#4 - DE BAIE-COMEAU À OPITCIWAN

DATE DU DÉPART : 5 AU 26 SEPTEMBRE 2011

LIEU DE DÉPART : BAIE-COMEAU

LIEU D'ARRIVÉ : OPITCIWAN

DISTANCE: 680 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 1808 KM

RÉSUMÉ DE LA MARCHE

Automne 2011 – Une marche bien spéciale car le départ s’est fait de chez moi, à Baie-Comeau jusqu’à Opitciwan, accompagné entre autre de Guy Bacon, Christian Rock et Éric Hervieux ainsi que plusieurs autres marcheurs. Nous traversons entre autres Pessamit, Forestville, Tadoussac, Chicoutimi, Mashteuiatsh où des arrêts sont planifiés pour rencontrer jeunes et moins jeunes.

Lire le journal de cette étape

5 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 1

Aujourd’hui, c’était le sixième anniversaire de mon fils Xavier. Je me suis aussi préparé pour le grand départ d’une autre étape de la marche Innu Meshkenu : 680 kilomètres en trois semaines. J’ai roulé entre Montréal et Pessamit pour me rendre au point de départ. Je vis beaucoup d’anxiété et de nervosité, mais j’ai aussi beaucoup de joie et de hâte. Demain, le levé est prévu à 6 h et une entrevue avec la radio CBC de Québec est planifiée pour 6 h 15. Après le déjeuner, je partirai en compagnie de Britannie et Serge Mestekosho, ainsi que Jenniik Fontaine, pour me rendre sur l’axe officiel de départ, situé à la jonction de la route 138 et du chemin de la Toulnustouc. Le grand départ aura lieu à 9 h 30. Nous traverserons Baie-Comeau pour aller rencontrer le maire et d’autres dignitaires à 11 h 30, à Place La Salle. Nous visiterons aussi l’hôpital à 14 h et la marche se terminera vers 16 h.

6 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 2

Hier soir, j’arrivai à Tadoussac vers 21 h 30 le réservoir à essence pratiquement vide. Vite, le plein d’essence. À mon grand malheur, toutes les stations d’essence étaient fermées. Même en dormant à Tadoussac et en faisant le plein le lendemain, je manquerais mon propre départ pour la marche. Finalement, grâce à la gentille dame de l’épicerie, je réussis à retracer M. Lamarche (quelle coïncidence!), propriétaire de la station d’essence Gérard Lamarche, qui accepta de me fournir l’essence nécessaire à mon périple. Grâce à vous M. Lamarche, la marche Innu Meshkenu a pu débuter comme prévu. Merci! J’arrivai à Pessamit à 23 h lundi soir. Le départ de Pessamit vers Baie-Comeau se fit aujourd’hui à 8 h alors que mon ami Luc Arseneault m’amena au point du grand départ. Là-bas, Louis Picard nous attend ainsi que Éric Hervieux, Serge et Britannie Mestekosho, Jenniik Fontaine, Gérard Boucher et Pierre Pagé qui travaille en centre jeunesse à Montréal et qui nous accompagnera pour le temps qu’il pourra. Le grand départ se fit à 9 h 45 par une journée pluvieuse. À 11 h 30 nous avons rencontré la mairesse de Baie-Comeau, Madame Brisson ainsi que M. Comeau, directeur des communications de la ville, le docteur Cloutier, directeur de la santé publique de la Côte-Nord ainsi que le PDG de la santé publique, Gaétan Garon. Par la suite, nous avons rencontré les médias à la Place de la biosphère de Baie-Comeau. Nous avons ensuite marché à travers Baie-Comeau et nous sommes arrêtés au CLSC pour rencontrer Dr. Marcheterre, médecin en chef ainsi que le docteur David Mercier. Nous avons ensuite repris notre marche et madame Georgianne se joignit à nous à l’entrée du secteur Mingan. Autre arrêt : l’hôpital de Baie-Comeau où nous avons été accueillis par madame Marcelle Vachon, interprète pour l’hôpital. Là-bas, j’ai rencontré Jean-Pierre Fontaine et Robert Nanipou, patients de l’hôpital. Je voudrais en profiter pour leur souhaiter une guérison rapide. J’ai aussi rencontré d’anciens collègues de travail et une grande amie de Chicoutimi, Valérie Harvey, radieuse et pleine de lumière, enceinte de son deuxième enfant. Nous avons poursuivi notre route et nous sommes arrivés à 16 h à la Maison de la Faune de Baie-Comeau avec une idée conjointe de la mairesse Brisson et moi, celle de revenir à Baie-Comeau pour une série de conférences sur l’expérience de la marche. Par la suite, j’ai donné une entrevue inspirée par toute la force que cette journée de marche a pu m’apporter à Cogeco Câble, nourri par l’énergie des personnes rencontrées. J’ai parcouru les derniers 2,5 km à la course puisque cette portion de la route était trop dangereuse pour que tous s’y aventurent dû à des constructions. Je suis finalement arrivé à la station Pétro-Pass du Carrefour giratoire où m’attendait Luc Arseneault qui nous avait fournis en nourriture et en eau toute la journée. Ce soir, le marcheur reprend ses habits de chirurgien pour soigner les ampoules de Serge, Britannie et Jenniik. Les prochains jours s’annoncent occupés, mais beaux. La grande aventure est commencée. Il ne reste plus de 650 km… Demain, mercredi 7 septembre, départ à 6 h 30 du Pétro-Pass et arrivée prévue à Papinachois à 14 h.

7 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 3

Départ de chez moi à Pessamit à 5 h 45 avec Christian Rock et on se rend au Petro-Pass. Nous rejoignons un groupe composé de Gaétan Picard, Marie-Claude (Cle), Yan Riverin, Jenniika Fontaine, Serge Mestekosho, Britannie Mestakosho, Pierre Paré, Éric Hervieux, Marie-Élaine Anctil et Line. Nous quittons à 6 h 45 pour un 43 km de marche. Nous arrivons à Chute-aux-Outardes vers 8 h 30 et nous arrêtons au dépanneur pour faire une pause santé… Nous reprenons la marche et arrêtons à la garderie de Raguenau où Cle a des amis. Nous arrêtons de nouveau vers 10 h 30 au dépanneur de Raguenau puis reprenons la marche et nous arrivons à la rivière aux rosiers vers 12 h 20 où une délégation de Pessamit nous attend avec un lunch et des breuvages. Je me sens super content d’arriver sur ma terre natale, je rêvais de ce moment depuis l’an dernier… Enfin, j’y suis rendu!

Nous reprenons la marche avec Guy Bacon et Pulis Pinette de Pessamit. Guy est un ami de longue date… Il y a beaucoup d’électricité dans l’air! Nous arrivons à Papinachois après avoir franchi une section en construction. Il est 14 h 15… Une cinquantaine de personnes nous attendant. Wow! Quelle belle surprise, beaucoup d’étudiants du secondaire avec des pancartes et des drapeaux! Il y a mon ami Alain Rock, mon oncle et ma tante, Jean Marie et Pless.  Nous quittons vers Pessamit avec des policiers et des pompiers en escortes. Nous échangeons et dialoguons. En entrant à Pessamit, on aperçoit un nuage en forme de Coeur… Un bon présage. Une autre centaine de personnes nous attendent à l’entrée du village. Quel bel accueil, je suis très ému! Nous traversons le village et nous rendons à la salle communautaire. Je suis reçu comme un héros par les gens de ma communauté. Il y a une présentation d’un montage vidéo/photos de mon aventure puis le discours du Chef et l’on me présente une veste traditionnelle comme cadeau… c’est drôle j’en avais rêvé cet après-midi… Philibert Rousselot me donne un bâton de Pellerin en bois de cèdre… ça aussi j’en avais rêvé hier matin… Je dis aux jeunes de rêver comme moi et de croire en leurs rêves et de ne jamais se décourager. Nous soupons avec la communauté et puis je quitte pour la maison où je soigne les ampoules. Les pieds de Serge ont 6-7 ampoules et ceux de Britannie 3 ampoules… Je ne pense pas que Serge marchera beaucoup demain… Demain, départ à 8h :00 pour aller voir les aînés et puis visite a l’école Nussim pour aller voir les enfants du primaire et puis nous marcherons avec eux et reprendrons ensuite la route qui nous mènera aux Islets Jérémie.

