#2 DE PAKUASHIPI À UNAMEN SHIPU

DATE DU DÉPART : 4 AU 24 MARS 2011

LIEU DE D'ARRIVÉ : UNAMEN SHIPU

DISTANCE: 440 KM

DISTANCE CUMULATIVE ÀPRES CETTE ÉTAPE: 1060 KM

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4 MARS 2011

3 jours avant le grand départ, beaucoup d’anxiété et de fébrilité en même temps. Je prendrais l’avion de Montréal à Sept-Îles dimanche à 14 h et le vol d’Air Labrador en direction de Pakuashipi à 17 h 30 de Sept-Îles avec Éric Hervieux. Nous commencerons à marcher le 7 mars en direction de Pakuashipi. Je dois préparer mon départ malgré ma chirurgie très récente aux yeux qui me rend moins efficace, mais qui me permettra de marcher sans lunettes et verres de contact. J’ai hâte de faire mes premières enjambées en compagnie de mon petit cousin et compagnon d’aventure, Éric et de rencontrer les gens de la Basse-Côte-Nord.

6 MARS 2011

Le périple de Stanley Vollant sera malheureusement retardé. En raison des conditions météorologiques défavorables, tous les avions à destination de la Côte-Nord ont été annulés aujourd’hui. Le prochain départ possible pour lui sera demain, lundi, à 17 h. Ce n’est que mardi qu’il entreprendra ce long voyage face à l’hiver qui n’est décidément pas prêt à partir. Est-ce que Stanley fera face à d’autres surprises de cette chère nature?

8 MARS 2011 – JOUR 1

Voilà nos deux aventuriers qui commencent leur long périple, qui ne s’annonce pas de tout repos. Forcés de rejoindre Vieux-Fort en motoneige, ils ont dû affronter un blizzard qui a soufflé à 70 km/h; ils ont avoué avoir trouvé cela éprouvant. Une fois là-bas, ils furent accueillis par un résident, Garry McDonald, qui offrit aux deux aventuriers et à leurs conducteurs l’hospitalité pour la nuit et un bon repas pour récupérer de leur dure journée. Mardi matin, ils mirent leurs raquettes sachant très bien que la journée serait difficile puisque la tempête hivernale s’imposait encore à eux. Les traces et les indications étaient imperceptibles, puisqu’elles disparaissaient dans pas moins de 2 pieds de neige fraîche. Face à autant de neige, ils changèrent leurs raquettes pour leur modèle traditionnel, beaucoup mieux adapté à ces conditions. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’ils atteignirent le camp nº 23, épuisés et totalement vidés. Stanley raconte à quel point sa journée a été exigeante : « Je n’ai pas de mots, je n’ai jamais trouvé ça aussi tough! »  À peine se remettent-ils de leur journée qu’ils entreprennent déjà la prochaine, qui comptera 25 km, soit 5 km de plus qu’aujourd’hui. Les braves aventuriers prévoient tout de même arriver à St-Augustin vendredi midi. Ils auront besoin de beaucoup d’encouragements pour continuer et surtout une volonté de fer pour affronter cet hiver acharné.

9 MARS 2011 – JOUR 2

Après une première journée dans la tempête, c’est maintenant la deuxième journée de l’aventure Innu Meshkenu. Le soleil brillait, il faisait vraiment froid pour les deux aventuriers d’Innu Meshkenu. C’est tout un périple, la neige est encore dense après la tempête malgré quelques motoneiges qui ont raffermi la surface. L’épreuve est difficile, il y a les montagnes, mais ce qui leur a paru infranchissable ce sont les lacs interminables. La neige était molle et nos aventuriers s’enfonçaient sur ce lac de neuf kilomètres. Découragés, trainant des charges de quelque 73 kilos (160 lb) dans leurs traineaux, Stanley et son cousin étaient épuisés. Ils avaient mal au dos, Stanley a même pensé abandonner ou attendre du secours. Glissant dans une pente raide, il s’est rendu presque en rampant au camp 22. Après le repas et une discussion sur les possibilités, ils ont choisi de rester au camp 22 plutôt que de se rendre au 21. Pas question de continuer et de finir par dormir sur un lac! Les vêtements sont complètement trempés par la sueur de nos deux amis. Ceci, sans compter que malheureusement, Stanley est aussi malade ; fièvre, toux et tout le reste. Ils ont donc décidé de demeurer à cet endroit pour prendre un peu de repos. Demain, il compte contacter la communauté de Pakuashipi pour qu’ils viennent chercher une partie de leur chargement. Ils voyageront allège : soupe, eau, boisson énergisante. Ce jeudi, ils souhaitent parcourir 32 kilomètres pour se rendre au camp 20, à une distance de 19 kilomètres de Pakuashipi. Et vendredi matin, ils se réveilleraient vers 5 h du matin pour partir et pour arriver à midi à Pakuashipi. Une cinquantaine de jeunes de l’école de la communauté veulent marcher une heure ou deux avec eux, et pour Stanley et son coéquipier, pas question de les laisser tomber.

