#5 - DE PAKUASHIPI À UNAMEN SHIPU

DATE DU DÉPART : 4 AU 24 MARS 2011

LIEU DE DÉPART : PAKUASHIPI

LIEU D'ARRIVÉ : UNAMEN SHIPU

DISTANCE: 440 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 1060 KM

Lire le journal de cette étape

1 Mars 2012 – JOUR 10 – DIRECTION MANAWAN!

Tout le monde a bien dormi! Nous avons tous troqué la tente et le sac de couchage pour un bon lit douillet et confortable dans les hôtels, auberges et les familles de Wemotaci que l’on remercie de tout cœur!

Nous nous sommes donné rendez-vous au restaurant Kwatuor pour le déjeuner pour ensuite aller rassembler nos bagages pour entreprendre la prochaine étape. Tout le monde est fébrile! Je dois faire une clinique de pieds avant de partir, question de m’assurer que mes blessés sont en mesure de suivre.

Nous accueillons 9 nouveaux marcheurs qui remplacent les 7 qui doivent s’arrêter pour multiples raisons. C’est avec honneur et bonheur que nous accueillons la grande Chef Eva Ottawa dans notre belle famille! Mme. Ottawa a décidé de venir partager notre souffrance en traversant, à la manière de ses ancêtres, le territoire atikamek.

Le trajet prévu pour aujourd’hui en est un de 23 kilomètres en direction du barrage C à la jonction de la rivière Manawan. Nous coucherons ce soir au camp de la famille Petiquay. C’est donc sous un tonnerre d’applaudissements que nous entreprenons notre marche.

Les marcheurs trouvent le trajet difficile; les anciens dû en partie à la fatigue accumulée, les nouveaux par manque d’adaptation. Il faut avouer que la route n’est pas de tout repos. Plusieurs côtes sont ardues. Entre les kilomètres 9 et 13, je dois moi-même me parler et faire face à des remises en question qui sont toutefois momentanées. Je dois montrer l’exemple, je suis le leader. Ainsi, je m’encourage et rapidement, je vais mieux. L’espoir renait.

Les nouveaux marcheurs trouvent la journée éreintante physiquement comme moralement; ils ne sentent pas encore la complicité et le lien tissé entre nous qui faisons partie de cette aventure depuis le début. Je crois bien qu’au fil du jour, ils sentiront cet esprit d’équipe, ce sentiment de fraternité qui nous unit et qui nous permet de puiser la force des uns, des autres. Un sentiment qui nous fait avancer, qui nous force à nous dépasser.

Nous arrivons enfin à notre destination du jour; le camp de la famille Petiquay. Nous sommes attendus avec chaleur. La neige était tapée et le bois coupé. Ils nous ont aidés à monter les tentes. Nous serons logés ce soir dans 4 chalets chauffés et préparés pour nous. Kitci Mikwetc à la famille Petiquay, tous vos efforts sont appréciés du fond du cœur!

Le festin auquel nous avons droit est composé de : utei shapu (ragout de cœur d’orignal), d’amishk (castor), de poulet et galette à la sauce de bleuet. Repas délicieux et tout à fait bienvenu de tous!

Je soigne des pieds et la grippe de Léopold qui fait de la fièvre et qui devra prendre un congé pour se reposer. Nous nous retirons pour la nuit, complètement épuisés. Certains d’entre nous, qui avons décidé de coucher sous la tente malgré les commodités des chalets, ont senti des présences durant la nuit. Nous avons fait une prière pour tranquilliser les esprits, remettre la paix et l’équilibre!

Un message à la communauté innue de Pessamit : Guy « Vachon Awashish » Bacon, personnage très populaire auprès des Attikameks, est en grande forme et va terminer le trajet à Manawan. Aussi, Éric Hervieux est toujours dans les premiers à arriver à la destination du jour. La communauté innue est très bien représentée.

2 MARS 2012 – JOUR 11 – IMMENSITÉ BLANCHE…

À 5 heures ce matin, nous sommes réveillés par l’ainé William Awashish. Déjeuner, rassemblage des bagages, nous sommes prêts à nous mettre en route à 7 h : 15. Nous traverserons le Lac Châteauvert que les pisteurs ont vérifié hier. Ainsi, nous éviterons un 34 km en pleine forêt. Après une prière, nous quittons donc en direction du Camp Ulric Ottawa, sans oublier de remercier chaleureusement la famille Petiquay pour l’accueil incroyable! Kitci Mikwetc de tout cœur.

Le lac… Une immensité blanche à perte de vue! Nous nous engageons donc sur cette gigantesque étendue d’une blancheur aveuglante. La marche est éprouvante; les marcheurs, les uns derrière les autres, me donnent l’impression d’un troupeau de caribous dans la toundra nordique. Nous avançons d’un pas lent, mais sûr. C’est un paysage déconcertant voir… décourageant! Nous avançons, mais le lac est si vaste que nous avons l’impression d’être perdu dans le milieu de nulle part… et nous avançons… Certains marcheurs abandonnent leurs traineaux; j’en ramasse 2 près de moi et les traines sur 20 kilomètres avant qu’ils soient récupérés par les « roadrunners ».

La route est tantôt facile… Tantôt difficile; quelques fois, la route est enneigée et l’on doit garder nos raquettes. Quelques fois, c’est la glace et nous devons retirer nos raquettes. Ainsi, nous perdons beaucoup de temps.

La majorité des marcheurs réussissent à traverser le lac. Je suis étonné par tant d’effort surhumain et de détermination. Mathieu Robert, un marathonien, peut témoigner de la difficulté du trajet. Il a trouvé l’effort très éprouvant. Les premiers arrivent 14 heures et les derniers vers 17 heures. Une bonne soupe aux légumes chaude nous est servie à notre arrivée au Relais Châteauvert. On se réunit et l’on se félicite du beau travail d’équipe, de nos victoires individuelles qui forment un tout plus grand que nature! Plusieurs personnes se sont dépassé dont Guy Bacon qui marchait résolument et sans arrêt, en tirant son traineau et en disant qu’il ne lâcherait pas et irait jusqu’au bout. De l’endurance et de la persévérance à l’état brut!

