et Alice doivent m’aider à terminer la marche. Nous nous rendons à notre loft, une sorte de dortoir qui nous donne une vue absolument grandiose sur le paysage, tellement magnifique tel qu’on le voit dans les livres. Nous participons à un Pot-luck offert par les gens de Redbay. Nous rencontrons aussi les 15 à 20 élèves et je leur dis que l’on se verra le lendemain. Leur professeur et son fils adoptif, un Inuit nommé Mathew sont présents; il me dit que son rêve est de devenir un agent de la RCMP… et je vois dans ses yeux la flamme qui ne ment pas… Mathew, un jour tu seras agent de la RCMP… ne laisse pas tomber, crois en tes rêves, poursuis tes rêves!

18 Septembre 2012 – Un très beau témoignage d’une participante

NOUS AVONS REÇU UN TRÈS BEAU TÉMOIGNAGE D’UNE PARTICIPANTE À LA MARCHE DES 8 ET 9 SEPTEMBRE DERNIER. IL NOUS FAIT PLAISIR DE LE PARTAGER AVEC VOUS :

« Lorsque nous lisons le journal du docteur Stanley, mon fils Menuhtan dit qu’il aimerait tellement faire partie de cette marche (vers le Labrador), qu’il en ferait son travail et ses devoirs en marchant… Ça me touche énormément que son cœur ait été à ce point touché par le projet d’Innu Meshkenu.

La lecture du journal du Docteur Stanley hier après-midi a amené Menuhtan à partager qu’il veut continuer de croire au niveau de la spiritualité innue. C’était beau de voir la fierté dans ses yeux lorsque l’on y a retrouvé des écrits de son grand-père sur la tente tremblante. Nous discutons de spiritualité ilnue, pour ensuite en revenir à notre projet de visite des communautés autochtones, souhait que Menuhtan m’a formulé lors de notre première visite du site d’Innu Meshkenu. Oui, il veut que nous visitions toutes les communautés du Québec, leur musée, les gens et tout ce qu’il y a à y visiter. Il dit ne pas comprendre pourquoi il veut faire cela, mais qu’il le veuille. C’est devenu notre petit projet que nous avons décidé de faire à notre rythme, lorsque nous avons des vacances. Raison de plus pour vous rejoindre à d’autres moments de la marche Innu Meshkenu…

Merci Dr Stanley d’être là, d’avoir eu le courage de vos ambitions et d’être un modèle d’inspiration pour les Premières Nations. Ce que vous faites est mémorable et je n’ai pas les mots pour exprimer tout ce que vous nous apportez personnellement et collectivement. Vous êtes un exemple pour nos petits, et aussi pour les un peu plus grands… Même Kukum suit votre pèlerinage avec beaucoup d’intérêt. Elle m’a confié son désir de faire un club de marche dans la communauté et elle marche plusieurs km par semaine avec ses amies. À 75 ans, il faut le faire… J’ai partagé de merveilleux moments avec mon fils lors de notre pèlerinage en territoires abénaquis et ça ne cesse de continuer. J’ai un petit qui veut devenir psychiatre, policier, chef de communauté, peintre, propriétaire d’une boutique d’artisanat, sculpteur, et qui veut vivre de ses traditions et dans le monde moderne aussi… Pour avoir des rêves, il en a beaucoup… Quand on lui demande pour quelles raisons, il veut devenir psychiatre, il répond vouloir être comme le docteur Stanley Vollant, le “premier Autochtone” à devenir… C’est ce qui l’anime en ce moment, mais j’ose aussi recevoir ce nouvel intérêt pour la médecine de l’âme, un peu comme une petite fleur à ma profession de psychologue… En tout cas, le parallèle avec la profession du docteur Stanley est aussi assez éloquent : chirurgien du corps vs chirurgien de l’âme, de la psyché…, bien que le docteur Stanley est aussi un chirurgien de l’âme à sa façon, avec toutes ses belles interventions communautaires… Notre pèlerinage en territoire abénaquis, a aussi été l’occasion pour moi (et pour nous, je devrais dire) de commencer à s’intéresser à une partie de nos origines autochtones, auxquelles je n’avais jamais encore laissé place. C’est avec une certaine angoisse que je commence à m’intéresser à ces identités, qui seront probablement la source d’autres voyages dans le futur. J’ai adoré marcher à vos côtés et discuter avec vous. Ç’a été un honneur de vous rencontrer et j’espère de tout mon cœur que vous me contacterez lorsque vous croirez que je peux contribuer à vos projets ou simplement pour le plaisir d’échanger.

Merci également à toute votre équipe pour tout le travail qui rend cet événement si extraordinaire!

Miguesh. »

Marie-Pierre Philippe-Labbé

19 Septembre 2012 – Jour 6 – De gens… et de mots!

Aujourd’hui, nous avons marché 24 km. Le kilométrage est peut-être moins important, car elle remplit de belles rencontres. Levés à 6 heures, cette journée annonçait tout à  fait ce qu’elle a été : belle température et paysages splendides! Après un bon déjeuner, c’est la clinique de pieds! Les pieds de mes routards semblent prendre du mieux!… Quelques photos et c’est le départ!

La température estivale ramène un élément appréhendé : LES MOUCHES NOIRES! Un calvaire s’il en est un! Nous devons faire face à ces harcelantes bestioles durant 3 heures! IL Y A DE QUOI DEVENIR FOU!! Je supplie l’AU-DELÀ de nous envoyer un petit vent, une brise pour nous faciliter la tâche. Ces mouches sont un abominable obstacle pour nous, marcheurs! Comme par miracle, une brise se lève et nous délivre. OH MERCI!! Comme nous nous apprêtons à rentrer dans les terres, il serait judicieux de se procurer « net » et huile à mouches en prévention!

Je dois dire que cette marche est une source intarissable et surprenante d’apprentissages variés. J’apprends sur les gens, l’histoire et la géographie, mais aussi sur l’importance de l’héritage ancestral, linguistiquement parlant. Savez-vous que le nom de la rivière Pinware d’hier vient du français « pied noir »? Et que la Pointe Amour non loin d’ici est en fait la Pointe « À mort » due aux bateaux qui s’y sont échoués? C’est effarant ce que les ancêtres laissent comme bagages aux générations futures!

Vers 12 h 30, nous nous rendons à l’école Basque Memorial où nous attendent les 20 quelques élèves et leurs 5 professeurs; des enfants de tous les niveaux allant de la maternelle jusqu’au secondaire. J’ai devant moi des enfants épanouis, heureux et, ma foi, très allumés! Nous présentons notre projet… et le « sing-along » de Johanne-Alice Côté avec les enfants qui se joignent à la chanson.