8 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 4

Aujourd’hui, je me suis levé à 7 h. Après un déjeuner avec les marcheurs, nous avons rencontré onze autres marcheurs au poste de police de Pessamit à 8 h. Nous avons marché en direction du Camp de rassemblement des aînés situé à la jonction de la route 138 et du Chemin du Nouvel Aqueduc. Nous sommes arrivés à 9 h 30 au camp des aînés où nous attendaient 300 personnes et où 60 tentes étaient plantées, regroupées par communauté innue. Toutes les communautés innues du Québec et du Labrador étaient représentées. Nous avons pris le thé et entamé le dialogue. À 10 h, je me suis adressé aux aînés en leur parlant de la marche Innu Meshkenu qui prend ses racines dans l’apprentissage de leur science, de leurs connaissances. Nous avons par la suite échangé pendant deux heures sur la médecine traditionnelle. Je leur ai également présenté un projet de collaboration possible entre les universités et les communautés. Nous avons eu de très beaux témoignages et dialogues. À 13 h, il ne me reste plus que quinze minutes pour boire une gorgée d’eau et prendre une bouchée de pain. Rapidement, je dois me rendre à l’école Nushim où je rencontre 400 élèves divisés en cinq groupes différents au gymnase. Je vois l’intérêt et les flammes s’allumer dans leurs yeux. Plus de 120 futurs médecins lèvent la main quand je demande qui voudrait être médecin. À 15 h, nous marchons pendant 30 minutes dans les rues de Pessamit avec tous les jeunes. À 15 h 30, on me conduit sur le bord de la route 138 où j’ai marché seul en traversant le pont de la rivière Pessamit, berceau de mon enfance. C’est un moment important puisque cette rivière représente ma jeunesse. Je sens l’énergie et la force de la rivière qui me permettent de me ressourcer pour le restant de l’aventure. L’eau de la rivière coule dans mes veines et je serai toujours sienne. C’est toute la mémoire de ma jeunesse qui se retrouve dans cette rivière. Par la suite, je repars 3 kilomètres plus loin dans la courbe où aboutit l’entrée de la route de la Pointe-À-Michel. Là, je m’arrête et je me recueille. C’est l’endroit exact où mon grand frère (mon cousin) Robin Bacon est décédé lors d’un accident de voiture en 1984. Je prie pour qu’il m’accompagne et qu’il me donne sa force pour le restant du chemin. Je reprends par la suite la route et je marche 6 kilomètres de plus. Je m’arrête aux Islets Jérémie, site de la première mission des Innus en 1642. Là se trouve un vieux cimetière innu où sont enterrés mes ancêtres. Il est déjà 19 h. Je reviens à Pessamit pour passer la nuit. Demain, le départ se fera à 8 h 15 pour l’école secondaire Uaushkaikan où je ferai une grande marche avec tous les élèves de 10 h 45 à 11 h 15. Par la suite, à 11 h 45, je reviendrai sur la route aux Islets Jérémie pour marcher trente kilomètres jusqu’à Forestville.

9 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 5

Aujourd’hui, je me suis réveillé à 6 h 30. À 8 h, je me rendais soigner mon petit cousin Arthur Picard. Ensuite je me suis rendu à l’École Uaushkaikan et j’ai rencontré le directeur Jean Vollant et les élèves, divisés en deux groupes : secondaire 1 à 3 et secondaire et 4 et 5. Les conférences ont été intenses, allumées. C’est mon cœur qui a parlé. Mon message s’est voulu essentiellement un message d’espoir. Il est important de rêver et de marcher vers nos rêves en y apportant tout l’effort nécessaire. Le soleil se lèvera toujours et il faut garder espoir même dans les moments difficiles. Il est importance de se réaliser et de jamais ne se décourager. J’ai aussi glissé un mot sur la prévention de la toxicomanie. En effet, l’alcool et la drogue sont souvent juste une façon d’engourdir ses problèmes et ses difficultés. Pourtant, après, les problèmes sont toujours là et peut-être encore plus importants. J’ai aussi abordé les thèmes de la prévention du diabète, de l’importance de bouger, de faire du sport. À 10 h 45, nous avons effectué une marche de trente minutes de 2,5 km avec les élèves. Ce fut un moment de dialogue et d’échange très inspirant. À 11 h 30, je suis parti en direction des Islets Jérémie avec Christian Rock qui m’a reconduit en voiture. Un gros merci Christian! Là-bas, Guy Bacon, Éric Hervieux, Serge et Britannie Mistokosho ainsi que Jennika Fontaine nous attendaient. Juste le temps de ramasser un sandwich et le départ se fit à 11 h 50. Cinq minutes après le début de la marche, Gaétan Picard est venu se joindre au groupe. Les conditions de marche étaient idéales puisqu’il faisait chaud et beau et qu’une petite brise venait nous rafraîchir. Nous sommes arrêtés quelque cinq minutes à l’entrée du village de Colombie pour prier à l’endroit où mon grand-papa est décédé en 1982. Je me suis rappelé que c’est Gaétan Picard, mon colocataire de l’époque, qui me l’avait annoncé. Je me suis souvenu de tout le support qu’il m’avait apporté en encore aujourd’hui, il était à mes côtés. Ce fut un moment touchant et émouvant. Puis, les ampoules nous ont fait perdre quelques joueurs : de valeureux guerriers qui sont tombés au combat. M. Jean-Louis Bellefleur, de Natashquan, a ramené nos guerriers à Pessamit après nous avoir donné à boire et surtout, nous avoir beaucoup fait rire. Guy Bacon et moi sommes arrivés à Forestville à 18 h 15 après une marche totalisant 30 km. Bravo Guy, je n’aurais jamais pensé que tu aurais réussi. Gaétan Picard et Éric Hervieux ont aussi franchi le fil d’arrivée. Guy et Gaétan continueront avec nous pendant quelques jours. M. Marjorique Pinet nous a ramenés de Forestville à Pessamit. Un gros merci à Marjorique. Ce fut une superbe journée! Demain, le départ se fera de Forestville à 9 h et l’arrivée est prévue à la Baie-des- Bacons à 17 h. Au total, 35 km de marche sont prévus. Nous arrêterons au cimetière de St-Anne de Portneuf pour nous recueillir devant la tombe de mon frère, celui que je n’ai jamais connu de son vivant puisqu’il a été adopté.