On doit toutefois demander aux gens de démontrer ouverture d’esprit et indulgence. La chimie de groupe est souvent mise à l’épreuve pas un manque de ces deux éléments. On doit souvent faire le point et ainsi refaire cette chimie. On souligne encore que les nouveaux marcheurs font partie intégrante de la famille.

Une note de tristesse : nous aimerions souhaiter nos plus sincères condoléances à la famille Geoffrey Niquay, frère de Mikisa Niquay qui marche avec nous, pour la perte de leur fils naissant. Les marcheurs pensent à vous et vous gardent dans leurs prières. Nos forces, notre énergie, notre souffrance vont vers vous.

Hier, j’ai fait une offrande de tabac au chemin, tabac offert par Pierre-Paul Niquay qui se disait si triste de cette perte. Sachez que nous sommes avec vous.

3 MARS 2012 – JOUR 12 – MUSIQUE…. ET BANIQUE!

Nous avons été réveillés ce matin par le bonjour de Sonia Dubé et l’ainé William Ottawa. Nous étions invités à déjeuner tous ensemble au chalet principal par les propriétaires de la Pourvoirie Châteauvert, Jason et Annie qui nous avait préparé le déjeuner. Au menu : gruau, œufs, bacon, patates et café. Nous avons ensuite rassemblé nos affaires. À 9 heures avant de partir, nous nous sommes rassemblés pour la prière et pour rappeler à tous que l’esprit d’équipe est le gage de notre réussite.

Il neige… Un petit 5 centimètres tombe, la piste n’est pas battue et le trajet est ne manque pas sans effort. Durant la marche, j’ai en tête 2 chansons : l’une, « E uissuan » de Kashtin et l’autre, « Live Today Like it Was the Last Day » de Nickelback :

Going against the grain be a way of life

What’s worth the price is always worth the fight

Every second counts cause there’s no second try

So live it like you’re never living twice

Don’t take the free ride in your whole life”

Traduction :

(que vivre à contre-sens soit le style de vie

Que ce qui vaut le prix en vaille la bataille

Chaque seconde compte, car il n’y a pas de deuxième essai

Alors, vis ta vie à fond, il n’y en a qu’une

Ne prends pas de raccourci, profites-en à fond)

Ces chansons me donnent le courage de continuer, sans broncher… Elles sont pour moi énergisantes!

Les premiers arrivants au camp d’Ulric Ottawa sont Éric, Jean-Paul et Daven comme de coutume! Toutefois, tout le monde est au bercail à 15 heures. La grande chef Eva Ottawa est admirable dans la difficulté que demande ce trajet.

Le camp compte un chalet principal et 3 plus petits. Nous devrons monter 6 tentes pour nous loger tous. Nous tenons notre réunion journalière pour nous féliciter de nos victoires et resserrer les liens qui nous unissent. Depuis notre départ de Wemotaci, les gens de la communauté nous ont suivis et nous ont aidés à transporter notre bagage. Depuis notre départ de Wemotaci, Eugène Petiquay nous suit assidûment avec sa tente et nous aide à notre montage. Nous avons décidé de l’adopter! J’aimerais les remercier chaleureusement! Aussi, des gens de la communauté de Manawan sont venus prêter main-forte. À tous, Kitci Mikwetc!

Voici les messages :

À la famille de Catherine Petiquay, sachez qu’elle se porte bien.

La page Facebook d’Éric Petiquay contient environ 800 photos où l’on peut apercevoir entre autres l’ainé William Awashish.

À TOUTES LES ÂMES GÉNÉREUSES DE MANAWAN :    Nous arrivons demain au camp Jo Ottawa. Je me demandais s’il était possible que quelques-uns d’entre vous aident au montage du camp entre midi et 16 heures. C’est tellement apprécié d’arriver à un camp prêt à nous recevoir! Aussi, nous aimerions bien recevoir des chips, du chocolat et de la banique! Nous allons en manquer!

Bonne nuit à vous tous! Gardez-nous dans vos prières!

4 MARS 2012 – JOUR 13 – FIN DU PÉRIPLE EN VUE!

J’ai partagé la tente de l’ainé… et il se lève très tôt! Donc, à 5 heures nous étions prêts à déjeuner de gruau et de café. Je dois mentionner que, comme demandé la veille, le camp Ulric Ottawa était prêt à notre arrivée. Des membres de la communauté de Manawan avaient répondu à mon appel et nous avaient devancés à notre destination. Ainsi donc, on nous avait aussi amené les chips, chocolats et banique demandés! Je suis enchanté de la magie de l’Internet, mais plus encore de voir que plusieurs suivent nos péripéties et sont à notre écoute! KITCI MIKWETC À TOUS!!

J’avais la veille averti tout le monde qu’on se devait d’être à l’heure et respecter l’horaire. Je devais être très stricte sur ce sujet pour respecter les délais. La cantine fermerait à 7 h : 15, au détriment des retardataires. C’est donc pourquoi plusieurs n’ont pas déjeuné ce matin ayant manqué les heures d’ouverture de la cuisine. C’est dommage, mais, au nombre que nous sommes, je me dois de respecter et d’appliquer le code de vie pour le bon déroulement des choses.

À 8 h, nous sommes tous être prêt à partir. Je pars une demi-heure après tous les autres, question de m’assurer que rien n’est laissé derrière. La température est idéale pour la glisse de nos traineaux. Le ciel est bleu et il fait très froid. Notre route aujourd’hui est longue de 24 kilomètres et Réginald ferme la marche. Nous dormirons ce soir au camp Jo Ottawa. Le chemin est tapé, ce qui nous permet de marcher sans raquettes. Le chemin est jalonné de côtes. Le paysage est incroyablement beau qui donnent envie d’avancer toujours plus loin!

Pendant le trajet, je joue différents rôles : partisan, accompagnant, et bien entendu, docteur! J’encourage tous ceux que je rencontre, je soigne les douleurs et j’aide plusieurs avec leur traineau. Je me dis que l’énergie que je donne aux autres aujourd’hui me sera rendue demain. On peut compter en heures la fin de notre aventure. Demain, nous serons avec vous!