10 MARS 2011 – JOUR 3

Camp 20 de la route blanche. Ce matin, nous sommes partis du camp 22 à 7 h 30 après nous être levés à 6 h, après avoir déjeuné, préparé nos sacs et avoir rangé. Nous avons contacté les gens de Pakuashipi pour venir chercher nos bagages non nécessaires et les emmener au … camp 20 en motoneige. Nous sommes partis avec de l’eau, du thé, de la soupe Lipton et des barres tendres. Il faisait super beau, mais très froid, -22. Nous avons pu marcher aisément et nous sommes arrivés au camp 21 à 11 h 30 après 15 km de marche. Nous nous sommes arrêtés et Guy Mark du centre de santé nous avait allumé un beau feu dans le poêle ; nous avons pu manger et faire sécher nos vêtements pendant ce temps. J’ai reçu des inhalateurs de Ventolin et de Flovent du centre de sante car je silais à cause de ma bronchite asthmatique. Nous sommes repartis à 12 h 15 et après 5 min nous avons rencontré Serge Mestekosho et son épouse Gilberte Mark. Gilberte a décidé de marcher avec nous pour au moins 15 km. Dans le temps, Gilberte a déjà fait beaucoup de course à pied et marche, régulièrement 5 km par jour. Nous avons beaucoup discuté de Pakuashipi et du fait que la transition des tentes aux maisons n’a été que faite qu’en 1972 ; nous avons aussi parlé de sa mère et de sa fille Brittany. Elle a courageusement marché avec nous pendant 20 km; vers 4 h 30, après avoir grimpé quelques bonnes montagnes, son mari est venu la chercher. Éric et moi étions étonnés de voir qu’elle a réussi à nous suivre à un rythme très rapide sans se plaindre. Nous levons notre chapeau à son courage et détermination ; elle est un exemple pour sa communauté. Bravo Gilberte… Nous sommes arrivés à 18 h au camp 20 à 25 km de la communauté. Serge et Gilberte nous attendaient avec Pashteuaisht (viande séchée de caribou), banique et thé dans un camp chauffé par Guy Mestenapeo, qui était parti chercher notre équipement. Et puis, nous nous sommes  couchés vers les 22 h pour se lever à 5 h pour marcher durant 6 h allège et couvrir les 25 km en 5 h et franchir l’arrivée à 11 h pour marcher avec les étudiants.