Éric, Johanne et moi allons visiter le Centre d’interprétation de Parc Canada : on y présente l’histoire de l’occupation basque dans les années 1500, époque durant laquelle vivaient 1500 à 2000 Basques dans la région. Des chasseurs de baleines, une vie difficile. On y relate aussi l’histoire de l’épave d’un galion basque, reconstitué par des plongeurs- archéologues. Tellement passionnant l’Histoire!

En fin d’après-midi, une marche Terry-Fox a lieu. Simon et Sophie nous y représentent. Une baisse d’énergie m’atteint soudainement, et je me retire pour un court temps, je dois recharger mes batteries! Nous soupons au restaurant « The Whaler » où nous dégustons le meilleur Fish & Chip que nous n’avons jamais mangés! De la morue fraichement pêchée, du poisson du jour! … et nous nous retirons pour la nuit.

Je dédie ma journée à la nation atikamekw, à tous ceux qui m’ont accompagné l’hiver passé, et à tous ceux qui m’accompagneront l’hiver prochain. À vous tous, santé et bien-être!

J’aimerais faire part du décès de M. Adélard St-Onge et de Mme. Vachon de la communauté de Pessamit. J’offre aux familles de ces disparus mes sympathies profondes et mes prières.

20 Septembre 2012 – Jour 7 – Toundra… À perte de vue!

Jour 7 - Toundra… À perte de vue!

Le levé a eu lieu à 5 h 30. Nous déjeunons… je fais le plein de bake apples,  énergisantes et revitalisantes petites baies! Je fais la clinique de pieds; je dois soigner mes comparses! Ensuite, tous ensembles nous ramassons notre bagage et embarquons dans le camion qui nous ramène vers le kilomètre que nous avons laissé la veille. Nous arrivons au kilomètre 23.6, et Simon et Sophie se dirigent vers l’endroit où nous coucherons ce soir, soit Château Pond, un dépôt de la voirie. Ils y prépareront notre campement pour la nuit, car oui, nous coucherons sous la tente ce soir! Il fait très froid ce matin… 9 degrés avec un facteur vent, soit un 2 ou 3 degrés. Je revêts deux coupe-vents l’un par-dessus l’autre, mes gants et mon chapeau. Avoir une tuque, je l’aurais sûrement portée!

Nous faisons une rencontre inusitée. Nous rencontrons M. Guy Poole, qui arrive de Labrador City. Il est accompagné de son beau-frère et de sa belle-sœur. Ce monsieur marche aussi à travers le Labrador et Terre-Neuve, environ 300 km par année, dans le but de sensibiliser les gens au sujet du diabète, maladie qui a emporté sa femme il y a 8 ans. Il connaissait le projet Innu-Meshkenu et a demandé pour marcher un bout avec nous. Nous avons alors marché une demi-heure ensemble. Nos causes sont jumelles et nous voyons bien que les routes de marcheurs se rencontrent parfois… Et nous nous quittons; il doit reprendre le traversier à Blanc-Sablon.

Nous arrivons au Château Pond, 17.6 km plus loin, où Simon et Sophie ont ramassé du bois et nous ont fait café et soupe que nous avons mangé assis à l’abri du vent dans une pelle mécanique. Très bucolique comme scène!

Le temps se réchauffe au cours de la journée. Le paysage… Vous croyez que nous marchons dans la forêt sapinée? Détrompez-vous! C’est la toundra… Une incroyable immensité grandiose… presque effrayante! Paysage plat, mousseux avec quelques lacs ici et là pour briser la monotonie. Nous pouvons voir la route de gravier qui serpente devant nous de 12 à 13 kilomètres plus loin! Ceci est psychologiquement difficile, car ça donne l’impression déprimante que l’on n’avance pas!

Nous arrivons au campement vers 5 h : la grande tente innue avec le petit poêle, les deux tentes de 4 et 2 places, nous sommes très bien installés. Nous chauffons notre tente et soupons tous ensemble. Au menu : une bonne soupe, des crevettes à la Tai (en plein bois!)

Après souper, une visite fortuite s’arrête pour nous voir. Joan et Peter Karstens sont deux touristes ontariens résidant dans les environs du Lac Huron. Ils font le tour du Labrador et arrivent de Goose Bay. Ils s’arrêtent, surpris de voir un campement en plein milieu de cette étendue désertique. Nous les invitons dans notre tente; nous leur parlons de la raison de notre présence ici, de notre projet. Ils sont à la fois surpris et heureux de nous rencontrer. Ils prennent des photos de nous, sont charmés et sensibles à notre projet. Ils n’en reviennent pas de savoir que nous marchons vers Goose Bay. Avant leur départ, ils nous font cadeau d’une bouteille de vin que l’on se partagera au souper de demain soir.

Nous faisons la vaisselle et soignons nos pieds pour demain. Nous avons eu droit à un coucher de soleil sublime, aux couleurs pastels… un soleil qui fait place à sa soeur la lune et à un ciel étoilé comme on n’en a jamais vu! DES MILLIERS D’ÉTOILES libres de pollution visuelle. MAGNIFIQUE SCÈNE NOCTURNE QUI NOUS BERCE VERS LE SOMMEIL du juste.

Ma journée est dédiée à la communauté d’Uashat Maliotenam, à tous mes amis de ce village qui nous appuient et qui, l’an passé, ont eu la bonne idée de faire une levée de fonds qui a permis l’évènement d’hiver. Une autre levée de la sorte a été très appréciée!

21 Septembre 2012 – Jour 8 – Des gâteaux… Des rêves… Et des étoiles!

Jour 8 - Des gâteaux... Des rêves… Et des étoiles!

La nuit sous la tente s’est bien passée. J’ai toutefois eu un peu froid malgré mes dessous en laine mérinos. J’aurais bien dû amener mon sac de couchage plus chaud; mon sac de couchage -3 degrés n’aurait sans doute pas suffi si ce n’avait été du  sac d’appoint qui le double. L’appelle de la nature se fait sentir et je dois sortir…. Et soudain, le froid n’a plus raison de moi. LA BEAUTÉ DU CIEL ÉTOILÉ me fait oublier que j’ai un peu froid! Un ciel brodé d’étoiles, tant qu’on en perd les constellations! ABSOLUMENT IMPRESSIONNANT! C’est désarmant comme on peut se sentir petit devant telle immensité sidérale… Et je retourne dans ma tente me rendormir avec en tête, les plus belles images célestes.