Pendant que j’avance, je réfléchis… Je suis heureux de voir les autres contents et réussir leur but et que ma plus grande victoire est en fait l’ensemble des petites victoires! Somme toute, la plus grande victoire de chacun est bien de s’être vaincu lui-même. À bien y penser, l’homme ne serait-il pas son plus grand obstacle?

Les marcheurs commencent à arriver au camp Joe Ottawa où nous attendent des gens de Manawan, d’Opitciwan, de Wemotaci ainsi que le chef Paul-Émile Ottawa. Aussi, mon message a encore passé, car on nous a apporté des quantités de chips, chocolats, de banique et de délicieux beignets atikamekws! Kitci Mikwetc!! Tout est très apprécié!

En soirée, nous nous rencontrons tous, on se félicite, tous très fiers de la route parcourue jusqu’à ce jour! Seulement 24 kilomètres nous séparent de Manawan! La route restante est moins escarpée. Je dois faire un allez-retour vers Manawan, question de m’approprier la route à faire demain. Je devrai faire la route seul, car j’ai rendez-vous avec les jeunes des écoles de la communauté de Manawan durant la journée! J’entreprends donc l’aller en motoneige accompagné de Gaétan Awashish vers Manawan et pour retourner au camp accompagné de Terry Flamand. Après examen, je réalise que nous avons 22 kilomètres pour rejoindre le camp de Gilles Moar, où l’on doit se donner tous rendez-vous avant de terminer la route vers Manawan.

Je reviens et prends mon repas : un spaghetti à la sauce d’orignal. Je prépare ensuite mon traineau pour le lendemain, je partirai tôt et… seul! Je dois me reposer. Je me retire donc dans la tente de l’ainé.

5 MARS 2012 – JOUR 14 – GRAND JOUR D’ARRIVÉE!

La nuit en fut une courte! Je lève à 3 heures du matin avec William qui nous prépare vite un bon café. Je dois dire que plusieurs sont déjà debout. Jean-Paul Awashish vient, d’ailleurs, prendre un café avec nous. On prépare le reste de mon bagage qui consiste en fait de la nourriture pour le trajet : eau, café, scones principalement. Et voilà… je quitte vers Manawan.

Il fait noir, il fait froid… très, très froid! Un -30 qui me congèle, un -30 nordique, glacial, sibérien! Je suis habillé pour faire face à ce genre de température, il va sans dire, mais j’ai quand même froid aux cuisses et au dos. Il me faudra 15 à 20 minutes de marche rapide pour me réchauffer. Je regarde le sol que j’éclaire de ma lampe frontale. Vers 5 heures, la rosée du matin se manifeste et me mord les joues et le nez. Et le soleil se lève sur mon trajet avec toute beauté.

Je rencontre la grande chef, Éva Ottawa, accompagnée de plusieurs marcheurs de Manawan en route pour rejoindre les autres au camp et, ainsi, finir l’aventure avec eux. Avec eux, il y a aussi des marcheurs qui ont marché Waswanipi à Opitciwan.

Pendant le trajet, j’ai la chanson « Imagine » de John Lennon en tête.

You may say I’m a dreamer

But I’m not the only one

I hope someday you’ll join us

And THE WORLD WILL LIVE AS ONE.

C’est fantastique! Je ne suis pas le seul rêveur… il y a 36 autres rêveurs avec moi! I WAS NOT THE ONLY ONE (je ne suis pas le seul)… and we’ll be as one (et nous ne ferons qu’un)!

J’ai aussi fait la rencontre… d’un arbre! Un gros pin centenaire… comme un vieux grand-père bien debout bien droit dans la forêt… vraiment très impressionnant et vénérable, comme une présence spirituelle! Et j’ai pensé que cet arbre avait surement vu plusieurs générations d’Attikameks marcher! Plusieurs ont remarqué sa présence… encore « I was not the only one »! Il représente bien la confiance et comme les ainés, leur savoir, leur sagesse.

Après 20 kilomètres de marche, on vient me chercher en motoneige, car je suis attendu dans les écoles de Manawan. Je suis accompagné de Jane Dubé et Rodney Jacob qui travaillent aux loisirs. Je visite en premier lieu l’école secondaire. Je présente aux jeunes mon projet, ses objectifs et je fais un parallèle avec la marche; je les encourage à avoir des rêves, à les poursuivre et à toujours avancer… un pas à la fois et ainsi se rendre au-delà de la douleur et de la peur! Je les encourage à se vaincre soi-même, sa propre anxiété et sa douleur. Il faut bien vivre le moment présent, ne pas s’enliser dans la victimisation du passé, et ne pas trop penser au futur qui peut nous rendre anxieux.

Je fais une analogie entre la douleur, la dépression et la nuit; il arrive parfois que l’on traverse une nuit froide, une période difficile où l’on ne voit plus la lumière. Il ne faut pas désespérer; le jour reviendra, le soleil brillera et nous réchauffera à nouveau. Il ne faut pas désespérer… Il faut célébrer le cadeau de la vie, démontrer notre gratitude et remercier matin et soir la providence pour la vie, et ne pas prendre pour acquis. À mon nom et celui de tous les marcheurs, j’aimerais exprimer nos sincères sympathies au directeur de l’école secondaire, Guillaume Vollant qui vit le deuil de sa tante décédée en forêt. Nos prières vont vers vous et les vôtres.

Je vais manger avec Guy Niquay, le directeur de l’école primaire. Je file ensuite à l’école primaire où j’amène mon traineau et mes raquettes. La présentation devient plus ludique. Je demande aux enfants qu’est-ce qu’ils aimeraient devenir plus tard et je les encourage fortement eux aussi à rêver et à réaliser ces rêves. Je leur dis de ne jamais croire ceux qui veulent les décourager et ne jamais croire que les rêves sont impossibles. Les enfants sont généreux de câlins que je reçois à profusion!