11 MARS 2011 – JOUR 4

Pakuashipi – Noussommes partis du camp 20 (premier camp après St-Augustin) près de la rivière Coxatibi à 25 km à l’Est à 7 h. Nous devions quitter le camp à 6 h pour rencontrer les jeunes à la rivière Pakuashipi vers 11 h, mais l’alarme du cadran n’a pas sonné. Nous avons donc dû nous préparer à la course… Nous n’avons pris qu`un seul traineau, le mien, et seulement de quoi pour s`hydrater et manger un peu, question d’aller plus vite; aussi, Guy Mark de Pakua est venu chercher notre équipement. Nous avons marché très rapidement à la limite de l’essoufflement pendant près de 25 km et nous avons franchi un bras de mer ayant plus de 12 km de long, qui nous semblait interminable avec le vent de l’ouest de face et des conditions de neige mouillée ainsi que des flaques de neige imbibées d’eau (slush) qui rendaient le traineau très lourd et nos raquettes glacées et inconfortables. Guy nous a rencontrés sur le lac et nous a dit que les enfants nous attendraient, mais nous lui avons dit que nous ne serions pas là avant midi. Nous avons marché en s’en arracher le cœur; nous avons franchi les différents lacs et puis encore deux bras de mer donc la baie de l’anse forte et la baie du nord-ouest. En arrivant à la fin de cette baie, on voyait la tour de communication de St-Augustin et nous pensions que notre calvaire s’achèverait sous peu. Nous étions épuisés, fatigués, mouillés bord en bord de sueur et en hypoglycémie…. Nous n’avions pas assez mangé. En arrivant en haut de la côte, il y avait encore beaucoup de chemin à faire; nous étions sur les batteries de secours, sur notre quatrième souffle, on aurait voulu tout arrêter, mais on a continué à avancer, car des enfants nous attendaient, et pour nous, c’était la seule raison d’avancer. J’ai pensé et prié mon grand-père (nemushum) pour qu’il me donne le courage et la force d’avancer, car j’étais au bord du découragement et de l’épuisement. Nos grands-pères avaient fait des périples dans la forêt (nutshemit) et jamais ils ne se vantaient, plaignaient ou que des gens les encourageaient, et d’y penser, me donnais le courage de mettre un pas devant l’autre sans regarder derrière ni trop en avant, car les montagnes ne semblaient pas avancer. Je comptais les poteaux sur le bord de la piste, qui sont plantés aux 40 pieds et cela nous prenait 20 secondes entre chaque poteau et 1 minute par trois poteaux, pour oublier la douleur aux jambes et aux pieds. Nos jambes tremblaient et on commençait à tituber. Serge Mestekosho nous a rencontrés sur le chemin et nous a dit que nous étions encore à 5 km du village, cela nous a coupé les jambes….. Et que les enfants nous attendaient depuis 11 h et qu’il était 11 h 30 à ce moment. Nous sommes arrivés au dépanneur du village; plusieurs motoneiges nous attendaient dont des professeurs de l’école. Nous avons su que les élèves avaient quitté l’endroit à 11 h 30. Je rêvais d’un jus d’orange, café et un petit biscuit depuis plus d’une heure; Gilberte et Fanny (professeure) nous ont offert cette gâterie. Nous avons traversé la rivière Pakuashipi et nous sommes arrivés à Pakuashipi accompagné du directeur de l’école, Maurice Lamothe, et de deux autres professeurs. Par la suite, nous sommes allés à l’auberge et nous avons pris nos douches. Wow! Quelle sensation après 3 nuits, 4 jours de marche intense et extrême. Nous sommes allés par la suite à l’école pour faire une présentation aux élèves. Nous avons parlé et interagi avec les enfants, éducateurs et parents présents pendant une heure. À la fin, j’ai demandé combien d’entre eux voulaient devenir médecin : 13 ont levé la main….J’ai cru voir quelques flammes dans leurs yeux et peut-être nous avons inspiré quelques jeunes; on le verra dans quelques années. Et puis en sortant de l’école, j’ai embarqué 5 enfants sur mon traineau!!! Nous avons aussi rencontré la directrice de la santé, Nicole Driscoll, et nous avons fait la visite du centre santé… Wow! Quel beau centre de santé, très fonctionnel et moderne. Nous avons ensuite eu un festin avec les ainées du village, entrée de perdrix avec sauce, un trio de pâtés de viande caribou, banique et un duo de desserts de gâteau de petit fruit rouge (airelle) et de tarte de Chicoutai. J’ai mangé jusqu’à la dernière graine… C’était tellement bon. Miam! Miam! Après le souper nous avons reçu des cadeaux, chacun un manteau d’hiver de toile traditionnelle que nous porterons durant notre marche. Et puis les ainées ont joué du Teuikan (tambour), chanté et dansé le makusham (danse innue traditionnelle). Nous avons aussi échangé sur la marche, les jeunes et la médecine traditionnelle. Une fantastique soirée et inoubliable. Demain, il annonce de la pluie et nous allons partir à 25 km de la communauté et marcher jusqu’à La Tabatière, et puis dimanche, marcher avec les gens de Pakuashipi jusqu’à 25 km plus loin et nous faire ramener à La Tabatière, ceci permettant à plus de gens de marcher avec nous, enfants, adultes et ainés.