10 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 6

Après avoir soigné quelques ampoules en matinée, Monsieur Marjorique nous conduisit à Forestville avec Guy Bacon et Gaétan Picard. Le départ se fit à 11 h 30. Là, je rencontrai Jacques Tremblay, un ancien patient. Une fois arrivés à Sault-aux-Cochons, nous avons emprunté un sentier pédestre. En chemin, nous avons ramassé (et sûr mangé) plusieurs bleuets. D’ailleurs, M. Sirois, un homme que nous avons rencontré sur notre chemin m’a offert ses bleuets. Nous avons par la suite marché sur l’ancienne route 138 pour arriver à Ste-Anne-de-Portneuf où nous avons dîné à la cantine. J’ai tout englouti en un temps record. Serge et sa fille nous on rejoint à cet emplacement. Nous sommes par la suite allés nous recueillir sur la tombe de mon frère où nous avons pris des photos. Nous avons recommencé à marcher et nous avons fait la rencontre d’ornithologues. Arrivés à St-Paul du Nord, nous avons cherché Serge, qui nous attendait malheureusement au mauvais endroit. Finalement, c’est le policier Jérôme Bacon qui arriva avec le nouveau véhicule de police de Pessamit. Jérôme alla chercher Serge qui était quatre kilomètres plus loin et nous sommes repartis en voiture en direction des Escoumins. Nous sommes arrivés aux Escoumins à 19 h 30, plus précisément aux chalets Shipek, propriété de la communauté d’Essipit. Les frigos étaient pleins et nous avons été très bien reçus par la communauté. Nous nous sommes couchés, non sans avoir une fois de plus traité nos ampoules.

11 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 7

Guy Bacon s’est levé à 5 h 30 et nous a fait du très bon café. Nous nous sommes levés à 6 h et nous avons de nouveau soigné nos ampoules. Serge a réalisé qu’il avait laissé ses clés dans l’auto, porte barrée. Le CAA est arrivé miraculeusement à notre rescousse et nous avons pu partir à 7 h 55 de Longue-Rive. Guy, Gaétan, Jennika et moi-même avons franchi Longue-Rive et nous avons pris l’ancienne route 138. En route, nous avons vu un petit ourson sur le bord de la forêt, espérant ne pas voir sa mère… À 9 h 59, heure où la première tour du World Trade Center est tombée, nous avons fait une minute de silence. À 10 h 28, heure où la deuxième tour s’est effondrée, nous nous sommes recueillis à nouveau dans un moment de silence. Nous avons prié et remercié le Grand Esprit pour notre vie. Le temps était ensoleillé, mais un petit vent de face s’intensifiait avec le temps. À midi, je suis allé chercher des sandwichs avec Serge. Les autres marcheurs continuèrent. Nous sommes arrivées à 14 h 15 aux Escoumins. Là, nous avons été accueillis par Marie-Pierre Ross d’Essipit et son mari, Dave Launière. Marie-Pierre vient de terminer son baccalauréat en éducation physique et Dave est policier à Essipit, mais originaire de Mashteuiatsh. Nous avons marché jusqu’au dépanneur de la communauté où nous sommes arrêtés pour un café et un chocolat. Guidés par Marie-Pierre et Dave, nous avons emprunté des petits chemins qui nous ont menés à la 138 où nous avons rencontré Denis Ross, Grand Chef de la communauté, qui nous cherchait déjà depuis une heure. M. Ross a marché 10 km avec nous. Éric Hervieux est venu nous rejoindre après s’être octroyé une journée de repos pour soigner sa cheville. Nous avons marché jusqu’à Cap-Bon-Désir, soit près de 36 km de marche au total. Par la suite, l’agent Patrice Vachon est venu chercher tout le groupe et nous a ramenés à la salle communautaire où nous attendaient le chef et quelques membres de la communauté. Nous avons marché avec eux autour de la communauté, soit 2,5 km. Nous sommes revenus à la salle communautaire où j’ai discuté du projet et où j’en ai profité pour remercier les gens de la communauté pour leur accueil. Nous sommes par la suite revenus vers les chalets pour souper et pour nous préparer pour lundi où nous aurons l’occasion de nous rendre à l’école primaire et l’école secondaire pour une rencontre avec les élèves. Nous partirons vers 11 h 30 pour Tadoussac, soit 29 km.

12 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 8

Ce matin, nous nous sommes réveillés à 5 h 30. À 6 h, nous déjeunions tous ensemble au chalet. Par la suite, nous avons fait nos bagages puisque ce soir, nous ne dormirons pas ici. À 8 h, l’agent Patrice Vachon (Mushini) est venu me chercher pour m’amener à l’école primaire Marie-de-l’Incarnation pour une rencontre avec les élèves. Trois présentations furent faites (une pour chacun des cycles) à l’aide d’un montage visuel que j’avais concocté. Par la suite, nous avons marché avec tous les enfants dans la communauté. Puis, je me suis rendu à l’école secondaire de Bergeronnes avec l’agent Mushini pour me rendre compte que la présentation que je devais faire était à 14 h et non 10 h 30. J’ai donc décidé de marcher en direction des Escoumins, soit environ 2 km. Peu après, j’étais de retour au chalet pour ramasser tous les bagages. Puis, nous avons attendu Mikaël Kanape, notre escorte pour la semaine qui vient, avec un camion. Nous avons laissé Serge Mestokosho à l’arrêt puisqu’il devait retourner à Pakuashipi pour des raisons familiales. Nous avons acheté quelques sandwichs à l’épicerie et nous avons mangé sur le pouce devant la magnifique Baie-des-Escoumins. À 13 h, nous avons recommencé à marcher au Cap-bon-Désir en direction des Bergeronnes. À 13 h 45, Mikaël est venu me chercher pour m’amener à l’école secondaire (à la bonne heure cette fois…) où j’ai effectué deux présentations traitant de la prévention du suicide, de la toxicomanie et de l’alcoolisme, de la réussite scolaire et de l’importance de rêve et de tout faire pour réaliser ses rêves, et ce, pour le 1er et le 2e cycle. Dans les groupes, il y avait quelques étudiants d’Essipit, mais surtout des Allochtones. Les étudiants ont été très attentifs. J’aimerais d’ailleurs en profiter pour remercier la direction et les professeurs de l’école primaire d’Essipit de même que de l’école secondaire de Bergeronnes pour leur soutien et de leur collaboration exceptionnelle. À 15 h 30, j’ai rejoint, sept kilomètres plus loin, l’équipe de marcheurs d’aujourd’hui soit Brinannie Mestokosho, Éric Hervieux, Guy Bacon, Gaétan Picard et Jennika Fontaine. Nous avons traversé la partie montagneuse de Tadoussac. Le temps était magnifique. Il faisait beau et chaud et un petit vent venait nous rafraîchir. L’énergie était palpable dans l’air. Aujourd’hui, c’était la dernière journée de Gaétan qui avait comme objectif de se rendre à Tadoussac puisqu’il doit retourner travailler. Nous sommes arrivés à Tadoussac 18 h 30 après 30 km de marche au total. En arrivant, je me suis aspergé de l’eau de la baie de Tadoussac, là où mes ancêtres Vollant (métis wendat et belges) avaient débarqué au 18e siècle. Nous avons pris une photo de famille et nous avons dit au revoir à notre ami Gaétan en compagnie de sa femme et sa sœur Pauline. Nous nous sommes par la suite rendus à Sacré- Cœur, à la ferme Cinq Étoiles. Demain, c’est 40 km qui sont prévus. Mikaël viendra nous chercher à la ferme et nous nous rendrons marcher à la jonction de la route 172 et de la route 138. Merci à la ferme Cinq Étoiles pour leur commandite et leur support.