Je retourne à camp Gilles Moar où je rejoins entre 60 et 70 marcheurs. Encore, j’apprends que M. Pierre Moar, le grand-père de Sonny notre jeune marcheur de 14 ans, est en phase terminale à l’hôpital de Joliette. Encore, nous envoyons nos prières pour soulager ses souffrances et la paix de son âme.

Et nous entreprenons le dernier segment du trajet vers la fin de notre périple. Plusieurs marcheurs viennent d’Opitciwan, de Waswanipi, de Manawan, Wemotaci, tous les chefs des différentes communautés, le Chef Christian Awashish, le Chef Paul-Émile Ottawa, le Chef David Boivin et la grande Chef Eva Ottawa qui ouvraient la marche avec l’ainé William Awashish. C’était magnifique!

La foule nous attendait sous le shapuatuan (grande tente) ou l’on pouvait partager café, beignet, castor. Un makosam est préparé avec un festin fantastique où l’on peut déguster la cuisine atikamekw. C’est l’abondance! Nous avons eu droit à une prestation de Black Bears, gagnant au Aboriginal Music Awards et aux chants de l’ainé, William Awashish. Nous nous sommes rassemblés une dernière fois, nous tenant la main en remerciant kitci manitou (le Grand Esprit).

Des discours des chefs sont de mise. J’ai aussi la chance de parler à tous pour dire ceci : vous allez tous me manquer énormément, mes frères et mes sœurs. Ce fut un honneur de marcher avec vous. Je suis très fier de vous, les femmes et les hommes, qui m’avez accompagné sur 300 kilomètres. Vos victoires individuelles ont contribué à bâtir cette grande victoire qu’est de conquérir ses peurs et anxiétés pour marcher vers Manawan et de s’imbiber de cette énergie de l’importance de fouler le sol du territoire ancestral atikamekw. J’aimerais vous rappeler l’importance de se réapproprier ce territoire, car il est porté et reperd de culture et d’identité.

Conseils médicaux pour les marcheurs :

Après une marche telle que nous avons fait, votre appétit sera grand, voir énorme. Il est conseillé de manger de petites quantités et de ne pas écouter votre faim. Il faut vous réhabituer à manger les quantités mangées avant le début de la marche, soit entre 1,500 et 2000 calories.

Il est possible que vous éprouviez des problèmes à retourner au quotidien. Un sentiment de léthargie est commun après un effort et un grand projet comme celui vécu est normal. Je vous conseille donc de continuer à aller marcher et de prendre l’air une heure par jour, question de vous réapproprier le quotidien. Aller vous imbiber du grand air et de la nature durant le weekend. Les services de santé mentale de Wemotaci feront un suivi des marcheurs pour s’assurer que tout va bien. Il serait bien que les services de santé de Manawan et Opitciwan fassent de même.

C’est la fin d’une grande aventure! Durant ce périple, j’ai franchi le cap des 2 200 kilomètres, mon compère Éric Hervieux a pour sa part atteint les 1 000 kilomètres et Guy Bacon a atteint 920 kilomètres! Des félicitations sont méritées!!

Un merci particulier à Jean-Charles Fortin, agent de liaison pour le projet Innu Meshkenu, pour son magnifique travail!

KITCI MIKWETC à la nation attikamek! KITCI MIKWETC aux différentes communautés d’Opitciwan, de Wémontaci et de Manawan! KITCI MIKWETC aux leaders politiques : la grande Chef Éva Ottawa, le Chef Christian Awashish, le Chef David Boivin, le Chef Paul-Émile Ottawa! KITCI MIKWETC À CHACUN DE VOUS, MES FRÈRES ET MES SOEURS!! Je vous garde dans mon cœur et ma mémoire!

20 FÉVRIER 2012 – JOUR 0 – VEILLE DU JOUR J!

C’est dimanche soir, en compagnie de Guy Bacon, d’Éric Hervieux et de Mathieu Robert que je suis arrivé à La Doré où nous avons passé la nuit. Nous y avons rejoint les étudiants et résidents en médecine de l’Université de Sherbrooke du Pavillon UQAC (Université du Québec à Chicoutimi) ainsi que le Dr. Sharon Hatcher et le Dr. Mario Laroque qui nous accompagneront le lendemain matin à Opitciwan. L’enthousiasme des voyageurs est à son comble; une journée de partage intense s’annonce!

Notre premier arrêt : l’École Niska (outarde) où nous attendent les élèves de première à sixième année au regard curieux et allumé! Là, nous partageons notre passion, la médecine, nous avons aussi l’occasion de donner aux jeunes des ateliers ludiques avec nos instruments médicaux et nos mannequins de réanimation. Ces ateliers ont pour but d’inspirer ces jeunes avides de rêves et leur démontrer qu’une carrière dans le domaine de la santé leur est aussi possible. Nourrir le rêve… Voilà le but!

Deuxième arrêt : L’École secondaire Mikisiw (l’aigle). Là aussi, nous sommes les bienvenus! Nous sommes accueillis par les étudiants de premier au cinquième secondaire et, là aussi, l’intérêt est omniprésent. Nous avons aussi prévu des ateliers ludiques, mais aussi d’informations sur les maladies transmises sexuellement, le diabète. À trois reprises, j’ai le grand plaisir de partager mon expérience de vie et ainsi démontrer que TOUT EST POSSIBLE!

Après l’entrevue à la radio communautaire, nous avons l’honneur de nous entretenir avec les ainés de la communauté pour ensuite participer, en compagnie des membres de la communauté, des marcheurs, du Chef d’Opitciwan, Christian Awashish, et de la grande Chef de la Nation Atikamek,  Eva Ottawa, au makocan (festin).

C’est après un bon repas, des présentations et discours que les marcheurs reçoivent les instructions pour le lendemain et que nous nous souhaitons bonne nuit, épuisés, mais heureux d’une journée si bien remplie!

21 FÉVIRER 2012 – JOUR 1 – C’EST LE GRAND JOUR

À 6 heures du matin, TOUT LE MONDE DEBOUT! Nous nous rencontrons tous au gymnase de l’École Mikisiw pour un bon déjeuner. Nous devons ensuite préparer nos équipements, nos traineaux et le matériel nécessaire à notre périple et, enfin, recevoir les dernières instructions pour la marche.