Vers 5 h 45, nous commençons à bouger, nous levons et nous transportons vers la tente « prospecteur » où Simon allume le feu dans notre poêle de fonte. Une belle chaleur nous envahit le corps et le cœur; et nous préparons le déjeuner; des toasts selon l’« Innue », eh oui! On les colle sur les côtés brûlants du poêle… lorsqu’elles sont prêtes, elles tombent d’elles-mêmes! Je dévore mon déjeuner labradorien de toasts recouverts de Nutella et de chicoutés! Un délice qui me soutiendra tout l’avant-midi. Nous devons ensuite ramasser notre équipement, tentes et matériel et sommes prêts à nous rendre à l’endroit où nous avons arrêté hier. Non seulement nous devons faire les 28 kilomètres qui nous séparent de Mary’s Harbor, mais nous devons y être avant 13 h. J’ai des écoles à visiter.

Et nous nous mettons en route… à la vitesse de l’éclair! Nous maintenons une vitesse de 6km/heure, ce qui est rapide pour les marcheurs que nous sommes. Nous réussissons à maintenir une cadence d’enfer tout au long de notre trajet. Nous sommes sans doute inspirés par le couvert brumeux qui nous enveloppe. Nous rencontrons plusieurs personnes, dont les travailleurs de transport Labrador-Newfoundland qui travaillent sur la route. D’ailleurs, vous devriez voir leurs expressions quand ils nous demandent vers où l’on se dirige comme ça et qu’on leur répond : « Goose Bay! »

Je me surprends en marchant si vite… je me trouve en forme et j’en remercie l’Au-delà! … et je dédie mes efforts de la journée à la nation anishnabe (algonquin). N’oubliez pas que nous vous visiterons l’hiver prochain. Le 18 février prochain, nous quitterons le territoire attikamek pour nous rendre en territoire anishnabe; nous partirons de Manawan, en passant par Kitigan Zibi (Maniwaki), jusqu’à Kitcisakik. Et l’automne prochain, de Kitcisakik vers Lac-Simon, Val-d’Or et l’Abitibi-Témiscamingue au complet. Je vous dis donc à cet hiver et à l’automne prochain où nous marcherons ensemble sur la terre de vos ancêtres.

… Perdu dans mes pensées, je me prends à rêver d’une caravane, d’un véhicule motorisé, d’un véhicule aux couleurs d’Innu Meshkenu qui nous suivraient et nous permettrait de pourvoir à nos repas, de faire mes cliniques de pieds à la chaleur et au sec, de pouvoir être hébergé loin de chez nous… Un camp de base ambulant, quoi! Rêvasser… Rêvasser…….Une terre fertile où germent les idées! Et c’est en rêvassant de la sorte que nous arrivons d’abord à Lodge Bay, et ensuite à Mary’s Harbor une heure à l’avance!

Je me dois de mentionner que c’est aujourd’hui l’anniversaire d’Éric Hervieux. Depuis 2 ans, il fête son anniversaire avec nous, sur la route! Je te souhaite donc une bonne fête et le meilleur pour toi, mon ami! … Éric devra se reposer un jour ou deux; il souffre d’une blessure à la cheville. Sophie marchera à sa place.

Je me rends à l’école de Mary’s Harbor. Je rencontre une centaine de jeunes de maternelle au secondaire 5. On nous accueille; ils sont contents de nous voir. Je suis touché de voir combien mon message de persévérance et d’encouragement semble atteindre ces jeunes… Je perçois l’impact dans leur regard. NE LAISSEZ JAMAIS TOMBER, POURSUIVRE LE RÊVE, LE RENDRE RÉEL… Les obstacles sont là pour nous rendre plus forts, meilleurs! Aux plus vieux, je parle beaucoup contre les liqueurs douces qui sont bourrées de sucre, des boissons énergétiques remplies de caféine, qui sont non recommandées voir nocives pour le développement des jeunes…. Et nous sommes tous partis à la marche ensemble.

Je me joins à mes compères et amis pour le souper. Ce soir au menu : MÉGA-IMMENSE HAMBURGERS! Nous dévorons tous avec appétit! Le bœuf est sûrement plus gros au Labrador! ILS SONT TELLEMENT ÉNORMES, CES HAMBURGERS! Et en plus, pour l’anniversaire d’Éric, un gâteau et crème glacée! J’ai tellement mangé j’en ai mal au ventre!

Nous nous retirerons bientôt pour la nuit… Un dernier message : Helena et Anastasia, nous nous attendons avec impatience.

22 Septembre 2012 – Jour 9 – Petits fruits et traces de loup!

Jour 9 - Petits fruits et traces de loup!

La nuit passée, nous avons dormi à l’Hôtel River Lodge, qui nous a gracieusement commandité leur salle de conférence et une chambre pour nous permettre de prendre une bonne douche ou un bain. Nous remercions l’administration de cette pensée. Malgré le confort, nous avons plus ou moins bien dormi. Nous étions tous incommodés par l’inconfort de nos estomacs trop pleins. Trop gros, ces hamburgers! Personnellement, j’ai tourné et retourné… j’étais sans postures… Je me suis levé pour marcher un peu… et devant moi, Line a eu la même idée! Je retourne me coucher quelques minutes plus tard. Je repousse le sac de vêtements qui faisait mine d’oreiller. Je retrouve mon petit oreiller de camping et je finis par m’endormir.

Nous nous levons à 6 h 30… Nous déjeunons… J’enfile encore ce matin un déjeuner labradorien de toasts au Nutella et chicoutés avec 2 bons cafés. J’en profite pour mettre mes courriels et messages à jour. Et nous partons pour notre périple journalier qui commencera 5 km plus loin grâce à la marche avec les jeunes hier. Éric ne marche pas aujourd’hui. Pas de marche pour lui. Sophie le remplacera. Nous marchons quelque temps. À 9 h : 45, Éric et Simon viennent me chercher; je dois donner une visioconférence sur Skype dans le cadre de l’Assemblée annuelle de l’organisation des villes et villages en santé. J’ai répondu aux questions que les gens avaient. Nous avons parlé de la nécessité d’un développement du Grand Nord, du Québec rural pour permettre des emplois intéressants pour la jeunesse autochtone qui est en grand manque d’avenir. Il y a un besoin d’un développement durable au niveau environnemental et social. Pour finir, j’ai eu droit à une ovation debout que je n’ai qu’entendue, mais qui fut quand même agréable.