12 MARS 2011 – JOUR 5

Pour nos deux aventuriers, les kilomètres parcourus s’accumulent; malheureusement, cela ne signifie pas que leur périple devient plus facile pour autant. En effet, la nuit a été courte pour Stanley qui a été tenu réveillé par la douleur d’une conjonctive à l’œil droit. Ils ont tout de même pris la route sous la pluie ce matin, en direction de La Tabatière. Après 19 km, la fatigue accumulée les a rattrapés. Pour pouvoir continuer à avancer, ils devaient manger au moins toutes les 30 minutes. Comble du malheur, les panneaux indiquaient qu’il restait 54 km à parcourir avant la Tabatière, mais en réalité nos aventuriers ont découvert qu’il s’agissait de 70 km. Ils ont donc continué leur chemin, repoussant à chacun de leur pas, les limites de leur endurance. Bien entendu, comme le dicton le dit si bien, jamais 2 sans 3; le chalet où ils étaient supposés dormir était brisé et sans bois de chauffage. Ils n’ont eu d’autres choix que de poursuivre leur route jusqu’au prochain campement qu’ils rejoignirent à 20 h. Les braves auraient bien aimé demander assistance; seulement, les conditions de neige mouillée (slush) auraient mis en danger leurs sauveteurs. Enfin arrivés, ils rassemblèrent tout ce qu’il leur restait d’énergie pour se cuisiner un repas. Même s’ils n’ont pas faim, ils savent qu’il est primordial qu’ils reprennent des forces. Éric avait les jambes enflées et Stanley les mains, preuve indiscutable de l’exigence physique de leur périple. Demain, ils s’armeront de courage, encouragés par la pensée des rencontres faites hier et inspirés par celles qu’ils feront. Tenez bon, il ne reste plus que 32 km avant La Tabatière. C’est un périple à travers le monde, à travers la nature, mais surtout de deux hommes face à eux-mêmes. Courage…

13 MARS 2011 – JOUR 6

Ils sont partis avec un vent de face dans l’interminable baie des Haha pendant 16 km. Les 14 km restants du parcours n’étaient pas bien mieux, puisque les lacs étaient « slusheux » ; ils ont d’ailleurs failli tomber dans des trous dans la glace à quelques reprises. Ils ont donc voulu éviter le pire et ont contourné les lacs, même si cela rallongeait leur parcours. Encore aujourd’hui, le niveau d’énergie et le moral étaient bas. Chacun des pas était une épreuve en soi et la longue baie des Haha n’offrait aucun refuge aux aventuriers pour qu’ils se reposent. C’est avec l’énergie du désespoir qu’ils parvinrent à La Tabatière à 20 h 30. Une fois arrivés, ils ont mangé comme des goinfres pour récupérer toutes les calories perdues. Il faut savoir que dans ces conditions leur dépense énergétique journalière s’élève à environ 5000 calories. À titre comparatif, c’est plus que le double de ce que l’on doit manger chaque jour et c’est l’équivalent de la dépense énergétique des cyclistes pendant le Tour de France! Enfin arrivés, ils rassemblèrent tout ce qu’il leur restait d’énergie pour se cuisiner un repas. Même s’ils n’ont pas faim, ils savent qu’il est primordial qu’ils reprennent des forces. Éric avait les jambes enflées et Stanley les mains, preuve indiscutable de l’exigence physique de leur périple. Ils ont ressenti une immense fierté d’être passé à travers leur fin de semaine. Stanley avoue que : « les journées de samedi et dimanche vont rester dans sa mémoire comme les journées les plus éprouvantes de sa vie. » Les gens de Saint-Augustin ont tenté de les rejoindre, mais ont jugé les conditions trop périlleuses et n’y sont pas allés. Ils seront reposeront ce soir, car leur aventure continuera demain!