13 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 9

Aujourd’hui, nous nous sommes levés à 5 h 30 avec un bon café de Guy Bacon. Éric réalisa qu’il ne pouvait marcher puisqu’il avait la cheville enflée. Mikaël nous amena à la jonction des routes 172 et 138, au km 0 de la route 172. Nous avons débuté la marche à 8 h. Guy Bacon et moi marchons et discutons de différentes choses. J’ai le temps de penser à ma mère pendant une ou deux heures, de notre relation amour/haine, de sa mort alors que je l’ai moi-même débranchée. Au moins, j’avais eu le temps de faire mon deuil. J’en retiens que chacun d’entre nous devrait prendre le temps de pardonner aux gens aimés. Arrivé à Sacré-Cœur, je suis arrêté au CLSC pour chercher des pansements donnés gracieusement par le CLSC pour nous tous. J’ai rencontré quelques patients que je connais. Nous avons continué à marcher. Nous sommes arrivés à 11 h 30 à notre auberge à Sacré-Cœur, le temps d’un lunch rapide et je suis reparti avec Jennika et Britannie pour continuer la marche. Éric, qui embarque avec Mikaël, devient notre photographe et cameraman officiel. Nous marchons le long de la rivière Ste-Marguerite. Peu après le pont, je me suis fait attaquer par un gros chien méchant et enragé, crocs sortis. J’ai dû le frapper avec mes bâtons de marche pour le dégager, car il m’aurait vraiment blessé sérieusement et ça en aurait été fini de la marche. J’ai continué à marcher le long de la rivière. C’est un plaisir. Cette ancienne vallée glaciaire est tout simplement à couper le souffle. Près du quarantième kilomètre, il y a une petite rivière qui passe et c’est à cet endroit que j’arrêtais souvent avec mes filles. Je me suis souvenu, nostalgique, que Chloé voulait toujours qu’on s’y arrête. J’ai terminé la marche au kilomètre 40 avec Guy (photo à l’appui). Félicitations à Guy pour ses efforts et sa détermination, ainsi que sa force et son humilité. Britannie et Jennika avaient dû arrêter en chemin pour des problèmes aux jambes. Une chance, Mikaël est en tout temps avec nous pour nous escorter en voiture et nous apporter support, eau et vivres. Puis, nous sommes revenus au chalet pour nous soigner, nous laver, manger et surtout rire et rire encore, comme les Innus que nous sommes.

14 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 10

Comme à l’habitude maintenant, nous nous sommes levés à 5 h 30 avec un café préparé par Guy. Nous nous sommes préparés et nous sommes partis à 6 h 45 de la ferme. Nous avons commencé à marcher à 7 h 10, au quarantième kilomètre, là où nous avions laissé hier. Après avoir marché deux kilomètres, soit vers 8 h, Mikaël est venu me chercher pour m’amener à Ste-Rose-du-Nord pour une entrevue radio et télé de Radio-Canada, mais aussi pour le journal Le Quotidien. L’entrevue a été de plus d’une heure. Je suis par la suite revenu rejoindre mes amis au kilomètre 50 en me disait que je reviendrai faire les huit kilomètres esquissés éventuellement. Puis, nous avons rencontré une équipe de tournage qui travaille pour le Centre Nikanite de l’UQAC. L’équipe nous a filmés et interviewés sur la marche, mais aussi en rapport avec le camp d’été d’initiation pour les carrières en santé pour les jeunes autochtones que j’ai initiés. Puis, nous avons continué la marche le long de la rivière Ste-Marguerite. Le paysage y est indescriptible. J’ai encore été très nostalgique. Je pense beaucoup à mes filles. Je me suis souvenu du trajet que j’empruntais pour aller les chercher, mais aussi et surtout des câlins, des baisers et des rires. J’entendais encore les rires de Chloé et de Louise-Sophie dans ma tête. Nous avons terminé notre journée au kilomètre soixante-dix-neuf et j’ai marché un autre trois kilomètres pour me rendre à Ste-Rose-du-Nord sur le bord de la rivière Saguenay. Cet endroit se veut le territoire que mes grands-parents ont déjà habité et il y a d’ailleurs des Innus enterrés dans la forêt attenante. Il était important pour moi de marcher sur les pas de mes ancêtres, sur leur territoire. Puis, je suis retourné à la ferme Cinq Étoiles pour souper, prendre un bain, me soigner, manger et faire mon compte-rendu téléphonique quotidien à Isabelle Picard.

15 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 11

Ce matin, nous nous sommes levés à 4 heures. Nous sommes partis à 7 h 15 du chalet et nous avons commencé à marcher à 8 h de Ste-Rose-du-Nord. Le temps était pluvieux, sombre et froid. Après avoir marché 10 km, Mikaël vint me chercher dans la fourgonnette pour me ramener à ma voiture d’où je suis parti pour me rendre à Chicoutimi, laissant Guy, Éric, Jennika et Britannie marcher à ma place. À Chicoutimi, j’ai enfin pu rencontrer mon coordonnateur pour la marche, Jean-Charles Fortin. J’ai également donné une conférence sur la marche à L’UQAC et fait quelques entrevues radio et journaux. Je suis reparti à 14 h pour rejoindre Éric, à St-Fulgence, qui avait terminé de marcher les 30 kilomètres prévus aujourd’hui. J’ai marché le dernier kilomètre et demi avec Guy. Puis, nous nous sommes rendus à l’Auberge de jeunesse de Chicoutimi. Nous nous sommes douchés et nous sommes allés souper au restaurant avec Jean-Charles Fortin. Nous sommes par la suite revenus jaser à l’auberge et à 22 h, tout le monde était couché. Cette fois, nous avons séparé l’équipe de marche en deux pour le dodo : une partie de l’équipe qui se lève plus tard a dormi dans un dortoir et l’autre, dans une chambre. J’ai évidemment dormi dans le dortoir… Apparemment, la nuit a été très bruyante, mais je n’ai rien entendu. Je me suis endormi très vite en Éric et Guy qui avaient marché au km 100, sur la grande côte où l’on aperçoit Chicoutimi et le Saguenay, un endroit où j’avais toujours voulu marcher. Ce grand plaisir à pied sera pour une autre fois, un autre moment.

16 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 12

Ce matin, je me suis levé à 6 h 45. On a même dû réveiller les filles, les gars étant déjà réveillés depuis 5 h 30. Nous nous sommes par la suite préparés. Nous avons déjeuné et à 7 h 30, un groupe de quatre grandes marcheuses de Chicoutimi : Ruth, Louise, Monique et Ginette sont venues nous rejoindre. Nous sommes tous partis pour la rivière Valin, notre point de départ pour aujourd’hui, pour une marche prévue de 30 kilomètres. En passant, je me suis souvenu que le nom Valin se veut une déformation du nom Vollant. Nous avons commencé à marcher à 8 h 45, avec un vent de face assez prononcé. Nous avons marché à Chicoutimi-Nord et franchi le pont de la rivière Saguenay. Je me souviens d’avoir eu un moment nostalgique puisque j’ai été très heureux professionnellement et personnellement à Chicoutimi pour y avoir habité trois ans. Les vibrations y sont toujours bonnes. Nous avons par la suite marché au Vieux-Port et nous nous sommes dirigés vers l’hôpital. Nous sommes arrivés à 11 h. J’y étais attendu à 11 h 30 pour une conférence. J’ai rencontré le Directeur général, Dr. Lemieux ainsi que le Directeur des services professionnels, Dr. Bernard Parent qui sont venus me saluer et démontrer le support de la direction de l’hôpital pour mon projet personnel. J’ai aussi rencontré des étudiants de médecine, des médecins et du personnel infirmier qui sont tous venus assister à la conférence. J’ai été également honoré par la présence d’amis médecins et infirmiers que je connaissais depuis longtemps. Nous sommes repartis à 13 h et nous sommes retournés vers le Vieux-Port de Chicoutimi pour ensuite emprunter le sentier qui mène à la petite maison blanche du déluge. Nous avons ensuite marché dans le quartier panoramique de la Ville et devant Rio Tinto, Arvida et Kénogami. À 16 h, nous avons dit au revoir à Britannie qui nous a quittés pour retourner aux études à Québec. Elle veut devenir intervenante en diabète et voudrait bien faire une marche dans sa communauté, à Pakuashipi, pour faire changer les habitudes de vie dangereuses pour sa communauté. Britannie m’a même mentionné qu’elle serait intéressée à venir marcher avec moi au Labrador. Éric Hervieux nous a également quittés à 13 h, ses parents étant venus le chercher pour des raisons familiales. Nous avons terminé de marcher à 17 h 30 après avoir franchi le pont de la rivière aux Sables, aux limites de Jonquière, endroit où l’on commencera à marcher demain.