Je retourne ensuite à la marche. Je rejoins tout le monde. J’avais laissé mon GPS et mon bâton de marche à Line, question de les garder en marche. Line souffre beaucoup du mal de pieds. Nous la déposons 5 km plus loin pour la laisser se reposer un peu. Nous rencontrons des gens qui ramassent des « graines rouges »… Je me laisse tenter et je vais moi aussi au champ, pour manger ces petites baies et quelques bleuets, les derniers de la saison. Durant le trajet, Sophie et Johanne ont aperçu des loutres jouer et s’amuser dans l’eau. Line, exténuée, fait un arrêt et s’endort dans un sous-bois. Étant donné que je me suis reposé durant la conférence, je décide de prolonger la marche; je marcherai une distance seul pour nous permettre d’avancer un peu et de gagner du temps.

J’aperçois des traces de loup… J’ai mon bâton de marche, mon courage et ma détermination pour les combattre! Les derniers 4 km sont très pénibles; j’ai beaucoup de douleurs à la plante des pieds et le bout des orteils me brule pour mourir! Je suis très content d’arriver à l’hôtel Alexi de Port-Hope qui nous offre gratuitement 3 chambres, et l’accès à la salle à manger. Nos remerciements aux gens de cet établissement, nous apprécions votre générosité!

Nous mangeons des fajitas et une mousse aux fraises gracieuseté de Simon. Merci aux chefs Simon et Sophie… et corvée de vaisselles pour tout le monde avant de rejoindre nos quartiers de nuit.

Aujourd’hui, nous avons marché 45 kilomètres… et nous sommes exténués. Néanmoins, nous sommes chaque jour plus près de notre objectif. Line est en congé demain, ordre du docteur!

Je dédie ma journée aux gens de Schefferville; pour vous, courage et espoir pour passer l’épreuve difficile qui vous afflige. Pour vous permettre de retrouver un sentiment de sécurité pour tout un chacun et ainsi avoir une communauté en santé, développée pour le mieux de tous ses habitants.

Aussi, je pense à vous, tous les Innus de Mammit… Et je pense à l’avenir des jeunes qui font face à de grands défis, pour qu’ils aient un avenir qui permet de rêver à des conditions meilleures et ainsi, d’apprécier la vie.

23 Septembre 2012 – Jour 10 – … Marchons sous la pluie!

Jour 10 - ... Marchons sous la pluie!

J’aimerais commencer cette journée en finissant de relater ma soirée d’hier. Après ma conversation téléphonique avec Ginette (notre blogueuse!), j’ai pris un bon bain chaud, question de relaxer mes muscles endoloris… et je me suis endormi dans le bain trois fois! Je tombais de fatigue! J’ai réussi, de peine et de misère, à me sortir de cette chaleur réconfortante, à saluer mon colocataire Éric, et je me suis endormi en touchant mon lit!

Nous nous levons à 6 h 30 et avons droit à un déjeuner gracieuseté de l’hôtel! En fait, c’est que la veille, nous devions prendre part à un « pot luck » offert par la communauté, mais un dégât d’eau a eu raison de cette activité. L’hôtel a décidé de compenser en nous offrant le déjeuner. Merci à vous, gens de l’Hôtel Alexi!

Et nous partons, sous la pluie, Line en moins… Elle est en congé aujourd’hui, ses chevilles sont enflées. Soudainement, un autobus plein d’Innus d’Unamen Shipu, de Pakuashipi, de Natashquan, d’Etkuantshit, et du Labrador en route vers Cartwright, s’arrête. Ils vont là-bas pour prendre part à une conférence sur le caribou. Ils sont à la fois surpris et heureux de nous voir, et sont étonnés que nous marchons sous la pluie. On nous dit que mardi, lorsque nous serons près de la jonction entre Cartwright et Goose Bay, qu’ils s’organiseraient pour venir marcher avec nous. Ça serait GÉNIAL! Et nous partons sous la pluie battante! Simon vient nous mener 38 km plus loin… et chance, il n’y pleut pas encore!

Nous marchons sans pluie environ 2 heures…. par la suite, l’orage se met de la partie et ne nous laisse aucun répit jusqu’à la fin! Des averses diluviennes, intenses et soutenues compliquent notre marche. Marcher sous de telles conditions demande plus d’efforts et de concentration….. Et ma s’amorce ma réflexion…..

Je dédie ma journée et mes efforts aux Labradoriens, ces gens de cœur qui nous ont toujours accueillis avec chaleur et amitié, peu importe où nous étions. Aussi, salutations aux Terre-Neuviens.

Aussi, je dédie ma journée et mes prières à ma marraine, Madeleine Picard, qui est en attente d’un transfert à Québec, pour une chirurgie. Je sais que ça ira bien et j’espère que quelqu’un pourra lui transmettre mon message. Je pense aussi à feu ma mère, qui me manque en ce moment même, je crois bien qu’elle serait fière de voir ce que fait de son fiston… Tout comme mon grand-père et ma grand-mère.

Nous devons nous motiver à braver cette pluie; les arrêts sont rares, car la température complique les choses. Nous mangeons à mesure en marchant. À  kilomètres de la fin, Simon vient s’enquérir de notre situation. Nous lui disons que, même détrempés, nous finirons notre trajet quotidien.

Nous revenons à Port Hope à 4 h 15… À l’entrée du village, nous apercevons un aigle, immense et majestueux, perché à la cime d’un arbre. Un beau cadeau. Nous avons la visite de Philippe et Romain de Goose Bay; ils nous offrent de délicieux chocolats. Merci pour ces douceurs après une dure journée de pluie. Nous allons nous reposer à l’hôtel où nous attendons avec impatience l’arrivée d’Anastasia.

Donc, ce soir grands préparatifs pré-forêt; séchage d’équipement et de chaussures, lavage de vêtements, et grand repos! Dernier dodo dans la chaleur et les lits douillets. À partir de demain, nous coucherons en forêt! Merci et au revoir Port Hope!

24 Septembre 2012 – Jour 11 – … Marcher là où aucun homme n’a marché auparavant!

Jour 11 - … Marcher là où aucun homme n’a marché auparavant!