14 MARS 2011 – JOUR 7

Enfin, il fait froid! La neige humide de la fin de semaine a durci et a formé une croute épaisse. Stanley et Éric ont pu marcher sans raquettes et ils ont filé le vent dans le dos avec une moyenne de 5,5 km/h! Ils ont parcouru 40 km et auraient été prêts à en faire plus! Incroyable quand on sait qu’ils peinaient à en faire 30 la veille. Cette vitesse olympienne vient du fait qu’ils ont voyagé allège, car M.Smith est allé porter leur équipement à Tête-à-la-Baleine, soit à plus de 40 km. Les gens de Saint-Augustin ont également pris part à cette logistique en parcourant plus de 200 km en motoneiges pour transporter l’équipement de nos deux aventuriers. Que deviendraient-ils sans l’appui des braves citoyens qui les encouragent dans leur périple? Cette journée a été pour eux un repos; ils ont même pu constater que le paysage avait changé. Ils étaient émerveillés par la beauté des lieux. Les choses vont beaucoup mieux pour nos deux courageux, mais cela ne veut pas dire que tout est parfait. Stanley ne souffre plus de conjonctivite et c’est au tour d’Éric d’avoir plus de difficultés puisqu’il ressent des douleurs aux jambes. Après 180 km de marche, c’est normal. Ils ont donc à reprendre quelques forces pour compléter leur périple. Si la température s’adoucit trop, ils retourneront dans les conditions cauchemardesques de jours passés, ce qu’ils ne veulent pas!

15 MARS 2011 – JOUR 8

Mardi, les conditions météorologiques étaient difficiles. Cette fois, nos deux aventuriers ont fait face à des rafales de 70 kilomètres heures sur les 35 kilomètres entre Tête-à-la-Baleine et Harrington Harbour. Le traîneau oscillait derrière eux. Heureusement, ils ont reçu l’aide généreuse d’un homme en motoneige : Laurie Lavalle. Il a transporté tout l’équipement à l’auberge de Harrington Harbour. Ils ont donc pu s’y rendre allège. Toute une chance, parce que les cinq derniers kilomètres de la randonnée étaient atrocement abrupts; mais, l’effort en valait la peine, car l’endroit est charmant. « C’est vraiment comme le village dans le film La grande séduction, c’est magnifique », a souligné Stanley. Mercredi matin, Stanley était en entrevue à l’émission de radio Bonjour la côte, sur les ondes de Radio-Canada, puis à la radio communautaire. Il a expliqué ce que font ces « deux fous en raquette sur la route blanche », comme il l’a dit en riant. Il est maintenant en route vers Chevery et compte arriver samedi au village innu de La Romaine (Unamen Shipu). Par contre, il est parti seul. Éric doit prendre quelques jours de repos, car avec la longue journée très froide et venteuse de mardi, l’état de ses pieds ne s’est pas amélioré. Salutations aux Nord-Côtiers et, bien sûr, bon courage à nos marcheurs!

16 MARS 2011 – JOUR 9

Nous nous excusons de ne pouvoir vous transmettre en temps réel toutes les péripéties de Stanley et Éric. Nous avons rencontré des problèmes de téléphone satellite; souvent, nous ne réussissons pas à obtenir de communication malgré les heures prévues par la compagnie. Sincères excuses.

17 MARS 2011 – JOUR 10

Il y a de bonnes journées et de moins bonnes; aujourd’hui en était une bonne pour Stanley. Les conditions étaient favorables, la neige dure et les vents calmes. Nos aventuriers ont parcouru 32 kilomètres et cette fois, ils avaient de la compagnie. Ils ont pu compter sur la présence de Richard Mullen et Jean-Guy Bellefleur. Bien au-delà de leur présence, les deux Innus de la Romaine ont apporté un soutien moral à Stanley et Éric. Malgré leur volonté de fer, la fatigue engendrée par l’effort excessif entraîne forcément des répercussions sur le corps humain. Éric a dû recourir à l’assistance médicale; ses « pieds de tranchée » ont une infection sérieuse qui demande à être traitée, car elle pourrait entrainer des conséquences graves. Il a donc conduit la motoneige pour accompagner Stanley et reposer ses pieds, ce qui lui permettra de continuer à marcher très rapidement. Historiquement, le pied de tranchée réfère à la Première Guerre mondiale où les soldats avaient les pieds dans des bottes serrées, soumis au froid et à l’humidité en permanence. Cette complication médicale est sérieuse et a suscité beaucoup de recherches de la part des médecins de guerre.