17 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 13

Aujourd’hui, je me suis levé à 6 h. Guy et Mikaël sont venus me rejoindre entre 7 h et 7 h 30 pour ramasser l’équipement et les bagages. Nous avons déjeuné à 7 h 30 et nous sommes partis à 7 h 50. Lors du déjeuner, nous avons été rejoints par Ruth, Ginette et Monique qui ont décidé de marcher les 31 km avec nous. Nous nous sommes rendus de l’autre côté de la Rivière aux Sables à Jonquière, sur la route 177. Nous avons marché en direction de St-Bruno. Jennika avait mal au ventre et elle était fiévreuse, elle n’a donc pas marché et est restée avec Mikaël dans la voiture. Il faisait beau, ensoleillé et nous avions un petit vent de face. Nous avons eu de beaux échanges et de beaux dialogues sur la vie, la philosophie, les chemins dans la vie, nos expériences personnelles, etc.  Par la suite, j’ai fait une entrevue à la radio de Radio-Canada pour inviter les gens à venir marcher avec nous dimanche ainsi qu’à nous encourager et à nous klaxonner. J’ai également fait une autre entrevue pour le Medical Post sur le projet global. Juste avant le dîner, nous avons rencontré un groupe d’Uashat avec un guide spirituel cri du nom de Bill Constant, un Cri du Nord de l’Ontario. Le groupe s’en allait dans la communauté de Bill au nord de Timmins pour une cérémonie de trois jours. Le groupe nous a félicités et encouragés et nous avons fait une cérémonie de la pipe sur le bord du chemin. C’était vraiment bien. J’ai fumé pour honorer les quatre directions, ce qui m’a donné le sourire et j’ai souhaité beaucoup de paix en partageant la pipe avec tout le monde. Dans le groupe, il y avait aussi un Algonquin de Pikogan qui m’a généreusement remis des sous pour que le groupe de marcheurs puisse manger. Cette rencontre impromptue, je m’en souviendrai longtemps. Je sais que le groupe priera, dansera et brûlera du tabac pour nous pendant leurs cérémonies. Cette rencontre nous a énergisés et nous étions heureux. Nous avons également fait quelques autres rencontres avec des cyclistes et des automobilistes qui nous félicitaient pour notre démarche. Nous avons dîné à 13 h à Larouche. Nous sommes repartis à 13 h 30. Durant la journée, j’ai eu l’appel des soeurs de Guy pour me dire qu’elles viendraient nous rejoindre. Je l’ai caché à Guy pour lui faire la surprise. C’est à St-Bruno que nous les avons rencontrées. Elles l’ont félicité et encouragé. Cela lui a donné la motivation nécessaire et Guy est maintenant persuadé qu’il peut se rendre jusqu’à la fin. Rappelez-vous qu’il ne voulait que faire 16 km au départ… Le groupe a été rejoint par Pierre Laberge et sa conjointe ainsi que Shal Bacon qui sont venus nous rejoindre à St-Bruno. Nous avons célébré ça par une crème glacée bien méritée et engloutie sans aucun remords. Le groupe de marcheurs est parti coucher chez M.Claude du Site Plume blanche. Il y a une cérémonie de sudation prévue à 8 h ce soir pour le groupe.  Demain, nous partirons à 9 h 30 de St-Bruno. Nous nous rendrons 34 km plus loin à Chambord. Lundi : arrivée à Mashteuiatsh.

18 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 14

Hier soir, je suis allé rejoindre Guy, Mikael, Claude et des jeunes qui sont en stage Katimavik à la tente de sudation. Je suis resté jaser avec eux et je me suis couché à minuit pour me lever à 6 h. J’ai pris une douche, j’ai préparé mes pieds pour la journée de marche avec des pansements et j’ai aussi pris soin de Guy. Nous sommes partis à 8 h 30. Mikael amena Guy, Jennika et moi à l’aréna de St-Bruno. Nous y avons rencontré M. Roger Tremblay, conjoint de Louise Gill. Nous avons pris des photos. Puis, nous avons dit au revoir à Mikael qui est reparti vers Pessamit. Ginette est également venue nous rejoindre. Nous sommes tous partis pour marcher. Le temps était beau. Nous avons rencontré Marco Bacon sur le chemin et il a fait quelques pas avec nous. Nous sommes arrivés à St-Gédéon et nous avons commencé à voir le Piekogami (lac St-Jean en langue innu). Nous avons marché le long de la piste cyclable. Nous y avons rencontré plein de gens qui savaient ce que nous faisions, dont un de mes anciens patients, M. Rénald Legeault ainsi que son fils et ses petits-enfants. Nous étions très contents de nous voir après toutes ces années. D’ailleurs, M. Legeault m’a mentionné que sa fille, qui étudie en 3e année de médecine, le fait un peu grâce à moi. Ça m’a fait chaud au cœur. Cela prouve que ce que l’on fait peut avoir de l’influence sur les autres. J’ai aussi rencontré le Dr. Paul Bégin et sa conjointe de même que Pierre Laberge et Charles Bacon qui filmaient, près de Métabetchouan. Nous avons aussi rencontré André-François Bourbeau, professeur retraité en tourisme d’aventure à l’UQAC. C’est d’ailleurs M. Bourbeau qui m’a donné des conseils pour ma marche d’hiver l’an dernier. Pierre Paré et une amie se sont également joints à nous et nous avons rencontré quatre dames de Mashteuiatsh qui ont aussi marché avec nous. Nous avons lunché à la Frite mexicaine. Nous y avons rencontré plein de gens qui nous ont félicités pour notre démarche. Veronica, la fille d’André-François s’est aussi jointe à nous ainsi que sa femme et sa belle-sœur. Tous nous ont accompagnés jusqu’à Desbiens et le long du chemin, j’ai eu droit à un cours de survie par M. Bourbeau. Il m’a entre autres fait goûter à des cerises sauvages et des fruits de rosiers sauvages comestibles. Il m’a informé des propriétés de la quenouille. Cet homme est hyper intéressant et très allumé. Je suis fier que quelqu’un d’aussi renommé que lui soit fier de moi et prenne le temps de marcher avec nous. M. Boubeau est vraiment un spécialiste, voire une sommité de la survie en forêt. Il vient d’ailleurs de terminer d’écrire un livre. M. Boubeau nous a quittés entre Desbiens et Chambord. Nous avons continué à marcher les huit derniers kilomètres, qui ont d’ailleurs été un vrai calvaire, chaque pas étant pénible à cause des ampoules et de la douleur. Nous avons terminé notre marche à Chambord. Demain, nous commencerons à marcher à 7 h à partir de Val-Jalbert en direction de Mashteuiatsh, soit 18 km environ. Nous aurons une rencontre à l’école, puis au centre de santé, à la maison des aînés puis un souper communautaire. Par la suite, Guy et moi retournerons à Chambord pour marcher les sept kilomètres restants.