C’est donc à 10 heures que nous nous dirigeons vers le Réservoir Gouin où l’on assiste à la cérémonie de l’asam (raquette). Notre départ officiel a donc lieu à 11 h 15 à partir du Réservoir Gouin pour un 16 kilomètres. La caravane se met en marche dans la blancheur du désert de neige. Mère Nature contribue à sa manière d’une température clémente et idéale pour une marche dans la nature; entre -5 et -10 degrés Celsius!

La marche dure entre cinq et sept heures. Les premiers marcheurs arrivent près du camp de Nazaire Weizineau vers 15 h : 30 et les derniers autour de 17 h 30. Les premiers accompagnateurs en motoneige et marcheurs aident les ceux qui sont déjà sur place à terminer le campement, au montage des tentes et à la collecte de sapinage pour les planchers.

Cette journée en est une d’adaptation et de réalisation; adaptation des préparatifs et de prise de conscience que la tâche est ample et ardue. La journée s’est révélée difficile pour plusieurs marcheurs dus à la forme physique, due au bagage excessif à transporter.

Nous avons soupé tous ensemble néanmoins satisfaits de notre réalisation. Nous nous souhaitons bonne nuit. Nul doute que la nuit sera douce! Pour ma part, il me faut retourner à Opitciwan pour régler des problèmes d’ordre informatique. J’y passerai la nuit et rejoindrai les autres au petit matin.

22 Février 2012 – JOUR 2 – PETIT KILOMÉTRAGE… GROSSE JOURNÉE!

Je me suis levé très tôt ce matin, 5 h : 30 très exactement. Après une bonne douche (la dernière pour les prochains jours!), un bon déjeuner, j’ai dû faire quelques achats avant le départ pour le campement. Nous sommes donc partis à 8 h 30 pour arriver à 9 h 15 au campement.

Dès mon arrivée, j’ai participé au démontage du campement. On démonte les tentes et récupérons le sapinage, protection de la faune oblige! Nous nous sommes donc tous rassemblés sur le lac à 10 h 30. Après une brève réunion, nous avons fait une prière pour ensuite nous mettre en route; 2 kilomètres de marche sur le lac avant d’atteindre les chemins forestiers et ensuite l’ile.

Le chemin et le paysage changent tout à coup. La blancheur plate du lac se transforme soudainement en côtes sans fin. De plus, une neige lourde et collante tombe ralentissant la glisse des traineaux. Je décrirai la première côte que nous avons dû affronter comme ceci : la côte de la mort… La côte crève-cœur! Les motoneiges s’y enlisent, les marcheurs avancent avec peine et misère. La neige, de surcroît, en rajoute à l’épreuve! Mais notre détermination est plus forte… On finit par arriver de l’autre côté de l’ile à temps pour monter le campement.

Pendant que les marcheurs et accompagnateurs déjà sur place montent le campement, d’autres accompagnateurs à motoneige se lancent au sauvetage de ceux qui sont encore derrière… loin derrière! Une fois tout le monde rassemblé et les 8 tentes montées, nous nous assoyons tous ensemble autour d’un bon repas, un bouilli d’orignal aux légumes cuisiné par Nathalie Awashish. Ce festin savoureux et réconfortant est grandement apprécié de tous!

Nous sommes tous très fatigués. La journée en fut une difficile pour moi qui suis en forme et donc pire pour les marcheurs. Aujourd’hui, j’ai souffert et, à voir souffrir les marcheurs, j’éprouve une grande peine qui rajoute à ma souffrance, car je SAIS ce qu’ils ressentent. Malgré tout, le moral est bon, car nous savons que demain est un autre jour et que notre marche sera plus courte qu’aujourd’hui. Le moral est bon… l’entraide, les amitiés, la solidarité sont au rendez-vous. L’esprit d’équipe se tisse!

C’est si beau à voir!

23 FÉVRIER 2012 – JOUR 3 – UNE JOURNÉE DE MOUSQUETAIRES!

Nous nous sommes levés ce matin en même temps que le soleil. Train-train matinal; on s’habille et on file déjeuner en groupe. Gruau, œufs brouillés et jambon, café et lait au chocolat sont au menu.

Tout de suite après, on s’affaire à démonter les tentes. C’est avec satisfaction que je constate que nous respectons l’horaire. Après une prière de Nathalie Awashish, nous amorçons la marche prévue pour aujourd’hui soit 14 kilomètres.

La température est sublime; belle condition météorologique, un beau +2 atteint au cours de la journée. Je suis bronzé tout comme mes complices! La marche est agréable tout au long de la journée mis à part la dernière heure durant laquelle nous marchons dans la gadoue… Oui! Oui! La vraie « slush », celle qui rend la marche pénible et trempe nos bottes.

Les premiers marcheurs, Éric Hervieux en compagnie d’un jeune de Manawan, arrivent vers 13 heures. J’arrive moi-même vers 14 heures et les autres, au plus tard à 15 heures à la Pourvoirie L’Escapade. Là, nous sommes chaudement accueillis dans la chaleur du chalet principal par M. Michel Prince et Mme. Carole Rioux qui nous attendent avec des breuvages divers. Quel bel endroit!! Un chalet principal et 4 plus petits. Nous décidons dès lors que les femmes occuperont le chalet principal où il y a l’eau courante et les toilettes. Nous sommes après tout des gentlemans! Les hommes se séparent dans les autres chalets. Le but principal aujourd’hui : sécher les vêtements et les bottes le plus possible pour éviter le froid et les blessures aux pieds.

Nous nous rassemblons ensuite pour souper pour passer ensuite la soirée au son des tambours atikamekws, des tamtams, des prières et des cérémonies du calumet et de purification à la sauge. Nous terminons cette soirée en partageant l’expérience que nous vivons tous, qui se résume tout simplement en un travail collectif.

Avant de se retirer chacun dans nos coins respectifs pour la nuit, je prends le rôle que je campe tous les jours pour soigner mon monde. Plusieurs marcheurs ont commencé à avoir des blessures aux pieds : ampoules et hématomes sous-unguéaux font leur apparition. Je soigne 8 personnes pour ces blessures qui sont fréquentes chez les marathoniens et les marcheurs de longue distance.