C’est donc dans la brume que Stanley a rejoint le campement, voyant à peine devant lui. Une fois arrivés, ses acolytes avaient monté le campement et ils ont pu se régaler de viande de caribou et de banique (pain traditionnel) sans oublier le dessert! Ils ont posé leurs lourdes têtes sur leur oreiller tôt ce soir-là.

18 MARS 2011 – JOUR 11

Comme le temps passe vite! Nos braves ont déjà réalisé la moitié de leur voyage! Et ils ne s’arrêtent pas là! Ce matin, Stanley a pris la route à 8 h en direction de la Romaine, en compagnie de ces deux comparses, Éric et Serge Mestekosho. Le vent dans les voiles, ils ont filé à une vitesse ahurissante de 5,5 km/h. C’est la vitesse de marche pour quelqu’un sur un terrain plat et pavé en ville, ce qui est très impressionnant. Et voilà dame Nature qui s’est mise de la partie, en fin de journée il a commencé à faire tempête. Le vent s’est mis à souffler avec des pointes à 70 km/h, accompagnés de neige, un blizzard total! Heureusement, ils avaient rejoint le camp où ils passeraient la nuit et ont pu s’installer. Mais, Stanley, toujours aussi téméraire a voulu continuer à marcher pendant encore 1 heure, car il jugeait qu’il était trop tôt pour s’arrêter. Et il s’est arrêté, ne voyant plus rien, ses mains commençaient à geler, il regarda derrière. À cet instant fatidique, il a eu peur, peur qu’Éric et Serge ne puissent pas venir le chercher assez tôt. Il savait que s’il arrêtait, il allait geler sur place. Il se remit donc à marcher vers le camp, rebroussant chemin. Il mit le double du temps pour parcourir la même distance en raison du puissant vent. Après 45 minutes, il vu les phares de la motoneige et rejoignit ses camarades pour aller déguster un délicieux festin.

19 MARS 2011 – JOUR 12

À 5 h 45 ce matin, la motivation de Stanley pour sortir du lit a été difficile à trouver. Le vent de la veille avait changé de direction et soufflait maintenant du nord, ce qui donnait un vent de face. De plus, les accumulations de neige rendaient les conditions de marche plus difficile. Stanley, Éric et Serge sont donc partis à 7 h du matin pour franchir les 15 km restant avant La Romaine. Mais malgré la courte distance, Stanley raconte : « mes jambes ne portaient plus et pourtant j’avais bien déjeuné, je n’avais tout simplement plus le moral ». Encore une fois, sa volonté de fer lui permit d’arriver à 10 h 15. Une fois à La Romaine, il discuta avec les responsables du centre de santé, Geneviève Mark la responsable des évènements spéciaux et passa en entrevue avec la journaliste Marie-France Abastado de Radio-Canada. À 12 h, il reçut un accueil officiel et tous les groupes d’âge étaient présents. Un aîné, William Mathieu Mark, lui a fait le mot de bienvenue et la prière avant de terminer par un chant innu qui toucha Stanley si profondément qu’il versa une larme. Ce chant lui a rappelé toutes les difficultés de son chemin, son grand-père et toute son histoire innue. Il profita de l’après-midi pour prendre du repos bien mérité, prendre une douche et se raser. Il fallait bien prendre un peu de temps pour cacher les traces laissées sur son visage par les engelures et les gerçures (fissures qui traversent entièrement la peau). Chaque jour est différent, aucune journée ne se ressemble, le temps est tellement changeant. La pluie, la neige, le vent façonnent la neige et l’environnement sans cesse, nous rappelant la vulnérabilité de l’homme dans cette immense et éternelle nature.