19 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 15

Ce matin, je me suis levé à 6 h. La nuit dernière, j’avais dormi dans une tente de prospecteur où j’ai partagé la tente avec Jennika. J’avais un peu exagéré sur le nombre de bûches dans le poêle… J’ai rejoint Guy à 6 h 30 et nous sommes partis en voiture et direction de Val-Jalbert. Arrivés à 7h00, une douzaine de personnes nous attendaient, dont Ruth et Monique ainsi que Roger Tremblay et d’autres personnes de Mashteuiatsh ainsi que Pierre Paré et son amie. Nous sommes partis le long de la route 169 et nous avons emprunté la vélo-route. La journée était superbe, ensoleillée. Nous avons pris plusieurs photos, les couleurs étant magnifiques. Nous sommes arrêtés un peu avant Roberval où nous avons rencontré Rachel Bacon et Shenamen Dubé, deux kukum (grand-mères) qui ont marché avec nous. Nous avons fait un petit stop à la marina. Sur une muraille était écrite : À cœur vaillant, rien n’est impossible. Cette phrase m’a inspiré pour la journée. J’adhère tout à fait à l’adage. On met beaucoup d’effort et on souffre parfois, mais on réussit souvent à atteindre nos objectifs, avec détermination. Nous avons beaucoup discuté pendant la marche. Nous nous sommes dirigés vers Mashteuiatsh et d’autres marcheurs se sont joints à nous ainsi que des équipes de tournage du Wapikoni Mobile et de Radio-Canada. Nous y sommes arrivés à midi, accueillis par le Chef Cliff Moar et plusieurs enfants qui étaient déjà présents qui avaient hâte de me rencontrer et de marcher avec moi. À 12 h 40, j’ai rencontré la classe de préscolaire pour une quinzaine de minutes. Je leur ai parlé de l’importance de rêver. Puis, dans un grand gymnase, j’ai rencontré les élèves de la 1ere à la 5e année de l’école Anishk (castor) pendant trente minutes. Je leur ai parlé de mon cheminement, de l’importance de rêver et de travailler fort pour réaliser ses rêves. Tout le monde peut tomber, mais il faut se relever. Les élèves m’ont remis un cadeau : un bracelet pour mon bâton de marche avec une dent de castor pour me remercier et que je me souvienne d’eux. Nous avons aussi fait une farandole dans un cercle en criant et les enfants étaient très excités. Je leur ai promis de revenir l’an prochain avec des livres à colorier Innu Meshkenu. J’ai vu beaucoup de flammes dans les yeux des enfants. Qui sait? Peut-être que des rêves sont nés aujourd’hui. Par la suite, je me suis rendu à l’école secondaire et 6e année Kasinu Mamu (tous ensemble). J’y ai parlé de mon métier, de la peur du sang et des morts que j’ai surmontée et qui m’a fait grandir. J’ai discuté de l’importance de croire en quelque chose et de travailler pour que ça se réalise. J’ai aussi parlé de nutrition, de prévention santé et santé mentale, des abus de drogues et d’alcool. À 14 h 30, nous avons fait une marche derrière l’école avec tous les élèves des deux écoles et j’ai senti que j’ai réussi à toucher des jeunes et des enseignants. J’ai aussi rencontré des membres de la famille Valin et nous avons parlé de l’origine européenne de notre famille. Ça m’a beaucoup touché de voir les liens qu’on a tous. D’ailleurs, certains aînés allaient chasser sur un territoire commun de la rivière Péribonka, en plein milieu du Nitassinan. À15h30, j’ai visité le Centre de santé. J’y ai rencontré la directrice générale Jowan Philippe et le Dr. Johanne Philippe, amie de longue date. J’y ai aussi rencontré le personnel infirmier et autre personnel de la santé et j’ai discuté avec eux. À 16 h, nous nous sommes rendus à la salle des aînés et nous avons eu une discussion avec les aînés, suivis d’un souper. J’ai soif d’apprendre les connaissances traditionnelles telle la médecine traditionnelle. Nous avons discuté du besoin d’établir un groupe de recherche. Nous avons eu de très beaux échanges très émouvants qui m’ont convaincu de la proximité que j’ai avec ces gens-là. Je me sentais comme chez moi. J’ai reçu quelques cadeaux et je suis parti chez Claude Boivin pour la routine habituelle du soir. Demain, nous commençons un séjour intense de 257 km en six jours. Nous quitterons vers 7 h 30 pour nous rendre à La Doré où nous allons coucher dans un camp, chalet principal d’accueil de la réserve Ashuap Mushuam.

20 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 16

La nuit dernière, j’ai dormi huit heures. À mon réveil, il pleuvait beaucoup. Nous avons déjeuné avec Claude et nous nous sommes préparés. Guy avait une douleur au talon qui se voulait en fait un abcès. J’ai donc pris une aiguille stérile et j’ai agrandi la plaie, ce qui a soulagé grandement le mal. J’ai ensuite appliqué une crème antibiotique. Nous avons fait nos bagages et tout ramassé et Claude est tout allé porter à Dave Casavant. Nous avons commencé la marche au Centre de santé et nous avons fait le plein de matériel médical pour le reste du voyage. Nous nous sommes aussi équipés de masques contre la poussière. Nous avons commencé la marche à 9 h. La pluie arrêta dès que nous avons commencé à marcher. Nous avons été salués par plusieurs personnes. J’ai également acheté du tabac pour offrir le long de la route. De plus, Sonia Robertson et Janine Boivin ainsi que son mari nous ont donné des sachets de cèdre pour nous aider à guérir et clarifier nos esprits. Nous avons aussi reçu un rosaire qui appartenait à un aîné. Puis, j’ai reçu un anneau d’os de caribou qui appartenait à un aîné, symbolisant le caribou qui marche à travers tout le territoire. Nous avons marché sur la vélo-route et deux kilomètres plus loin, Sonia et Janine nous disaient au revoir. Guy, Jennika et moi avons continué à marcher. Nous avons franchi St-Prime, mais nous avons manqué la fameuse fromagerie Perron. Nous sommes arrivés à St-Félicien où Roger Dominique de la radio communautaire, accompagné de Jeannette Siméon, nous ont fait une grande surprise, celle de nous offrir un lunch : pabo (potage de lièvre), innu pueshekan (banique), galettes aux raisins et le fameux fromage Perron. Tout était excellent et le soleil est apparu au même moment. Un gros merci pour tout du plus profond de notre cœur, le lièvre nous donnant l’élastique dans nos jambes pour marcher davantage. Puis, Mme Colette Robertson, directrice de la réserve faunique où nous allons dormir, est venue nous rejoindre. Elle a marché avec nous pendant trois heures. Nous avons beaucoup parlé et ce fut de très beaux échanges. Guy avait un peu mal au talon, mais nous nous sommes rendus jusqu’à La Doré après avoir complété 43 kilomètres.  Nous sommes par la suite allés au chalet de l’accueil de la réserve faunique. Nos nous sommes reposés et à notre arrivée, il y avait déjà un plat qui mijotait : du lièvre et des légumes. Tout était excellent il n’en est pas resté un morceau. Un gros merci aux gens de Mashteuiatsh pour leur grande générosité.