C’est devant la tente, en regardant le coucher du soleil, que je partage, avec vous tous, notre journée. Nous entreprenons aujourd’hui la portion la plus isolée de notre périple; aucun signe de civilisation pour les prochains 380 kilomètres à venir! Ce soir, notre campement est monté à 91 kilomètres de Port Hope. Une grande tente, des tentes 4 places, 3 places et une place. Au moment où je parle, Simon et Sophie préparent le souper : soupe et bœuf aux légumes.

Ce matin, le lever a eu lieu à 6 h 30. Nous nous sommes tous retrouvés dans la salle à manger de l’Hôtel Alexi. Nous déjeunons en compagnie de notre nouvelle marcheuse, Anastasia (Nastash en innu) et son conjoint Dave. Après déjeuner, Dave conduit Johanne et Éric au kilomètre 38 d’où ils amorcent le trajet d’aujourd’hui. Pendant ce temps, je me rends, accompagné de Line et Nastash, visiter les élèves de l’école de Port Hope. Comme il est de coutume, je les rencontre par groupe-niveau. Les plus jeunes sont toujours émerveillés! Avec eux, ma créativité est sans bornes. Je leur raconte les raisons qui motivent mon périple… je leur dis que mon bâton de marche est investi de pouvoirs magiques qui transmettent la motivation et la persévérance et que l’on a besoin de ces éléments pour réaliser ses rêves les plus chers. Je rencontre aussi les autres des autres groupes; je leur parle aussi de motivation, de rêves à nourrir et de ce qui empêche ces rêves de se réaliser. Et nous allons tous marcher un kilomètre ensemble avant de nous dire au revoir.

Je rejoins ensuite mes routards et nous nous séparons pour marcher en petits groupes. Je veux aujourd’hui dédier ma journée et mes efforts à la nation crie que nous visiterons en 2015. Ce sera un plaisir et un grand privilège de marcher votre territoire.

Je dédie aussi ma journée aux gens de Natuashish; pour vous, courage et persévérance en ces temps difficiles. Je souhaite des temps meilleurs pour tous, en particulier aux jeunes qui y vivent de grandes difficultés.

Une troisième dédicace; à la gentillesse de Mme. Sheryl Rumbolt pour la raison suivante : dû à des problèmes de poste, une de nos tentes est arrivée avec du retard à Mary’s Harbor. C’est grâce à Mme. Sheryl Rumbold, et à sa nièce Nikita, que nous avons pu la récupérée. Mme. Rumbold a généreusement fait 350 kilomètres aller-retour pour venir nous l’apporter. MERCI! MERCI! De tout cœur cette dame pour sa grande générosité!

Pour nous, aujourd’hui, la nature revêt ses plus beaux atouts; les couleurs sont extraordinaires, les couleurs d’automne de sa robe sont illuminées par le soleil radieux. Sous ce ciel bleu, la brise nous caresse le visage et rend notre parcours agréable. Même la route, habituellement réfractaire aux marcheurs, est aujourd’hui moins rocailleuse qu’à l’habitude. Et je marche en priant….. Je vois mon ombre qui me suit par terre… et je suis en Espagne… pour quelques minutes à Compostelle!

Nous avons le plaisir de rencontrer deux touristes suisses en visite au Labrador. Il s’agit de Markus et son épouse Christina qui ont entendu parler de notre randonnée. Ils sont ravis de faire notre rencontre et offrent toute leur énergie. Je suis agréablement surpris et heureux de leur parler. Un clin d’œil à ces deux personnes.

Nous finissons notre randonnée 38 kilomètres plus loin à 16 h 30. Malgré la douceur du beau temps, nous sommes éreintés. Le baptême de marche de Nastash a été difficile. Je lui souhaite un bon repos. Nous nous mettrons au lit tôt… 38 kilomètres nous attendent demain.

25 Septembre 2012 – Jour 12 – « November Rain »

À 20 h 30, nous étions tous au lit… Toutefois, le sommeil fut difficile à venir. Nos chaussures humides, les traces de moisissure sur la tente dégageant une odeur absolument insoutenable! Des effluves fétides avoisinant celle d’un fromage fort flottent dans la tente. Mais la fatigue en a raison à la longue!

Le lever a lieu à 6 h 30. Nous sommes réveillés par le bruit des gouttes de pluie sur le canevas de la tente… Mince alors! Nous nous préparons à déjeuner en espérant que la pluie n’augmente pas. Le déjeuner que Sophie a préparé n’a rien à envier aux grands restaurants; crêpes et coulis aux pommes caramélisées! … Quand même! Suite à ce délice, nous décidons de nous mettre en route, malgré les averses soutenues.

Simon nous conduit à 14.5 kilomètres en direction de notre camp actuel; le plan est d’y revenir, d’y dîner. Nous arrivons donc autour de 11 h 30. Aujourd’hui, la température est à l’inverse d’hier. Les aléas de l’automne… une journée estivale, de soleil, de chaleur et des lendemains post automnaux empreints de pluie maussade, de froid et d’humidité!… « Pluie de novembre »! Pour dîner, reste de banique, de veille, et préparation de thon.

Nous retournons à la marche vers midi 15 minutes. Line, qui récupère de ses blessures, et Nastash, qui est en entrainement, commenceront à 14 km plus loin que nous. Johane, Éric et moi marchons en maintenant une vitesse de 5 à 6 km l’heure. Un rythme infernal, nous avons hâte d’avoir fini. Nous rencontrons Hollis et sa conjointe, de Goose Bay. Ils ont entendu sur CBC radio que nous étions en route tout comme Margaret, Abe et leurs acolytes! On nous encourage chaleureusement!

Nous sommes à 8 km de l’embranchement……… (Et je perds le signal téléphonique.)

(2e appel)

À 16 heures, nous arrivons au camp. Éric et moi terminons les derniers 400 mètres à la course. Nous devons nous faire sécher nos vêtements et chaussures, nous laver les pieds (question d’éviter les infections!) Johane a une énorme ampoule au pied gauche, que je devrai soigner!

Line et moi faisons ensuite de la banique pour accompagner la soupe, les « ribs » et les patates du souper cuisiner par Simon…. un dessert : des guimauves sur le feu de camp pour se sucrer le bec!

Mère Nature récompense nos efforts de la journée en nous offrant un coucher de soleil teinté de brume qui montait de la forêt!

J’ai pensé aujourd’hui au peuple micmac à qui je dédie ma journée pluvieuse. N’oubliez pas que je marcherai votre territoire à l’été 2013.

Demain, nous marcherons en deux groupes; Nastash et Line marcheront 24 km, et Johanne, Éric et moi marcherons 40 km. Nous aurons probablement de la compagnie pour marcher; les Innus en réunion à Cartwright devraient venir nous rejoindre pour un bout du trajet. Ça serait génial!!