L’esprit d’équipe s’installe… Nous devenons comme les Mousquetaires : « Un pour tous, tous pour un! »

P.-S. À toutes les familles des marcheurs, sachez que ceux-ci vont bien! Le moral est bon. Toutefois, nous souhaitons vos pensées positives et vos prières… Un avis aux âmes généreuses : nous rêvons de banique comme celle qui donnait du courage et de l’énergie aux ancêtres! S’il est possible d’en faire parvenir, une bonne dizaine serait tellement appréciée!

24 FÉVRIER 2012 – JOUR 4

MAMU! Douce nuit dans la chaleur sèche des chalets!! Nous avons bien dormi. Levé vers 6 h 30, un bon déjeuner, la préparation du bagage… Et voilà, les marcheurs sont en route vers le camp Paul Awashish; une marche de 23 kilomètres au cours de laquelle nous emprunterons, par mesure de précaution, les sentiers terrestres, étant donné l’état de la neige et de la glace sur le lac. La chaleur a amolli la surface du lac rendant ainsi la marche difficile.

Pour ma part, je reste derrière. Je dois communiquer avec le dispensaire et la pharmacie de Roberval pour commander des médicaments et faire une entrevue téléphonique avec la SOCAM. J’entreprends donc la marche une heure plus tard. Malgré la belle température, le périple est néanmoins difficile physiquement… mais aussi moralement! Les premiers marcheurs à arriver constatent que seulement trois tentes sont montées! Cette situation provoque un sentiment de profonde frustration chez les marcheurs épuisés et affamés. L’insatisfaction est à son comble! Un sentiment d’abandon est palpable. Malgré tout, nous finissons tous ensemble de monter le reste des tentes à la brunante. Après le souper, qui consiste de doré et de riz fait par Sonny, un jeune Atikamekw, nous décidons de faire une réunion, question de purger le sentiment de frustration qui nous habite tous et qui nourrit l’insatisfaction des uns envers les autres. Après un partage d’opinion franc et honnête, nous sommes en mesure de voir l’importance qu’a l’entraide dans la misère et le danger de l’individualisme devant l’adversité. La coopération et la complicité revêtent une importance cruciale à la survie. Voilà ce qui a permis à nos ancêtres de faire courageusement face aux défis et aux embûches de la vie dans le passé. MAMU! MAMU! (ensemble) … le meilleur moyen de faire face, avec succès, aux embûches! Oui, la citation « un pour tous, tous pour un » prend toute sa signification. Ainsi, nous nous couchons le cœur allégé.

25 FÉVRIER 2012 – JOUR 5 – LA PUISSANCE DES SOUVENIRS

Une aventure, qui aurait pu avoir des conséquences désastreuses, a eu lieu durant la nuit.

Je partageais la tente avec Éric Hervieux, Mathieu Robert et Marc-André. Tout le monde dormait sauf moi. Soudain, je me suis aperçu qu’une des pattes de notre poêle surchauffait et une fumée dense envahissait la tente! À toute vitesse, nous avons ouvert la tente et avons dû faire sortir la fumée qui nous aurait, autrement et à coup sûr, asphyxiés au monoxyde de carbone. Après un tel branle-bas, nous avons de peine et de misère, réussi à nous rendormir.

Debout malgré tout à 6 h, nous déjeunons ensemble de gruau et de pain. Suite à hier, ensemble nous formons le « cercle de partage » pour nous remémorer par des prières nos conclusions de la veille. Les guides « road-runners » Jean-Charles, Marc-André et leurs accompagnateurs, de planter, à cinq et à trois kilomètres de la fin du parcours, des pancartes ayant pour but de nous donner l’espoir et nous encourager à persévérer à voir la fin du périple quotidien. Les marcheurs quittent dans un bon esprit de groupe.

Je reste derrière, question de faire quelques appels au dispensaire pour des médicaments. J’avoue que mes responsabilités médicales, morales et spirituelles comme l’épisode de frustration et d’insatisfaction de la veille ont bien failli mettre en péril cette expédition me pèse lourd. Ce fardeau, en plus du mien, rend ma propre journée éprouvante. Je prie; je marche en pensant à mon grand-père et ma grand-mère… Je regarde le chemin devant moi, si long et si beau, et je revois mon enfance avec mes chers grands-parents… je suis alors en état méditatif… et je ne suis plus seul! Je sens que l’on marche avec moi, ce qui m’apporte une dose incroyable de courage pour affronter les côtes. Oui, les esprits m’accompagnent… et aujourd’hui, plusieurs ont ressenti la même chose. Les derniers cinq kilomètres sont sur une route déneigée et peuvent donc se faire sans raquettes.

Les premiers marcheurs, Éric et Mathieu Robert, arrivent au but quotidien, à la jonction du Réservoir Gouin et Haltaparche, en territoire Wemotaci. Là-bas, quatre marcheurs ont sacrifié la marche pour assurer le montage du camp et, ainsi, s’assurer que le camp soit prêt à accueillir les marcheurs qui arrivent les uns après les autres. Une bonne soupe au doré bien chaude et réconfortante accompagnée de banique attendait les arrivants. Ceci a pour effet de mettre un baume sur les cœurs et les jambes meurtries. Nous avons fait le « cercle de partage » pour nous féliciter de notre exploit quotidien. Tout le monde est content.

Pour ma part, je souffre d’hypothermie et je grelotte; mes bottes et mes bas sont détrempés. Mes acolytes, Mathieu Robert et Éric Hervieux m’ont été d’un grand secours. Marc-André a l’idée de faire chauffer de l’eau, d’en remplir les gourdes et de mettre celles-ci, avec nos vêtements et nos bas, dans les sacs de couchage et ainsi faire sécher et réchauffer le tout durant la nuit et notre sommeil. J’ai attrapé un rhume.

Nous dormirons dans une tente non chauffée à une température extérieure de -25!