21 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 17

Aujourd’hui, nous nous sommes levés à 6 h 20. Le café était déjà prêt et bien fort. L’ampoule de Guy était encore très douloureuse et infectée. Nous avons soigné la plaie et nous sommes partis vers 7 h 30 du kilomètre 20. La température d’automne était très belle. Il faisait beau, le ciel était bleu et les couleurs, sublimes. Nous sommes arrivés à Ladoré à 10 h et Mme Jocelyne Gauthier est venue nous ramener au camp principal pour que nous puissions ramasser des trucs pour dîner. Nous sommes repartis en voiture et elle nous a laissés au km 66 de la route 167. Nous avons marché dans le sens contraire d’ pour revenir vers le camp. Nous avons marché 6 km à l’heure. J’avais l’esprit du lièvre que j’avais mangé hier dans les pattes ainsi que du caribou. Nous avons marché d’un pas décidé. Arrivés au km 50, il y avait de la construction, Rénald Gauthier et Yvon Perron nous ont offert des breuvages et des collations. Ça tombait à point parce que nous étions à court d’eau. Il y avait beaucoup de moustiques et j’ai demandé au Créateur qu’il m’envoie une brise pour chasser les mouches. Vingt minutes plus tard, les moustiques ont disparu puisqu’une brise s’est levée. Nous avons fait quelques offrandes de tabac en chemin. Nous avons rencontré Marjolaine Étienne de Mashteuiatsh et nous avons pris des photos. Nous avons fait une pause à tous les 10 km. Un peu avant la fin de la marche, nous avons rencontré une voiture de police avec à bord Jean-Baptiste Awashish et Normand Cleary qui nous ont salués, encouragés et nous ont dit que la population d’ nous attendait impatiemment. Mes jambes avaient aussi bien hâte d’arriver dans la communauté… Nous avons descendu une côte et nous avons pris une belle photo que j’ai intitulée : nous étions des géants. Arrivé au chalet, Jennika nous attendait avec deux belles baniques qu’elle avait faites elle-même. Et nous avions un plat cuisiné de perdrix et d’outarde fait par Shenamen Dubé qui nous attendait. C’était extraordinaire. Le repas était digne d’un grand restaurant. Mille mercis à Mme Dubé et à la communauté de Mashteuiatsh. Demain au menu : tourtière. Qui sait? Peut-être que demain on courra comme des lièvres et qu’on volera comme des outardes. Nous allons arriver sur le chemin qui amène vers midi. En fin de journée, nous devrions être entre les kilomètres 20 et 25.

22 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 18

Ce matin, nous nous sommes levés à 6 h avec un bon café. Rocky Buckell, de Mashteuiatsh, est venu nous chercher à 7 h et nous sommes partis à 7 h 30 du kilomètre 66 de la route 167. À environ midi, nous sommes arrivés à l’intersection de la route 167 et de la route menant à. Le temps était beau malgré quelques mouches, mais comme à l’habitude, le vent s’est levé pour chasser les moustiques. De plus, une pluie nocturne faisait en sorte que la route, non asphaltée, était moins poussiéreuse. Au cinquième kilomètre, nous avons mangé dans le camion de Rocky. Nous repartis peu après et avons mis nos masques de chirurgiens contre les nuées de poussière ainsi que nos lunettes de protection. Nous avons marché jusqu’au kilomètre 20 et j’ai même couru les trois derniers kilomètres en treize minutes. Par la suite, j’ai su que les camionneurs pensaient que je courais après les caribous… Au 23e kilomètre, Rocky, Guy et Jennika sont venus me chercher et m’ont ramené au camp. Au menu ce soir : tourtière et banique fraîchement faites ainsi que de nombreux desserts. Nous nous sommes soignés les pieds et malheureusement, l’état du talon de Guy avait empiré; son ampoule avait grossi. Nous nous sommes couchés tôt, ce qui nous a fait le plus grand bien.

23 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 19

Ce matin, Mme Robertson nous a amenés au kilomètre vingt-trois à 8 h 30. Jasmin Flamand est par la suite venu cherche nos effets personnels puisque ce sont les Attikameks qui nous ont pris en charge à partir de ce moment-là. En route, nous avons rencontré plusieurs dizaines de personnes de tout horizon qui nous ont offert gâteaux, beignes, eau et jus. Nous avons entre autres rencontré le Chef Christian Awashish et son épouse, Doreen Picard. Nous avons dîné à 12 h 30, ayant pris un peu de retard dû aux activités sociales nombreuses… La journée était superbe et une petite brise venait chasser les moustiques. Les camionneurs étaient compatissants et ralentissaient à leur passage. Un peu plus tard sur la route, nous avons rencontré Yvette Chaichaï, directrice du Centre de santé d’Opitciwan. Cette dernière nous a fait savoir que les gens de la communauté d’Opitciwan nous attendaient avec impatience lundi, ce qui nous a donné beaucoup de motivation. Nous avons eu de très belles discussions tout au long de la journée. Guy nous a rappelé l’importance de prendre la longue route qui mène vers la vraie vie au lieu des petits raccourcis. C’était très émouvant. Jennika a fini en premier au kilomètre 62 et plusieurs personnes nous attendaient au kilomètre 68. On nous a amenés au campement de M. Joseph Awashish et de sa famille, sur son territoire de chasse. En tout, une vingtaine de personnes s’y trouvaient. On nous a donné un bain de pieds avec des herbes médicinales et nous avons mangé de la perdrix, du doré, de l’orignal, de la banique, du pain vapeur, des gâteaux et de la pâte de bleuets. Tout était délicieux et nous avons été reçus comme des rois. Nous avons fait les lits et nos hôtes ont placé des pierres chaudes dans notre campement. Ils nous ont assuré qu’ils remplaceraient les pierres chaudes pendant toute la nuit pour que nous puissions garder une certaine chaleur. Quelle délicate attention! Demain, nous déjeunerons vers 6 h 30 et nous devrions partir à 7 h du kilomètre 68 pour nous rendre au kilomètre 62. Puis, Jasmin Flamand devrait nous ramener au kilomètre 68 et de là, nous repartirons dans la bonne direction vers Opitciwan. Nous devrions coucher au kilomètre 104.

24 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 20

Après avoir dormi sur le territoire de Joseph Awashish au km 168, nous nous sommes levés à 6 h alors qu’un feu crépitait déjà. Jaquelin Awashish avait pris soin de mettre des pierres chaudes dans notre tente pendant toute la nuit et nous étions donc reposés. Nous avons partagé et échangé beaucoup avec les gens qui étaient là en cette belle matinée. Guy a même fait une fausse demande en mariage, genou au sol, à Ginette avec comme cadeau un gâteau Vachon. Inutile de rappeler que les Innus et les Attikameks adorent rire. Nous avons continué le déjeuner avec de la confiture de bleuets fraîchement faite. Nous sommes partis à 7 h 15 du km 68 pour nous rendre au km 62. Nous avons marché jusqu’à 8 h 20 et Jasmin Flamand ainsi que Chrystelle Wezineau sont venus nous chercher pour nous ramener au km 68 où nous avons fait une pause-café et nous avons à nouveau ri de la fausse demande en mariage de Guy. Nous sommes repartis vers 9 h alors que Jasmin a décidé de marcher avec nous. Chrystelle nous a suivis en voiture, transportant l’eau et les vivres et prenant quelques photos. Je tiens d’ailleurs à remercier les Attikameks pour leur appui extraordinaire. Ils ont bien pris soin de nous à tout moment sur la route et pour la nuit et nous n’avons aucune inquiétude à avoir. Au km 80, Yvette Chachaï et cinq autres marcheuses sont venues se joindre à nous et plus tard, trois autres marcheurs les ont imités. Nous avons tous marché jusqu’au kilomètre 105. Aussi, au kilomètre 90, Ken Awashish et Allen Cleary, deux jeunes que j’avais rencontrés au camp de carrière santé du centre Nikanite de l’UQAC, se sont joints à nous et ont offert de filmer la marche et de photographier puisqu’ils étaient déjà formés par le Wapikoni Mobile. À un moment, je marchais seul et plusieurs réflexions me sont passées par l’esprit dont une réflexion sur la mort. J’en ai plus tard discuté avec Guy et je lui disais que je n’avais pas peur de mourir et je sais que la mort est juste une autre étape de la vie, le début de quelque chose d’autre. Si mon destin est de mourir jeune et que c’est de la façon dont mon destin doit s’accomplir, je pourrais certainement être serein dans cette destinée même si je souhaite vivre en jusqu’à 99 ans. Mon seul regret serait de ne pas voir mes enfants grandir. La vie est un cadeau et qu’il faut célébrer et vivre pleinement. Il faut vivre chaque jour comme si c’était le dernier, ne pas avoir peur de dire aux gens qu’on les aime et être capable de se pardonner et de pardonner aux autres. Ça m’a rappelé une chanson de Nickelback qui partage la même vision que j’écoute parfois : If today was your last day. C’est un peu ainsi que je vois ma marche : chaque pas est important et chaque pas va nous amener vers notre objectif. C’était un moment émouvant de la journée que j’avais envie de partager à mes lecteurs. Arrivés au kilomètre 105, nous avons été accueillis par la famille d’Antoine Awashish (alias Pabu) dans son territoire. Toute sa famille, soit plus de quarante personnes y étaient. Il y avait sur place plusieurs chalets et tentes. La famille Awashish venait tout juste de tuer un orignal et ils le dépeçaient. Nous avons eu à nouveau un réel festin de caribou, d’outarde, de perdrix et de doré ainsi que de gâteaux attikameks. Nous avons par la suite fait une cérémonie de la pipe, car le fils d’Antoine, Stéphance, est porteur de pipe. Antoine nous a beaucoup parlé dans un dialecte ancien qu’on appelle le dialecte de la forêt. Ce dialecte est commun aux Attikameks et aux Innus qui vivaient en forêt et qui partageaient autrefois le territoire. M. Awashish disait qu’il était très content de voir des marcheurs arrivés sur ses terres et que ça lui rappelait son histoire et celle de ses ancêtres. Ce fut très émouvant. Aussi, sa fille Nathalie et son fils Stéphane m’ont mentionné qu’ils aimeraient beaucoup participer à la marche cet hiver. Nous sommes allés nous coucher dans une tente préparée pour nous avec un lit de sapinage. Ce fut une autre belle journée remplie de beaux dialogues, d’échanges et de partages.