UN MESSAGE AUX GENS DE GOOSE BAY SE DIRIGEANT VERS CARTWRIGHT OU PORT HOPE :

Si c’est possible, un bon café de chez Tim Horton serait si bon et TELLEMENT APRÉCIÉ!

P.-S. Nous cherchons les lignes pointillées indiquant le changement de fuseau horaire, heure de Goose Bay. Nous devons changer d’heure demain à un certain moment donné et nous n’avons aucune idée où cela doit se faire!!

26 Septembre 2012 – Jour 13 – Marcher dans mon rêve

Hier soir à 8 h : 30, tout le monde était au lit… épuisé, vidé. Nous étions au sec et donc confortables. J’ai finalement trouvé la position et le confort qui me manquait pour dormir convenablement. Un gros oreiller improvisé, une doudoune que j’ai bourrée de vêtements fera l’affaire. Le sommeil fut réparateur, car ce matin à 6 h 30, nous étions prêts à nous lever. Toutefois, sortir de nos sacs de couchage par une température froide n’est pas une mince affaire!

Un vent du nord-est, un « tshiuetin » mordant qui nous taquine et nous amène du temps beau et froid. Après avoir pris une photo de groupe, nous partons tous… 6 km plus loin, je me rends compte que j’ai perdu mon GPS. Je rebrousse chemin, en quête de celui-ci. En route, je rencontre deux ours, qui aussi étonnés que moi, partent en courant! J’appelle Jean-Charles qui me dit que mon GPS fonctionne et, qu’en fait, je n’ai pas bougé! Je l’ai retrouvé où nous avons pris la photo!

En marchant, je remercie la Providence pour la beauté du paysage, pour le beau temps, même froid et venteux. Je rencontre en chemin des gens de Pakuashipi, le nouveau Chef Mestanapeo et ses compères, qui sont à la chasse à la perdrix.

Je continue ma route, seul… quand j’aperçois au loin… ENCORE UN OURS! Il ne m’a pas flairé, car j’ai le vent de face! Je continue d’avancer en me disant que tout va bien, aussi brave que je sois! Je continue ma route, armé de mon bâton de marche. À 500 pieds, l’ours m’aperçoit et j’ai à peine le temps de le prendre en photo qu’il détale à travers bois. Je me sens protégé!

Je fais plusieurs rencontres aujourd’hui sur la route; Margaret, Abe et sa mère, et aussi le propriétaire du Restaurant Midway Coop de Goose Bay et sa femme Judy, qui me disent tous avoir entendu l’entrevue à la radio. Ils sont heureux de nous rencontrer comme plusieurs autres.

Je retourne retrouver mes routards. Il vente très fort et le vent nous pousse, et en braves que nous sommes, nous le bravons. Avec mon bandeau, mes longs cheveux, j’ai l’allure d’Axel Rose, chanteur de Guns and Roses, sauf que moi, je fais danser les ours!

Grands remerciements à Dave et Georges pour l’essence et la nourriture et Mme. Mélita Paw, de l’Association métisse Nunatakavut qui nous a apporté encore de la nourriture, du café et des muffins. Des douceurs bien méritées pour les 42 kilomètres marchés aujourd’hui.

Je dédie ma journée à tous les professionnels de la santé, allophones comme autochtones, et à l’Association des médecins indigènes du Canada, dont je fais partie. Cette association comprend 250 médecins autochtones qui se préparent à aller rencontrer d’autres médecins autochtones en Australie, dans les Outbacks. J’aurais pu me joindre à eux, mais j’ai préféré avancer mon périple. Dans deux ans, j’irai et j’y présenterai mon projet, en lien avec les visées de cette association.

J’ai aussi une pensée pour les gens de Natuashish qui sont affligés. J’ai hâte de vous voir, faire une visite avec « Giant », Michael « Giant » Andrew. Ça serait de réaliser un rêve et un honneur réel de marcher avec Giant, de fouler leur territoire avec lui et ainsi montrer que l’on peut marcher tous ensemble, dans un même but, en frères.

Il y a quatre ans, mon projet naissait; dans mon rêve, je marchais le Labrador…. aujourd’hui, je marche mon rêve… qui est devenu réalité, à force de persévérance et de détermination.

27 Septembre 2012 – Jour 14 – Les humeurs de mère Nature

Hier, nous avons eu la visite de Bastien, un ainé de Sheshatshiut, accompagné d’un autre Bastien. Il venait nous saluer. Aussi, Bruce et Jr. de Anse-aux-Loups sont venus s’informer du projet et nous encourager. De plus, j’aimerais féliciter le nouveau grand Chef d’Innu Nation, Prote Poker, ainsi que le vice-Grand Chef, Jeremy Andrew.

Nous avons tous mal dormi. Le vent et la pluie ont fait des siennes toute la nuit. Il ventait si fort que nous avons bien cru que les tentes allaient s’envoler. Finalement, nous avons fini par nous endormir… à force de fatigue. S’endormir….. Rêver… Oui, rêvez, mais pas de beaux rêves. Des rêves stressants, angoissants même. Je rêve de ma Chloé, ma fille. Elle pleure, elle m’appelle… J’ai hâte de la voir, de voir mes enfants. Et je me réveille fatigué et bouleversé, tout croche. Le vent est si fort, et plus tard la pluie prend la relève.

Nous déjeunons, toasts, des grille-cheeses, du café Tim Horton de la veille (qui est délicieux réchauffé!). Il pleut…. et nous nous préparons à partir. Nous partons… Tout près du panneau indicateur qui marque « Goose Bay 287 km. » Il pleut et nous marchons dans ce déluge. Quand nous arrivons au camp, nous sommes tout détrempés. Je dois torde mes bas, mes chaussures sont mouillées à l’extrême. Mes semelles sèchent tellement près du feu que celle de droite a fondu. Fini le confort de ces chaussures; après ce trajet, elles seront bonnes pour les poubelles! À force de pluie, elles deviennent raides et ont rétréci. D’ailleurs, mes pieds commencent à avoir de la misère; j’ai des blessures et des ampoules aux orteils et sur les côtés.

Après une soupe et un petit dîner, la pluie a cessé. Nous retournons donc à notre marche. Mes pieds me font mal; c’est atroce. Heureusement que j’ai mon bâton de marche pour m’appuyer. La journée est très dure.