20 MARS 2011 – JOUR 13

Un souper au resto chez Ruby avec Rejean Laberge, conseiller en éducation au conseil de bande de Unamen-Shipu, Éric, Marie-France Abastado, journaliste de radio Canada, et moi. J’ai été interviewé par Marie-France et par la suite nous avons assisté au Carnaval de la communauté et j’ai participé au couronnement de la reine, Marie-Josée Bellefleur et adressé quelques mots à la population. Je suis allé me coucher par la suite. Levés à 5 h 30 du matin chez Rejean Laberge et par la suite, Éric et Serge sont venus me rejoindre pour déjeuner. Richard Mullen est venu en motoneige nous porter à 21 km plus loin, au bout du lac Couillard. Nous sommes arrivés à 7 h 45 et avons commencé à marcher en direction est; c’est ensoleillé, froid et un vent d’Ouest souffle dans le dos. Condition de neige parfaite surface dure et glissante, nous avions l’impression de marcher sur le trottoir Innu. Nous avions seulement notre traîneau traditionnel (Utapanashk) et deux sacs à dos avec thé et eau. Nous avons marché à l’excellent rythme à 5.5 km/heure. À 10 km, nous avons rencontré Mathieu et un autre professeur en motoneige.

21 MARS 2011 – JOUR 14

Aujourd’hui, c’était une journée de marche, mais pas seulement pour Stanley. Bien entendu, il a commencé sa journée en marchant sur le chemin innu. C’est à 11 h 15 qu’il a rejoint l’école de La Romaine pour que tous les étudiants puissent venir marcher 1 km avec lui vers le centre de santé. Il s’agit d’une fierté pour les jeunes et leurs familles, car même les petits y ont participé! Stanley voulait encourager l’activité au sein des jeunes et soutenir le club de marche qui est en plein essor au sein du village. En après-midi, il a visité la prématernelle, car il n’est pas question pour lui d’oublier personne! Il a terminé sa journée en marchant, rempli de l’espoir d’avoir vu ces jeunes yeux émerveillés. Y a-t-il plus belle reconnaissance? Il est maintenant à 31 km de La Romaine et se dirige vers Kegaska.

22 MARS 2011 – JOUR 15

Lever à 6 h. Jean-Guy met du bois dans le petit poêle de notre tente innue érigée près du camp, situé à 34 km de La Romaine. C’est une très belle journée. Notre objectif est d’arriver à Kegaska pour le lunch et de se rendre à 10 km de la rivière Nutushquan (35 km en tout). Nous quittons à 7 h avec deux traîneaux. Les conditions de neige sont excellentes. Nous marchons à 5 km/h et nous arrivons près de Kegaska vers 12 h. Richard et Jean-Guy nous dépassent en motoneige, vers 10 h 30, et vont nous tenter environ 10-15 km après Kegaska. Nous rencontrons un groupe de motoneigistes de Terre-Neuve qui se dirige vers Sept-Îles. Ils nous félicitent et nous prennent en photo avec eux. Nous allons manger au resto du village et je fais un appel à la radio de Nutushquan pour inviter les gens à venir nous rencontrer, demain, à 11 h sur le bord de la rivière, au km 0. Nous repartons vers 13 h 45 et marchons vers Nutushquan. Vers 16 h, nous rencontrons l’équipe de Radio-Canada en motoneige avec Paul, Caroline, Alphonse, Diane et des Innus de Nutushaquan qui les transportent. Serge et Éric partent seuls pour compléter les 5 km restants. Moi, je pars avec Radio-Canada pour filmer des prises de vue de marche près du Fleuve. Après une heure de tournage, nous retournons en motoneige vers le campement érigé près de la cabane du MTQ, à 10 km de la rivière. Nous avons préparé le souper. L’équipe de Radio-Canada vient nous filmer dans la tente. Richard s’est bien marré de devoir faire bouger le poêle pour faire sortir les tisons de la cheminée pour la prise de vue extérieure et sur les ombres qui sont filmées. Nous soupons vers 20 h 30 et nous nous couchons à 22 h pour être en forme demain pour la dernière journée. Le lever est prévu à 5 h 30, et le départ vers 7 h 30 -8 h. Nous avons bien rigolé ce soir.