26 FÉVRIER 2012 – JOUR 6

Froid, roadrunners… et banique! Nuit glaciale s’il en est une! Je me suis réveillé à 5 h 30 ce matin… Je devais absolument me lever, car je n’en pouvais plus de ce froid! Un lever difficile et, d’après les autres, j’ai toute une allure! J’ai le visage enflé, mais alors là pas n’importe comment! Étant donné qu’en raison d’une côte cassée je dors sur le côté droit, je n’ai que la moitié du visage enflé. Non! Je ne suis décidément pas à mon avantage en ce sixième jour! Notre « roadrunner » numéro un, Jean-Charles, n’a pas dormi de la nuit. Nous avons dormi dans la tente-cuisine où nous avions creusé un trou. L’ami Jean-Charles a décidé de coucher dedans et a passé la nuit à grelotter de froid! Il fait beau et si froid! Après déjeuner et lorsqu’on est prêt à partir, nous nous réunissons en observant les valeurs autochtones. J’invite tout d’abord notre ainé-accompagnateur William Awashish à s’exprimer et ainsi motiver mon monde. Il parle longtemps, en attikamekw, de survie en forêt, de l’importance d’être unis dans la difficulté. L’importance de la sagesse de l’ainé au sein de notre groupe est palpable; son effet est rassembleur. William aurait bien aimé marcher lui aussi, mais pour nous les accompagnateurs sont primordiaux. Les femmes s’expriment après l’ainé. La première côte est interminable : 1.5 kilomètre à monter! Il fait si froid, mais malgré cela les marcheurs sont tenaces et déterminés. Ils ont bien l’intention de vaincre cette journée aussi! On vient me chercher pour m’amener auprès d’un accompagnateur blessé. Il a une contusion au genou. Il tient néanmoins à rester avec nous. Je rejoins ensuite nos « fermeurs de marche », Adélard et Roselin, avec qui je termine la distance prévue pour aujourd’hui. On termine à 4 h 30. Nous arrivons à la Pourvoirie Haltaparche où nous savourerons un fabuleux bouilli d’orignal aux légumes. Et l’on se complimente, et on se félicite d’avoir encore réussi à vaincre froid et distance! Déjà 115 kilomètres marchés! Les petites victoires sont nécessaires à la plus grande! J’ai mal partout… J’ai une heure de clinique médicale à couvrir pour soigner mes marcheurs, ampoules, fascites plantaires, tendinites sont les maux à guérir, car tout le monde veut se rendre à Wemotaci. Ensuite, je passerai la nuit parmi les jeunes de la caravane. Une demande à la communauté de Wemotaci : S.V.P., envoyez-nous vos prières et vos pensées pour le courage… Mais aussi des chips, du chocolat et de la banique! Nous avons très hâte de tous vous voir! UN MESSAGE À CEUX QUI ONT L’INTENTION DE SE JOINDRE À NOUS À PARTIR DE WEMOTACI : ASSUREZ-VOUS QUE VOS BAGAGES CONTIENNENT LE MINIMUM POUR ASSURER VOS BESOINS. LE TOUT NE DOIT PAS DÉPASSER 40 LIVRES RÉPARTIS EN 2 SACS MAXIMUM!

27 FÉVRIER 2012 – JOUR 7 – BELLE SURPRISE ET …. BANIQUE!

Nous avons dormi à la Pourvoirie Haltaparche. J’aurais bien dormi un peu plus, mais, étant donné que je dormais avec les jeunes dans la cuisine, nous avons été réveillés par des lève-tôts en quête de café! Il faut bien se rendre à l’évidence; vivre en communauté implique qu’il faut s’apprivoiser! Après un bon déjeuner traditionnel de bucheron, d’œufs, de viande, de « bines » et de banique. Nous nous préparons pour notre journée de 16 kilomètres par notre prière quotidienne. Jean-Charles, mon « roadrunner » officiel, mentionne que j’ai passé hier le cap des 2,000 kilomètres de marche du projet Innu Meshkenu! Incroyable! Je suis heureux et fier!

Nous entreprenons la marche. Certains marcheurs commencent à souffrir plus que les autres, c’est le cas de Béatrice que j’ai dû mettre en congé pour deux jours. Je lui attribue un autre titre : « cook » en chef et hôtesse! Avec son rire contagieux, Béatrice remplira son nouveau rôle à la perfection.

Il fait froid et, pour un moment, le ciel est bleu… mais pas pour longtemps. Les nuages s’amènent et la neige se met à tomber. Nous arrivons à la côte 146, une côte qui me met à l’épreuve mes jambes déjà douloureuses. J’imagine la douleur des autres. Notre persévérance et notre force de caractère nous donnent l’énergie et le cran pour la vaincre.

Une formidable surprise nous attend lors de notre arrivée au camp Yves Petiquay. Un groupe de Wemotaci est venu nous accueillir! Ils ont donné un bon coup de main avec le montage du camp. Résultat : nous arrivons à un camp entièrement monté, avec des chalets et des tentes chauffées. De plus, mon vœu d’hier a été exaucé : on nous a apporté du chocolat, des chips et de la BANIQUE en quantité étonnante! Je ne croyais pas que ça irait si vite! C’est FORMIDABLE, L’ENTRAIDE! Le courrier-motoneige nous apporte des lettres du chef de Wemotaci et des gens de la communauté, des lettres pleines d’énergie et d’encouragement et nous souhaitant la bienvenue en terre ancestrale atikamekw! MIKWETC à tout un chacun de vous de Wemotaci! Nous avons très hâte de vous voir.

Nous partageons tous ensemble un repas quasi-festin : doré, orignal, légumes, banique à profusion, beignet atikamekw. L’ambiance est amicale et festive. Il ne reste que 40 kilomètres pour atteindre Wemotaci. Se savoir attendu nous réchauffe le cœur.

J’ai le grand honneur de partager ce soir, avec Éric et Mathieu Robert, la tente de l’ainé William Awashish, où le feu crépite et le sapinage sent bon… Et je bascule dans un sommeil lourd de fatigue.