Je dédie ma journée au peuple inuit, ici au Québec, et partout au Canada. Je les visiterai en 2016. Un clin d’œil à ma sœur et mon beau-frère, et à leurs enfants. Aussi, je pense à tous les enfants malades, à St-Justine et au CHUL.

Nous arrivons au camp à 16 h. La première des choses à faire, tremper nos pieds! Nous préparons ensuite le souper : Banique (commencé par moi, fini par Line!) de la perdrix fraiche, un gratin de légume et de la morue salée gracieuseté de Mélita Paw, et des brownies.

La journée fut éreintante. Nous sommes fourbus. Après la vaisselle, nous irons certainement tous au lit. Demain, selon la température, nous marcherons de 35 à 38 kilomètres.

28 Septembre 2012 – Jour 15 – Quand tout arrache, quand tout se déchaine

… Encore une nuit mouvementée. Au lit dès 9 heures, nous pensions bien pouvoir dormir tranquilles. Toutefois, durant la nuit le vent a repris de plus belle… Un vent effréné, tant et si bien qu’à un certain moment, j’ai bien cru que les tentes allaient lever de terre! Heureusement que notre camp était bien ancré. Mon sommeil est néanmoins sérieusement affecté… par le vent, bien sûr, mais aussi par la douleur. Ma hanche me fait souffrir… de plus en plus. J’ai des problèmes à trouver une bonne position pour dormir. Mes pieds aussi sont une source de douleur.

Nous nous levons à 6 heures; le déjeuner se compose de toasts, et de chicoutés que Sœur Docteur Power de West St-Modest nous a apportés. Nous la remercions d’ailleurs encore pour cette source d’énergie sans pareil. Après avoir mangé, nous démontons le camp, dans la misère éolienne. Les tentes veulent s’envoler!

Je dois préparer mes pieds avant de partir. Je dois rappeler qu’à présent, il me manque une semelle. Je dois donc pallier à ceci. Nous entamons la journée de marche avec une pluie fine et constante et un vent de face qui, une fois mélangé, nous rende la vie difficile. Il fait froid et, par moment, nous nous demandons si cette pluie ne changera pas en neige. Décidément, Éole aurait besoin de Ritalin!

Nous décidons de nous séparer en 3 groupes : Éric et Johanne loin devant, moi au centre, et Nastash et Line derrière. J’ai beaucoup de misère due au vent et la pluie, et à mes maux. Une chanson me vient en tête; je sors donc mon iPod… « Lightning Crashes »… qui me ramène derrière….. dans les périodes les plus sombres de ma vie, ces périodes durant lesquelles on perd tout espoir, toute lumière. Malgré mes « noirceurs », je devais me rendre en Nouvelle-Zélande, à Rotorua, pour assister à un congrès en tant que conférencier. Mon ami, Barry Lavallée, me trouvait vraiment mauvaise mine. Il me dit qu’en tant que coureur que je suis, je devais aller faire une course d’une vingtaine de minutes. Les sources d’eau naturelle, les odeurs de soufre émanant de cette ile volcanique m’énergisent tellement que j’ai couru vite, si vite que je me sentais au-dessus de moi-même! Et soudainement, je trouve la force enfouie en moi; je me dis que j’allais me sortir de ce marasme. Je me sentais ragaillardi, un moment unique de renaissance. Et à ce moment-là, j’ai su que je devais faire Compostelle. Mon processus de guérison fut long et ardu. Tout ceci pour vous dire que, même si certains moments de la vie semblent sans issues, il y a la lumière qui apparaît en fin de compte, comme le soleil qui se lève sur la nuit.

Et je me rends compte que j’ai une énergie transcendante et soutenue qui me maintient un bon bout.

Je dédie ma journée à la nation mohawk et à toutes les nations iroquoisiennes. Nous nous verrons en 2015. Je dédie aussi à tous mes amis de Baie-Comeau, de Chicoutimi, de Québec, Montréal et partout dans le monde…. et bonjour Isa et Louis!

Je rencontre des gens de Port Hope qui nous disent que la visite que j’ai faite à leurs enfants à l’école a laissé une impression formidable. Ce témoignage est un baume pour moi. Johanne et Éric réussissent à marcher 40 km. Pendant ce temps, j’en arrache, mais je ne lâcherai pas; c’est pour moi important pour mon moral, pour mon engagement et ma motivation.

De la visite pour souper : Héléna, à qui nous souhaitons la bienvenue, est arrivée accompagnée de son père et du frère de Nastash, ainsi que Dave et Georges.

« N’oubliez pas que personne n’est à l’abri de la dépression, de maladies mentales. Il faut savoir se relever; reconnaître que dans le plus grand des froids et des noirceurs, il faut espérer… le soleil finira pas se lever. Les plus grands hommes et les plus grandes femmes sont ceux qui ont su se relever. IL NE FAUT JAMAIS PERDRE ESPOIR. »

29 Septembre 2012 – Jour 16 – L’homme des cavernes!

Hier soir, alors que nous nous souhaitions bonne nuit, une lune toute pleine nous épiait. Une pleine lune… fin septembre… Hummm! Et évidemment, il a fait très froid cette nuit. Oui! La température a dû baisser autour de -2 ou -3. Tellement froid qu’au réveil dans la tente, c’était humide et plein de frimas; tout près, le petit ruisseau est gelé! Nous nous hâtons de faire un feu pour nous réchauffer, pour enlever l’humidité et pour déjeuner tous ensemble. Nous mangeons des toasts « style innu », des chicoutés et en prime, des airelles ou graines rouges, un mélange labrador! Je picoche ces petits fruits comme le ferait une perdrix.

Nous partons à 8 h. Après une photo de groupe, nouvelle participante oblige, nous nos divisons en petits groupes : Johane et Éric, Line et moi et ensuite, Nastash et Helena. Le temps se réchauffe lentement au fur et à mesure du temps qui avance. Line va bien; elle marchera aujourd’hui 32 km.

Pour ma part, je souffre le calvaire! Mon pied droit me fait terriblement souffrir à chaque pas marché; une grosse ampoule sous le talon, mon petit orteil chauffe et là, je crains l’infection. J’ai aussi une ampoule sous le gros orteil dû au fait que je n’ai plus de semelles dans mes chaussures. Ça me fait très mal; JE PRIE ET JE PENSE… Je pensais à finir mon périple en béquilles tellement mon pied droit me fait souffrir! ATROCE! Je finis la route matinale de peine et de misère. Pendant que Sophie prépare notre dîner, j’en profite pour prendre un bain « d’un pied »; je dois traiter mes ampoules et faire en sorte que l’infection n’atteigne pas mon petit orteil. Je crève les ampoules et je prends soin de les désinfecter minutieusement et je les panse 3 fois plutôt qu’une. Je crains l’infection au petit orteil. Il me fait très mal. Je dois prendre une dose d’ibuprophène et de tylénol en prévention. Je peux enfin manger.