23 MARS 2011 – JOUR 16

À 5 h 20, Éric demande à Jean-Guy de faire du feu, car il fait froid dans la tente et il répond qu’il n’a pas d’allumettes. On essaie de réveiller Richard, mais sans succès. Finalement, Éric trouve du feu et nous nous levons. Vers 5 h 40, une motoneige arrive. C’est le beau-frère de Serge qui nous amène un thermos de café, des muffins aux graines rouges (airelles) et des oranges directement de Nutushaquan. Quel beau déjeuner au lit et quel beau départ pour notre dernière journée sur la route blanche. Nous déjeunons et nous préparons nos bagages. Nous sommes prêts, avec nos deux traîneaux chargés pour le départ, vers 7 h 30, mais nous attendons Radio-Canada pour filmer le départ. Radio-Canada arrive vers 7 h 50 et nous quittons à 8 h 10. Nous marcherons lentement pour aider Radio-Canada à filmer. C’est un autre jour magnifique, quel beau cadeau de Dame Nature, de Thishe Manitu pour notre dernière journée. Il fait frais, mais il fait soleil, il y a un petit vent du nord de Côte pour nous. Nous marchons à 4,5 ou 5 km/heure et nous arrivons près de la rivière à 10 h 45. Nous rencontrons des motoneigistes de la communauté qui communiquent notre position à la communauté. À près de 2 km de la rivière, Raymond Rousselot, le père d’Éric, vient à notre rencontre, puis la conjointe et le fils d’Éric et sa mère… que d’émotions! Le fils d’Éric monte sur le traîneau. Un groupe de jeunes et de très petits, vêtus d’un costume traditionnel, vient nous rejoindre sur le chemin. Que de beaux moments, je suis émerveillé! Que de joie de voir ces enfants accompagnés d’enseignants et de parents! Ça valait la peine de souffrir toutes ces journées pour ce moment de bonheur. Ça nous donne des ailes. Un air de fête règne sur le sentier. Nous arrivons à la rivière. Nous voyons de l’autre côté une centaine de personnes réunies pour nous accueillir à l’endroit même où j’ai débuté mon aventure, le 12 octobre dernier. L’accueil des héros, wow! Que d’émotions! Nutushaquan nous démontre qu’elle sait comment recevoir la visite et récompenser les gens qui se donnent pour aider les autres. Des jeunes, des aînés, des gens de la communauté et des leaders sont présents. Nous recevons des cadeaux, et des aînés et des leaders prennent la parole. Il y a des moments très touchants quand les deux kukums parlent et pleurent de nous voir, aussi parce que nous donnons espoir que les problèmes de consommation des jeunes pourraient disparaître. Il y a ensuite des festins autochtones : de la tourtière, du saumon, de la banique et du thé. Vers 13 h, nous requittons, accompagnés des jeunes de l’équipe des Grizzlys pee-wee de Nutushaquan et de leur entraîneur, Marcel Mestekosho. Ils compléteront les 20 km qui nous séparent de la communauté. BRAVO! Ils n’ont que 10, 11 ou 12 ans et ils arrivent au village en boitant. La mère et le père d’Éric ont marché ces derniers kilomètres avec nous. Nous arrivons au village à 16 h 30. Pour Éric, c’est le moment du départ pour Pessamit. Moi, je reste chez la massothérapeute, Gloria, la conjointe de Roland Tshernish (ça vraiment fait du bien… wow!) et puis je soupe à L’Échouerie avec des gens de la communauté et des gens du village de Natashquan, dont le maire, Monsieur Landry. On me nomme le porteur de bâton (président honoraire) du festival Innu-Cadie, qui aura lieu du 6 au 10 juillet 2011… J’accepte l’honneur, car je le dois bien à la gentillesse des gens de la place. Je retourne me coucher, ce soir-là, chez Marie-Paule Malec. Demain, ce sera encore grosse journée : deux écoles, marche et rencontre d’aînés.