28 Février 2012 – JOUR 8 – FATIGUE ET MÉCONTENTEMENT

Nous nous sommes réveillés de bon matin, autour de 6 heures en fait, dans la tente de l’ainé William Awashish qui nous avait préparé du gruau pour le déjeuner. Nous nous sommes préparés ensuite pour le départ et pour la réunion pré-marche habituelle. Après les prières, j’ai partagé les messages reçus la veille dans les lettres en provenance de Wemotaci. Nous aurons besoin de tout l’encouragement disponible aujourd’hui, car nous entreprenons une marche de 19.8 kilomètres sur un trajet difficile et jalonné de côtes.

Il fait beau, mais très froid. Nous savons que nous devrons affronter les côtes 129, 134 et 136… et malgré tout, nous réussissons pour la grande majorité des marcheurs à vaincre ces côtes longues et éreintantes. Les premiers marcheurs arrivent au camp Jean-Paul Néashit autour de 16 heures. Assez étonnamment, plusieurs ont trouvé que les côtes n’étaient pas si difficiles qu’ils le pensaient. Ce doit être l’adaptation qui fait son œuvre.

Encore une belle surprise en arrivant au camp; des gens de Wemotaci sont présents encore aujourd’hui pour nous aider à nous installer! Ils sont là avec leur générosité et de la banique au grand bonheur de tous! KITCI MIKWETC À CHACUN D’ ENTRE VOUS! C’est tellement apprécié!

Un bémol vient toutefois ternir ce moment de fraternité. Lors de la réunion habituelle, un nombre d’entre nous exprime du mécontentement et la discorde, ce qui a pour effet de jeter une ombre négative sur plusieurs. Nous discutons, parlementons… et les paroles de l’ainé William Awashish viennent calmer les esprits et ramène de l’ordre. Pour ma part, je rajoute que personne ne se rendra nulle part sans coopération, complicité et cohésion. Ces éléments doivent être de la partie pour assurer le succès de ce projet. Tout ceci m’ébranle et me peine. Malgré le délicieux souper d’orignal et de banique préparé par Béatrice, j’ai perdu l’appétit. Je suis pensif.

Nous sommes tout près de Wemotaci. Nous sommes épuisés et irritables, je crois que l’arrivée et la bienvenue des gens de Wemotaci et de ceux venus d’Opitciwan sauront ragaillardir les troupes. J’espère que le positivisme de la communauté de Wemotaci saura initier une meilleure entente parmi les marcheurs pour le reste du trajet. C’est crucial pour permettre à la cohésion de se consolider suffisamment pour ne plus faillir.

Wemotaci, vos prières et vos bonnes pensées nous sont nécessaires pour nous aider à terminer notre étape dans votre direction. Pensez à nous!

29 FÉVRIER 2012 – JOUR 9 – WEMOTACI NOUR VOILÀ!

J’ai passé la nuit dans la tente de l’ainé William Awashish et, comme le matin précédent, je me suis réveillé dans la chaleur d’une tente chauffée. William avait chauffé le poêle et préparé le déjeuner avant que je me réveille. Nous avons mangé ensemble et nous avons parlé des problèmes du jour d’avant. Nous avons ensuite eu une discussion avec les insatisfaits, question d’assurer une atmosphère saine pour le reste du trajet.

Ensuite, nous sommes tous allés au camp principal pour prendre un bon déjeuner avec le reste du groupe avant de ramasser le bagage. À 8 heures, une réunion avant le départ s’imposait, car nous entreprenons aujourd’hui les derniers 23 kilomètres nous séparant de Wemotaci. L’instruction est de se regrouper à l’Auberge le Mistral et d’attendre les retardataires. « UN POUR TOUS, TOUS POUR UN! ». Vivianne Chilton, conseillère à Wemotaci, fermait la marche.

Pendant ce temps, je me rends dans les écoles de la communauté pour rencontrer les jeunes. La première visite est à l’école primaire où je parle avec les petits et les plus grands de l’importance des rêves et de les poursuivre.

Je vais ensuite rencontrer les ainés du village pour échanger sur les médicaments naturels et la médecine traditionnelle innue. On parle aussi de culture. Je vais ensuite dîner avec Linda Surprenant et Marie-Louise Petiquay avant de me rendre à l’école secondaire où je parle avec les jeunes de rêve et de persévérance scolaire, ce qui pour moi est toujours un grand bonheur!

Je rejoins enfin les marcheurs au Mistral et à, 15 heures, nous franchissons, raquettes et traineaux, le dernier kilomètre pour entrer dans la communauté de Wemotaci. À notre grande surprise, entre 400 et 500 personnes de Wemotaci et aussi de Opitciwan et de Manawan nous attendent! Des retrouvailles émouvantes ont lieu entre des marcheurs et leurs familles! Nous nous dirigeons tous vers le gymnase de l’école primaire où nous sommes reçus en roi et participerons tous ensemble à un makosam (festin. Des discours de la grande chef de la nation Atikamekw, la Chef Eva Ottawa, du Chef de Wemotaci, David Boivin, du Chef d’Opitciwan, Christian Awashish et de la représentante de Manawan, Madame Niquay, font des discours. Et mon tour venu, j’ai aussi beaucoup à dire et à partager avec tous! Je reçois un très beau cadeau : de magnifiques mocassins attikamekws! Les marcheurs ne sont pas en reste; chacun reçoit un sac de médecine qui les protègera tout le reste du chemin. KITCI MIKWETC À TOUT UN CHACUN D’ENTRE VOUS!

Nous assistons à un festin grandiose de soupe, de viandes sauvages et de poissons apprêtés à la manière atikamek. Quel régal! Tous sont délicieux et nous en profitons vivement! Les gens sont heureux, et tellement fiers de leur accomplissement! Fraternité et complicité règnent chez tous les marcheurs.

Je dois ensuite me rendre au centre de santé pour y tenir ma clinique de pieds pour les soins et des chirurgies mineures.

Je me rends finalement à mon logis du jour où je profiterai d’une bonne douche chaude et d’un VRAI lit duquel j’ai l’intention de tirer profit le plus rapidement possible!

Quelle magnifique journée! KITCI MIKWETC encore et encore!