Nastash et Helena arrivent en compagnie d’une amie de Sheshatshiu, Germaine, et leurs enfants. Germaine est venue d’Edmonton pour venir l’encourager. Une marque d’amitié authentique, touchante et pure.

Nous repartons marcher….. Mes médicaments font effet! La douleur est partie; les soins prodigués jumelés aux médicaments ont eu l’effet escompté! Nous reprenons notre vitesse de croisière de 5 à 6 km/h. Cet après-midi, il fait si beau que nous marchons en T-shirt. Nous rencontrons plusieurs voyageurs, plusieurs véhicules sur la route. On nous klaxonne, on nous envoie la main!

Nous arrivons au camp; et Simon et Sophie préparent un ragout! Ça sent tellement bon! Je suis mon cours de banique 101 sous la supervision du prof Line! Et je la réussis! Nous soupons tous ensemble, le repas est délicieux!

Après le repas, je me permets un luxe; je lave mes bas et mes dessous et, à bien y penser, ce n’est pas du tout UN LUXE!!! Je dois avouer que mon odeur est insoutenable et j’ai désespérément besoin d’un bon bain! J’EN RÊVE!! Avec mes cheveux sales, ma barbe longue, j’ai l’air d’un homme des cavernes! J’AI HÂTE AU BAIN! J’ai l’air d’un gars qui sort du bois…. MAIS JE SUIS UN GARS QUI SORT DU BOIS!!

Je dédie ma journée à la Nation wendate (huron) où j’ai habité de 77 à 82. Je pense à mes amis d’antan, à Dave Lainée, Pascal Lainée, Bruno Picard, Michel Picard, Yves Savard, Yves Sioui, et…… Confiture!! Que J’aimerais revoir ces amis que je n’ai pas vus depuis fort longtemps! Salutations à tous!

Une invitation aux gens de Sheshatshiut :

J’invite en grand nombre tous les gens de Sheshatshiut à venir marcher avec nous, jeudi prochain, pour faire ensemble les derniers kilomètres qui séparent Goose Bay et Sheshatshiut. Votre énergie contagieuse nous transporterait sûrement et rendrait plus facile ce dernier trajet.

Vous pouvez aussi participer en faisant un don à l’organisation Innu Meshkenu en nous téléphonant pour prendre des arrangements en ce sens; vous pouvez trouver notre numéro de téléphone dans notre site web. Ces dons permettent à la marche Innu Meshkenu de pouvoir se poursuivre et pour soutenir les marcheurs qui y participent. Merci à tous et à jeudi!

30 Septembre 2012 – Jour 17 – Quand un jour radieux terminé par une mauvaise nouvelle

Hier au coucher, le ciel était parsemé d’étoiles brillantes. La nuit fut très froide, il a dû faire – 3 Celsius. Il faut garder en tête que nos tentes ne sont pas chauffées. Donc, on y pense deux fois lorsque la nature appelle. C’est ce qui m’est arrivé autour d’une heure du matin… La nature appelle! J’ai dû m’extirpé de mon sac de couchage tout chaud pour……. enfin je vous épargne les détails. Sauf qu’une fois dehors, les bruits de la forêt m’ont envoûté; le chant des huards, les loups qui hurlent, les hiboux…. Je suis resté pour les écouter un moment avant de retourner au lit.

Le levé a lieu à 5 h 30, on déjeune d’un déjeuner labradorien (toasts, chicoutés, airelles). Nous avons ensuite démonté le camp. Nous coucherons ailleurs ce soir. Une fois tout ramassés, nous partons pour un 35 km. Les filles de Sheshatshiu marcheront 29 km. Après la photo de groupe, nous amorçons notre trajet. La matinée est belle; le ciel bleu et le beau soleil sont de la partie et la journée est radieuse… et se réchauffe très vite. La température monte certainement jusqu’à 16 ou 17 degrés Celsius. Avant de partir, je dois soigner mes pieds et, mauvaise nouvelle, mon petit orteil est infecté. Je dois commencer les antibiotiques au plus vite. Je prends donc ce qu’il me reste en médicaments en plus de l’ibuprofène et du tylénol. Je souhaite que ça fonctionne.

Je marche…. mais la nature appelle! Quand je reviens à la marche, un message est écrit sur la route : « Lâches pas! » Et je marche seul pour un bon bout. Je dédie ma journée au peuple malécite dont j’ai rencontré la chef qui m’a dit qu’elle marcherait avec nous lors de notre marche chez les Micmacs… et je pense aux gens de Natuashish, à leur problématique et j’en déduis que…

Les gens en santé

font

une communauté en santé

qui optimise

leur plein potentiel

qui rend

le monde meilleur à tous les niveaux!

De cette manière, en travaillant tous dans un même sens, tout le monde se porte que mieux.

Simon a mis des marqueurs à 29 km et un autre à 34 km. La route est sale et poussiéreuse… moi aussi, d’ailleurs! Et je marche en espérant ces marqueurs… et je marche… Je trouve que la route est longue pas à peu près! Je rencontre des gens sur la route, dont Alex Andrew, son épouse et ses enfants. Il me salue et prend des photos. Il me dit qu’il y a plein de monde au camp qui nous attend dont « Giant », qui demain, marchera avec nous! Je continue ma route en quête du fichu marqueur! Où est-il donc!?? Je continue à marcher, mais mon corps commence à protester. Je rencontre Simon qui me dit que j’ai largement dépassé l’objectif… de 8 km en fait! Je me suis rendu à 44 km! Je peux maintenant m’arrêter pour la journée!

Une fois au camp de la rivière Kenamu, une vingtaine de personnes nous attendent avec un festin de roi : Caribou, saumon, et toute une variété de bonnes choses!! Merci à vous, gens de Sheshatshiu! C’était savoureux!

Demain, un 30 kilomètres nous attend… Nous marcherons avec « Giant »… La route sera belle!

Dernière minute :

Je viens d’apprendre une nouvelle qui m’attriste profondément; ma marraine Madeleine Picard est décédée. Je suis bouleversé.