25 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 21

Ce matin, nous nous sommes levés à 6h20. Nous avons déjeuné au chalet d’Antoine Awashish avec son fils et sa fille. Nous avons commencé à marcher à 7 h 30 du kilomètre 105. Guy, Ken Awashish et Allen Cleary étaient du groupe ainsi que deux autres personnes. Au kilomètre 120, huit autres personnes nous ont rejoints dont Jasmin Flamand et Yvette Chachaï. Le temps était couvert, mais le soleil a percé les nuages et soudainement, il a fait très chaud. Il faisait si chaud que je me suis dit qu’il y aurait peut-être des palmiers et des bananiers une fois à . J’ai donc demandé au créateur de nous donner un peu de vent et il s’est exécuté en moins de deux. Une fois rendus au kilomètre 132, la famille de M. Awashish nous attendait avec un festin : orignal, banique, doré et outarde étaient au menu. Nous avons également fait une cérémonie de la pipe avec Roselin Awashish qui m’a d’ailleurs mentionné qu’il aimerait bien marcher avec nous cet hiver lorsque nous reviendrons en territoire attikamekw. Il a aussi mentionné que c’était pour lui un honneur de nous recevoir puisque nous sommes arrivés à pied dans le territoire, comme ses ancêtres le faisaient. Nous avons prié puis mangé et nous sommes repartis à la marche. Au kilomètre 140, la famille de M. William Awashish nous attendait pour souper et pour nous accueillir pour la nuit. Nous avons continué jusqu’au kilomètre 147,2 pour un total de 42,2 kilomètres, un nombre choisi pour faire un clin d’œil à mes amis marathoniens (en particulier à Isabelle Lépine la marraine de mon fils) qui couraient le marathon de Montréal. Yvette Chachai, Jasmin Flamand, Guy, Jennika et plusieurs autres personnes terminent la marche avec moi. Par la suite, nous nous sommes dirigés vers le campement de M. Awashish où plus de trente personnes s’étaient rassemblées. Nous avons tous mangé du doré, de l’orignal et de la banique. Puis, on nous a amené à notre tente située sur le bord du réservoir Gouin. Nous sommes par la suite allés près du feu où William nous a raconté plein d’histoires sur sa vie et sa communauté et ses petits-fils ont fait des chants au tambour.  Nous nous sommes couchés à 11 h. Il ne reste que dix-huit kilomètres pour lundi…

26 SEPTEMBRE 2011 – JOUR 22

Ce matin, nous nous sommes gentiment fait réveiller par Guy à 6 h qui venait vérifier si nous dormions. Nous avons fait nos sacs et nous avons préparé nos pieds. À 6 h 30, William Awashish est venu nous offrir du café. J’en ai profité pour prendre des photos du magnifique paysage. Nous avons déjeuné et à 7 h 10, nous partions du kilomètre 147,2. Avec nous : William et Claudia Awashish, Yvette Chachai, Jasmin Flamand, Nathalie Awashish, Marcel Saganash, Guerthé Chachai et sa fille, Sabrina et Kellya. Il y avait beaucoup de moustiques, mais les paysages étaient magnifiques. Nous avons entre autres discuté avec William Awashish des pensionnats et de l’enlèvement des enfants attikameks par des missionnaires et les agents des Affaires indiennes. Les enfants partaient pour dix mois chaque année et cela a laissé des blessures profondes dans les familles et la communauté. Cette conversation m’a beaucoup touché. Au kilomètre 158, plus de deux cents jeunes du secondaire nous attendaient, dont Ken Awashish et Allen Cleary, Andrew et Marty. On pouvait sentir l’effervescence et les jeunes semblaient excités. Cinq kilomètres plus loin, une centaine d’élèves du primaire et soixante jeunes enfants du CPE nous attendaient avec des banderoles ainsi que plusieurs membres de la communauté. Nous sommes entrés dans la communauté d’ tels des héros. J’étais content pour Guy et Jennika ainsi que pour les Attikameks. Le chef Christian Awashish, nouvellement assermenté, nous a rejoints. Au même moment, quatre aigles nous survolaient. En arrivant à , on peut découvrir le paysage du réservoir Gouin. Ces paysages ne peuvent que rappeler l’histoire de la communauté qui a dû déménager à plusieurs reprises à cause des inondations, comme en 1920. Saviez-vous que le nom  veut dire « l’eau qui monte »? Voir tous ces enfants et ces adultes qui marchent vers nous et avec nous dans un contexte difficile où il y a eu trois suicides récents dans la communauté envoie un message d’espoir. À l’école secondaire, nous avons d’ailleurs lancé des ballons dans le ciel en signe d’espoir. Puis, nous nous sommes dirigés vers le gymnase où j’ai fait une allocution sur le projet, mais aussi sur l’importance de rêver et de tout faire pour réaliser ses rêves. Il faut avance un pas à la fois, comme je l’ai fait lors de cette marche. La vie est un cadeau et il faut la célébrer et il y a toujours des jours meilleurs qui suivent les moins bons. Je crois que l’audience était émue. Par la suite, nous avons reçu des cadeaux, dont des plumes d’aigle. Pour Guy et Jennika, ces cadeaux symbolisaient la persévérance. Nous avons pris une douche bien méritée au Centre de santé pour enlever quatre jours de poussière. Je ne vous raconte pas l’état de mes cheveux qui se comparaient à de la laine d’acier. J’ai aussi pu me raser. Enfin! Puis, Syriac Awashish nous a amenés jusqu’à Roberval. En chemin, nous avons réalisé toute la route que nous avions parcourue. Chaque kilomètre avait une histoire et nous avons tous conclu que rien n’est impossible à celui qui le veut vraiment. J’ai déposé Guy et Jennika à Chicoutimi et plusieurs membres de la communauté de Pessamit nous attendaient, dont quelques membres de nos familles. Ce fut une belle surprise.  Je suis parti à 19 h 30 vers Québec pour passer la nuit chez des amis. Je partirai mardi matin pour Montréal. C’est ce qui termine une longue marche de 680 kilomètres. À la prochaine!